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DIEU 



DANS LA NATURE 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



Lk PLURALITÉ DES MONDES HABITÉS. 

Étude oh l*on expose les conditions d'habitabilité des terres célestes, discut<^ au 
point de Tue de l'Astronomie, de la Physiologie et de la Philosophie naturelle. 
15* édition. 1 toI. in-12, arec figures astronomiques 5 fr. 50 

LES MONDES IMAGINAIRES. ET LES MONDES RÉELS. 

Voyage astronomique pittoresque dans le ciel, et revue critique des théories hu- 
maines, scientifiques et romanesques, anciennes et modernes, sur les habitants 
des Astres. 8e édition. 1 vol. in- 12, avec figures 3 fr. 50 

SIR HUMPHRY DAVY. — LES DERNIERS JOURS D'uN PHILOSOPHE. 

Entretiens sur la nature, les sciences et Thumanité. Ouvrage traduit de l'anglais 
et annoté. 1 TOl. in-12 3 fr 50 

LES MERVEILLES CÉLESTES. 

Lectures du soir. Ouvrage d'Astronomie populaire à l'usage de la jeunesse et des 
gens du monde. S* édit. 1 vol. in-12, illustré de 80 figures. (Hachette et G*). 2 fr. 

ÉTUDES ET LECTURES SUR L'aSTRONOMIE. 

Ouvrage périodique, exposant les découvertes contemporaines de l'Astronomie. 
(Libr. de Gauthier Villars). 2 volumes à 2 fr. 50 

CONTEMPLATIONS SCIENTIFIQUES. 

Nouvelles études de la nature et exposition- des œuvres éininentes de la science 
contemporaine. 1 vol. in-12. (Hachette et G*) 3 fr. 50 



TRADUCTIONS AUTORISÉES DE DIEU DANS LA NATURE : 

AUemagnê, — Gorr in der Natub, trad. par S. A. S. la Princesse Emma Caro- 

lath. Leipsig, 1869. 
Suède et Danemark, — Gcd y Natdrem, trad. par L.-J. Hiertas. Stockholm, 18G9. 
Amérique. — God in Nature. New- York, 1869. 



Paris. — Imprimerie Ad. Laine, rue des Sainte- Pères, 19. 



':A^^ l \ \ 



DIEU 

DANS LA NATURE 

CAMILLE FLAMMARION 






SKPTZim iSXTIOM 



■ PARIS 

LIBlillIS iCADÉXLQDB 
DIDIER ET O", LIBRAIRES-ÉDITEUR 

35, ou AI I 

1871 









/ t^t t 



C/ . 



PREFACE 

DE LA SEPTIÈME ÉDITION 

Une guerre et une révolution sanglantes vien- 
nent de passer sur la terre de France , et comme 
une trombe infernale l'ont agitée et bouleversée, 
ne laissant derrière elles que la ruine et la mort. La 
guerre était due à l'ambition de quelques hommes 
criminels et à l'ignorance des masses, dont le faux 
patriotisme se laisse encore exalter par des chimères 
politiques. L'insurrection de Paris était due aux 
absurdes principes de quelques prétendus républi- 
cains, aussi criminels que les princes auxquels 
Machiavel a appris à faire litière des peuples ; elle 
était due aussi à l'ignorance des masses qui se laisse 
dominer par des chefs de partis, fous furieux qui 
pour régner à leur tour réduiraient volontiers le 
globe à l'état de cimetière. Les passions politiques 
ont allumé et entretenu cette double folie, si 
funeste pour l'Europe entière., et peut-être la guerre 
civile sous laquelle nous venons de frémir n'est-elle 
que le prélude d'une longue Guerre Sociale. 

Pendant que des myriades d'insensés s'entre- 
tuaient, et que les lueurs fauves de Paris incendié 
semblaient annoncer le crépuscule de la civilisa- 
tion, on réimprimait cette septième édition fran- 



Il PRÉFACE 

çaise de notre livre sur Dieu dans la Nature, Il est 
difficile de reconnaître la main de Dieu derrière 
les mitrailleuses,, les canons et les obusiers; car 
le ce Dieu des armées » gui bénit les victoires et 
s'enivre du sang de la vengeance est un Dieu fait 
à rimage de l'hcmime : ce n'est pas le Dieu de la 
Nature. D est facile au contraire de constater que 
ces catastrophes funèbres sont dues à l'absence de 
sentiments- vrais dans le cœur des hommes, à 
l'absence de principes purs dans leur esprit. L'ani- 
mal à face humaine (nous venons de le voir, hélas I) 
n'est pas encore, quoi qu'il en dise, un animal rai- 
sonnable. Il semblerait même, en de tels jours, que 
l'espèce humaine soit l'une des plus déraisonnables 
qui existent sur ce globe. La planète située entre 
Mars et Vénus est une planète extravagante. Tout 
le monde prétend faire de la politique ; or jusqu'à 
présent la politique n'existe pas : la diplomatie 
ne consiste encore que dans l'art de se tromper 
et de se détruire au besoin, les uns les aures. 
La politique ne pourra naître et exister, il n'y 
aura de gouvernement possible pour les hommes, 
que du jour oîi ils cesseront d'être des animaux 
ignorants. Tant que l'homme ne sera pas sorti de 
la carapace de l'animalité, qu'il n'aura pas senti et 
affirmé l'existence de son âme personnelle; tant 
qu'il n'aura pas appris à connaître les éléments de 



MtlttPAGE HI 

la: vérité naturelle, c'est-à-dire : quelle planète il 
habite, ce qu-ii est dans Funivers, les lois de la^ie, 
celles du travail, la personnalité de Tâme humaine 
et sa responsabilité, Texistence de rintelligence et 
de la morale, en un mot les notions élémentaires de 
la ràzàVe matérielle et spirituelle, il sera dupe d'er- 
reurs et d'illusions, que Ton décorera d'opinions 
religieuses ou politiquesy mais qui ne mériteront 
même pas ce titre, parce que la vraie religion comme 
la ivraie politique n'existeront que par la science po- 
sitive. 

Étudier la nature : tel doit être le grand- intérêt 
intellectuel de notre vie. Sans cette étude, nous 
vivons dans un monde inconnu, sans savoir oh 
nous sommes ni qui nous sommes. Dans la contem- 
plation du Beau dans la nature, qui n'est que la 
splendeur du Vrai, nous sentons le Bien s'affirmer 
et s'éclairer dans nos âmes. Nous sommes dans la 
voie de notre destinée spirituelle. Notre intelligence 
voit Dieu. 

La construction de l'Univers ; les forces mécani- 
ques qui font tourner la Terre sous les rayons 
fécondants du Soleil, et qui donnent aux planètes 
leur météorologie et leurs conditions d'existence ; 
la vie dans le monde des plantes et dans le règne 
animal; la pensée dans le cerveau humain et les 
conceptions qui en émanent; l'ensemble delà créa- 



IV ♦ PRÉFACE 

tion TU dans un même panorama : quels sujets plus 
dignes d'attention que ceux-là, quelles études plus 
capables de former notre éducation spirituelle et 
d'établir la base de notre instruction de citoyens? 
C'est donc avec un profond sentiment d'espé- 
rance que je vois paraître une nouvelle édition de 
cet ouvrage après les douloureux événements qui 
\innent de déchirer nos cœurs. Le deuil est autour 
de nous, le sang cesse à peine de couler, les cendres 
des monuments séculaires de la grande capitale 
sont encore chaudes, et nos âmes frémissent toutes 
d'indignation au spectacle des horreurs qui nous 
environnent. En quel siècle^ à quelle époque de la 
civilisation, a-t-il été plus nécessaire de se régénérer 
dans le Jourdain du vrai culte, du culte pur et sans 
formes matérielles, du culte de l'Éternel et de 
l'Infini ? Oh ! les hommes ne seraient plus méchants 
s'ils savaient* ces choses. Leur féroce brutalité 
disparaîtrait ; leur travail et leur intelligence déve- 
loppée amèneraient un équilibre meilleur, et les 
guerres , internationales et civiles , cesseraient 
enfin... De grâce!; propageons ces doctrines, et, en 
invitant les hommes à méditer sur les formidables 
mais sympathiques problèmes de la nature, prépa- 
rons des générations meilleures à cette pauvre pla- 
nète, si lentement progressive. 

Paris, 1" juin 1871. 



AVERTISSEMENT 



SUR LA THOISIÈME ÉDITIOlf 



Quelques modifications ont été apportées au texte 
des deux premières éditions. Les unes ont eu pour 
but de généraliser le débat et de l'élever plus en- 
core au dessus de toutes les questions de personna- 
lités, qui sont tout à fait étrangères à cette vaste 
discussion de principes ; les autres ont eu pour ob- 
jet, soit les faits observés en physiologie sur le re* 
nouvellement des tissus organiques, soit quelques 
autres points particuliers. Ces changements seront 
facilement remarqués des lecteurs qui ont entre 
les mains nos premières éditions. 

Comme nous l'avions prévu dans notre Intro- 
duction, cet essai de l'établissement d'une philoso*' 
phie i*eligieusesur les principes de la science posi- 
tive a été diversement reçu par nos contemporains* 
Les uns continuent de se retrancher derrière les 



AVERTISSEMENT SUR LA TROISIÈME ÉDITION. 

formes étroites et stationnaires de Tillusion mys- 
tique. Les autres continuent de croire qu'ils con- 
naissent la matière, et que la puissance dont ils 
l'ont gratifiée doit désormais succéder à Tidée de 
Dieu. Ici comme ailleurs, le plus sourd est celui 
qui ne veut pas entendre. 

Notre joie la plus profonde a été de constater de 
nouveau — par le rapide succès de cette œuvre 
et par de nombreux témoignages — que nous 
avons été compris de tous ceux qui, dégagés de 
l'esprit de système, cherchent librement la vérité. 

La contemplation scientifique de la nature a 
su pénétrer par son charme les âmes ouvertes au 
culte du beau. L'auteur de Dieu dans la Nature 
n'ambitionne pas d*autres suffrages. Sa plus chère 
espérance, comme son triomphe le plus durable, 
seront, sans contredit, de savoir que les doctrines 
dont il s'est fait Tapôtre se répandent de proche en 
proche' dans le monde des esprits, et que des mil- 
licrs de cœurs battent ensemble dans la commune 
admiration de Tœuvre éternelle. 

Vont Saint-Michel, novembre 1867, 



INTRODUCTION 



Le but de cet ouvrage est de représenter 
l'état actuel de nos connaissances précises sur 
la nature et sur l'homme. L'exposé des der- 
niers résultats auxquels l'esprit humain est 
parvenu dans l'étude de la création est, à no- 
tre avis, la véritable base sur laquelle puisse 
être fondée maintenant toute conviction phi- 
losophique et religieuse. Au nom des lois de 
la raison, si magnifiquement justifiées par le 
progrès moderne, et en vertu des principes 
inéluctables qui constituent la logique et la 
méthode, il nous a semblé que c'est désormais 
par les sciences positives que nous devons 
poursuivre la recherche de la vérité. Si nous 
avons l'ambition d'arriver personnellement 
à la solution du plus grand des problèmes, si 
nous sommes altérés de la soif fervente d'at- 
teindre nous-mêmes une croyance en laquelle 



m INTRODUCnOR. 

notre intelligence puisse trouver son repos et 
entretenir sa vie ; si nous sommes ensuite ani- 
més du légitime désir de porter à ceux qui 
cherchent encore la consolation que nous 
avons trouvée, c'est, — ne craignons jamais 
de l'affirmer, — c'est dans la science expéri- 
mentale que nous devons chercher les moyens 
de connaître ; c'est par elle que nous devons 
marcher. Le scepticisme, le doute universel 
régneau sein de notre âme; son œil scrutateur, 
que nulle illusion ne fascine, veille au fond 
de nos pensées. Ne trouvons pas mauvais 
qu'il en soit ainsi ; ne blâmpns pas Dieu de 
ne pas nous avoir révélé toutes choses en nous 
créant, et de nous avoir donné le droit de dis- 
cussion. Ce caractère de notre être est bon en 
lui-même : il est la grande .condition de notre 
progrès. Mais si le scepticisme veille en nous, 
le besoin de croyance nous attire. Nous pou- 
vons douter ; mais nous nous sentons domi- 
nés et emportés par T insatiable désir de con- 
naître. Il nous faut une croyance ; les esprits 
qui se vantent de n'en avoir aucune sont les 
plus près de tomber dans la superstition ou 
de s'évanouir dans l'indifférence. 




INTRODUCTION. m 

L'homme porte en sa nature une si impé- 
rieuse nécessité de s'arrêter à une conviction, 
particulièrement au point de vue de l'exis- 
tence d'un ordonnateur du monde et de la 
destinée des êtres, que si nulle foi ne le sa- 
tisfait, il a besoin de se démontrer que Dieu 
n'existe pas, et cherche le repds de son âme 
dans l'athéisme et la doctrine du néant. Aussi 
la question actuelle qui nous passionne n'est- 
elle plus de savoir quelle est la forme du 
créateur, le caractère de la médiation, l'in- 
fluence de la grâce, ni de discuter la valeur 
des arguments théologiques : la véritable 
question est de savoir si Dieu existe ou s'il 
n'existe pas. Or on doit remarquer qu'en gé- 
néral la négative est soutenue par les expéri- 
mentateurs de la science positive, tandis que 
l'affirmative a pour principaux défenseurs des 
hommes étrangers au mouvement scientifique. 

Un observateur attentif peut actuellement 
apprécier dans la société pensante deux ten- 
dances dominantes diamétralement opposées. 
D'un côté, des chimistes de la nature occupés 
à traiter et à triturer dans leurs laboratoires 
les fai*6 matériels de la science moderne, 



!▼ INTRODUCTION. 

pour en extraire l'essence et la quintessence, 
et déclarant que la présence de Dieu ne se ma- 
nifeste jamais dans leurs manipulations. D'un 
autre côté, des théologiens accroupis au mi- 
lieu des manuscrits poussiéreux des biblio- 
thèques gothiques, feuilletant, compulsant, 
interrogeant, traduisant, compilant, citant 
et récitant sans cesse de dogmatiques versets, 
et déclarant avec l'ange Rafiel que de la pru- 
nelle gauche à la prunelle droite du Père 
éternel il y a trente mille lieues de un million 
d'aunes de quatre longueurs et demie de 
main. Nous voulons croire que des deux côtés 
il y a la bonne foi, et que les seconds comme 
les premiers sont animés du sincère désir de 
connaître la vérité. Les premiers croient re- 
présenter la philosophie du vingtième siècle ; 
les seconds gardent . respectueusement celle 
du quinzième. Les premiers traversent Dieu 
sans le voir, comme l'aéronaute traverse l'a- 
zur céleste ; les seconds regardent à travers 
un prisme, qui rapetisse et colore l'image. 
L'observateur étranger et indépendant qui 
cherche à expliquer leurs tendances contrai- 
res, s'étonne de les voir s'obstiner dans leur 



INTRODUCTION. T 

système particulier, et se demande s'il est dé- 
cidément impossible d'interroger directement 
le vaste univers, et devoir Dieu dans la nature. 
Pour nous, qui n'appartenons à aucune 
secte, nous nous sommes librement posé le 
même problème. Devant le spectacle de la vie 
terrestre, au milieu de la nature resplendis- 
sante, sous la lumière du soleil, au bord des 
mers courroucées ou des limpides fontaines, 
parmi les paysages d'automne ou les bosquets 

d'avril, et pendant le silence des nuits étoi- 
lées, nous avons cherché Dieu. La nature ex- 
pliquée par la science nous Ta montré dans 
un caractère particulier. Il est là, visible 
comme la force intime de toute chose. 

Nous avons considéré dans la nature les 
rapports harmoniques qui constituent la 
beauté réelle du monde, et dans l'esthétique 
des choses nous avons trouvé la manifestation 
glorieuse de la pensée suprême. Nulle poésie 
humaine ne nous a paru comparable à la vé- 
rité naturelle, et le Verbe éternel nous a parlé 
avec plus d'éloquence dans les œuvres les plus 
modestes de la nature que l'homme dans ses 
chants les plus pompeux. 



n raTRODUCTIOW, 

Uuelle que soit ropportunité des études qui 
sont l'objet de ce travail, nous n*espérons pas 
qu'elles plaisent à tous, car il en est qu'elles 
ne réveilleront pas de leur sommeil, et d'au- 
tres dont elles seront loin de satisfaire les in- 
clinations. 

On accuse notre époque d'indifférence, et 
elle mérite cette accusation. Où sont en effet 
les cœurs qui battent pour l'amour pur de la 
vérité? En quelle âme la foi règne-t-elle en- 
core? Non pas même la foi chrétienne, mais 
une croyance sincère en quelque objetque ce 
soit? Qu'est devenu le temps où les forces de 
la nature divinisées recevaient les hommages 
universels, où l'homme contemplatif et admi- 
rateur saluait avec ferveur la puissance éter- 
nelle manifestée dans la création ? Qu'est de- 
venu le temps où les hommes étaient capables 
de verser leur sang pour un principe, où les 
républiques avaient à leur tète une idée et non 
pas un ambitieux? Qu'est devenu le temps où 
le génie d'un peuple, sculpté dans Notre-Dame 
ou dans Saint-Pierre de Rome, s'agenouillait 
et priait, prosterné immobile en son mamteau 
de pierre? Qu'est devenue la vertu patriotique 



INTKODUGTIOll. tn 

de nos pères ouvrant les portes du Panthéon 
aux cendres des héros de la pensée, et refou- 
lant dans la nuit de l'oubli la fausse gloire de 
l'oisiveté et de Tépée? N'ayons pas honte'de Ta- 
vouer, puisque nous avons la faibjessede subir 
un tel abaissement : enveloppés d'égoisme, 
nos esprits n'ont plus d'ambition que pour 
l'intérêt personnel. Des richesses dont la 
source reste équivoque, des lauriers surpris 
plutôt que gagnés, une douce quiétude, une 
profonde indifférence pour les principes, 
n'est-ce pas là notre lot? Ds vivent à l'écart, 
en dehors du monde éclatant, ceux qui ne 
consentent pas à baisser leur front devant 
l'hypocrisie ; ils travaillent dans la solitude, 
ils creusent dans le silence de la méditation 
les abîmes de la philosophie, et s'ils restent 
forts, c'est parce qu'ils ne s'atrophient pas 
au contact des ombres. C'est en vérité un con- 
traste pénible à constater, de voir que le pro- 
grès magnifique et sans précédent des scien- 
ces positives, que la conquête successive de 
l'homme sur la nature, en même temps qu'ils 
ont élevé si haut notre esprit, ont laissé tom- 
ber notre cœur dans im si profond abaisse- 



• in INTRODUCTIOW. 

ment. Il est douloureux de sentir que, tandis 
que d'une part Tintelligence affirme de plus 
en plus son pouvoir, d'autre part le sentiment 
s'éteint et la vie intime de l'âme s'oublie 
de plus en plus sous l'anticipation de la 
chair. 

La cause de notre décadence sociale (déca- 
dence passagère, car l'histoire ne peut se men- 
tir à elle-même) est dans notre manque de 
foi. La première heure de notre siècle a 
sonné le dernier soupir de la religion de nos 
pères. En vain s'efforcera-t-on de restaurer et 
de reconstruire : ce ne sont plus maintenant 
que des simulacres ; ce qui est mort ne sau- 
rait ressusciter. Le souffle d'une immense 
révolution a passé sur nos tètes, couchant sur 
le sol nos antiques croyances, mais fécondant 
un monde nouveau. Nous traversons en 
cet îige l'époque critique qui précède toute 
rénovation. Le monde marche. En vain les 
gens politiques comme les gens d'Église 
s'imaginent-ils, chacun de leur cûté, conti- 
nuer la représentation du passé sur une 
scène pavée de ruines ; ils ne feront pas que 
le progrès ne nous emporte tous vers une foi 



INTRODUGTlOn. n 

supérieure, que nous n'avons pas encore, 
mais à laquelle nous marchons. £t cette foi, 
c'est la croyance au vrai Dieu par les sciences, 
c'est l'ascension vers la vérité par la connais- 
sance de la création. 

Il faut* être aveugle ou avoir quelque intérêt 
à se tromper soi-même et à tromper les autres 
(hélas! beaucoup en sont là) pour ne pas 
voir et pour ne pas s'expliquer l'état actuel 
de la société pensante. C'est parce que la 
superstition a tué le culte religieux, que nous 
l'avons abandonnée et méprisée ; c'est parce 
que le caractère du vrai s'est plus clairement 
révéléà nos âmes qu'elles aspirent versun culte 
pur; c'est parce que le sentiment de la jus- 
tice s'est affirmé devant nous, que nous ré- 
prouvons aujourd'hui les institutions barbares 
qui, telle que la guerre, recevaient naguère 
les hommages des hommes ; c'est parce que 
la pensée s'est affranchie des entraves qui la 
retenaient au sol, qu'elle n'admet plus volon- 
tiers les tentatives faites pour la rapprocher 
de quelque esclavage. Sans contredit, il y a 
là progrès. Mais dans l'incertitude où nous 
sommes encorci parmi les troubles qui .nous 



r. INTRODUCTION. 

agitent, la plupart des hommes s'apercevant 
que leurs impressions et leurs tendances les 
plus généreuses se heurtent encore fatalement 
contre l'inertie du passé, se retirent dans le 
silence s'ils en ont le moyen et la force, ou se 
laissent aller au courant général vers la grande 
attraction de la fortune. 

C'est aux époques critiques que les luttes se 
réveillent, luttes intermittentes sur des 
problèmes éternels, dont la forme varie sui- 
vant l'esprit des temps et revêt successivement 
un mode caractéristique. En notre époque 
d'observation et d'expérimentation, les ma- 
térialistes ont le bon esprit de s'appuyer sur 
les travaux scientifiques et de paraître déduire 
leur système de la science positive. Les spiri- 
tualistes croient au contraire en général pou- 
voir planer au-dessus de la sphère de l'expé- 
rience et dominer encore dans les hauteurs 
de la raison pure. A notre avis;le spiritualisme 
doit, pour vaincre, se mesurer aujourd'hui 
sur le même terrain que son adversaire et le 
combattre par les mêmes armes. Il ne perdra 
rien de son caractère en consentant à des- 
cendre dans l'arène, et n'a rien à redouter de 



INTRODUCTION. n 

tenter une épreuve avec la science expérimen- 
tale. Les luttes engagées, les erreurs qu'il doit 
combattre, sont loin d'être dangereuses pour 
la cause àg la vérité : elles servent au contraire 
à examiner plus rigoureusement les questions, 
à les serrer de plus près et à préparer une 
victoire plus absolue. La science n'est point 
matérialiste, et ne peut servir Terreur. Pour- 
quoi le spiritualisme, pourquoi la religion 
pure la craindraient-ils? Deux vérités ne 
peuvent être opposées Tune à Tautre. Si Dieu 
existe, son existence ne saurait être mise en 
suspicion ni combattue par la science. Nous 
avons l'intime conviction, au contraire, que 
l'établissement des connaissances précises sur 
la construction de l'univers, sur la vie et sur 
la pensée, est actuellement la seule méthode 
efficace pour nous éclairer sur le problème, 
pour nous apprendre ai la matière règne seule 
dans l'univers, ou si nous devons reconnaître 
dans la nature une intelligence organisatrice, 
un plan et une destinée des êtres. 

Telle est du moins la forme sous laquelle 
la discussion s'est présentée à notre esprit 
anxieux et imposée à notre travail. Nous avons 



xn raTRODCCTION. 

respérance que cette tentative de traiter la 
question de Texistence de Dieu par la méthode 
expérimentale servira au progrès de notre 
époque, parce qu'elle est en rapport avec ses 
tendances caractéristiques. Nous serons satis- 
fait si la lecture de ce livre laisse tomber un 
rayon de lumière dans les pensées indécises, 
et si après s'être silencieusement penché sur 
nos études, quelque front se relève avec le 
sentiment de sa véritable dignité. 

Si, en général, les idéologues français n'ont 
pas appliqué la méthode scientifique aux pro- 
blèmes de la philosophie naturelle, en re- 
vanche, certains savants ont traité les objets 
de notre connaissance au point de vue des 
rapports généraux qui se manifestent dans le 
monde et des forces qui en constituent la vi- 
vante unité. Nous signalons avec bonheur, 
parmi les œuvres de ce caractère, les différents 
travaux de M, A. Laugel, que nous avons à 
plusieurs reprises utilisés dans cet ouvrage. 
Les problèmes de la nature et les problèmes 
de la vie ne conduisent-ils pas en effet au pre- 
mier des problèmes, et examiner les forces 
en action dans l'organisme de l'univers, n'est- 



INTRODUCTIOR. im 

; ce pas examiner les divers modes de la force 
essentielle et originelle? Les recherches qui 
ont pour but l'étude de la nature peuvent 
servir la philosophie plus sûrement parfois 
que les traités ou les dithyrambes spéciale- 
ment consacrés à la métaphysique. 

Les écrits de MM. Moleschott et Bûchner nous 
ont fourni eux-mêmes les éléments de leur 
propre réfutation. La circulation de la vie, 
exposée par le premier professeur, nous montre 
dans la vie une force indépendante et trans- 
missible, dirigeant les atomes suivant des lois 
déterminées et selon le type des espèces. 
L'examen de la force et de la matière, établit 
d'autre part la souveraineté de la force et 
l'inertie de la matière. 

Les premiers principes de la connaissance 
étant la force et l'étendue, et la philosophie 
première étant la science des premiers prin- 
cipes, le présent ouvrage pourrait être consi- 
déré comme une étude de philosophie pre- 
mière, si nous n'avions résolu de nous borner 
à une discussion purement scientifique. C'est 
ici, en effet, le but essentiel, et celui qui, à vrai 
dire, offre le plus de charmes, malgré l'aridité 



XIV INTRODUCTION. 

apparente du travail. Nous avons pensé que le 
seul moyen fructueux de combattre la néga- 
tion contemporaine est de retourner contre 
lui-même le matérialisme scientifique et de 
faire servir ses propres armes à sa défaite. Ce 
plaidoyer appartient donc à la science avant 
d'appartenir à la philosophie. L'idéologie, la 
métaphysique, la théologie, la psychologie 
mème,en ont été écartées autant que possible: 
nous ne raisonnons pas sur les mots, mais sur 
les faits. Les vérités significatives de l'astrono- 
mie, de la physique et de la chimie, de la phy- 
siologie, sont elles-mêmes les patriotiques dé- 
fenseurs de la réalité essentielle du monde. 

Quelque difficile que paraisse au premier 
abord la réfutation scientifique du matéria- ' 
lisme contemporain, notre position est bien 
belle dès l'instant que nous nous plaçons sur 
le même terrain que nos adversaires. Dans 
cette guerre éminemment pacifique, nous 
sommes assurés d'avance de la victoire. Il 
nous suffit, en effet, puisque notre ennemi 
est dans une fausse position, de découvrir 
cette fausse position et de lui faire perdre 
son équilibre. La méthode est simple et in- 



INTRODUCTION. IT 

faillible, et si sûre, que nous la révélons d'à « 
vance : une fois le centre de gravité déplacé, 
tous les mécaniciens savent que l'individu 
ainsi surpris tombe immédiatement le cher- 
cher dans le soL C'est le tableau que nous al- 
lons avoir sous les yeux. Des critiques ont 
prétendu que, dans notre méthode, il se glis* 
sait parfois quelque sourire, quelque ironie. 
Nous ne pouvons être juge en notre propre 
cause, mais lors même que l'accusation se- 
rait fondée, la faute n'en serait pas encore à 
nous, mais seulement aux événements, dont 
le côté grotesque dominerait momentanément 
le côté sérieux, grâce à nos adversaires qui 
se sont souvent égarés dans les conséquences 
les plus curieuses. 

Pendant que nous parlons de la forme, nous 
devons prier notre lecteur de croire que si, 
par extraordinaire, il nous arrive de traiter 
un peu durement l'un ou l'autre de nos ad- 
versaires, la faute ne doit pas davantage nous 
être imputée, attendu que nous n'agissons 
jamais par ces moyens extrêmes que dans les 
occasions (trop fréquentes peut-être pour eux) 
où nos adversaires s'obstinent à ne pas se 



m niTRODUGTIOll. 

laisser vaincre. Nous sommes bien obligé 
alors de les frapper sous une tactique un peu 
plus rude, et de les forcer à convenir, par 
l'argument irrésistible du plus Tort, qu'ils 
sont effectivement les plus faibles dans cette 
guerre de principes ! Et au surplus, il n'est 
pas besoin d'ajouter que ce sont toujours ces 
principes que nous attaquons, et jamais la 
personne de ceux qui les soutiennent. Toute 
personnalité est par la nature même de la 
question en dehors du champ de bataille. 
D'ailleurs, nous ne croyons même pas que 
nos adversaires mettent en pratique le maté- 
rialisme absolu, celui des vils intérêts et des 
passions égoïstes ; et nous n'avons d'autre in- 
tention que de discuter les théories. 

Nous diviserons notre argumentation gé- 
nérale en cinq parties. Notre intention est de 
démontrer en chacune d'elles la proposition 
diamétralement opposée à celle que soutien- 
nent les éminents défenseurs de l'athéisme. 
Ainsi, dans la première, nous nous efforce- 
rons d'établir, d'abord par l'observation des 
mouvements célestes, ensuite par celle du 
monde inorganique terrestre, que la force 



INTRODUCTION. ivii 

n'est pas un attribut de la nature, et qu'elle 
est au contraire sa souveraine, sa cause di- 
rectrice. Dans le second livre, nous constate- 
rons par l'étude physiologique des êtres que 
la vie n'est pas une propriété fortuite des 
molécules qui les composent, mais une force 
spéciale gouvernant les atomes suivant le type 
des espèces. L'étude de l'origine et de la pro- 
gression des espèces servira elle-même notre 
doctrine. Dans le troisième livre nous obsei- 
verons, par l'examen des rapports du cerveau 
à la pensée, qu'il y a dans l'homme autre 
chose que la matière, et que les facultés in- 
tellectuelles sont distinctes des affinités chi- 

• 

miques; la personnalité de l'âme affirmera 
son caractère et son indépendance. Le qua- 
trième montrera dans la nature un plan, 
une destination générale et particulière, un 
système de combinaisons intelligentes, au sein 
desquelles l'œil non prévenu ne peut s'empê- 
cher d'admirer par une saine conception des 
causesfinales,la puissance^la sagesse et la pré- 
voyance de la pensée qui ordonna l'univers. 
Enfin le cinquième livre, point général au- 
quel aboutissent toutes les voies précédentes, 



Kinn INTRODUCTION. 

nous placera dans la position scientifique la 
plus favorable pour nous permettre de juger 
à la fois, et la mystérieuse grandeur de l'Être 
suprême, et l'incontestable aveuglement de 
ceux qui ferment les yeux pour se convaincre 
qu'il n'existe pas. 

Le véritable titre de cet ouvrage serait : 
La Contemplation de Dieu à travers la nature. 
Depuis plusieurs années qu'on annonce ce tra- 
vail comme étant sous presse, nous en avons 
modifié à différentes reprises le titre, qui 
d'abord était purement scientifique {De la 
Force dam runivers) , pour nous arrêter défi- 
nitivement à celui qu'il porte actuellement. 
Sans doute un titre n'est pas d'une impor- 
tance essentielle, et ne mérite peut-être pas 
que l'auteur s'explique si formellement à son 
égard. Mais, dans le cas présent, nous croyons 
utile de déclarer de suite que celui qui ver- 
rait dans les quatre mots écrits sur la cou- 
verture de ce livre l'expression d'une doc- 
trine panthéiste serait dans une erreur com^ 
plète. Il n'y a ici ni panthéisme ni dogme. 
Notre but est d'exposer une philosophie posi- 
tive des scienus^ qui comporte en elle-même 



INTRODUCTION. m 

une réfutation non théologique du matérialisme 
contemporain. Peut-être est-ce une trop im- 
prudente hardiesse de tenter ainsi une voie 
isolée entre les deux extrêmes qui ont tou- 
jours réuni de puissants suffrages; mais lors- 
que nous nous sentons emportés et soutenus 
par une conviction particulière et par un ar- 
dent amour d*un nouvel aspect de la vérité, 
pouvons-nous résister à Tordre intérieur qui 
nous inspire? C'est à l'observateur à examiner 
notre œuvre et à décider si quelque illusion 
nous séduit et se cache pour nous sous le 
prestige de la vérité. Nous ne pouvons nous 
empêcher d'avouer, toutefois, que le jour où 
nous avons lu dans Auguste Comte que la 
science avait mis à la retraite le Père de la 
Nature, et qu'elle venait de « reconduire 
Dieu jusqu'à ses frontières, en le remerciant 
de ses services provisoires, » nous nous 
sommes senti quelque peu blessé de la vanité 
du dieu-Comte, et nous nous sommes laissé 
entraîner au plaisir de discuter le fonds scien- 
tifique d'une telle prétention. Nous avons 
alors constaté que l'athéisme scientifique est 
une erreur, et que Tillusion religieuse en est 



XI INTRODUCTIOH. 

une autre (pour le dire en passant, le christia 
ûisme nous parait encore ésotérique). Nos 
connaissances actuelles sur la nature et sur la 
vie nous ont représenté Tidée de Dieu sous 
un caractère dont la théodicée comme Ta- 
théisme ne pourront sans doute méconnaître 
la valeur. A nos yeux, l'homme qui nie sim- 
plement Texistence de Dieu, et celui qui dé- 
finit cet Inconnu et remet sur son compte 
toute explication embarrassante, sont l'un et 
l'autre deux êtres naïfs dont l'erreur est égale. 
Mais nous n'avons pas à nous engager ici 
dans la méthode antinomique, et surtout nous 
ne voulons pas nous revêtir d'une apparence 
de mystère. Entrons donc de suite dans le 
cœur de notre sujet, en déclarant que nous 
avons fait nos efforts pour exposer avec la 
plus sincère indépendance ce que nous croyons 
être la vérité. Puissent ces études aider à gra- 
vir le sentier de la connaissance, aux esprits 
qui prennent au sérieux leur passage sur la 
lerre et le progrès de l'humanité. 

Paris, mai 1867. 



LIiTRK PREMIER 



LA FORGE ET LA MATIERE 



Nuintri rogunt Mundnm. 



•■. :* i ■• i.; ~ ♦ :) .' K <: . ' 



a 



I 



POSITION DU PROBLÈMt 



Rôle de In science dans la société moderne. — Sa paissanoe et 
sa grandeur. — Ses limites ; de la tendance à les outrepasser. 

— Les sciences ne peuvent donner aucune définition de Dieu. 

— Procédé général de l'athéisme contemporain. — Objections 
contre Texistence divine tirées de l'immutabilité des lois et de 
l'union intime entre la force et la matière. — Illusion* de ceux 
qui affirment ou nient. — Erreurs de raisonnement. -» La 
question générale se résume à établir les rapports réciproques 
de la farce et de la substance. 



Le siècle OÙ nous vivons est désormais inscrit en 
caractères ineffaçables sur les tablettes de Thistoire. 
Depuis le» âges reculés des civilisations antiques, 
aucune époque n'a vu comme la nôtre ce réveil 
magnifique de l'esprit humain affirmant à la fois 
ses droits et sa puissance. Le monde n'est plus cette 
vallée du moyen âge, où Tâme venait pleurer la 
faute du premier père, et s'isolant dans la retraite 
et la prière, croyait gagner une place au paradis en 
persécutant son corps dans le cilice et la cendre. 
Les travaux de Tintelligence ne sont plus ces Ion- 



4 LIVRE I. — LA FORCE ET LÀ MATIÈRE. 

gues, obscures et interminables discussions d'une 
niétaphysique inféconde, bâties sur des pointeS; 
d'aiguilles, échafaudées sur les subtilités de la 
scolaslique, auxquelles de vastes génies se livrèrent 
aveuglément et consacrèrent une précieuse vie 
d'études, sans s'apercevoir qu'ils perdaient à la fois 
leur temps et celui d'un grand nombre de géné- 
tations. Là, où des cloîtres enfermaient dans leurs 
murs les moines et les prie-Dieu, on entend aur 
jourd'hui retentir les lourds marteaux de l'indus- 
trie, grincer les cisailles de fer, siffler lavapeuif^ 
des machines enflammées. Si les institutions mo-, 
nasiiques ont eu leur rôle aux siècles des invasions, 
barbares, leur fin a sonné comme celle de toute 
œuvre périssable : le travail fécond de l'ouvrier et 
de l'agriculteur fait succéder la jeunesse à la déca- 
dence. Dans r^mphithéàtre des Sorbonnes où l'on 
discutait à perte de vue sur les six jours de la créa- 
tion, les flammes de la Pentecôte, le miracle de 
Josué, le passage de la mer Rouge, la forme de la 
grâce actuelle, la consubstantialité, les indulgen-, 
ces partielles ou plénières, etc., et mille sujets aussi 
difficiles à approfondir, on voit aujourd'hui le labo: 
ratoire du chimiste au sein duquel les éléments dé 
la matière viennent docilement se faire mesurer et 
peser; la table de Tanatomiste sur laquelle le nié- 
canisme du corps et les fonctions de la vie se dé-\ 
voilent ; Je microscope du botaniste, qui laisse sur- 
prendre les premiers pas chancelants du sphinx 
de la vie ; le télescope de l'astronome, qui montre 
par delà les cieux transparents les mouvements for- 



POSITION DU PROBLÈME. 5 

inida)!)Ies des soleils immenses, réglés parles mêmes 
lôîs qui règlent la chute d'un fruit ; la chaire de 
f enseignement expérimental, autour de laquelle 
fès intelligences populaires viennent grouper leurs 
rangs attentifs. 

La terre est transformée. On a voyagé tout au- 
tour, on l'a mesurée et ce n'est plus Charlemagne 
qui la porte dans sa main : le compas du géomètre 
s*est substitué au sceptre impérial. Les océans sont 
de toutes parts sillonnés par les navires aux voiles 
gonflées, par la nef rapide dont T hélice perce les 
flots ; les continents sont parcourus par le dragon 
flamboyant de la locomotive et, sous le couvert du 
télégraphe, nous causons à voix basse d'un bout 
du monde à l'autre ; la vapeur donne une vie in- 
À)nnùe à d'innombrables moteurs, et Télectricité 
nbus permet de compter au même moment les pul- 
sations de l'humanité entière. Non, Phumanité n'a 
janîâis assisté à une pareille phase ; jamais son 
sèîn ne s'est senti gonflé de vie et de force comme 
aujourd'hui ; jamais son cœur n'a envoyé avec une 
telle puissance la flamme et la chaleur jusqu'aux 
{{lus lointaines artères ; jamais son regard ne fut 
illuminé d'un pareil rayon. Quelque vastes que 
soient encore les progrès à acquérir, nos descen- 
dants seront éternellement forcés de reconnaître 
que la science doit à notre époque l'étrier de son 
Pégase, et que s'ils grandissent encore et S'ils voient 
le soleil s'élever à leur zénith, leur jour ne bril- 
lerait pas sans notre aurore. 

Mais ce qni donne à la Science sa force et sa 



>« LIVRE I. ^' \A TOBCB tt LA VATIÈRB 

puissjÎBGe, sachons- le bien, c'est d'avoir ponr sujSt 
d^études des éléments bien déterminés et noù pWs 
des abstractions et des fantômes. C'est que : cMitiiei 
elje s'atiàqne au volume et au poidà des corps; 
examine leurs combinaisons, détermine leurs réla«- 
tidns; — physique, elle cherche leurs propriétés^, 
observe leurs rapports et les lois générîales <i[ui les 
régissent ; -^ botanique, elle coibuftence l'étude 'flei 
prenilèred conditions delà vie; —ioôibj^ie,'' elle 
stiit !és îfcfrmes dé l'existence et enregistre 'Ite ftln(S- 
tions aÉssignées aiix organes, les principes de la' cJrL 
calâtioh'dèla inatîèlredïeiîles êtres vlHi^anlis,de lètlt 
entretien et de leurs métamiorphoses-, -^ aiithrcipo^ 
logie, elle constate les lois physiologiques en tfctîôîi 
dans ^organisme humdn et détermine le rôle ' de^ 
divers appareils qui le constituent; — afstroticM- 
mie, elle inscrit. les mouvements des corps céleste* 
et en dégage la notion des lois directrices de l'uniï- 
vers ; — mathématique, elle ^formule ces Ma *t 
ramène à' l'unité les rapports numéri<|ues deS 
choses. C'est cette détermination précise dé Fobjiôt 
de ses études, qui donne à la science sa valets «I 
son autorité. Voilà comment, voilà pourquoi ell^ est 
grande. Mais ces titres robligéiit à un devoir impd^ 
rieux. Si, oublieuse de cette condition de sa pruis^ 
sance, elle s^écarte de ces objets fondameûtarip 
pour voltiger dans respaceimaginaire, elle perd'au 
même instant son caractère et sa raison d'être. 

Dès lors, les arjgum^ts qu'elle prétend imposer 
dans ces régions hors de sa portée et dé son but| 
elle n'en a plus le droite ni la mission ; elle perd 



fX^lniQ ialops sa propre qualiié ^t ne mérite plus ide 
peprfer le. naxQ, de. science, £n cette po&ition, c'est 
\kf^ ^puvejraine qui vient d>b4iquer. Ce n'e$t plus 
elle, que L'on écoute, ce sont des savants qui pé- 
rirent (ce qui ^'est pas toujours la même cho6e)ii 
]l^t ces savants» quelle que soit d'ailleui^s leur van 
l^V^Xt ne sput plus ^ep interprètes de la science, dès 
L'jfust^nt qu'ils sVélancent ea dehors de sa sphère. 
jOr, telieest préc^ément la position des dôfeor 
s^yns du Mat^mUsfnç ço^temporait^; ils appliquent 
^j^strpnQmi^) la chimie,.; la .pl>ysique, la physio^ 
^ggie,;à jdes problèmes qu'elles.r^e peuvent ni ne 
3(Qi)lent résoudre, et nourSQulementils contraignent 
ji^ yscipnces à répondre à de^ questions hors.de 
leur «compétence» mais encore ils les torturent 
iH^luaie de. pauvres esclaves pour leur faire avouer 
opntre. leur gré, et à faux, des pri^positi^ms^au^ 
,qU€J^l69[ elle^ n'ont jamais pensfâ. Au lieu d'être^ les 
û^q^îpitenraid'U u;i9t,.;ils sont Jepi inquisiteurs du 
^ît. Mais, ce n'est. pas, 1{( science qn'ils tiennent 
j^trel^u^s mains, oen'c^n <est que le aimiUr 
bore.' • •• ' ■ "i 

' I^tous .constaterons dans les discassions suivantes 
que ces sautants sont complètement en dehors d? 
la aqiencef, qu'ils se trompant et nous ti'^^mpent^ 
ipie leurs raisonnements, leurs déductions, leurs 
Kmil^éqMenees sont, illégitimes, et que dtos ileu^ 
amour' épeiidu pour: cette scîenoe virginale, ils It 
e^anj^rômettent singulièremenl et la {)erdvaient en* 
tiërement dans Festîme pubUquov si Ton n'avatt 
^ .soiu< 4^ monirer qu'au lieu de la réalité^ ib 



« LITRE I. — LA FORCE ET LA MATIERE. 

n'otit en leur possèssidn qu'une ombre illusoire. 
La circonstance la plus fâcheuse et la raison do- 
minante qui nous ordonne de protester contre ces 
exploits d un étendard tromi>eur, cest qu'à notre' 
époque on sent, ou du moins on pressent universel 
lômenf le rôle et la portée de la science ; on com- 
prend que c'est hors d'elle qu'il n'y a pas de salut, et 
que Thumanitési longtemps ballottée sur Tocéan de 
Tignorance, n'a qu'un seul port à espérer : la terre 
ferme du savoir. Aussi la pensée humaine étend- 
eMe avec conviction et espérance ses bras vers la« 
science. Depuis un siècle elle a déjà reçu tant àé 
preuves de sa puissance et de sa richesse, qu'elle 
est disposée à en accueillir avec reconnaissance t9u8 
les enseignements, tous les discours. C'est là que 
gît momentanément un piège pour le spiritualisme. 
Dn certain nombre de ceux qui cultivent la science^ 
qui la représentent ou qui s'en sont fait les inter- 
prétée, enseignent de fausses et funestes doctrines : 
les esfKrits ialtérés et incertains qui puisent ddn$ 
leurs livres les , connaissances dont ils sentent le 
besoin, boivent avec elles un poison pernicieux, 
susceptible de détruire en leur sein une partie de& 
bienfoitsdu savoir^ Voilà pourquoi il est nécessaire 
d'arrêter un entraînement aussi déplorable, qui 
menace d'être universel. Voilà pourquoi il est sou- 
vei^inement indispensable de discuter ces doc- 
trines et de rnontrer qu'elles sont loin de dériver de 
la science, avec autant de rigueur et autant de faci- 
lité qu'on veut bien le dire ; mais qu'elles sont bien 
plutôt le produit grossier de pensées systématiques 



LES GRANDS PROBLÈMES. 

qiriy retournées perpétuellement sur elles-mêmes, 
ont eu l'illusion de se croire fécondées par la 
science, tandis qu'elles n'avaient reçu de cet écla- 
tant soleil qu'un pâle et stérile rayon fourvoyé de 
sa direction naturelle. 

Uest certaines questions profondes qui, dans le 
cbui^s de la vie humaine, aux heures de solitude et 
de silence, ae posent devant nous, comme autant 
de pdints d'interrogation inquiétants et mystérieux. 
Tels sont les problèmes de Texislence de Tâme, de 
mitre destinée dans Favenir, de l'existence de Dieu, 
dé i^s rapports avec la création. 
•"'Cesvastes et imposants problèmes nous envelop- 
pent et nous dominent de leur immensité, car nous 
senions qu'ils nous attendent, et dans notre igno- 
rance à leur égard, nous ne pouvons raisonna- 
blement nous affranchir d'une certaine crainte de 
l'inconnu. Comme l'écrivait Pascal, l'un de ces pro- 
blèmes; celui' de Pimmorlalité de l'âme, est une 
dibse sî importante, qu'il faut avoir perdu tout sen- 
thtaeïit pour être dans rindifférence de savoir ce 
qà*il en est. La même remarque peut être appli- 
quée à rèxistence de Dieu. Lorsque nous réfléchis- 
sèiif^ à ées vérités, ou seulement à la possibilité 
âé leur existence, elles nous apparaissent sous un 
as/pfèct si formidable; que nous nous demandons 
coihmènt il pourrait se faire que des êtres pensants, 
ât^ hd mmes, puissent vivre une vie entière dans les 
prêôccû'pations des intérêts transitoires, sans être 
qUelefuefois tir es de leur apathie par ces interroga- 
tîî)dfeitd|ilacables.S'il est vrai, comme nous croyons 

1. 



10 LITRB I. ^ Ik FORCE Ef U MAfflÈRB. 

l'avoir observé dans le monde, qu'il y «1 deb 
hommes complètement indifférents, qui n-ont: >Ja(* 
mais senti la grandeur de ces problèmes, noos 
éprouvons à leur égard un véritable sentkiient Ûb 
pitié* Mais, si pouss^ant l'indifférence à up degré 
pius brutal encore, il en est qui, de pairti délibéré^ 
dédaignent d'élever jamais leur esprit ver&ees im- 
portenfs sujets, parce qu'ils leur préférant, les 
douces joi;â$sanoes de la vie physique, eeul^HlM, 
avouims-'le hautement, nous les laissons sans >s«ri£- 
pule dans leu^ inertie, les considérant <çomme^éfi 
dehors dé la sphère mteillectueHe : lest penseurs tré- 
servent leurs travaux et leurs études pburioeuniqjqi 
jugent à plus haut prix les contemplattonsi dei l'iè- 
telligence; ■ ; î 

Le problème de rexistencedèDîeuestlep^anièr 
d'entve tousj. Aussi est-ce celui contrç lequel siittt 
dir^èsl^s fHrémières et lesplus puissamtesJraâteridb 
des matéidalistes que nous ' avons' à ieonîbattn&; Oh 
veut : prouver par la science positiîita tqué i Dièn 
n'existe pas, et que cette hypothèse n'e^t qu'une 
aberration de Te^prit humain. Un grand nomèore 
d'hommes sérieux, convaincus de la valeur de o^ 
prétendus raisonnements sdenfîfiques^ se sont suc- 
cessivement rangés autour de ces novateurs red- 
taures, et les rangs des matérialistes se âont déme- 
surément grossis, d'abord -en Ailemagne,.pui8 en 
France^ en Angleè^re, en Suisse et nrëmè enlitaiie. 
Or, nous ne craigiions pas de lé dire, tous ceux 
qui, maîtres ou disciples, s'appuient sur letémcâ- 
gnage des sciences expérimentales peur conclure à 



4arf»nèii-eKi^eiice .db< Dîeu,*lc(Hnàiettent en cela^Ih 
fjuiffgmve dea inoDixsëflpielices; ]!Iôiis sommes eii 
anesure-delisl» aqcBser de œUe erreur^ et nou^jn»- 
difiBrooé oette aceusation, quoique les esprits coii^ 
âr&'Iesqneis elle* est dirigée^ plussent: ètvel'd'ftiabnp 
«parti des* faùDRimès émînente ef hosorabllss. C'est s^ 
4iofn;<^ même de ia science expérimentale «pie noils 
aréndos tés oombaitreiw Nous laissons dans FonibTp 
^ute-seieBce spéculative, pour nous placer exolil*- 
-simnent sur le même tevrain que nos adversaires. 
rNoua^ne pensofiist^s avec J^moerile quelé* màil^ 
-fenrtBHyyen^de vaqder fmtitueiisefiiei^ ài lai >phildsè- 
qfiiiiie^rsoit de s&erever loi yeux pout échapper aux 
^tntetîoDs^ et 1 ausi oi)servatieq[m dû monde <6rté^ 
rieur : au contraire, nous restons fermenièiM 
dânfi^ia^ st)hàre ée Tobs^rvation ebdeTégipéiriedee. 
Skaé celtâ position ^im>us déclaFons que d'uncfité 
JastSiMG&iiea'QCcupè paâ im«iédiatefl|ie9it>du.prd^ 
fUlèaul jdto Dîeii,<efc que d'4in> autre côté^ ikinsqu'ioii^Éi 
nâë&tfà appliquer à ce'problècàe nos oennaîssances 
-scséatîâquesaeiitdUfs^loitl de tendre à^la négatives 
-flUes «fflrment ati aoBtraine llntelligenee et la>s^ 
-^essefdtts lois ^ui régissent la nature* . i. i'b 

fiL'élévatioQ irersfièeûi par rétode sôientifique dp 
kinsdiirei) nous tient à égale distance de; deux ao- 
4rèi»és( : de ^us qui nient et I de œmk qui se peiV 
.inetliN|it.de défitrii^lamiUèreiîièRt Ifteauseiscqparème^ 
eebaÉbee'ttsanraientéfè^dmîs^à 3on obnseil^ fibùi 
«oâibattens paar kis nbéines «raoes àesax puissanoéfe 
cppodéës r le maténatisme' et l'illusion religieuse 
Nous peQSMm^qUrHliesti'ëgajksnavt' fmt el égala- 



ti^ LIVRE il •- LÀ POttCte fit 1^ iTAflÈRB. 

dpnbft'oht'-fditieûr lemps'ét h^ote n'ôti vdUlbt» 
plus. Nous ravouôTis'àVeic les mËtërâalistesf teiiix> 
qui ont pris Dieu pour point' dé' d^att et: !non ' la 
ilature nous ont^ld Jamais e)^pIîquè:les>propviét6s!| 
dé' la matière oui les lois d^aprëis les^pièUesiie^ 
mondé est gouverné ? 0nt4k pa Mus^ dire si ie sof* 
tcÂl marchait bu s'at^rëtàit? si la' terre -étdiit vm 
globe ou une plaine? qud était le dessein de 
Dteti, etc//'Noi^, ear celait une "impossibilifè^ 
Partir dé 'Dieu âan'sia i^cicherehe 0t à^n& ïexsaHàm- 
de là tl'éàtioh , o'e^ uq procédé qui n'a pM 4/& sens 
ni de but. Cette triste méthode d^étiïdier là '«aturie 
et d*en tirer des conséquences philosophiques en 
(Croyant pouvoir par une simple théorie construire 
l'univers et établir les frites naturelles a; heureux 
sèment perdu tout crédit depuis longtemps; C'est 
précisément à la métho^oppo^^ que les seieiièes 
liât urélles doivent les grands prc^rès' et lés f ôsul^ 
tats si hëureuic de^iifottie tdmps. * .: . ». 

Mais de éè qu'eh VeHu dé la'i^iidnoe eicpérimen- 
tàle nous substituons à Fh^pdthése précédente les 
rêèultabs a jtra^^^ofi de t'éxldnien^ est-ce une rai- 
son' pour qiie nous soyons obligés de fermer tes 
yeux et de m'er TinteHigènce', la. sagesse, rharmo- 
nie révélées par robsérvafion miême? Est^^e ime 
raison pour lious* refuser â tmtte concliision ^ philo- 
sophique et pour rester en chetnin' de crainte de 
toubher le but? Est-ce uhe -raison pout* donner la 
main aux sceptiques modernes qtii, malgré l'éVl- 
dehce, rejettent toute lumière et toute eoivclusion? 
Nous ne le pensons- pas. C'est^ au contraire, en 



,' . .{ ;i'ATHCf SUIS IQONTBll^OIUIll. , ;, ^ . | jfi^ 

vertUi^^ la mëUio4e qu'Us pr^con jf ep V /Vie ^m% 
constatons leun refu^ et leur jnAWSjèqfj^nfie^, / . 

;,i II importe, aMant tput0. disiçus^ioQ, d^ bieadéyl 
t^rminin^Jes poaitîops réciproque,, ^rt. d'éditer, 
tfàitBiiàkfteadu. Nous espéroii^que lesdéc^f,rajlîonj| 
qui pfréeÙeut wffisQnt ppuv établir . cat^|poi:iquÇf-, 
ment la nôtre. Nctu$ combattrons fraç/ct^fpent la 
HÉatèriaUsme) non pas avec .les ar^oçs d|Ç hn, fyl 
réKgiâuse^non pasatec les argument^ de la.i)I^i;ft 
aé«)fogîe isoolalstiquei non pas fivec ies^ntprit^^^ 
la Uaâltiojof, maïs par les raisonaeinentisi fu^ji^qpire 
et' fôooide la ' eontemplatiop $iiientif\qtfç dp l^pir^ 
Yers» . M.;.. • ^ •. . , .: ...... ..^ 

> > Exaoïinons d'abord sous up premier coup, d'œil 
d'ensemble le procédé général à/^[ l'athéisjo^e^ co^<l 
teropora|n^ ' . . .. .i .. . 

> Ce proeédé oirrede£j^ppar^.sAn9il)l^aye(icelv^ 
dbitf jle baipn d'Holbach s^ senfit à la f^n du.^i^lf^ 
• dernier, pour établir son falpe»^x. l^ystème ^ ^ ^tot 
ltiyv^:œum d'ua matérialisme ^yul{[aiirQt pour la- 
quelle fitetfaie trouvait quil n'avait gam^is a^z jdf^ 
mépris et qu'il traitait de « véritable quinteaqçnee 
de^laTÔeillesde fade et insipide* » Le nçiuyeau p^ 
cédé^' plus , exclusi:vement scientifique toulefçis^ 
consiste principalement à déclarer f|ue Içs iprceç 
qUi.dirigentle monde ne le dirigent pas ; que loin 
dfêtee $ouyerpiin(Q$ de la matière, elles en sqnt le§ 
enclaves ^ et.quje c'est la matière (inerte, aveugle 
él'dépourvue d'intelligenjçe) qui, ,se mouypt ellei- 
miftme,[ ae dirige d'après.deslois, 4Qnt plle.fst incia^ 
pable toutefois d'apprécier la portée» , 



Id LITRE I. -^ hk FOBCE BT U MATIÈRE. 

Nos matérialistes actuels prétendent que la roa^., 
tière existe de toute éternité, qu'elle est revêtue, 
éternellement de certaines propriétés, de cerlaia& 
attributs, et que ces propriétés, qualificatives de \^ 
matière, suffisent avec elle pour expliquer Texis-, 
tence, Tétat et la conservation du monde. i 

Ils substituent ainsi un dieu-matière au Dieu-t 
esprit, Us enseignent que la matière gouverne J^. 
monde, et que les forces physiques, chimiques^; 
mécaniques, n'en sont que des qualités. ,| 

Pour réfuter ce système, il s'agit donc à*en 
prendre exactement la contre-partie , de démontre^ 
que c'est un Dieu-esprit qui régit la création ^t, 
non pas un incompréhensible dieu-matière ; d'état 
blir que la substance n'est pas la propriétaire de 
la force, mais au contraire son esclave ; de prouh 
\er que la direction du monde n'appartient pas» 
aux molécules aveugles qui le constituent, mai^ 
aux forces sous Faction desquelles apparaissent le& 
lois suprêmes. Foncièrement*, c'est à cette démon*, 
stration fondamentale que se résume le problèn^e.. 
Nous espérons qu'elle ressortira éclatante des élur. 
des qui font Tobjel de notre travail. 

Et puisque nos adversaires s*appuient sur les vé- 
ritables faits scientifiques pour établir leur erreur,, 
il s'agit encore pour nous de nous appuyer sur les, 
nièmes faits pour la combattre. 

A vrai dire, lors même qu'il serait démontré, 
((ue l'univers n'est qu'un mécanisme matériel|, 
dont les forces n'appartiennent pas à un moteur 
mais remontent sans cesse à la matière et en des« 



L'ATHEISNC GOKTEVI^OIUI!!. il' 

cenderit sans cesse comme un système de mouve- 
ment perpétuel , la cause de Dieu ne serait pas 
perdue pour cela. Mais depuis les origines de la 
philosophie, Sepuis Heraclite et Démocrite, le sys-^ 
tëme mécanique du monde fut généralement le 
refuge et la raison des athées, tandis que le sys^ 
tème dynamique fut l'appui des spiritualistes. Nous 
appartenons en principe à la conception dynamique 
du monde et nous combattons le sy^ème incom^ 
plet d'un mécanisme sans constructeur. Comme 
Texprime judicieusement M. Caro*, d*uncOté'le 
« mécanisme ^ explique tout par des combinaisons^ 
et des groupements d'atomes primitifs, éternels. 
Toutes les variétés des phénomènes , la naissance/ 
la vie, la mort ne sont que le résultat mécanique 
de compositions et de décompositions, la mânifes^ 
tation de systèmes d'atomes, qui se réunissent oit 
se séparent. Le «dynamisme,» au contraire, ra- 
mène tous les phénomènes et tous les êtres à l'idée 
de force. Le monde est l'expression soit de forces 
opposées et harmonisées entre elles, soit d'une forcé 
unique dont la métamorphose perpétuelle fait 
l'universalité des êtres. ' - •* 

On peut constater que quoique TexpUcation se- 
conde des choses soit jusqu'à un certain point indé-^ 
pendante de l'explication première ou métaphy- 
sique, l'histoire atteste ce fait constant qu'il y ii 
affinité naturelle : — d'une part entre l'explication 
mécanique du monde et l'hypothèse qui suppririiè ' 

« La Philosophie de Goethe, ch. ti. 



18 LIVRE I; — U FORCE ET LA HâTIËRE. 

DièH ; -^ d'autre part entre là' tiéorie dytiiamîqiie dû 
ïhonde et T Hypothèse qui le divinise dans son prin^ 
cîpe. La théorie mécanique établissant la pure néces- 
•éité mathématique dans les actions et les t'éactibns 
qui foiTOent la vie du mondé, est incoiflplète, car 
elle supprime l'idée de cause et dissipe en fumée 
îe monde moral. La théorie <!'une force ùiiiqtiej 
universelle, toujours éa acte, formant ïa variété 
des êtres' pat ses méfamorphoâefâ, rapporte cette 
universalité mystérieuse â unefohie primordiale.' 
■On pourrait iànc 'sltnplèmetit ricckï^r le procédé 
général de hbs cOnfradteteurs dé 'Consister èn^ufiè 
faute grammaticale : iàttril^er à' là matière ùiiè 
|miésàilce qtii n'appartient qu'à la forcé, et pré* 
tendre que la force n'est qu'un adjectif quàlificaîlt 
tandis qu'elle a les mêmes droits que la mafiéi^ 
au rang de substantif. ' 

Examinons maintenant dans ce rtiêmé coiiffi 
(Tdeil d'ensèthblè quelles sont lés gryn des erreurs 
qiii ïnirtlient dé piiir' à^eè be procédé et lêsoti-^ 
tienriéùt,- et que lïoùs rencontrerons soûs diflffi^ 
rërites" fori^es dans le dlêtail de nos discussions: * 
' ta première erreiir générale dont les iriatêria* 
Ust^ éoût abusés, c'est qu'ils s'imaginent qiiepouV 
qtlé Dieu existé, il faut qu'il jouisse d'une v6- 
toïité éaprlcieùsë et non d^ûnè volonté côristaritë 
et immuable dans feà perfection. Par exemple^' 
Œrsted, le savant scrutateur dû liaonde physique,- 
a^ exprimé judicieusement les rapports de Dieu 
avec la nature ert' diiiànt qùë t le monde est gou- 
verné par une raiso éternelle qui' iiouà lilâtaiftistë 



Pi^,eli^eltfi,40»^Us: h\»i iHimwJble& de la iiaturie.r.ip 
Le àoçimT Buchner opposa à ce(te ,prppo$itiQii h 
sp^pieM^e ot)jQctipii , que voici.;; iif Pereonpe .ne 
^^unai|t comprendra, dlMI, comment une raison 
^(^ernali^.qui gouvernev&'acQord^ avec des \m ^fn- 
9^ua|1iiilQ$^ Om CQ sonl*le$ lois de la iiaUu;e .qui goiif 
vf^rn^^t, ou .c^e$t> raisofi éternellç.; Ijçs.mpes^à 
^ô{éi>de,lf autre, entreraient à tput moment en.çp^ 
^^iop. 3i la raison éj^neU&g9Uve;rnait« l^^loisj^ 
la n^^um^raient ^jtfârft^es; siancokain^ir^ 103^)1?^ 
^99Vl9iblfs^d£ila,natu£« govv|QrQ«Qit,:çjile^.e;uî^iient 
4Q^tt9|in^veQlÂQn divij^e.:^ ^,«.Sipn^ipe^an9«(î(é 
gfffpi^rn^U matîèi^e.dans un but, >: dit Iklolesdb^i 
la, Iffi fde la.aéicessité disparaît de lan^^re. Çiiaqjiii^ 
p)])^)[^pmène devient le partage du j^dH h^wAM 
/^i^ flrbUrqif^ s^xi» frein {l\). » ;:..,, .,(..] 
On conviendra que celte grave obj^ctipn e^^^s^efi 
j^i^li^e* Ce lHza^e:raisonneim|3nt cba^cpt^ p^ sa 
PWPrfj^^ÇGf J^^^' semble, m .çoulr^A, m^l VtPh 
tftHig^(îÇ'4Wij5çfa«|t repaarq^r dai»^ Ips.J^^is dp 
l^iiUpU^^ démontre au moin^ rin,telligen(^,de..]ja 
cau^e à laquelle ces loi$. sont in^ .et .^ue.ços^ ^9^^ 
pppt, préciîiçaient rexpFjession imm«at4çj .diÇ ^t^ 
i^ligeooe, éternelle^ N'e$t-il pas quelfuei pgu xî4îf 
. ç^ de prétendre que cette can^ doit cesser, d'exiçrt 
t^p J>^r.4a raison qu'elle est en intimp açppiid.ayçij 
ç^f ^VWi^Uû^êmies? Vpîjçî, parewnpterfln.excejL, 
le^ ba^pis^ d!^^e habiletjè si,. p^faite quelle 
îpcqrds flui s?e wp^enti de§ cqrdfis. ^rj^rnissç^tes. ?emr 
^p^t ^denJiJ^éSi ayefj is\ p(?i^$ie:,d^ sofli5.4flfte.:;dûns 
€pttp,^W^îi>>Wte.pasi)çafi|ip|^^ Wft^Wr 



10 LITRE I. — U FORCE ET U MATIÈRE. 

tence, il îaudrait qu'elle se mit parfois arbitraire- 
ment en désaccoixl avec les lois de l'harmonie! Ce 
flttode de raisonnement est si évidemment faui, que 
eeux-là même qui I emploient le reconnaissent im<^ 
pticitement. Ainsi, Bûchner rapportant, à propos 
des miracles, ce fait, que le clergé anglais avait de^ 
mandé au gouvernement qu'il ordonnât un jour gé^ 
•néral de jeûne et de prières pour détourner le cho- 
léra, loue loitl Palmerston d'avoir répondu que la 
propagation du choléra reposait sur des conditions 
naturelles en partie connues, et pourrait mieux 
être arrêté par des mesures sanitaires que par dés 
pHères. Fort bienf L'auteur ajoute mieux encore. 
« Cette réponse, dit-il, lui attira le reproche dV 
théisme, et le clergé déclara que c'était un péché 
mortel de ne pas vouloir croire que la Providence 
pût trangresser en tout temps les lois de la nature. 
Queiie singulière idée se font ces gens du Dieu 
qu'ils se sont créé. Un législateur suprême qui 
se laisserait fléchir par des prières et des sanglots 
pour renverser l'ordre immuable qu'il a créé, 
violer ses propres lois et détruire de sa main Tac* 
tion des forces de la nature. » — « Tout miracle, 
dit aussi Gotta, s'il existait, prouverait que la créa- 
tion ne mérite pas la vénération que nous avons 
pour elle et le mystique devrait nécessaireménf 
conclure de l'imperfection de la création à l'im- 
perfection du Créateur. » 

Ainsi voilà nos adversaires une première fois 
retournés contre eux-mêmes en ce que d'une part, 
ib ne veulent pas admettre qu'une raison éter- 



L'ATHÉISME CONTEMPOBAUT. SI 

oelle puisse s'accorder avec des lois immuables^ 
ai que d'autre part, ils pensent avec nous qut 
l'idée d'immutabilité ou tout au moins de régula** 
rite s'accorde beaucoup mieux avec la perfectioif 
idéale de l'être inconnu que nous nommons Diei^^ 
plutôt que ridée de changement ou d'arbitraire qus 
certaines croyances prétendent lui imposer. 

Une seconde erreur générale qui n'est pas moini 
funeste que la précédente et trompe également 
nos contradicteurs, c'est de ordre que pour que 
Dieu existe, il faut qu'il soit en dehon du mondes 
Nous ne voyons sous aucun prétexte la raison dq 
cette prétendue nécessité. Et d'abord, qu'est-ce que 
cette idée d'iuie cause souveraine en dehors du 
monde? Où limitez-vous le monde pour laisser 
prise à cette idée? Le monde, c'est-à-dire Tespaocf 
dans lequel se meuvent les étoiles et les terre^» 
n'est41 pas infini par son essence même? En quel^> 
que lieu que vous imaginiez une limite à cet esi- 
pace, est-ce que au delà le m^e espace ne se; 
renouvelle pas ? Est-ce qu'il est possible de placer 
des bornes à l'étendue? Où donc imagineraitnon ce 
Hmi en' dehors du monde? Est-ce en dehors de iâ' 
matière que l'on veut dire? Mais qu'est-ce que te 
matière elle-même? — des groupements de molè^i 
cules. insaisissables. Il est donc impossible de pré*' 
ciser une pareille position. Dieu ne peut pas êtrei 
en dehors du monde, mais il est dans le même 
lieuse le monde dont il est le soutien et la vie. 8h 
nous necraignions Taccitsation de panthéiste, noua^ 
ajouterions qu'il est « l'âme du monde. » L'univers 



^ LIVRE ri. -- U FORGE ET U MATIÈRE. 

YJLt.pa^. DjLçv cfm/iïx^e le corps obéit àrâme, En vaini 
i^ thjéofpgiepîi pr^tendieat-il$ que r^space^nepem 
^nç injSi^i ; ,^q .vaîn Iqs matérialistes s'acharneat*. 
^s après qn Dieu ^n dehors du monde ; nous ^u*. 
f^ç^^ qu|a pieu, ififini, est avec le mionde, aa cbai 
}i|ç.afomei d^ Twaiv^rs» Nous adoroas Diet^dam Ufi 

i; ûqpeodaot nos adversaires coo^battent éperdui 
ment leur fanti)ime« « Il ne faut paa considérer l^ 
gQuverqçmeAlf 4e V^nivers coaune unordi^ réglé 
9§p.unie£|prij[,^^49!hfr;^di4mondei dit^trau^s, wn^i^ 
QfifM^ ^ rç^spn immanente aux forces cosmiquesi 
Qtj àtleyrS; rapports. <» Pour nous, cette ràî^em^, 
nops jlt'appelons lU^, ts^ndis que les athées jno- 
4ernç^, 9^ servent de celte déclaration pour fKfh 
ncincer qpQ DiQu n'étant pas en dehors du monde, 
ijK'jçxisitç p^. a Tout, dit H. Tuttle, depuis la 'teigne^ 
({i^r,doQ de .r^pre^ion) qui danso aux rayons, di;t 
^1^, jyçqia'ià. î'intelligonce hun^aina qui .émana] 
4^ .mas^s ^mooltoi^es du cerveau^' est soumis à? 

des principes fixes. Donc Dieu n'ei^iste pas» n^^Doo^' 
Diçu ex^be,. cûnolnQns<Ao48. — «. {libre à chacun 
de franchir les bça^nes du monde visible^ dit 
fiûchn^r, et (iâ chercher au dehors une raison qvà 
gouverne, une .puissance absolue, une âme dii 
monde, un Dieu personnel, ^ et&. Mais qui ^t^ce' 
qui vous parle de cela? « Jamais et nulle part, 
dit le même homine de lettres, dans les espaces les 
p^s élo^nés que le télescope ait révélés, on n'a 
pu observer un fait forniant exception et qui puisse 
fi^jre adfnettre la nëçessilë d'une force absolue^ 



' VÊS ILtUSIONI^ DE L'ATHËIsilE. iS 

i^^ant au dehors des choses. »lfdi$ encore iiné 
^s, c(Ui vous parle de cela? « La force ti'est pas 
tth Dieu qui pousse, dit Moleschott, ce n'est pas une 
eàsence des choses isolées dii principe itiatériel. il 
Personne n'aura la vue assez bornée, dît-i! àilleutis, 
^urvbir dans les actions dé la nature dès forcée 
qui ne seraient pas liées à un substrat matérict;' 
{Hlefbrce qui planerait librement au-dessus de la 
n/aliéré serait une idée àbs^olument vide. 
'*•' Décidément, îtya èncoi'e aujourtfhui dèscHe- 
valî*s étt^ûisy qui guerroient ' auteur ' des vieux! 
maddirsâû Rhin et qui vélo^tiërs se battent contre 
dés muuIiUs à vent, à la façon des héros de Cer-^ 
vantes. Car enfin, quel est le philosophé d'aùjoùr^ 
d*hfai qui enseigne un Dieu ou des forces en dehorè 
de la hattire? — Nous Voyons on Dieu Tessenc^ 
^Wùelle -qui soutient Ife ihonde datis chacune dé' 
^ partîesf itifininiënt petites; d'où il résulte' ()ùe 
te'^nokmde eu est comme baigné, imbibé de tdati^ 
(àrts,:ëf que Dieu est présent danslet composition' 
datottexlt chtoue corps. ' ' "^ 

'Ainéi, la première trancnée creusée pai^ nos àd- 
\^rsaîires pour le siège du spiritualisme a été corn- 
ifléfepar eùx-mèmes ; la seconde n'est pas' ttiênie 
(ttfigéë contre la citadelle, et nos soldats allemands 
ne fbnt qtïe battre la campagne. 
. 'One troisfème erreur capitale et impardonnable 
poiir des savants d'un certain âge, c'est qu'ils s'i- ' 
maginent avoir le droit d'affirmer sans preuves, et « 
qu'ils ^e b^t^ent'de la naïve confiance qu'on est 
foreô de^ les croire sur parole. Ils affirment là où ' 



241 LITRE I. ^ U FORGE ET LA ViTIÈRE. 

la vraie science garde le plus profond silence. Ils 
affbrment^ comme sils avaient assisté au conseil 
de* la création, ou comme s'ils avaient créé le 
mande eux-mêmes. 

Voici quelques spécimens de ce genre de raison- 
nements» dont l'infaillibilité est si fièrement pro- 
clamée. Que les esprits un peu accoutumés à la 
pratique 'delà science se donnent la peine d'ana- 
lyser les affirmations suivantes : 

tx La force, dit Moleschott, rCe$t pas un dieu^ 
donnant Timpulsion, elle nV^t pas un être séparé 
de la substance matérielle des choses (voulez-vous 
dire séparé ou distinct ?) C'est la propriété insépa- 
VBble de la matière, qui lui est inhérente de toute 
éÊiertàté. Une force qui ne serait pas attachée à la ma- 
tiène serait une idée absurde. L'azote, le carbone, 
l'hydrogène et l'oxygène, le soufre et le phosphore 
ont des pn^riéfés, qui leur sont inhérentes de 
t^te éternité. , . Doncla matière gouverne Thomme. » 

Chacune de ces affirmations ou de ces négations 
est une pétition de principe : tout dépend du sens 
que Ton donne aux termes discutables employés ici; 
elles se résument à déclarer que la force est une pro- 
priété de la matière. Or c'est précisément là qu'est 
la question. Ces fiers champions qui prétendent re- 
présenter la science et parler en son nom, ne dai- 
gfient même pas suivre la méthode scientifique, 
qui est de ne rien affirmer sans preuves. Us ont 
stéréotypé une maxime qui brille en lettres d'or 
^^ le déploiement de leur drapeau : « Toute pro- 
p^ition non démontrée expérimentalement ne 



LES PRÉTENTIONS DE L'ATHÉISME. fS 

mérite que le dédain, » et ils l'oubliest dès le-dé*^- 
but de leur discours. Ce sont des prédicateurs d'un ' 
lïMiTeati genre : Faites ce que je dis et non pas oc., 
que je fais. Nous constaterons en eCfet que ceux 
qui affirment que la force ne donne pa^ Timpulsion 
à ta matière, prennent cette idée dans leur imagir 
lotion et non dans la science. 

Écoutons quelques autres affirmations géné- 
rales. « La matière, dit Dubois-Reymond, n'eêt pas 
ufi Véhicule auquel, en guise de chevaux, on met- 
tifâit et on dterait alternativement les forces. Les 
pï'opriétés sent de toute éternité inaliénables, in- 
frànsiBissibles. » 

Sur la destinée de Thomme, Moleschott n'ex* 
prime ainsi . « Plus nous concevons dairraieat 
que nous travaillons au plus haut développement 
dcf Phumanité par une pAdicieuse (î) association d'a- 
dde caii)onique, d*amm6niaque et de sels., d'acide 
humS^ue et d'eau, plus aussi deviennent nobles la 
lutte et le travail, » etc. 

Et dans notre pays même : « Une idée, dit la 
Revue médicale^ est une ccHnbinaison analogue à 
celle de Facide formique ; la pensée dépend du 
pliosphore ; la vertu, le dévouement et le courage, 
sont des courants d'électricité organique, » etc. 

Oui vous a dit cela, messieurs les rédacteurs? 
Vos lecteurs doivent s'imaginer que vos maîtres 
enseignent de telles plaisanteries. Or il n'en est 
rien. Au point de vue scientifique, ces raisonnements 
sont absolument nuls. Vraiment on ne sait lequel 
admirer le plus, ou de Paudace de ces singuliers 

s 



« LIYlffi I. — U FORGK ET LÀ VmtiE. 

représentants de la science, ou de la naïveté dé 
leurs prétentions. * s 

Newton disait : « Il nous semble. . • » Kepler disait : 
: 'e vous soumets ces hypothèses... Ces messieurs dis- 
sent : J'affirme^ je me^ eed estj ceci nest pas, ùt 
science a jugé^ la science a prononcé j la sdenee eon^ 
damne^ bien que dans ce qu'ils allèguent, il n'y ait 
das l'ombre d'un argument scientifique* 

Une telle méthode peut avoir le mérite de Ifi 
clarté ; mais, à coup sûr on ne lui reprochera pas 
d'être trop modeste ni d'être vraiment scientifique. 

Tous avez la hardiesse d'imputer k la science la 
lourde somme de vos hérésies. Si la science votis 
entendait, messieurs — mais elle doit vous entén* 
dre, car vous êtes ses fils — si la science vous en- 
tend, messieurs, elle doit légèrement sourire «he 
votre illusion. 

La science ûffirtney dites-vous, la science nt^^ la 
science ordonne, la.science défend... Vous lui met- 
tez dé grands mots sur les lèvres, à cette pauvtle 
science, vous lui supposez un grand orgueil dans 
le cœur. 

Non, messieurs, et vous le savez bien (entre 
nous) en ces matières, la science n'affirme rien, ne 
nie rien ; la science cherche ! ' 

Réfléchissez donc que la forme de vos phrases 
trompe les ignorants, et qu'elle peut induire en 
erreur tous ceux qui n'ont pas eu la faculté de faire 
les mêmes études que vous, el songez que lorsqu'on 
se présente sous le titre d'interprète delà science, on 
doit à ce titre de ne pas le travestir, et de rester les 



KBft BROUILLiRDS DB VkTBÈiSIBL tl 

fidèles et par conséquent les modestes traducteur» 
d'une cause dont la modestie est le premier mérite» 
Si de la question de la force en général, nous 
passions à celle de Fàme, nous observerions que 
dans le domaine de la vie animale ou humaine, nos 
adversaires ifô craignent pas d'affirmer, sans plus 
de preuves que précédemment, que la personnalité 
de l'être vivant et pensant n'existe pas, que Tes- 
qirit, comme la vie, n'est qu'une résultante physi- 
-que de certains groupements d'atomes, et que* la 
matière gouverne l'homme aussi exclusivement 
r^u'eHe gouverne, s^on. eux, les astres et les cris- 
taux. Le phénomène le plus curieux» c'est qu'ils 
«'imaginent édaircir le problème par leurs obscu- 
res exjdications : « L'esprit, dit le docteur Her- 
Jtaann Schefller% n'est autre chose qu'une force de 
la matière résultant immédiatement de l'activité 
* nerveuse, m Mais d'où vient cette activité nerveuse? 
«-* De l'éther (?) en mouvement dans les nerfs. 
De sorte que les actes de l'esprit sont le produit 
immédiat du mouvanent nerveux déterminé par 
l'éther ou du mouvement de l'éther dans les nerfs 
— à quoi il faut ajouter un changement mécanique, 
' physique ou chimique, de la substance impondé 
rable des nerfs et des autres éléments des corps», « 
f>'^^ Voilà, j'espère, la question bien éclairée. 
i: « Vivre, dit Virchow, n'est qu'une forme parti- 
!€iilière de la mécanique. x> — « L'homme n'est 
qu'un produit de la matière, dit Bûchner, il n'est 
..point l'être que les moralistes dépeignent ; il n'a 

) « Kàrper md Geitt, eU. 



àuetme faoïtlté iuttUeetoeUe en privilège. » -^tr^l 
y a dans tous les nerfs un courant électrique^ dk f 
Ihibois^Rcymond, et la pensée n*est qu'un mouve- 
ment de la matière. » — « Les facultés de TAm^ 
ditYogt, ne sont que des fonctions delà substanof 
oérébrale ; elles ont avec le cerveau à peu près la 
même rapport que 1 urine, avec les raii5*. » -^ 
tt Le sentiment de soi, la conscience^ dit Mi»l^ 
sehott, n'est qu'une sensation de mouvemestsuib 
téiîels, liée dans les ner&à des courants éledtrît 
ques et iperçus parie cerveau. » : b 

Nous aurons lieu de signaler plas loin un dilh^l 
rambe du même auteur sur le phosphore du cert 
veau, sur les pois, les haricots et les lentUleài 
Quant à présent, bomons-*nous à ces édifiants té» * 
moignages. ;> 

Mais admirons la conclusion fondamentale: 
« C'est par ces motifs que les savants défi»isdent 
la force nne-simpU propriéU de la matière^ Quelle 
est la conséquence générale et philosophique jdô 
cette notion, aussi simple que naturelle? Que ceux 
qui parlent d'une force créatrice qui aurait ôréë' lô 
momie d'elle-même ou de rien, ignorent le premier 
et le plus simple principe de Tétude de la nature^ 
basée sur la philosophie et sur l'empirisme/ n ' ^ 

Et, ajoute*t-on, « quel est l'homme instruit} 
quel est celui qui, avec une connaissance ^ulemeol 
siq^rfieielle des résultats des sciences naturelles, 
pourrait douter que le monde ne soit pas gouverné,^ 
comme on dit habituellement, mais que les mou- 

1 Phymhffisehé Btiefe. 



LES RÂBONIXEIIBNTS DI LA L'ATHÉRn. m 

ilemenfs de la matière sont soumis àtine nécessité 
Id^ue et inhérente à la matii^e elle^aiènie? »! / : 

Ainsi, de par Fautorilé de quelques Allemands^ 
qui viennent naïvement déclarer, dès la premiàoa 
fiage, qu'ils ne veulent à tout prix ni de l'eûstenda 
de Dieu, ni de celle de Tâme, et asservir une oni* 
bf e de notion scientifique à la prétendue justifiéaf 
tiÔD de leur fantaisie; il nous faudrait,- selon etix^ 
00 cesser de faire de la science, ou cesser de dpoire 
en;I>i^. Si seuleme(Rt ils avaient eu la pi^cauliioil 
d'appliquer les règles du syllogisme à leur raè^ 
tlu)dè, s'ils avaient ^x soin de poser d'abord des 
prémisses irréfutables et de n'en tirer qu'une coof 
duston légitime, on pourrait les suivre dans leur 
r^sonnement et leur décerner un prix de rhétorî^ 
que. Mais observez en quoi consiste leur procédé* t 

Mfgeure» La force est une propriété de la matière. 
'Jiinmre^. Or, une propriété de la; matière, no peut 
être considérée coRime supéirietvey créatrice rosi 
otgsoi^atrice de cetto matière. 

Conclusion. Bone, Tidée de Dieu est usne concept 
tic» absurde. r 

Ils posent aiifôi d'abord en principe l6 sujet à 
discator. Trât en combattant la méthode du; ehrisn 
tianisme, ils ressemblent fort à ceux qui, pou# 
proulrer aux Romams la divinité de Jésus, eom- 
joençaîoiU ainsi : < :> 

. Jésus est Dieu, — et tiraient ensuite leurs dédwt 
tion& de ce principenoii prouvé* I 

t: Et' nMsJaisons beaucoup d'honneur à ces écne» 
vains en appliquant à leurs allégations les règles du 

2. 



iO LVm I. — U FORCE BT U MAIIËRK. 

^aisOTinemefnt, car ils n'ont peuirôtre jamais songé 
à suivre ces règles. 

Nous pourrions encore mettre leurs prétentions 
sous une autre forme plus naïve : 

Antécédent. On rencontre toujours ensemble la 
matière et la force. 

Conséquent. Done^ la force est une qualité de la 
matière. 

Yollà, j'espère, un enttiymème d'on nouvequ 
gtenre, etla consèquenceest bien évidente, n'est-ce 
pias? Hais c'est ainsi que MM. les Allemands rai- 
sonnent, et leurs clairvoyants imitateurs, les posi- 
tivistes de la jeune France. 

Dans le premier cas, le raisonnement pèche par 
âa base ; dans le second, il ne mérite même plus 
ce reproche : c'est un enfantillage. 

Il est pénible de Fécrire, mais en vérité, c^eét à 
cette pnérilité^ ou, pour mieux dire^ àce^e pervi^- 
sion de la faculté raisonnable, ^ue se réduit le: for- 
midable mouvement du mattoialisme cmteihpo- 
Tain. C'est le cas ou jamais d'appliquer ce mot d'tin 
misanthrope, qui, modifiant légèrement. la quali- 
fication de notre espèce, disait que Thomiine 
n*est pas un animal raisonnable, — mais raison- 
neur. 

Tout le fondement de cette grande (^erelle, trente 
la base de cet édifice hétérogène dont la chwte im- 
mîn'énte pourra écraser bien des cervaux dans sfes 
ruines, toute la force de ce système qtfi préteàd 
dominer le monde et l'avenir, toute sa valeuhet 
toute sa puissance reposent sur cette assertion f^* 



• à OCOI SE RfrDUIT L'ÀTHËKm. M 

'^ôste^ arbitraire et nullement démonti'ëe : qw t& 
force est une propriété de la matière. 

Et c'est en feignant de suivre rigoureusement les 
démonstrations scientifiques, et de ne s*appuyer que 
sur des vérités reconnues^ c'est en s abritant sous 
Tëtendard de la science, c'est en empruntant ms 
fonnuleset ses g^es, c'est en se dérobant sou» son 
masque, que le^ orateurs de l'athéisme et dm néwt 
proclament leurs belles et touchantes doctrines. 
Mais la science n'est pas un maaque. £lle parle 
(le visage découvert, elle ne revendique pas l^s 
fausses manœuvres et les clartés mensongères^ : 
jalme et pure dans sa grandeur, elle se prononce 
simplement, humblement, comme un être qui a 
conscience de sa valeur intime, et qui ne cherche 
pas à en imposer, et surtout elle n'avance pas 1^ 

. jbeises dont elle n'est pas sûre, et au lieu d'affir- 

iciiar ou de nier, elle cherche et poursuit laboriei^- 

samentson œuvre. .. 

. L'exposé précédent a déjà laissé deviner, s^^s 

. loute^ la tactique de l'athéisme contempor^B. 

il n'est point le résultat direct de l'étude scientifi 

|ue,maischercheà s'insinuersous cette apparencje. 

il y a évidemment ici illusion chez. ces philosopheis, 

3ar nous savons qu'un certain nombre d'entre eux 

int une conviction sincère ; c'est à force de désirer 

. »narier l^urs théories à la science qu'ils ont fini 
par voir se réaliser dans leur esprit cette union, 

i.-eetle mésalliance. Ces théories ne peuvent pa^i^vo- 

i quer en leur faveur une seule des grandes expéri- 
mentations scientifiques de notre temps, n'importe, 



sr LIVRE I. ^ u fmm bt u katière. 

elles se donnent comme le résultat de tout le tr&yaiV 
scientifique moderne : elles le répètent, etc'est p^r^ 
de tels mots qu'elles abusent les ignorants et la jefu- 
nesse légère, et tendent à leur faire croire qué^ 
les sciences, à force de progresser , ont fini par dé*' 
oouvrir et démontrer qu'il n'y a ni Dieu ni âme;' 
Ce sont eux qui forment la science. On dirait à le^' 
entendre qu'il n'y a rien en' dehors deux. Les* 
grands hommes de l'antiquité, du moyen âge ef|) 
des temps modernes ne sont plus que des faiitô^* 
mes, et la philosophie tout entière doit disparditnq 
devant Palhéisme prétendu scientifique. 

Il ne fatit pas que les imaginations populaires 8è> 
laissent abuser par un jeu de paroles, qui vraiment ^ 
ressemble parfois à une comédie. Il convient qiièf' 
les esprits pensent eux-mêmes, jugent en connais- 
sance de cause, et acquièrent la certitude que lëè-- 
faits scientifiques, interrogés sans parti pris ^ tié^ 
comportent pas les conclusions dogmatiques qu'on 
leur impose. hî 

Vue de près, la pierre angulaire posée à grands ' 
frais par le malérialisme contemporain, laisse de*- 1 
viïier qu'elle n'est qu'un vieux bloc de bois ver- 
moulu, et au fond les partisans de ce système në^' 
sont guère plus assurés de la solidité de leur scep- ' 
ticisme que ne Tétaient les chauves disciples d'Hè-' 
raclite ou d'Épicure. Quoi qu'ils veuillent nous en i 
faire accroire, leur système tout entier n'est autre 
chose qu'une hypothèse, plus vaine et moins fon-^^ 
dée que bien des romans scientifiques. ' 

Et puisqu'ils déclarent eux-mêmes que touté^ 



Bosifio» m jNiofiLfiiiE. ' m 

hypothèse doit ôtre bannie de la sciefice^ c'est par 
hkjkx expulsion qu'il faul commencer. 

I)e quel droit, eu effet, viennent-ils faire de la 
force 6EL attribut de la matière? De quel droit atlir*-^ 
mentais que la force est soumise à lu matière^ qu'elle 
ob^t Immbleiment aux caprices de celle-*ci, «t 
quelle j^l'esdave absolue des éléments inertes^» 
nH)t(s^iiis<mcia&ts' et aveugles? -^ Il nous semble' 
(|iie uou^ dY<;N9s un droit mieux fondé .^ plus ési^j 
dent de proposer le coai^traire, et de renverser aiosi 
pai! sajbasê leur faïueux édifice. . .<; 

Terminons d<)nQ cet exposé du problàme en d^i 
c4danl,que la question s^ pQse en ces termes £iki&- 
ifb^twi^.: La force est-elle sounûse à la matière^ i 
(Hi);bâeala matière est-elle soumise à la force? 

. Il s'agit de discuter Tun et l'autre et de chqi»r ; ! 
011 pow parler plus exactement, il s'agit d'observer- 
la rupture et de se décider d'après l'observation. 

i!Oi:^*jput$QueJes honorables champions de la ma-» 
tière affirment si fermement le premier; point,- ^ 
n0i|$ rcommençons par le révoquer en douté et par 
p^po&er rallégation contraire. 

Au frontispice de cet œuvre nous inscrivons^ 
donc riuterrogaticin : La force est^elle soumise à la 
mali^rei^ .ou au contraire, la force ue régit-elle pas 
Ismmli^el c'est le dilemme qui doit éir^ résolu^ 
pçgp lç$ faits eux-mêmes. . . . 

«Xiç.spActacle général derunivers va nous offrir ^ 
une première démonstration de la souveraineté de 
la force et de l'illusion des matérialistes,. Se la ma^- 
tière,Qouf nou& éle.vonâauM^ forces ^jui la régissent, 



M LITRE I. - U FORGE ET hk XATIËRE. 

des forces aux lois qui les gouvernent, de ces lois i 
leur mystérieux auteur. L'harmonie remplit le 
monde de ses accords, et Toreille de certains petits 
êtres humains se refuse à Tentendre. La mécani- 
que céleste lance hardiment dans l'espace l'arc de?, 
orbites stellaires, et l'œil d'un parasite de cesgla 
bes méconnaît la grandeur de son architecture. 
La lumière, la chaleur, l'électricité, ponts invisi-. 
Jbles jetés d'une sphère à l'autre, font circuler à 
travers les infinis, le mouvement, l'activité, la vie, 
le rayonnement de la splendeur et de la beauté, 
et de faibles créatures à peine écloses à la surface 
d'une pauvre sphère, aiment mieux grelotter danes 
l'ombre que d'avouer le rayonnement céleste. Est- 
ce folie ou sott'.se? est-ce orgueil ou ignorance? 
4iuelle peut être l'origine et quel peut être le but 
d'une aussi singulière aberration? Pourquoi, lors- 
que la force vitale, joyeuse et féconde, palpite de- 
puis le paternel soleil jusqu'au papillon qui naît 
et meurt le même matin, depuis le chêne séculaire 
de nos forêts jusqu'à la violette printanière ; — 
pourquoi lorsque la vie brillante et magnifique dore 
les moissons de juillet, caresse les boucles blondes 
de la pétulante jeunesse, tressaille dans le sein vir- 
ginal de la fiancée ; — pourquoi nier la beauté, 
pourquoi travestir la bonté, pourquoi méconnaître 
l'intelligence? pourquoi empoisonner les vertus 
éternelles qui soutiennent l'édifice du monde, et 
éclipser tristement la lumière immaculée qui des- 
cend des cieux? 
Avant de pénétrer les mystères du royaume si 



POSITION m PROBLEME. 85 

4*iche et si intéressant de la vie, noas devons dV 
liord considérer Pesquisse matérielle de l'onivers 
et commencer par démontrer la souveraineté de là 
force dans le dessein de cette esquisse même. Nous 
diviserons cette première considération en deux 
sections : le Ciel et la Terre , afin d'établir, d'abord 
par les lois astronomiques, ensuite par les lois ten- 
i^estres, qu'en chaque point de la création la matière 
n'a jamais été qu'une esclave servile, universelle- 
^ment dominée par la souveraineté des f(Hrces qui la 
régissent. Cette division ne dmt pas un seul instant 
nous rappeler l'antique comparaison du ciel et de 
la Terre ; nous savons tous que ce sont là deux ter- 
mes non comparables. En valeur absolue; le ciel 
est tout, la Terre n*est rien. La Terre est un atome 
imperceptible perdu au sein de l'infini ; le ciel Ten- 
toure, Tenveloppe, sans bornes; elle fait partie de 
làpopulation céleste, sans exception, sans privilège 
particulier. Accoler ces deux expressions : le eiel 
et la Terre, c'est dire : les Alpes et un petit cailloir; 
l'Océan et une goutte d'eau ; le Sahara et un grain 
'de sable. C'est comparer la minime partie d'ub 
tout à ce tout lui-même. 

Il importe donc de ne pas attacher une interprè* 
' tation littérale à notre division ; elle n'a d'autre 
raison d'être que la clarté du sujet. Pour nous, hsi* 
bitants de la Terre, cet asti*e est quelque chose, 
de même que pour la petite chenille qui éclôt sur 
un brin d'herbe, ce brin d*herbe est quelque chose, 
malgré son insignifiance dans la prairie entière. 

Notre sphère d'observation se divise naturelle^ 



K 



85 UVRB I. — U FORGE ET LA MATIÈRE. 

ment en deux parts : ce qui appartient à notre 
monde et ce qui ne lui appartient pas. Or, nous 
allons établir que hors de i\otre monde, aussi bien 
que sur lui, la matière en tout et partout n'est 
qu'une chose inerte, aveugle, morte, composée 
d'éléments incapables de se diriger eux-mêmes, 
qui ne pensent ni n'agissent par leur propre im- 
pulsion, et que dans les sentiers invisibles de l'es- 
pace, aussi bien que dans les canaux de la sève ou 
du sang, ce qui groupe les atomes, ce qui dirige les * 
molécules, ce qui conduit les mondes, c'est une 
ForcCf qui manifeste à la fois le plan, la volonté, 
Pintelligence, la sagesse et la puissance de son 
auteur. 



il- 



J" 



^» ' 



11 



I.E OIEL 



les harmonies du monde sidéral. — Lois de Kepler. — Attraf^Ucn 
universelle. — Ordonnance des orbes et des mouvements. — 
Que la force régit la matière. — Caractère intelligent des lois 
astronomiques ; conditions de la stabilité de l'univers. — Puis- 
sance, ordre, sagesse. — Négation athée ; reproches curieux à 
l'organisateur ; objections singulières au mécanicien. — Est-il 
vrai qu'il n'y ait aucune marque d'intelligence dans la construc- 
tion de la nature? — Réponse aux juges de Dieu 



La contemplation de la nature terrestre offre, 
sans contredit, des charmes particuliers à Tesprit 
instruit, qui découvre dans Torganisation des êtres 
le mouvement incessant des atomes dont ils sont 
formés et rechange permanent qui s^opère entre 
toutes choses. Nous admirons avec justice les ma- 
nifestations de la vie à la surface de la terre. La 
chaleur solaire qui garde à l'état liquide l'eau des 
fleuves et des mers, élève la sève vers le front des 
arbres, fait battre le cœur des, aigles et des co- 
lombes. La lumière qui répand la verdure sur les ^ 



38 UVRE I. — LA FORGE ET U MATIÈRE. 

prairies, nourrit les plantes d'un souffle incorporel, 
peuple l'atmosphère de ses merveilleuses beautés, 
aériennes. Le son, qui tremble dans le feuillage, 
chante à la lisière des bois, gronde au bord des 
mers; en un mot, la corrélation des forces phy- 
siques qui réunit le système de la vie tout entière 
sous la fraternité des mêmes lois. Or, autant est 
fervente Tadmiration excitée par le rayonne- 
ment de la vie à la surface de la terré, autant et 
plus elle est applicable à tous ces mondes qui 
rayonnent au-dessus de nos tètes pendant la nuit 
silencieuse. Ces mondes lointains, qui se balancent 
comme le nôtre dans Téther, sous le bercement des 
mêmes énergies et des mêmes lois, sont comme le 
nôtre le siège de Tactivité et de la vie. Nous pour- 
rions présenter ce grand et magnifique spectacle 
de la vie universelle comme un éloquent témoi- 
gnage de rintelligence, de la sagesse et de la puis- 
sance de la cause innommée qui trouva bon, dès 
l'aurore de la création, de voir refléter sa splen- 
deur dans le miroir de la nature créée. Mais ce 
n'est pas sous cet aspect que nous voulons déve- 
lopper ici le panorama des grandeurs célestes. 
Nous voulons seulement appeler les négateurs de 
rintelligence créatrice devant le théâtre des lois qui 
régissent le monde. Si, consentant à ouvrir les 
yeux devant ce théâtre, ils persistent à nier cette 
intelligence, nous avouons que la plus grande jus- 
tice à leur rendre en réponse à cette négation in- 
compréhensible, a'est à notre tour de douter de 
leur faculté mentale. Car à parler franchement, 



LES HÂRMOmOS DE LA NATURE. * 59 

rîntelïïgence du Créateur nous parait infiniment 
plus certaine et plus incontestable que celle des 
athées français et étrangers. Et comme la méthode 
positive consiste à ne juger qu'après Tobservation 
des faits, notre devoir est d'examiner d'abord les 
faits astronomiques dont nous parlons ; puis l'in- 
terprétation dont se contentent nos adversaires. Si 
cette interprétation est satisfaisante, nous souscri- 
vons d'avance à leurs doctrines. Si au contraire elle 
est insensée, nous devons à Phonneur et à la vérité 
de la démasquer et de la laisser en risée aux spec- 
tateurs. 

Oublions donc un instant Tatome terrestre au- 
quel la destinée nous a fixés pour quelques jours. 
Que notre esprit s'élance dans l'espace et voie 
rouler devant lui le mécanisme immense, mondes 
après mondes, systèmes après systèmes, dans la 
succession sans fin des univers étoiles. Écoutons 
avec Pythagore les harmonies de la nature dans 
les vastes et rapides révolutions des sphères, et 
contemplons dans leur réalité ces mouvements à 
la fois formidables et réguliers qui emportent les 
terres célestes sur leurs orbites idéales. Nous ob- 
servoxis que la loi suprême et universelle de la 
gravitation dirige ces mondes. Autour de notre 
soleil, centre, foyer lumineux, électrique, calo- 
rifique, du système planétaire auquel la terre ap- 
partient, circulent les planètes obéissantes. Les 
plus étonnants travaux de Fesprit humain nous ont 
donné la formule de cette loi. Elle se divise en trois 
points fondamentaux, connus en astronomie sous 



ê» LITfiB I. - LA FOKCB ET LA MAntRE. 

le nom de lots de Kepler^ laborieux astronome qui 
les découvrit autant par sa patience que par son 
génie, et qui discuta pendant dix- sept années d'uni 
travail opiniâtre les observations de son maître 
Tycho-Brahé, avant de distinguer sous le voile dé 
la matière la force qui la régit. 

1^ Chaque planète décrit autour du soleil une 
orbite de forme elliptique, dont le centre du soleil' 
occupe toujours un des foyers. 

â"" Les aires (ou surfaces), décrites par le rayon ^ 
vecteur*, d'une planète autour du foyer solaire sont 
proportionnelles aux temps employés à les démrel 

3* Les carrés des temps des révolutions des pla-* 
nètes autour du soleil sont proportionnels aux; cubes' 
des grands axes des orbites. 

La synthèse de ces lois forme le grand principe' 
que Newton foitnula le premier dans son immortel^ 
ouvrage sur les a Principes. » Il enseigne dans oei 
livre, comme le remarque judicieusement Herschel 
que tous les mouvements célestes sent la consé- 
quence de la loi, « que deux molécules de matière 
s'attirent en raison directe du produit de leur masse 
et en raison inverse du carré de leur distance. »^ 
Partant de ce principe, il explique comment l'at^' 
traction qui s'exerce entre les grandes masses ' 
sphériques dont notre système se compose, est 
réglée par une loi dont l'expression est exactement' 
semblable; comment les mouvem^ts elliptiques* 



^ On appelle rayon vecteur d We planète la ligne idéale qui joint 
:ette planète au st^eil. 



LOIS DES IffOUTEHENTS CÉLESTES. M 

^s planètes autour du soleil et des satellites au- 
Hw de leurs planètes tels que les a déterminés 
Kepler, se déduisent comme des conséquences 
n^œssaires delà même loi, et comment I^s orbites 
des comèles elles-mêmes ne sont que des cas par- 
liculiers des mouvements planétaires. Passant en- 
suite à des applications difficiles, ilfail voir com* 
r^ent les inégalités si compliquées du mouvement 
delà Lune tiennent à l'action perturbatrice du Soleil, 
Qçimnent les marées naissent de l'inégalité de 
VMtraction que ces deux astres exercent sur la 
Terre et TOcéan qui Tentoure. Il fait voir, enfin, 
coixuQent la précession des ëquinoxes n'est qu'une 
coQséquence nécessaire de la môme loi. 

C'est à Texécution de ces lois qu'est con^ Thar-* 
mme du système planétaire; c'est à ces lois que 
les mondes doivent leurs années, leurs saisons et 
leurs jours; c'est en elles qu'ils puisent la lumière 
ella chaleur distribuées à des degrés divers par la 
soijrce étincelante, c'est d'elles que descend le 
rayonnement de la vie, forme et parure des corps 
câestes* Sous l'action irrésistible de ces forces co- 
loissales, ces mondes sont emportés dans l'espace 
avec la rapidité de l'éclair, et parcourent des cen- 
taines de mille lieues par jour, incessamment, sans 
at^rét, suivant scrupuleusement la route sûre, tra* 
oée d'avance par ces forces elles-mêmes. S'il nous 
était donné de nous affranchir un instant des appa* 
rences sous l'empire desquelles nous nous croyons 
en repos au centre du monde, et s'il nous était per*- 
mis d'embrasser dans un coup d'œil d'ensemble, 



] 



43 LIVRE I. ~ U FORGE ET U lUTlfiRE. 

« 

les mouvements dont toutes les sphères sont ani- 
méeSf nous serions étrangement surpris de la ma- 
jesté de ces mouvements. Sous nos yeux émerveillés 
de vastes globes tourbillonneraient rapidement sur 
eux-mémeSf lancés à toute vitesse dans les déserts 
du vide, comme de gigantesques boulets qu'une 
force de projection inimaginable aurait envoyés 
dans rinfini. Nous nous étonnons de ces trains 
rapides qui roulent sur nos voies ferrées en dév.O'- 
rant l'espace, et semblent emportés par les dragons 
flamboyants de Tair; mais les globes célestes, plus 
volumineux que la Terre, s'envolent avec une ra- 
pidité qui dépasse autant celle des locomotives que 
celles-ci surpassent la marche d'une tortue. La 
Terre où nous sommes, par exemple, vogue dans 
l'espace avec une vitesse de six cent-cinquante 
mille lieues par jour. Autour de ces mondes, nous 
verrions des satellites roulant alentour, à différen- 
tes distances, emportés et gouvernés par les mômes 
lois. Et toutes ces républiques flottantes, penchant 
tour à tour leurs pôles vers la chaleur et la lu- 
mière, gravitant sur leur axe et présentant chaque 
matin les différents points de leur surface au bai- 
ser de Tastre-roi; puisant dans la combinaisoiji 
même de leurs mouvements la rénovation inces- 
sante de leur jeunesse et de leur beauté ; renouve- 
lant leur fécondité par la succession des printemps^ 
des étés, des automnes et des hivers ; couronnant 
leurs montagnes de forêts où le vent soupire ; or- 
nant leurs paysages du miroir des lacs silencieux ; 
s'enveloppant parfois dans le duvet de leur atmo- 



LOIS DES MOUYEYEIXTS CÉLESTES. 45 

sphère comme d'un manteau protecteur, ou s'en- 
vironnant aux jours de colère des foudres reten- 
tissantes et des tempêtes ; déployant à leur surface 
l'immensité des ondes océaniques qui, elles aussi, se 
soulèvent sous l'attraction des mondes comme un 
sein qui respire ; illuminant leurs crépuscules des 
splendeurs d'adieu que le soleil donne à son der- 
nier regard, et frémissant à leurs pôles sous les 
palpitations électriques d*où s'élancent les éven- 
tails de l'aurore boréale; enfantant, berçant et 
nourrissant la multitude des êtres qui constituent 
et renouvellent le royaume de la vie, depuis les 
plantes, vestiges du passé, jusqu'à l'homme, con* 
templateur de l'avenir... Tous ces mondes, toutes 
ces demeures de l'espace, toutes ces républiques 
de la vie, nous apparaîtraient comme des navires 
guidés par la boussole, et portant à travers l'Océan 
céleste des populations qui n'ont à craindre ni les 
ëcueils, ni Tignorance du capitaine, ni le manque de 
combustible, ni les famines, ni les tempêtes. Étoiles, 
soleils, mondes errants, comètes flamboyantes, 
systèmes étranges, astres mystérieux, tous procla- 
meraient l'harmonie, tous seraient les accusateurs 
de ces esprits qui condamnent la force à n'être 
qu'un attribut de l'aveugle matière. Et lorsque, sui- 
vant les rapports numériques qui lient tous ces mon- 
des au Soleil comme au cœur palpitant d'un même 
être, nous aurons personnifié le système planétaire 
dans le Soleil lui-même, foyer colossal qui les ab- 
sorbe tous dans son éclatante et puissante personna- 
lité ; alors nous contemplerons ce soleil et ce sys- 



H LITRE I. - LA FORGE BT U HÂTlfiRE. 

Ume dans leur cours à travers les vides infinis, et 
bientôt, sachant que toutes les étoiles sont autant de 
soleils, entourés comme le nôtre d'une famille cpii 
respire autour d'eux leur vie et leur lumière, nous 
observerons que toutes les étoiles sont guidées les 
unes et les autres par des mouvements divers, et 
qu'au lieu d'être fixes dans l'immensité, elles 
parcourent cette immensité avec des vitesses terri- 
fiantes, plus formidable encore que celles mea^ 
tionnées plus ha^it. C'est alors que l'univers tout 
entier éclatera à nos yeux sous son véritable jour^ 
et que les forces qui le régissent proclameront 
avec réloquence merveilleusement brutale eu 
fait, leur valeur, leur mission, leur autorité et 
leur puissance. Devant ces mouvements indescrip*- 
tibles, nous pouvons même dire inconcevables^ 
qui emportent dans les déserts infinis, ces milliards 
et ces milliards de soleils, devant cette chute im- 
mense, cette pluie d'étoiles dans l'infini ; devant ces 
routes, ces orbites incommensurables, qu'ils suivent 
aussi docilement que l'aiguille d'une horloge, là 
pomme qui tombe, ou la roue d'un moulin suivent 
la pesant^r ; devant robéissanoe des corps célestes 
à des règles que la mécanique et les formules de 
l'analyse peuvent tracer d'avance, et devant cette 
condition suprême de la stabilité et de la durée éa 
monde : quel est celui qui osera nier que /a fùree ne 
régisse pas la matière, qu'elle ne la gouverne pas 
souverainement, qu'elle ne la dirige pas suivant la 
loi inhérente ou affectée à la force elle-même? Quel 
est celui qui prétendra asservir la force à la con- 



DB LtUTEIUGEKCE DANS LES LOIS. i5 

stitution aveugle de la matière, affirmer, à Texem- 
pie rétrograde des pènpatéticiens; qu'elle n'en est 
qu'une qualité occulte, et la réduire au rang d'es- 
clave, lorsqu'elle s'impose de son propre droit au 
titre de souveraine absolue? A Dieu ne plaise qu'il 
en soit ainsi I Qu'arriverait-il si elle cessait un seul 
instant d'agir et si elle abdiquait son sceptre ? La 
seule supposition de cette hypothèse dissout l'har- 
monie du monde et le fait écrouler dans un chaos 
ii^nne, digne résultat d'une tentative aussi in- 
sensée. 

Cesloissontdéniontréesuniverselles,ellesprocla- 
nient Tunité des mondes et montrent que c'est la 
même pensée qui régla les marées de notre océan 
et les révolutions sidérales des étoiles doubles au 
fond des cieui. Ces doubles, triples, quadruples 
soleils, tournent ensemble autour de leur centre 
commun de gravité et obéissent aux mêmes lois 
qui régissent notre système planétaire. Rien n'est 
pluB propre à donner une idée de TécheUe sur 
laquelle sont construits les cieux que ces magni- 
fiques systèmes, dit sir John Herschel. Quand on 
voit ces corps immenses réunis par couple, dé- 
crire, en vertu de la loi de gravitation qui régit 
toutes les parties de notre système, ces im- 
menses orbites qu'ils sont des siècles à parcourir,. 
nous admettons à la fois qu'ils ont dans la création 
un but qui nous échappe, et que nous sommes 
arrivés au point où l'intelligence humaine est 
forcée d'avouer sa faiblesse, de reconnaître que 
l'imagination la plus riche ne peut se former du 

3. 



46 LITRE I. — LÀ FORGE ET LA HATTÈBE. 

monde une conception qui approche de la granr 
deur du sujet. 

Les astronomes qui remontent humblement au 
principe inconnu des causes ne peuvent se refuser 
de remettre entre les mains d'un être intelligent 
cette attraction universelle par laquelle le monde 
entier est intelligemment régi. « Le principe de la 
gravitation, disait le regretté directeur de TObser-» 
vatoirede Toulouse', renferme implicitement 1^ 
grandes lois qui régissent les mouvements célestes; 
et, par une de ces coïncidences remarquables qui 
sont le plus sûr indice de la vérité, loin d'avoir à 
redouter les exceptions apparentes, l^s pertur^ 
bâtions des mouvements normaux, il ne cesse 
de tirer des exceptions elles - mêmes les plus 
éclatantes confirmations. C'est ainsi qu'on le 
voit, entre les mains des géomètres modernes, ex-» 
pliquer la précession des équinoxes par la combi- 
naison de la force centrifuge due à la rotation du 
globe terrestre, avec Taction du soleil sur notre 
ménisque équatorial. C'est ainsi qu'on le voit encore 
expliquer la nutation par une influence analogue 
de la Lune sur le même renflement de la Terre ; 
qu'on le voit également rendre compte, par les 
attractions planétaires , et du balancement de Té- 
cliptique, et. du mouvement de Tapogée solaire, et 
du ralentissement de Jupiter quand Saturne s accé-^ 
1ère, et du ralentissement de Saturne, au contraire, 
quand l'accélération se produit sur Jupiter, etc., 

* F. Petit, Traité (iPaslron(mte,\Wf* ex dernière leçon. 



m l'iutslligehcs dans les lois. 47 

qu'on le voit révéler enfin pourquoi, sous Tinfluence 
perturbatrice du Soleil, le moyen mouvement de 
notre satellite s'accélère aujourd'hui de siècle en 
siècle et doit plus tard se ralentir, pourquoi la 
ligne des nœuds de la Lune accomplit sa révolu- 
tien, d*un mouvement rétrograde, en dix-huit ans, 
et pourquoi le périgée lunaire accomplit la sienne, 
d'un mouvement direct dans un peu moins de 
neuf ans*, etc. Non-seulement, en un mot, ce 
remarquable principe satisfait à tous les phéno* 
mènes connus, mais encore il permet souv^t de 
découvrir des efTets que l'observation n'avait pas 
indiqués; de telle sorte qu'on pourrait établir, a 
priorij la constitution du monde par l'analyse, et 
n'emprunter à l'observation que les quelques points 
de repère dont les géomètres se servent sous la 
dénomination àe constantes dans leurs calculs.. •-*- 
Tout, dans l'univers, marche donc par une 
organisation admirable de simplicité, puisque les 
mouvements, en apparence les plus compliqués, 
résultent de la combinaison d'impulsions primi-' 
tives avec une force unique agissant sur chacune 
des molécules de la matière ; seule force, par con- 
séquent, pour ainsi dire, dont le Créateur ait con-» 

* n est curieux que Clairaut, trouvant par le calcul une pé- 
riode de dix-huit ans au lieu de neuf, déclarât insuffisante, pour 
le cas actuel, la gravitation inverse du carré de la distance ; et 
que ce soit précisément un naturaliste, Buffon, qui, persuadé que 
la nûture ne pouvait avoir deux lois différentes, ait insisté pour 
persuader le géomètre à revoir ses calculs. Après un nouvel 
examen, Clairaut, reconnut, en effet, que sa première asserticn 
reposait sur une erreur. Il avait négligé, dans les séries, det ter- 
mes qui n'étaient pas négligeables. 



48 LIVRE r. — Ik FOIlCE ET LA MATIÈRE. 

stamment à s'occuper. Mais aussi, quel développe- 
ment de puissance que cette production incessante 
de forces dont Texistence n*est pas essentiellement 
inhérente à celle de la matière ! Oh ! combien doit 
être vigilante la main éternelle qui sait, d'inslant 
en instant, renouveler de pareilles forces jusque 
chez les plus impalpables atomes des astres sans 
nombre assujettis à peupler les régions infinies de 
Timmensité I N'est-ce pas le cas de dire, avec le roi 
prophète, en s'inclinant devant tant de grandeu^^ i 
Cœli marrant gloriam Dei? » 

Depuis Newton et Kepler, nous savons que l'unî- 
vers est un dynamisme immense, dont tous les 
éléments ne cessent d'agir et de réagir dans Tinfir 
nité du temps et de Tespace, avec une activité indé- 
fectible. C'est la grande vérité que l'astronomie, la 
physique et la chimie nous révèlent dans les édi- 
tantes merveilles de la création. 

Tel est le sublime spectacle du monde ; telles 
sont les lois qui constituent son harmonie. Or, par 
quelle perfidie de langage ou de raisonnement les 
matérialistes traduisent-ils ces faits en leur faveur 
et parviennent-ils à en conclure l'absence de toute ^ 
pensée divine? Voici les arguments inscrits en gros 
caractères dans un catéchisme du matérialisme, 
dont la couleur scientifique en a imposé à un grand 
nombre, dans le livre Force et Matière : 

« Tous les corps célestes, grands ou petits, se 
conforment sans aucune répugnance, sans exception 
et sans déviation, à cette loi inhérente à toute ma- 
tière et à toute particule de matière, comme nous 



DIVEIIGENGE ENTREE LES jmx CAVPS. 49 

en faisons Texpérience d'un moment à Tautre. C'est 
atec une précision et une certitude mathématiques 
que tous ces mouvements se font reconnaître, dé- 
terminer et prédire. » Les spiritualistes voient dans 
ee$ faits la pensée d'un Dieu éternel qui imposa à 
la création les lois immuables qui la perpétuent . Mais 
les matérialistes y voient, au contraire, une preuve 
que l'idée de Dieu n'est qu'une plaisanterie. S'il y 
avait des corps célestes qui fussent capricieux ou 
rebelles? si la grande loi qui les régit n'était pas 
souveraine, ce serait différent. « Il est facile, dit 
Bûchner, de ramener la naissance , la constella- 
tion (?) et le mouvement des globes aux procédés 
les plus simples rendus possibles par la matière 
elie-méme. L'hypothèse d'une force créatrice per- 
sonnelle n'est pas admissible. » Pourquoi? C'est ce 
qu'on n'a jamais pu savoir. 

Les spiritualistes admirent l'imposante régularité 
des mouvemenlsiiélestes, l'ordre et l'harmonie qui 
y président. Les crédules I II n'y a ni ordre ni har- 
monie dans l'univers. Au contraire, « l'irrégularité, 
les accidents, le désordre, excluent l'hypothèse 
d'uûe action personnelle et régie par les lois de 
l'intelligence, même humaine. » 
. Ainsi, c'est après trente ans de travail que Co- 
pernic publia son livre des Révolutions célestes; 
c'est après vingt ans de recherches que Galilée 
féconda le principe du pendule; c'est après dix- 
sept ans d'opiniâtres labeurs que Kepler parvint à 
tormuler ses lois ; Newton octogénaire disait qu'il 
' n'était pas encore parvenu à comprendre le méca- 



S9 LIVOE I. -- lA FORGE ET U MATItRV 

HudsonTuttle, ne tourne qu'une seule fois sur elle^. 
même pendant qu'elle fait sa révolution autour delà 
terre, de sorte qu'elleluiprésentetoujoursle même 
côtédesasurface. Nousavons btenledroità'endemaii'^ î 
der la raison, car s'il y avait une intention quelcon^ ^ 
que, son exécution serait certainement marquée, » 
et le Créateur est bien négligent de ne pas avoir 
prévenu ces messieurs de sa manière d'agir. A-t-oi) 
jamais vu pareille chose? Les laisser dans une ignor 
rance complète sur le but qu'il s'est proposé en 
faisant tourner si lentement notrebonne petite Lune! 

En effet, est-ce que Dieu n'aurait pas dû mieux se 
conduire pour notre instruction personnelle? E$t-pf 
qu'il devrait nous traiter ainsi? Nom! m Pourquoi^ 
demandons-nous encore* pourquoi la force créatrio^ 
n'inscrivit-elle pas en lignes, de feu (en allemand» 
sans doute?) son nom dans le ciel? Pourquoi ne 
donna-t-élle pas aux systèmes des corps célestes 
un ordre qui nous fit connaître son intention etse^ 
desseins d'une manière évidente? » Qudle divinité 
stijpide ! 

Vraiment, messieurs, vous êtes admirables, et 
votre mode de raisonnement égale votre science, 
ce qui n'est pas peu dire. Quel dommage que vous 
n'ayiez pas vous-mêmes construit l'univers, et 
comme vous auriez bien paré à tous ces inconvé*- 
nients I Mais vous connaissez donc bien la matière 
et ses propriétés pour affirmer qu'elle remplace Dieu 
si avantageusement? Elle vous explique donc bien 

* Kraft tindShff ;ynù 






OÉJECnONS GURIEIISBS FAITES A DIBU. ^ 

complétéineiit l'état de Tunners? Que répondes* 
vous? — « Sans doute, il ne nous est pas encore 
donné de savoir au juste pourquoi la matière a pris 
;tel mouvement à tel moment, mais la science n'a 
pas prononcé spn dernier mot, et il n'est pas impos* 
sible qu'elle nous fasse connaître un jour Tépoque 
delà naissance des globes. » Telle est la réponse 
définitive de ces messieurs. Ils avouent encore un 
peu d'ignorance. Que sera-ce, lorsqu'ils croiront 
absolument tout connaître? science! sont-ce là 
les friiit$ de ton arbre? 

C'est bien ici le cas d'avouer, avec l'Allemand 
Bûchner lui*mérae, que a ce qu'on appelle ordinai* 
rement la profondeur de l'esprit allemand est plu* 
tôt le trouble des idées que la vraie profondeur de 
l'esprit. Ce que les Allemands nomment philo^ 
Sophie, ajoute le même écrivain, n'est qu'une 
manie puérile de se jouer des idées et des mots, 
pour laquelle ils se croient en droif de regarder les 
autres naticms par-dessus l'épaule. » 

Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni ordre ^ ni 
harmonie dans l'univers 1 1 Pareille accusation est- 
elle sérieuse? Il est permis d'en douter. 

Au mois d'octobre 1604, une magnifique étoile 
apparut soudain dans la constellation du Serpen- 
taire. Les astronomes furent en grand émoi, car 
cette apparition semblait étrangère à l'harmonie 
des cieux. On ne connaissait pas encore les étoiles 
variables. Venait-elle de naître fortuitement? Était- 
ce le hasard qui l'avait enfantée? C'étaient là les 
questions que Kepler se posait, lorsqu'un petit 



/; 



H UYRE I. — Là FORCE KT LA ¥mÈRE. 

incident se présenta... « Hier, dit-il, au milieu de 
mes mëditalions, je fus appelé pour dîner. Ma jeune 
. épouse apporta sur la table une salade. — Penses- 
tu, lui dis-je, que si, depuis la création, des plats 
d'étain, des feuilles de laitue, des grains de sel, 
des Kouttes d'huile et de vinaigre, et des fragments 
d'œufs durs flottaient dans l'espace en tous sens 
et sans ordre, le hasard pût les rapprocher aujour- 
d'hui pour former une salade? — Pas si bonne, k 
coup sûr, répondit ma belle épouse, ni si bien 
faite que celle-ci. n 

Nul n'osa regarder l'^oile nouvelle comme une 
production du hasard, et nous savons aujourd'hui 
que le hasard n'a aucune place dans les mouve- 
ments célestes. Kepler vécut dans une véritable 
adoration de l'harmonie du monde. Ueûtpris pour 
de l'extravagance le doute sur ce point. Les fonda- 
teurs de l'astronomie s'accordent dans cette admi- 
; Copernic, Galilée, Tycho-Brahë, Newton, 
la même main que Kepler '. 
ie sont pas des astronomes quï accusent le 
i manquer d'ordre. 

londessplendides ! étoiles, soleils de l'espace, 
8, terres habitées qui gravitez autour de ces 
s brillants, cessez vos mouvements harmo-: 
, suspendez votre cours. La vie rayonne sur, 

I l'hDrame s'avance dans la pénétration des secrsts de la. 
ïl mieux se découvre h lui l'aniversalité du plan éternel 
Uœ Oice, dit Newton (PM. nat. Prineipia math., Seholi 
it centra similiuro sysl«raatum, bsec omnia simili consilio 
da suberunt mùut dominio. > — Cf. aussi Kepler, Bar- 



LE asL; 

votre tc^nU Tintelligence habite sous iros tentes, 
et vos campagnes, comme celles de la Tenre, re^ 
çoiv^t des soleils variés qui les illuminent la 
source féconde des existences. Vous êtes portés dans 
rinfini par la même main qui soutient notre globe, 
par cette loi suprême sous laquelle le génie incliné 
adore la grande cause. D'ici, nous sui vons vos mou^ 
vements, malgré les distances innommées qui vous 
disséminent dans l'étendue, et nous observons 
qu'ils sont dirigés, comme les nôtres, par ces trois 
règles géométriques que le génie patient de Kepler 
parvint à formuler. Du fond des célestes abtmes, 
vous nous enseignez qu'un ordre souverain et uni- 
versel régit le monde. Vous racontez la gloire de 
Dieu en des termes qui laissent bien loin derrière 
eux ceux des astres du roi-prophète ; vous écrivez 
dans le ciel le nom mystérieux àd cet être inconnu 
que nulle créature ne peut même pressentir* Astres 
aux mouvements formidables, foyers gigantesques 
de la vie universelle, splendeurs du ciel I vous vous 
iBcline2; comme des enfants sous la volonté divine, 
et vos berceaux aériens se balancent avec confiance 
sous le regard du Très-Haut. Vous suivez huflible- 
ment la route tracée à chacun de vous, 6 voyageurs 
célestes, et depuis les siècles reculés, depuis les 
âges inaccessibles où vous sortîtes autrefois du 
chaos antique, vous manifestez la prévoyante sa- 
gesse de la loi qui vous guide... Insensés 1 masses 
inertes I globes aveugles l brutes de la nuit I que 
faites-vous ? Cessez ! cessez votre témoignage éter- 
nel. Arrête?! le tourbillon colossal de vos multiple^ 



S6 LIVRE I. — LA FORCE ET LA. HATiftBB. 

cours. Protestez contre la force qui vous entraîne. 
Que signifie cette obéissance servile? Fils de la ma- 
«îA-w, „^t „„ qyg [g matière n'est pas la souveraine 
' est-ce qu'il y a des lois intelligentes? 
y a des forces directrices? Non, jamais, 
ipes de l'erreur la plus insigne, étoiles 
i'ous êtes le jeu de l'illusion Is plus ri- 
titez : au fond des vastes déserfs de 
rt obscurément un petit globe inconnu, 
perçu parfois, parmi les myriades d'é- 
ilanchissent la Voie lactée, une petite 
™ère grandeur? Eh bien, cette petite 
1 soleil comme vous, et autour d'elle 
elques miniatures de mondes, mondes 
'ils rouleraient comme des billes à la 
'un des vôtres. Or, sur l'un des plus 
ues de ces microscopiques mondicules, 
ice d'êtres raisonneurs, et dans le sein 
3, un camp de philosophes, qui vien- 
larer nettement, ômagniûcencesl que 
existe pas. Ils se sont levés, ces superbes 
i se sont haussés sur la pointe de leurs 
mt vous voir d'un peu plus près, ils 
t signe" d'arrêter, et puis ils ont dit au 
/ous les aviez entendus et que la nature 
de leur avis. Ils se proclament haute- 
luIs interprètes de cette nature im- 
on en croit leur espérance, c'est à eux 
it désormais le sceptre de la raison, et 
la pensée humaine est entre leurs 
ont fermement convaincus, non-seule- 



LE CIEL M 

ment de la vérité, mais surtout de Tutilité de leur 
découverte et de son influence favorable sur le 
sain progrès de cette petite humanité. D'ailleurs, 
ils ont fait savoir aux membres de cette humanité, 
que tous ceux qui ne partageaient pas leur opi- 
nion étaient en contradiction avec la science delà na* 
ture ; et que la meilleure qualification dont on puisse 
honorer ces retardataires, est celle d'ignorantis- 
simes et d'entêtés. Ne vous exposez donc pas à être 
jugées aussi défavorablement par ces messieurs, 
6 resplendissantes étoiles 1 Faites en sorte de dis- 
tinguer notre imperceptible soleil, notre atome 
terrestre, notre mite raisonneuse; et vous unis- 
sant à cette déclaration importante, arrêtez le mé- 
canisme de Tunivers, suspendez à la fois la mesure 
et Tharmonie, substituez le repos au mouvement, 
lobscuritë à la lumière, la mort à la vie ; puis, 
lorsque toute puissance intellectuelle sera anéantie, 
toute pensée bannie de la nature, toute loi sup» 
primée, toute force atrophiée, Tunivers se dissol- 
vera en poudre, vous pleuvrez en poussière dans 
la nuit infinie, et si Tatome terrestre existe encore, 
messieurs les philosophes, derniers vivants, se- 
ront satisfaits. Il n*y aura plus d'esprit dans la 
nature ! 



m 



LA TERRC 



Lai des combinaisons chimiques. — Proportions définies. •— Ite 
l'infiniment petit et des atomes. — Circulation des molécules 
sous la direction des forces physico-chimiques. — La géométrie 
et l'algèbre dans le règne inorganique. Esthétique des sciences. 
— Que le Nombre régit tout. — Harmonie des sons. — Harmo- 
nie des couleurs. — Importance de la loi; moindre importance 
de la matière, son inertie. — Le premier éveil de la force or- 
ganique dans le monde végétal 



Les démonstrations en faveur de la dignité de 
la force, que nous tirons du spectacle de l'univers 
sidéral et de T intelligence de la mécanique céleste, 
peuvent au même titre être puisées dans Texamen 
des corps terrestres. Là, c'était Thymné de l'infini- 
ment grand ; ici c'est la causerie de Tinfiniment 
petit. La force régit les mouvements des atomes 
aussi bien que les orbites immenses des sphères 
éthérées* Elle change d'objet ; elle change de nom 
dans les classifications humaines; mais c^est la 
même force : c'est l'attraction universelle. On la 



^^ ^ 



LES LOIS DANS LE MONDE TERRESTRE. 50 

nomme cohésion lorsqu'elle groupe les atomes con- 
stitutifs des molécules, et gravitation, lorsqu'elle 
fait rouler les astres autour de leur centre com- 
mun de gravité. Mais le nom humain ne différencie 
pas le fait physique. 

Les molécules constitutives des substances sont 
formées par une réunion géométrique d'atomes pris 
parmi les corps que la chimie appelle simples. 
Chaque molécule est un modèle de symétrie et re- 
présente un type géométrique. Ainsi, par exemple, 
la molécule d'acide sulfurique monohydraté est un 
solide géométrique régulier, un octaèdre à base 
carrée, composé de 7 atomes SH*0*. Les corps 
simples, pour former les corps composés, ne peu» 
vent se combiner qu'en nombres proportionnels, 
déterminés et invariables. On sait qu'on désigne 
sous le nom d'équivalents les nombres qui expri- 
ment les rapports des quantités pondérables des 
divers corps susceptibles d'entrer, elles ou leurs 
multiples, dans les combinaisons chimiques, et de 
s'y remplacer mutuellement pour former des com- 
posés chimiquement analogues. Cent parties d'oxy- 
gène, en poids, se combinent par exemple avec 
12,50 d'hydrogène, pour former de l'eau : car 
l'eau sera toujours composée dans ce rapport, et il 
serait absolument impossible d'ajouter à la combinai* 
sonqui constitue une molécule d'eau, une partie de 
plus d'hydrogène ou d'oxygène. L'eau formée par la 
combustion d'une llamme est identiquement la 
même que celle des fontaines et des fleuves. De 
même 100 parties d'oxygène se combineront avec 



' 60 LlVnS I. — LA FORGE ET LA MATIÈRE. 

550 de fer, pour former du protoxyde de fer. Ce 
sont là des règles absolues, auxquelles la matière 
est forcée d'obéir. La nature a horreur du hasard, 
comme on disait autrefois qu'elle avait horreur du 
vide. Et non-seulement ces équivalents représentent 
numériquement toutes les combinaisons des corps 
avec Toxygène, mais encore toutes celles de ces corps 
entre eux, de telle sorte, dans notre exemple, 
que si le fer se combine avec P hydrogène, ce 
sera toujours dans le rapport de 550 (équivalent 
du fer), à 12,50 (équivalent de l'hydrogène). De 
^lus, toutes ces combinaisons s'effectuent sui- 
vant des règles géométriques, et la cristallisation 
des corps peut toujours être ramenée à l'un des 
six types fondamentaux : le cube, les deux prismes 
droits, le rhomboèdre, et les deux prismes obliques. 
Pour expliquer, non-seulement les combinaisons, 
mais encore tous les mouvements multiples qui 
s'opèrent dans les incessantes transformations de 
la matière, dans les phénomènes de contraction et 
de dilatation, dans la manifestation des diverses 
propriétés des corps, on admet que les atomes ne 
se touchent pas, même dans les corps les plus 
denses et les plus solides, qu'ils sont isolés les uns 
des autres, et qu'en raison de leur petitesse, les 
intervalles qui les séparent sont les mêmes relati- 
vement à eux que les intervalles qui séparent les 
corps célestes; et enfin, de même que les corps 
célestes se meuvent les uns autour des autres sans 
cesser de rester unis par un lien solidaire, de même 
les atomes oscillent autour de leur position respec- 



•-t: 



LES LOIS DANS U PHYSIQUE ET LA CHIMIE. 61 

tive sans s'écarter des limites réglées par la cohé- 
sion ou par Taffînité moléculaire. II n*yade pas de 
différence essentielle entre le monde des étoiles et 
le monde des atomes. Grossissez ce cristal, cette 
molécule, supposez-la grandissant, se dévelop- 
pant jusqu'à atteindre le volume du système 
planétaire, d'une nébuleuse : vous aurez un véri- 
table système avec ses forces et ses mouvements . 
Par contre, supposez que le système planétaire se 
désenfle pour ainsi dire, que toutes les distances 
se resserrent, que tous les corps qui le composent 
s'amoindrissent et qu'il arrive finalement à la di- 
mension d'un agrégat chimique : nous sommes re- 
venus au microcosme. Au surplus, les mesures, les 
expressionsd'infiniment grand et d'infiniment petit 
sont en nous, et non dans la nature, parce que nous 
rapportons tout à nous comme à un point de com- 
paraison. Les idées de grand et de petit sont pu- 
rement relatives. La nature ne connaît pas ces ma- 
nières de voir. 

Les phénomènes de la chaleur, de la lumière, 
du son, du magnétisme, s'expliquent par cette 
conception des mouvements atomiques. Sous l'in- 
fluence de ces forces extérieures, les molécules se 
resserrent ou s'écartent et modifient leurs mouve- 
ments, iîomme on voit dans l'espace les mondes 
précipiter leur cours à leur périhélie et le ralentir 
aux régions lointaines de leur aphélie. Lorsque 
nous occasionnons par un choc des vibrations dans 
les corps sonores, leurs molécules s'agitent en ca- 
dence, suivant le mode de leur harmonie. Or, ces 

4 



es LIVRE I. — U FORCE ET LA HATIERB. 

atomes sont d'une inexprimable petitesse. On a 
calculé que le nombre des atomesjrenfermés dans un 
petit cube de matière organique gros comme une tête 
d'épingle, devait s'élever au nombreinconcevable de 
huit sextillions (8 suivi de 21 zéros). En supposant5 
dit Gaudin, qu'on veuille compter ces atomes en en 
prenant un milliard par seconde, on emploierait 
deux cent cinquante mille ans à faire ce compte. 
Nous ne vérifierons pas. Quoiqu'il en soit, la sub- 
stance des corps est un petit monde, un monde ana- 
lytique, dans le sein duquel l'infîniment petit est 
réglé par des lois aussi rigoureuses que Finfîniment 
grand du monde sidéral. Lorsqu'on sait qu'un pouce 
cube de tripoli renferme quarante mille millions 
de galionelles fossiles ; lorsqu'on songe que dans 
la classe des infusoires le microscope nous permet 
de distinguer des vibrions dont le diamètre n'excède 
pas tin millième de millimètre, et que ces petits êtres 
qui se meuvent dans l'eau avec agilité sont pourvus 
d'appareils de locomotion servis par des muscles 
et des nerfs, qu'ils se nourrissent et possèdent des 
vaisseaux nutritifs, qu'ils sont actifs, cherchent, 
poursuivent leur proie, la combattent et se lancent 
parfois dans les abîmes de la goutte d'eau avec une 
vitesse et une force relativement supérieure au 
galop d'un cheval, lorsqu'on ajoute à cette obser- 
vation que ces animalcules sont enfin servis par 
des organes de sensibilité, on n'a pas de peine à 
croire que les molécules d'albumine et de géla- 
tine qui les constituent sont vraiment d'une ténuité 
inimaginable, et que les atomes dont ces molécules 



U GÉOMÉTRIE DANS LE MONDE DES ATOMES. 05 

felles-mêraes sont composées appartiennent sans 
métaphore à notre idée de l'infininient petit. 

Or, ces atomes ne changent point; ils sont inva- 
riables et immuables ; les molécules des corps com- 
posés, dans la formation desquelles ils sont géomé- 
triquement associés, ne changent pas davantage, 
quoique passant incessamment d'un être dans un 
autre. Par rechange perpétuel qui s'opère entre 
tous les êtres de la nature et qui les enchaîne tous 
sous Tempire d'une communauté de substance, 
par la communication permanente des choses entre 
elles, de l'atmosphère avec les plantes et avec tous 
les êtres qui respirent, des plantes avec les ani- 
maux et les hommes, de Teau avec toutes les sub- 
stances organisées, par la nutrition et l'assimila- 
tion qui perpétuent la chaîne des existences, les 
molécules entrent et sortent sans cesse des corps, 
changent à chaque instant de propriétaire, mais 
conservent essentiellement leur nature intrinsèque. 
Nous le reconnaissons avec nos adversaires : la mo- 
lécule de fer ne varie point, soit que, incorporée 
dans la météorite, elle parcoure l'univers, soit 
qu'elle résonne sur la voie ferrée dans la roue 
éix wagon, soit qu'elle jaillisse en globule sanguin 
aux tempes du poète. Quel que soit donc le lieu ha- 
bité transitoirement par les molécules, elles gar- 
dent leur nature essentielle et leurs propriétés. Les 
atomes sont des infiniment petits, toujours séparés 
les uns des autres, et toutefois enchaînés par cette 
même force invisible qui retient les sphères sur 
leurs orbites. La matière entière, organique ou 



64 LIVRE I. — LA FORCE ET LA MATIÈRE. 

r 

inorganique (puisque c est là môme), obéît d'abord' 
à cette force. Les plus petites parties sont comme' 
des astres dans Tespace ; elles s'attirent Tune l'autre 
et se repoussent en vertu de leurs mouvements' 
respectifs. Sous le voile de cette matière, qui nofùW 
paraît lourde et devise, nous devons donc saisir W 
force à laquelle elle obéit, celle qui régît le nfiiiié*- 
ral, qui pèse les éléments, qui ordonne les corn* 
binaisons, qui trace des règles absolues, et qui, dî-^ 
rigeant là matière en souveraine, la plie comme 
une esclave souple et passive aux lois primordialéîî 
qui consacrent la stabilité du monde. - 

Les états de la matière sont réglés paï* des lôisi 
N'ayez-vous jamais admiré les formes caràctémt?- 
ques de la cristallisation? N^avez-vous jamais exà^ 
miné au microscope la formation des étoiles dé 
neige et des molécules cristallines de la glace? Darife 
ce monde invisible comme dans l'univers visible, 
chàcjue mouvement, chaque association s^effectue 
sous la direction delà loi. Toujours le même angle, 
toujours les mêmes lignes, toujours les mêiiies 
successions, ifamaisles lois humaines n'eurent une 
obéissance si passive, si absolue. Jamais aucun géo- 
mètre ne construisit de figure aussi parfaite qùè 
celle naturellement revêtue par la plus humble 
molécule, de même que nulle rosace parmi les 
plus élégantes basiliques n'égale la coupe d'olie 
rondelle de tige végétale. Nous ne parlons pa^ 
seulement de ses états physiques. On sait en 
effet, par exemple, que la fluidité des corps n*eiËl 
due qu'à la chaleur, et que la vapeur d'eau qui 



. ACTION DES FORCES. 65 

û 

^me les nuages aussi bien que les flots de la 
mer profonde, serait à l'état solide , c'est-à-dire 
à Fétat de glace, si toute chaleur était exilée de 
la terre. Mais nous parlons surtout de ses états 
chimiques. Ici la loi règne sans partage. Il est 
interdit à la puissance humaine de rien créer par 
des lois arbitraires ou capricieuses, et de rien 
changer dans la composition des corps. Rien ne 
nait, rien ne meurt. La forme seule est périssable ; 
la substance est immortelle. Nous sommes consti- 
tués 4e Ja poussière de nos ancêtres. Ce sont les 
mêmes atomes et, les mêmes molécules. Rien né 
se créCj rien ne se perd. Une bougie qui vient 
d'être entièrement brûlée n'est plus visible ayx 
jeux, vulgaires ; cependant elle existe encore inté- 
gralement, et en recueillant les substances consu- 
ipéas, nous la reconstituerions dans' son poids an- 
térieur. Les atomes voyagent d'un être à l'autre, 
guidée par les forces naturelles. Le hasard est exclu 
de leurs combinaisons et de leurs mariages. Et si, 
dans cet échange perpétuel des éléments constitu- 
tifs de tous les corps, la nature belle et rayonnante 
subsiste dans sa grandeur, cette puissance natio- 
iiale de la terre est uniquement due à la prévoyance 
et à lâi rigueur des lois qui organisent sans repos 
les voyages et étapes des atomes, de garnison en 
g?irnison. Si l'organisation, militaire de la France 
est due à un conseil intelligent, il nous semble que 
l'orgfinisation chimique des êtres, autrement îm- 
iPiî^lante que celle-là , témoigne en faveur d'un 
plan et d'ufle pensée directrice. 

• * 4. 



M UTRE I. -^ LA FORGE ET U MATltRE. 

Cependant le rôle que la loi joue dans l'univers 
est relégué au rang des fables par Fauteur de la 
Réponse aux Lettres de lAebig. Selon lui, c'est à 
tort que le grand chimiste déclare que «e c est la 
loi qui construit tout ^ » La loi ne serait qu'une 
idée générale, induite de caractères sensibles ; de 
ce qu'on ne trouve la loi qu'après des expériences,^ 
il en résulterait qu'elle n'existe pas en réalité ( 
« Tant qu'on croira que la loi construit le monde,, 
ose-t-on écrire, au lieu d'en être le résultat et d'en 
recevoir sa lumière, l'esprit humain dormira dans 
les ténèbres et Ton opposera l'idée àrexpérience. » 

Pour exiler de la nature l'esprit, et en particu- 
lier l'esprit géométrique, il faut se refuser & l'évi- 
dence du rôle joué par le iVomire, et s'obstiner à 
ne pas entendre l'universelle harmonie répandue 
à profusion dans les œuvres créées. L'harmonie 
n'est pas seulement la phraséologie musicale 
écrite sur des portées et jouée par les instruments 
humains ; elle ne consiste pas seulement dans ces 
chefs-d'œuvre révérés à juste titre qui vinreht 
éclore aux jours d'inspiration dans le cerveau des 
Mozart et des Beethoven ; l'harmonie remplit l'uni- 
vers de ses accords. Et d'abord, la musique pro- 
prement dite est elle-même toute entière formée 
par le nombre ; chaque son est une série de vibra- 
tions en quantité définie, et les rapports harmo- 
niques des sons ne sont autre chose que des rap* 
ports numériques. La gamme est une échelle de 

^ Chemitche Briefe, p. Zi 



HARHOinES. — US NOMBRE RS61T LE MONDE. è? 

chiffres ; les modes, le mineur comme le majeur, 
sont créés par les chiffres, et les accords ne sont 
eux-mêmes qu'une combinaison algébrique. Puis, 
comme si le nombre devait essentiellement régner 
seul, tout compositeur musical doit encore s'assu- 
jettir à des règles pour la mesure. Ces remarques 
fondamentales, suggérées par Tétudedu son, trou- 
Tent leur application non moins importante dans 
l'étude de la lumière. De même que les tons dé- 
rivent du nombre des vibrations sonores, de même 
les couleurs dérivent du nombre des vibrations 
lumineuses. La coloration d'un paysage est une 
sorte de musique. La verdure des prairies est 
formée par le nombre, comme le fond d'une mélo- 
die;la rose qui s'épanouît est le centre d'une sphère 
de vibrations lumineuses constituant la nuance 
apparente, et le rossignol qui gazouille ses notes 
caressantes, envoie dans l'atmosphère les vibrations 
sonores caractéristiques de son ton. Tout mouve- 
ment est nombre et tout nombre est harmonie. 
Sans doute il y a, dans cet état de choses, une 
part réservée aux lois physiologiques de notre or- 
ganisation. Les sons audigibles commencent aux 
vibrations lentes et finissent aux vibrations aiguës 
que notre oreille peut saisir : de 16 à 56850^ par 
seconde. Les couleurs visibles commencent aux 
vibrations lentes et s'arrêtent aux vibrations rapides 
que notreœil peut saisir : de 458,000,000,000,000 

* D'après Despretz. Les expériences de Savart placent la limite 
des sons graves à 8 vibrations doubles par seconde, et la limite 
des sons aigus à 24000 



U imt I -* UFORGE fSt U HATltSK. ' 

à 7^7,000^000,000,000' par seconde. Mais iïm^. 
Taudrait pas en oondure qu'il n'y ait là qu^uft.f 
rapport fortuit entre notre organisation et les 
ntoovements extérieurs. Les sons et les couleurs^: 
s'étendent auHlessous et au-dessus des limites de ; 
netro organisation, semUablemait soumises aux>i 
règles numériques ; il y a des sons que ToreiUe ) 
humaine ne peut entendre, il est des couleurs que : 
notre œil ne peut voir. Et dans la limite même de. : 
nos perceptions, le rapport qui existe entre ellesit 
et nos sens procède, à aotreayis du moins, d^i%i 
que le nombre, ce lien universel, n a pas èlét) 
étranger à la construction de notre organisme. , i 
La forme, elle aussi, dans ses dissimulations losrr 
plus ondoyantes, appartient au- nombre, car iont'^x 
figure est déterminée par le chiffre. Le sens inio^; 
de 1 esthétique qui nous inspire cherche les formas»? 
les plus pures. Le cearcle nous charme par sa courbe > 
gracieuse. La géométrie, dans nos constructions^ v 
ne s'égare pas en des sentiers arbitraires. L'ar^t 
chitecture s'appuie, selon ses applications, sur la^^ 
forme esthétique de notre esprit, quoiqu'il lui at-^r 
rive parfois (comme à notre époque par exemplp^f 
de n'avoir aucun style. Nous désirons la symé- 
trie jusque dans les figures symboliques des tra;^. 
ditions religieuses; parfois nous la dissiraulor^pi^ 
dans un apparent désordre. Notre, œil, qui s^fani 
tigue promptement à regarder les foules entre-croi-t 

• 

^ Nous prenons ici comme limites le nombre des ondulations 
de l'extrême rouge eideTextrême violet. Au delà du violet notre'* 
oetl ne peut plus saisir la iamière, qui pourtant existe ^ncatf. ) 



HARMOmiX?^.' ^ lE NOMBRE RÊ6IT LB MORDE. 61^ 

séé$ au hasard y se laisse agréablement bercer par 
les dadses aux mouvements inékKlieux« 

' Caractère particulier du règne minéral, la sy- 
métrie devient moins sévère en s'élevant dans les 
règnes organiques. Les végétaux se modèlent sur 
leuf type idéal, mais laissent une latitude aux 
fotxiës'qûi les modifient; ils croissent en. deux di- 
rections opposées ; leurs feuilles se succèdent dans 
létir cycle autour de la tige en nombre caractéris- 
tique ; leurs fleurs n'échappent pas à Fordre nu- 
mérique ; les nombres comme les fonnes sont les 
bàtos des classifications végèiales. Les animaux, 
en manifestant le type de chaque espèce, laissent 
utî dernier rôle à la symétrie, et l'homme lui- 
même est une unité formée par deux mcÂtiés sy- 
nfifélriqnes soudées ensemble. Et au-dessus de 
toutes ces formes particulières, l'unité de plan 
est- souterainement manifeste. Dans les espèces les 
plus différentes, nous trouvons des analogies 8igni«> 
ficatives. Rien ne ressemble moins à une main que 
le sabot d^nn cheval. Cependant disséquez ce sabot, 
vous y trouverex dans un état rudimentaire une . 
main siux doigts soudés. 

Ainsi Perdre, Tordre numérique même, régné 
sur la terre comme dans les cieux. Ne pensons pas 
qiië les harmonies naturelles, non notées par la 
miln de Thomme, soient des bruits informes et 
fassent exception. Le vent qui soupire entre les 
cèdres et les sapins, le bruissement des vagues 
sur le rivage, la sourde mélodie des insectes dans 
les herbes, les sons indéfinis qui remplissafit la 



70 LIVRE 1. — LA FORCE ET LA MATIÈRE. 

nature, sont des vibrations sonores qui appartien- 
nent comme les précédentes au règne du nombre. 

Le fait le plus insignifiant en apparence est le 
résultat de certaines lois aussi bien que l'événe- 
ment le plus important. De quel droit les négateurs 
de l'esprit osent-ils donc déclarer la matérialité, 
absolue de l'univers? De quoi la matière seule est^ 
elle capable? Que deviendra un atome d'oxygène 
ou de carbone si vous les supposez en dehors de 
toute loi? 'Dans quel chaos informe tombera la 
nature si vous anéantissez la force qui la soutient? 
Imaginons un instant que le nombre n'existe pas : 
cette seule supposition anéantit immédiatement 
toutes les harmonies dont nous venons de nous 
entretenir. Or, nous lé demandons, la faculté 
mathématique peut-elle appartenir à la matière? 
Si vous le prétendez il vous reste maintenant 
à nous dire à quelle matière : est-ce à l'oxy- 
gène, est-ce à Tazote, est-ce au fer, est-ce à 
l'aluminium ? Mais non, puisque la loi est supé- 
rieure à tous ces corps et que c'est elle préci- 
sément qui les combine, les marie, les dissocie, 
les sépare, puisque c'est elle qui les gouverne. 
Que vous reste-t-il ? 

Est-ce à la matière qu'appartiennent le son, la 
lumière, le magnétisme? Vous expérimentez le 
contraire. Ce sont là autant de modes de mouve- 
ment. Or qui ordonne tel mode de mouvement 
pour le son et tel autre pour la lumière? Qui régit 
ces forces ? Apparemment ce sont ces forces elles- 
mêmes ou une force supérieure qui les embrasse 



IMPORTANCE ESSENTIELLE DE LA LOI. 7t 

toutes. La matière n'est dans tous ses mouvements 
que le sujet passif. 

n est donc indéifiable que dans la nature inor- 
ganique la matière est esclave, la force souveraine. 

C'est pourtant là ce que révoquent en doute les 
champions de la matière ; nous avons déjà pu ap- 
précier la valeur de leurs raisonnements sur la 
nature inorganique; nous serons bientôt édifiés 
sur leur manière d'expliquer la nature organique. 

Lorsqu'on brûle une plante avec précaution, il 
n'est pas rare qii'on obtienne pour résidu un sque- 
lette siliceux correspondant à la forme primitive 
de la tige. C'est la substance inorganique qui la 
constituait et qui provient de la substance du sol. 
La plante intégrale renferme de plus certains corps 
déterminés par sa nature, par exemple le blé con- 
tient du gluten a2oté, des phosphates, la vigne de la 
chaux, la pomme de terre de la potasse, le thé du 
manganèse, le tabac du salpêtre, etc. A chaque 
plante conviennent des principes minéraux, et la 
plante sait les choisir elle-même; l'agriculteur 
instruit subordonne les fruits à la nature du sol, 
ou choisit ses engrais suivant les récoltes qu'il 
iveut faire. C'est dans la connaissance^ des besoins 
3e chaque espèce que réside le secret des asso- 
ements et des jachères. Devant ce fait, les théori- 
iens dont il est question font la moitié du chemin 
sur l'explication véritable. La racine de la plante 
absorbe, disent-ils, d'après les lois fixes d'affinité, 
les éléments inorganiques qui l'entourent dans la 
terre. Et comme s'ils craignaient qu'on ne com- 



73 UYRE I. — LA FORCE ET U MATIÈRE. 

prit pas entièrement le rôle qu'ils attachent judi- 
cieusement à cette affinité élective, ils ajoutent (voy. 
Moleschott) que laplante fabrique elle-même la masse 
principale deson corps. On croira sans doute que par 
cette déclaration on avoue rendre à la force la di- 
rection qui lui appartient? Il n'en est rien, on rap- 
porte, tout à la matière. L'évaporation qui permet 
aux racines des plantes d'absorber les principes de 
la terre végétale, dit-on, et l'affinité des liquides 
agissant à travers les parois des cellules qui les 
séparent, telles sont les facultés maîtresses de la 
matière qui effectue Faccroissement. 

Voici une pauvre racine qui végète au sommet 
d'un rocher ; elle a besoin d'obscurité, de silence, 
d'une certaine nourriture séparée d'elle par des 
massifs; examinez l'expression lente de ses vagues 
mais énergiques désirs : elle cherche, circule, 
avance, revient sur ses pas, contourne les roches, 
grimpe, descend, s'élance avidement vers le point 
qu'une sorte d'instinct lui fait deviner, retombe 
parfois découragée, mais bientôt, animée d'une 
nouvelle force, renverse tous les obstacles et par- 
vient enfin à la terre promise. Dès lors elle s'y fixe, 
s'y implante, prononce ses droits de conquête, et 
l'arbre appauvri qui tremblait jadis dans le froid 
d'une maladie de consomption, reprend bientôt sa 
vigueur normale, épanouissant au soleil ses ra- 
meaux luxuriants. Ose-t-on refuser ici d'admettre, 
plus formellement encore que dans le cas de la 
cristallisation minérale, l'existence d'un « esprit 
des plantes, » d'une force organique particulière? 



J>£ U BËADTÈ DAIIS U T^ATUBE. ' 15 

Ik^uf nous, nous FavouonssaDs réserves : dans la 
manifestation de t^es tendances instinctives nous sa- 
luons Têlre virtuel, la force intime qui constitue le 
végétal, nous admirons que la matière est con- 
trainte à lui obéir. Nous vous trouvons inconsé- 
quents de rapporter à la matière cette affinité élec- 
tive (comme si la matière était capable de clioisirl) 
et nous la rapportons, nous, à l'être végétal qui, 
. égaré dans les conditions les plus dissemblables, 
s^it deviner partout les éléments nécessaires à 
^existence de son espèce. 

prétendus savants, qui croyez faire de la 
îSçience en traînant votre esprit au fond de vos 
cornues, laissez-moi vous accuser et vous plaindre 
de n'avoir pas su voir, de n'avoir pas su sentir les 
..&ctaes de la nature. L'aspect de certains sites 
admirables, ou la grâce et la beauté se jouent sous 
toutes les formes ; le mouvement de la vie dans la 
verdure renaissante des prairies et des bois ; le 
rayonnement de la lumière dans l'azur pâle entre- 
coupé de flocons d'or, dans les arbres aux sil- 
houettes silencieuses, dans le miroir limpide du 
lac qui reflète le ciel ; la douce chaleur pritanière 
que souffle l'atmosphère attiédie; les senteurs sau- 
vages et les parfums des fleurs : toutes les beautés, 
toutes les tendresses, toutes les ca*resses de la 
nature sont restées inconnues à votre être inerte. 
Les contemplations de cette nature terrestre offrent 
pourtant de grands charmes et livrent parfois des 
«•évélations Inattendues. Je me souviens et je vous 
avoqe., quoique vous puissiez rire de ma sensibilité, 



74 LIVRE I. — LA FORCE ET LA MATIÈRE. 

je me souviens, dis-je, avoir passé des heures déli- 
.cieuses dans l'admiration solitaire de certains 
paysages. Je ne nommerai pas celui dont je parle 
ici, car Tœil qui sait voir peut le retrouver en bien 
de contrées différentes. Le soleil, non encore cou- 
ché, mais caché par des nuages, illuminait les 
hauteurs de l'espace, colorant des nuances les plus 
tendres et les plus • exquises les nuages élevés, 
blonds cumulus qui voguaient lentement au-dessous 
des cirrus argentés. Un vent supérieur insensible 
a la surface du sol, berçait ces groupes multico- 
lores, où les tons d une palette féerique, depuis 
l'or jusqu'à la rose, s'harriionisaient dans leurs 
. contrastes comme les divers accords d'un chœur 
céleste. A mes pieds tremblait Tonde translucide 
d'un lac étendu qui semblait monter jusqu'à l'ho- 
rizon. Un grand silence dominait cette scène. Au 
bord de la pièce d'eau, à une certaine distance, 
on voyait quelques bouquets irréguliers d'arbres 
et d arbrisseaux, reflétés dans le miroir mobile 
avec des proportions gigantesques. L*onde reflétait 
également la terre et le ciel, opposant aux lu- 
mières d'en haut les ombres d'en bas. C'était un 
tableau digne des grands peintres de paysage dont 
nous admirons les œuvres sur les toiles de Claude 
Lorrain et du 'Poussin, mais dont Pinimitable sim- 
plicité était bien au-dessus de toute imagination. 
Parfois le silence général était interrompu par la 
clochette lointaine des troupeaux que le pâtre 
ramène, ou par des oiseaux de la lisière se -sou- 
venant de quelques coupleté. Il y avait dans cet 



DE U BEAUTÉ DAMS U NATURE. 75 

ensemble une telle beauté, malgré le voile ; une 
telle éloquence, malgré le silence; une telle vie 
malgré Tinanimation apparente; il y avait une ' 
splendeur si touchante et si impérieuse, que je 
sentis cette vie universelle entrer dans mon être 
comme l'air que je respirais, et me pénétrer par 
tous les pores. Elle me disait que les arbres vivent, 
que les plantes respirent et' qu'elles rêvent. Elle 
me disait que dans Tair et la lumière, cette nature 
que nous croyons inanimée grandit et s'élève vers 
la phase indécise des premières manifestations de 
l'être. Je voyais bien, avec les yeux du chimiste, la 
succession rapide et incessante des atomes consti- 
tutifs de ces corps, depuis le brin d*herbe jus- 
qu'au nuage; je savais qu'un mouvement im- 
mense et implacable fait tourbillonner dans sa 
circulation, les molécules simples combinées tour 
à tour dans la succession des corps« Mais au 
dedans de ce mouvement, je sentais la force qui 
l'entraîne ; au fond de ces apparences j'admirais 
la loi directrice des choses créées. Dominé par la 
puissance même de ces lois, qui jettent la beauté 
dans l'espace avec la même facilité que la main 
du semeur jette le grain dans le champ fertile ; 
profondément impressionné par cette communi- 
cation passagère de mon être avec la vie incon- 
sciente de la nature ; je sentis que mon admiration 
était devenue une sorte d'extase et que les images . 
aériennes de ce beau ciel se reflétaient dans mon 
âme comme dans le miroir du lac impassible. 
C'est dans ces instants fugitifs et inénarrables de 



70 LlYRE I. ^ U FORCÉ ET LA MATIÈRE. 

contemplation que l'idée esthétique de Dieu m'ap- 
paraît avec le plus de lumière et me domine avec 
le plus de puissance. Ces révélations, je ne puis 
ni les exprimer, ni même me les définir à moi- 
même lorsqu'elles sont passées; Je me sens sub- 
jugué par la nécessité de reconnaître une cause 
à cette beauté, une cause que je ne puis nommer, 
mais qui m*apparaît avec les caractères de la beauté 
même, de la bonté, de la tendresse, de l'amour, 
et pourtant aussi avec ceux de la puissance, de la 
magnitude, de la domination. Et ce n'€st plus par 
l'esprit que Dieu entre dans mon âme, mais par 
le cœur. Avouerai-je que parfois je me suis surpris 
accablé d'une émotion profonde? Non, car dans 
l'opinion de mes secs contradicteurs, toute marque 
d'émotion n'a d'autre cause que la contraction 
variable du cœur anatomique, ou la sécrétion de 
la glande lacrymale, plus ou moins sensible, selon 
les tempéraments; de même que toute cette 
beauté des paysages dont je viens de rappeler 
quelques aspects n'est que la résullante aveugle et 
dénuée de sens des combinaisons matérielles engen- 
drées par la chimie et la physique des corps!... 

« Le Dieu éternel, immense, sachant tout, pou- 
vant tout, a passé devant moi, s'écriait Linné, après 
sesadmirablestravauxsurrorganisationdesPlantes. 
Je ne l'ai pas vu en face, mais ce reflet de lui, sai- 
sissant mon âme, l'a jetée dans la stupeur de l'ad- 
miration. J'ai suivi çà et là sa trace parmi les choses 
de la création ; et, dans toutes ces œuvres, même 
dans les plus petites, les plus imperceptibles , qu elle 



LA RËYËLATION PAR LA SGENGE. 77 

force f quelle sagesse ! quelle iodéfinissable perfec- 
tion! J'ai observé comment les êtres animés se 
superposent et s'enchaînent au règne végétal, les 
végétaux eux-mênaes aux minéraux qui sont dans 
les entrailles du globe, tandis que ce globe gravite , 
dans un ordre invariable autour du soleil auquel il 
doit sa vie. Enfin j'ai vu le soleil et tous les autres 
astres, tout le système sidéral, immense, incalcu- 
lable dans son infinitude, se mouvoir dans l'espace, 
suspend» dans le vide par un premier moteur incom- 
préhensible^ l'Être des êtres, la Cause des causes, 
le Guide et le Conservateur de l'univers, le Maître 
et l'Ouvrier de toute Toeuvre du monde... 

« Toutes les choses créées portent le témoignage 
de la sagesse et de la puissance divine, en même 
temps qu'elles sont le trésor et l'aliment de notre 
félicité. L'utilité qu elles ont atteste la bonté de 
celui qui les a faites, leur beauté démontre sa sa- 
gesse, tandis que leur harmonie, leur conservation, 
leurs justes proportions, et leur inépuisable fécon- 
dité proclament la puissance de ce grand Dieu I 

« Est-ce cela que vous voulez appeler la Provi- 
dence? C'est en effet son nom, et il n'y a que son 
conseil qui explique le monde. Il est donc juste de 
croire qu'il est un Dieu, immense, éternel, que nul 
être n'a engendré, que rien n'a créé, sans lequel 
rien n'existe, qui a fait et ordonné cet ouvrage uni- 
versel. Il échappes nos yeux qu'il remplit toutefois 
de sa lumière ; seule la pensée le saisit ; c'est dans 
ce sanctuaire profond que se cache cette majesté. » 

Nos adversaires ne comprennent pas ces éleva- 



78 UYRE I. — LA FORCE ET U MATIÈRE. 

tions de l'âme. Au surplus, pour sentir la poésie 
des choses, il faut d'abord la posséder en soi ; il 
faut que Tâme entre en vibration. L'esprit qui s'a- 
baisse au rôle de produit chimique n'est pas ca- 
pable de ces jouissances. 

Par circonstance, et puisque nous parlons ici de 
l'esthétique de la nature inanimée, notons en pas- 
sant un exemple de la tendance de nos chimistes à 
étendre sur toutes choses la rigueur de leurs con- 
ceptions. Laissons-nous choir de l'idéal vrai dans 
un réalisme non réel. 

• M. Molcschott est certainement TapAtre de la 
réalité physico-chimique ; il est même d'un réalisme 
sensiblement exagéré. Jugez plutôt de sa manière 
de poétiser la nature. Vous aimez sans doute le 
pur éclat des fleurs, leurs nuances si tendres, leurs 
parfums si suaves. Hélas! vous ne vous doutez 
guère de la position où vous êtes quand vous abais- 
sez vers une rose vos narines dilatées. Ecoutez la 
révélation du chimiste : « Quand nous respirons 
le parfum embaumé de nos parterres, nous aspi- 
rons de vraies substances excrémentielles végé- 
tales. Certes, nous n'avons pas le droit de nous 
étonner que les coléoptères fimicoles et des ani- 
maux d'un ordre supérieur mangent des cha- 
rognes (sic) et des excréments, ni que tout le monde 
végétal vive des excrétions des animaux, puisque 
nous savourons avec délices des substances qui se 
sont décomposées par Teflet de la vie des plantes, 
et qui ont une origine analogue à celle de l'urine 
et des matières fécales. » 



i 



LA LOI. 70 

Vous ne vous en doutiez pas? 

On met ici les fleurs et ceux ou celles qui les ai- 
ment dans une bien grave position, car enfin*... 

Pour revenir à notre sujet et terminer par la 
considération générale de l'action de la loi à la 
. surface de la Terre, souvenons-nous que cette action 
permanente est la condition même de la durée du 
monde, aussi bien que de sa beauté. Nous l'avons 
vu, tout est harmonie. Lorsque les corps réson- 
nent, que la corde frissonne sous larchet, que la 
cloche vibre sous le choc du battant, les molécules 
s'agitent en cadence, comme les sphères dans l'es- 
pace. L'harmonie des sphères n'est pas un.vain mot. 

Sa cause est une force, et c'est la même force 
dans les deux cas, qu'elle se nomme cohésion 
quand elle groupe les molécules, ou gravitation 
lorsqu'elle rapproche les corps célestes, force pri- 
mordiale, élémentaire, qui anime toute substance, 
tantôt déterminant un simple rapprochement des 

' Cette physico-chimie ne va-t-elle pas un peu trop loin en as- 
similant aussi complètement les fonctions végétales aux fonctions 
animales^ Les lis candides et les petites violettes ne ressemblent 
pas, trait pour trait, aux animaux soyeux de nos étables, et le 
parfum des giroflées ne s'élève pas précisément du même objet 
que l'odeur non équivoque des lourds tonneaux qui cahotent à 
minuit sur le pavé de Paris. La chimie, certes, n'a pas de a fausse 
bienséance» et nous voulons bien admettre que dans un chapitre 
sar la digestion, M. Moleschott discute l'idée qu'a M. Liebig de 
< reconnaître la valeur digestive d'un alimenta la grosseur toute 
particulière des résidus des repas consommés, que les passants 
'laissent le long des haies et des clôtures. )» Mais dans un cha|)itre 
sur les fleurs, nous ne croyons pas nécessaire d'exagérer les simili- 
tudes entre le règne aitimal et le règne végétal pour en arriver là. 

Au surplus, ceci n'est qu'une digression en dehors du texte, qui 
montre nos adversaires sous un aspect particulier, et nous nous 
bâtons de la terminer. 



86 LIVRE I.'— U FORCE ET LA MATIERE. 

molécules, tantôt les assujettissant à des directions 
déterminées, suivant les conditions dans lesquelles 
elles se trouvent placées. Cette force peut être 
appelée physico-chimique. Bientôt nous constate- 
rons l'existence d'une force distincte, régissant le 
tourbillon de la matière dans les êtres vivants. 

L'animal se distingue de la plante et du minéral 
par le système nerveux. Depuis l'état rudimentaire, 
où il se trouve chez les zoophytes jusqu'à son com- 
plet développement dans Tespèce humaine, le sys- 
tème nerveux est la marque de l'animalité ; il pré- 
side à des phénomènes immatériels. C'est par lui 
que nous percevons toute sensation; c'est lui qui 
rend possible les mouvements volontaires ; enfin, 
c'est lui qui est l'instrument par lequel se mani- 
feste la pensée. Tranchez les nerfs, et vous dé- 
truisez du même coup la sensation; coupez les fils 
télégraphiques, et la dépêche n'est point transmise. 

Si le nerf optique est paralysé, quoique l'œil reste 
intact, l'animal devient aveugle. Les images conti- 
nuent à se former au fond de l'œil, mais la sensation 
n'existe plus. L'oreille peut être parfaitement saine ; 
elle est physiquement constituée pour recueillir les 
vibrations sonores, cependant il n'y a de sons pro 
duits qu'autant que le nerf acoustique est là pour 
les recueillir et les transmettre au cerveau , et qu'au 
tant que le cerveau vivant est là pour les percevoir 
C'est du cerveau et des nerfs que se sert la force qui 
perçoit et qui juge. 

Nous reconnaissons dans le règne végétal, et 
particulièrement dans certaines espèces, telles 



MENS AGITAT HOLEM. 81 

que la. sensitive, la dionée, la desmodie, une 
énergie latente correspondant à notre système 
nerveux. Il est indiscutable néanmoins que la force 
physico-chimique, la force végétale, la force ani- 
male, rintelligencô, ne sont pas une seule force- 
matière. Qu'on explique alors comment une mo- 
lécule est animée successivement par des forces si 
distinctes ? Comment se peut-il faire que Tatome 
de fer, qui maintenant fait partie d'un homme, d'un 
animal ou d un végétal, constituait, l'instant d'au- 
paravant, la rouille d'une antique statue, par 
exemple? S'il est tout à la fois matière et force, et- 
si la force est unique, comment se peut-il qu'elle 
produise des phénomènes aussi distincts? 

Supérieurement à la matière, existe un principe 
immatériel qui en est absolument distinct. Un es^ 
prit anime la matière, selon l'expression de Virgile. 

Devant l'organisation régulière des êtres terres- 
tres, nous ne pouvons que répéter ce que l'on ré- 
pondait déjà il y a cent ans au Système de la 
nature. La matière est passive et incapable de 
s'ordonner elle-même en un tout régulier. Elle 
est douée de certaines propriétés qui la rendent 
susceptible d'obéir à des lois. Or comment une 
matière aveugle peut-elle avoir des desseins et . 
tendre vers un b ut ? Comment, sans intelligence, 
aura-t-elle produit des êtres intelligents? Com- 
ment se gouvernera-t-elle par des lois pleines de 
sagesse si elle ne connaît pas la sagesse? Comment 
un ordre majestueux règnera-t-il entre ses parties 
si elle ne connaît pas l'ordre? Comment enfin une 

5. 



8S LIVRE L — LA FORGE ET LA MATIÈRE 

utilité sensible se fera-t-elle apercevoir dans toutes 
ses opérations si elle n'a aucun but? 

Ce sont là autant de problèmes auxquels les ma- 
térialistes d'aujourd'hui vont essayer de répondre 
dans le détail de leurs discussions ^ 



^ Tout en prodamant qae la force gouverne la substance, nous 
n'allons pas jusqu'à prétendre ^a^ec certains métaphysiciens que 
la substance n'existe pas et que la force seule existe. Nous croyons 
cette exagération aussi fausse que celle des matérialistes. Écoutons 
un instant une démonstration métaphysique de la non-existence 
de&corps et de retendue*. Si on suppose que l'étendue, aussi bien 
que la force, convient aux objets de l'expérience et en est un 
élément inséparable, alors, comme les propriétés de la première 
sont précisément inverses des propriétés de la seconde, on se 
trouve avoir admis implicitement que les contradictoires peuvent 
coexister en un môme sujet : erreur qui est le type même du 
faux et de l'absurde : Mais si, au contraire, on reconnaît que la 
iorce seule est réelle, d'une réalité absolue et substantielle, tandis 
que l'étendue n'est rien de plus qu'un acte psychologique, qui 
seulement, pour apparaître sous le regard de la conscience, re- 
quiert certaines conditions physiologiques et physiques, aussitôt 
la conti^diction se dénoue. De sorte que notre réponse à la ques- 
tion de savoir quelle est la réalité objective de la notion d'éten- 
due, qui parait si étrange au premier abord, est au fond la seule 
vraiment rationnelle, puisqu'on ne saurait la rejeter sans mettre, 
pour ainsi dire, la raison aux prises avec elle-même. 

Mais, objectera-t-on, cette réponse est en contradiction expresse 
avec l'expérience, car elle réduit l'étendue à une simple apparence 
psychologique, tandis que la vue et le toucher, relativement à tous 
les corps auxquels ils peuvent atteindre, nous attestent une éten» 
due propre à chacun, et manifestement extérieure à Tâme. Ne 
sdnt-ilspas étendus, ces objets avec lesquels je me trouve en rela- 
tion : ce corps auquel mon âme est unie ; cette table devant la- 
quelle je suis assis ; cette maison, cette terre, ce soleil qui m'é- 
claire, enfin tout l'univers? Une illusion si constante et si générale 
est-elle possible et même concevable? 

Cette objection suppose justement ce qui est en question, répond 
le philosophe. En effet, que nous apprennent la vue et le toucher 
sur le degré de réalité de l'étendue corporelle? Que l'étendue 
est une qualité du corps en expérience? Pas le moins du monde, 
car la perception du corps une fois opérée, il est toujours permis 

* Magy, De la science et de la naSure 



RËGNB UNIYERSfiL BE Lk LOI » 

Pour résumer donc l'état de la question et les 
principes de notre réfutation au point de vue du 
monde inorganique, nous avons établi que dans le 
Ciel comme sur la Terre, la force régit la matièrej 
que rharmonie est constituée par le Nombre, et 

de se demander si Timage de l'étendue qui accompagne cette per- 
ception, ne serait pas une simple apparence. 

n en est ici de cette apparence, comme de certains phénomènes 
astronomiquesi tel que le mouvement du soleil, dont il est aussi 
aisé de rendre compte par la rotation du globe que par celle du 
soleil ; quant à Texpérience elle-même, qui est littéralement neutre 
dans la question, son prétendu désaccord avec notre thèse procède, 
non des faits mêmes qu'on invoque, mais du sens arbitraire qu'on 
leur attribue implicitement. 

Les éléments constitutifs de la matière sont, de toute nécessité, 
inétendus et purement dynamiques. 

Les mêmes principes qui nous ont conduits à la vraie théorie de 
l'étendue corporelle, nous suggèrent également l'explication de l'é- 
tendue incorporelle, c'est-à-dire de l'espace. L'étendue corporelle 
est un simple phénomène qui accompagne la réaction naturelle 
de cette force hyperorganique qu'on appelle l'âme, contre l'action 
des forces qui constituent les corps bruts, action dont l'âme est 
avertie par les forces organiques de notre corps. Hais si les forces 
organiques dont le corps humain est le système suscitent en nous 
l'apparence de l'étendue, quand elles agissent comme intermé- 
diaires entre l'âme et la nature extérieure, ces mômes forces, par 
leur action incessante sur l'âme même, à laquelle chacune est si 
intimement unie, pourraient-elles ne pas provoquer un phénomène 
analogue, dont il serait difficile a priori d'assigner les caractères 
spécifiques, mais qui doit infailliblement se rencontrer parmi les 
phénomènes psychologiques? Or, c'est précisément ce qui arrive', 
et dont nous sommes sans cesse informés par la conscience. La 
réaction permanente de l'âme contre les forces organiques en- 
gendre à tout instant un phénomène homogène à celui de l'étendue 
corporelle. C'est le phénomèoe de ï étendue incorporelle ou -de l'es 
pace pur, dans lequel nous localisons naturellement tous les corps. 

Le mouvement dans l'espace, comme tout autre phénomène 
sensible, n'est donc rien de plus que le signe visible d'actions 
invisibles et de changements non moins inaccessibles à nos organes, 
dans le mode de co-existence des forces. 

Hais, de toutes les solutions du problème, la plus remarquable 
sans contredit est celle de Kaiit. Ce grand penseur, qui avait tant 
réfléchi sur les conditions primordiales de la pensée, parmi les- 



S4 LIVRE I. — U FORGE ET LA MATIËRK 

que le Nombre porte partout avec soi son caractère 
intellectuel. Mais nulle part l'intelligence créatrice 
n'apparaît avec une évidence aussi manifeste que 
dans l'organisation de la vie et dans Fexistence de 
l'homme. C'est ce que nous allons constater dans 
les livres suivants. 



quelles la notion d'espace lui parut ayec raison une des princi- 
pales, soupçonna le premier que l'espace ne saurait être ni an 
objet extérieur à nous, comme le supposent les physiciens, ni 
l'ordre de co-existence des choses, comme l'avait prétendu Leib- 
nitz, .mais bien un simple mode du sujet pensant. « La géométrie, 
ditr-il, est une science qui détermine les propriétés de l'espace 
synthétiquement et néanmoins a pr«m. Or, que doit être la repré- 
sentation de l'espace, pour qu'à son égard une connaissance de 
cette espèce soit possible? Une intuition primitive.» 

L'espace, pour Katit comme pour nous, conclut l'écrivain, est 
donc essentiellement une affection psychologique. 

D'une part, d'après la loi objective de la connaissance, toutes 
les idées scientifiques se ramènent aux notions de force et d'étendue, 
seules vraiment primordiales et irréductibles; et d'autre part, d'a- 
près l'examen approfondi que nous venons de faire subir à ces deux 
notions, la notion de force représente l'élément substantiel des 
êtres, et celle d'étendue un mode purement subjectif de notre nature. 

Ainsi parlent encore les partisans .de l'interprétation purement 
subjective. 

On peut à cet égard faire une remarque assez curieuse et qui 
suffirait pour répondre à cette théorie légèrement exagérée : c'est 
que si l'étendue n'existe pas, les corps ne sauraient en occuper 
une partie, comme on ^'enseigne en physique. 11 suit simplement 
de là que nous n'occupons pas de place et que nous ne sommes Ja" 
mais nulle part! 

Pour le premier point, avis aux constructeurs de théâtres. Pour 
le second point, les malfaiteurs pourront, si bon leur semble, 
l'appliquer à leur justification métaphysique. 

Ces arguments ressemblent fort à ceux qu'emploient les pbra- 
séologues modernes qui renouvellent des querelles de mots en 
croyant discuter des faits. Par exemple, ceux qui répètent avec 
Broussais que Dieu et l'âme n'existent pas parce que le langage 
humain les désigne quelquefois sous des termes négatifs! Autant 
vaudrait dire que la matière n'existe pas parce qU'on la qualifie 
de la propriété d'être impénétrable, et que ce mot est négatif I 

£n vérité, c'est de la logomachie. 



LIVRE II 



LA VIE 






JW" 



m 



CIRCULATION DE LA MATIÉRt, 



Yoytges incessants des atomes à traTers les organismes; firaternité 
universelle des êtres vivants; solidarité indissoluble entre les 
plantes, les animaux et les hommes. — Yie apparente et vie 
invisible. — L'air, la respiration, l'alimentation, la désassi- 
milation. — Le corps se transforme perpétuellement. — L'é- 
quilibre des fonctions vitales prouve une force directrice. — 
La décomposition du cadavre prouve que la vie est une force; 
que cette force n'est pas une chimère. — Homunculus. — Faits 
et gestes de la chimie organique. — Que cette cliimie ne crée 
ni des êtres vivants ni des organes. — La matière circule, 
la Force gouverne. 



La puissance qui régit les astres et qui déploie 
les spleqdeurs de sa richesse dans Timmensité des 
cieux, la force qui règle la construction des mi- 
néraux et des plantes sur la Terre, Tordre qui ré- 
pand Tharmonie sur le monde,\ont maintenant nous 
apparaître sous un aspect différent dont le témoi- 
gnage ne sera pas moins irrésistible en faveur du 
principe intelligent qui préside aux destinées du^ 
monde. Tandis que le regard perçantdu télescope tra- 



88 LIVRE II. — lA VIB. 

versé les vides infinis, l'œil analysateur du micro- 
scope visite les habitations minutieuses delà vie à la 
surface terrestre. Ici, ce n'est plus seulement la 
grandeur et le caractère formidable de la force qui 
nous parleront; mais bien plutôt Tingéniosité, la 
beauté du plan, la linesse de Texécution, et par- 
dessus tout la sagesse surhumaine qui domina la 
matière et la plia sous la loi d'une volonté toute- 
puissante. 

Lorsque nous pénétrons le spectacle du monde 
avec Tœil de la science, la nature entière nous ap- 
paraît sous le caractère d'un dynamisme immense 
au sein duquel s'associent ou se transforment les 
forces formidables de la physique et de la chimie. 
Les phénomènes éphémères qui paraissent isolés 
au \ulgaire sont reliés pour nous en un réseau 
unique dont une force plus mystérieuse tient les 
fils. Une grande unité enveloppe le monde. Aucun 
élément n'est isolé, ni dans l'étendue présente, ni 
dans l'histoire. La lumière et la chaleur sont sœurs ; 
tantôt elles se montrent ensemble dans une union 
indéfectible, tantôt elles se font mutuellement le 
sacrifice de leur vie. L'affinité, le magnétisme se 
marient dans les mystères du monde minéral. Le 
doigt inquiet de Taimant cherche sans cesse le 
pôle. La plante avide s'élève avec passion vers la 
lumière. La Terre tourne son front matinal vers le 
Soleil. Le crépuscule étend son manteau sur le 
soir. Les lièdes parfums des vallées réchauffent les 
pieds glacés delà nuit Auxapprochesdel'aurorèjle 
ba iser de la rosée laisse sa trace sur la corolle en tr ou - 



ORGANISATION YITALE DE U TERRE. 89 

verte des fleurs. Un mouvement universel emporte 
les atomes comme les mondes. Mille ondulations 
s'entre-croisent dansTatmosphère; mille variétés 
de forces se combinent. Nuit et jour, matin et soir,' 
en toute saison, ce même mouvement à la fois 
insensible et formidable, que Tœil ne saisit pas, et 
que pourtant les chiffres les plus élevés ne sau- 
raient écrire *, ce mouvement indestructible s'exerce 
à travers le laboratoire du cosmos. Et le résultat de 
ce mouvement, c'est la Vie. 

Hors de ce résultat, le monde n'offre plus qu'un 
médiocre attrait à Fijnagination curieuse. C'est 
par les aspects ou les sensations de la vie que 
notre être pensant se rattache à la nature. Si la 
contemplation solitaire des cieux pendant la nuit 
silencieuse Tépand en nous une impression de tris- 
tesse indéfinissable; si l'aspect des vastes déserfs 
brûlés d'un ardent soleil nous laisse froids devant 
eux ; si l'étude des combinaisons chimiques les 
plus merveilleuses qui s'opèrent dans une cornue, 
nous touche moins intimement que la vue d'un 
petit oiseau dans son nid ou même d'une violette 



• Si Thomme savait apprécier les forces journellement en action 
dans la nature, il serait confondu d'étonnement. Pour n'en citer 
qu'un exemple facile à saisir, il semble que la vapeur d'eau qui 
insensiblement s'élève du sol pour former les nuages, et ces 
nuages qui se résolvent en pluies pour remonter ensuite, n'accu- 
sent pas le déploiement d énergies colossales. ' Eh bien, si 1 on 
admet qu'il tombe par an sur le sol entier une couche d'eau de 
1 mètre d'épaisseur et que la hauteur moyenne des nu<nges soit 
de 3,000 mètres, il faudrait, pour effectuer le même travail, un 
total de quinze cents milliards de chevaux travaillant sept heures 
par jour. !•• «erre «ntière ne wCfirai^ ^as à les nourrir. 



10 UTBE 11. — u in 

qui yfègète doucement an pied d'un arbre ; c'est 
parce que ces contemplations ne nous révèlent 
pas une Yie immédiate. Notre âme est surtout ac- 
cessible aux impressions qui nous viennent des 
autres êtres vivants, et parmi ces êtres, ceux qui se 
rapprochent le plus de notre nature sont encore le 
plus entièrement écoutés. Une voix aimée trouve 
dans le fond de notre être un écho plus sûr et 
plus vibrant que l'éclat du tonnerre. Un regard de 
ses yeux nous pénètre plus profondément que les 
rayons du soleil. Un sourire de ses lèvres nous at- 
tire avec un charme plus irrésistible que le pay- 
sage le plus magnifique. Sur ^es épaules, sur ses 
bras, dans ses cheveux, les diamants, les perles, 
les pierreries, les émeraudes et les saphirs voient 
pâlir leur éclat et descendent au rang.de simples 
pierres. C'est qu'ici surtout la vie nous apparaît 
sous la manifestation terrestre la plus belle et la 
plus exquise; c est que la vie est vraiment la grande 
attraction de la nature. 

Hais le caractère qui frappe le plus vivement 
l'observateur, dans Tensemble de la vie terrestre, 
c'est la loi générale qui préside à la vie univer- 
selle. Au premier aspect, tous les êtres divers 
nous paraissent isolés. Le sapin qui couronne les 
cimes alpestres ne parait avoir aucun point de 
commun avec le lièvre qui^ court dans le sillon. La 
rose de nos jardins ne connaît sans doute pas le 
lion du désert. L'aigle et le condor des hauts pla- 
teaux de l'Asie centrale n'ont pas goûté aux fruits 
de nos vergers. Le blé et la vigne ne paraissent pas 



ORGANlSAnON VITALE BE U TERRE. M 

se rattacher à la vie des poissons. Et si nous nous 
bornons à des divisions moins tranchées, i\ ne 
semble pas qu'il y ait un rapport immédiat entre 
la vie de Tbomme et celle des végétaux ou des 
herbes qui tapissent les prairies et les bois. Ce- 
pendant en réalité la vie de tous les êtres qui 
peuplent la terre, hommes, animaux, plantes, est 
une vie unique, un même système dont l'air est le 
milieu, dont le sol est la base ; et cette vie univer- 
selle n'est autre chose qu'un incessant échange de 
matières. Tous ces êtres sont constitués des mêmes 
molécules, qui passent successivement et indiffé- 
remment de l'un à l'autre, de telle sorte que le 
corps d'aucun être ne hii appartient en propre.* 
Par la respiration et par l'alimentation, nous absor- 
bons chaque jour une certaine quantité d'aliments. 
Par la digestion, les sécrétions et les excrétions, 
nous en perdons une même quantité. Notre corps 
se renouvelle ainsi, et après un certain temps, nous 
ne possédons plus un seul gramme du corps maté- 
riel que nous possédions auparavant : il est entiè- 
rement renouvelé. C'est par cet échange que s'en- 
tretient la vie. En même temps que ce mouvement 
de rénovation s'opère en chacun de nous, il s'opère 
également en chacun des animaux et en chacune 
des plantes. Les millions et les milliards d'êtres 
qui vivent à la surface du globe sont par consé- 
quent en mutuel échange d'organismes. Tel atome 
d'oxygène que vous respirez présentement fut hier 
peut-être expiré par l'un de ces arbres qui bor- 
dent la lisière du bois. Tel atome d'hydrogène qui 



03 LITRE II. — LA YIE. 

humecte à présent l'œil inspecteur d'un lion du 
boulevard, mouillait peut-être il y a quelque temps 
les lèvres de la plus virginale des vierges de la 
prude Albion. Tel atome de carbone qui brûle ac- 
tuellement dans mon poumon brûlait peut-être 
aussi dans la chandelle dont se servit Newton 
pour ses expériences d'optique ; et peut-être que le 
phosphore qui formait les fibres les plus précieuses 
du cerveau de Newton git présentement sous la co- 
quille d'un huître ou dans Tune de ces myriades 
d'animalcules microscopiques qui peuplent la mer 
phosphorescente. L'atome de carbone qui s'échappe 
actuellement de la combustion de votre cigare est 
peut-être sorti, il y a quelques années, du tombeau 
de Christophe Colomb, qui repose, comme vous sa- 
vez, dans la cathédrale de la Havane. La vie terrestre 
tout entière n'est qu'un immense échange de ma- 
tières. Physiquement rien ne nous appartient en 
propre. Notre être pensant seul est à nous, est nous. 
Lui seul nous constitue véritablement, immuable- 
ment . Quant a la substance qui forme notre cerveau 
nos nerfs, nos muscles, nos os, nos membres, notre 
cfaair, elle ne nous reste pas, elle vient, elle va, 
elle passe d'un être à l'autre. Sans métaphore, les 
plantes sont nos racines, par elles nous puisons 
dans les champs l'albumine de notre sang et le 
phosphate de chaux de nos os; l'oxygène que leur 
respiration nous envoie nous donne notre force 
et notre beauté, et réciproquement l'acide carbo- 
nique que notre respiration envoie dans Tair pare 
de verdure les collines et les vallées. 



ORGANISATION VITALE DE LA TERRE. tS 

w 

Lorsqu'on possède le sentiment profond de cet 
échange universel de matière, qui rend frères, au 
point de vue de la composition organique, Toiseau 
et l'arbre, le poisson et le rivage, l'homme et le 
lion, on considère la nature sous l'impression de la 
grande unité qui préside à la marche des choses ; 
eUe se trouve ainsi entièrement transfigurée. C'est 
avec un intérêt plus intime que l'on se représente 
le système général de la vie terrestre. A. de Hum- 
boldt nous en a tracé la physionomie dans une es^ 
quisse à grands traits, qui mérite d'ouvrir des con* 
sidéra tiens spéciales sur la vie. « Lorsque T homme 
interroge la nature avec sa curiosité pénélrjinte, 
dit-il^, ou mesure dans son imagination les vastes 
espaces de la création organique, de toutes les 
émotions qu'il éprouve, la plus puissante et la plus 
profonde est le sentiment que lui inspire la pléni- 
tude de la vie universellement répandue. Partout 
et jusqu'auprès des pôles glacés, l'air retentit du 
chant des oiseaux et du bourdonnement des insec- 
tes. La vie respire non-seulement dans les couches 
inférieures de l'air où flottent des vapeurs épaisses, 
mais dans les régions sereines et éthérées. Toutes 
les fois que l'on a gravi, soit le dos des Cordillères 
du Pérou, soit, sur la rive méridionale du lac de 
Genève, la cime du mont Blanc, on a trouvé dans' 
ces solitudes des êtres animés. Nous avons vu sur 
le Chimborazo, à des hauteurs qui dépassent de 
près de 2,600 mètres le sommet de l'Etna, des 

* Tableaux dé te wawrêt Va. VI, 



94 UVRE n. -- LA V1& 

• 

papillons et d'autres insectes ailés. En supposant 
même qu'ils eussent été entraînés par des courants 
d*air ascendants, et qu'ils errassent en étrangers 
dans ces lieux où Tardeur de connaître conduit les 
pas timides de Thomme, leur présence prouve 
néanmoins que, plus flexible, rorganisation ani- 
male résiste bien au delà des limites- où expire la 
végétation. Nous avons vu souvent le géant des 
vautours, le condor, planer au-dessus de nos têtes, 
plus haut que la croupe neigeuse des Pyrénées que 
surmonterait le pic de Ténériffë, plus haut que 
toutes les cimes des Indes. Ce puissant oiseau ét^it 
attiré par sa rapacité à la poursuite des vigognes au 
lainage soyeux, qui, réunis en troupeaux, errent, 
comme les chamois, dans les pâturages couverts de 



neige. » 



Cette vie, que Tœil aperçoit répandue dans toute 
l'atmosphère, n'est qu'une faible image de la vie 
plus compacte révélée par le microscope. Les vents 
enlèvent de la surface des eaux qui s'évaporent 
une multitude d'animalcules invisibles, immobiles, 
et offrant toutes les apparences de la mort; ces 
êtres flottent suspendus dans les airs jusqu'à ce 
que la rosée les ramène à la terre nourrissante, 
dissolve l'enveloppe qui enferme leur corps, et, 
grâce sans doute à Toxygène que Teau contient 
toujours, communique à leurs organes une nou- 
velle irritabilité. Des nuées d'organismes microsco- 
piques traversent les régions aériennes de l'Atlan- 
tique et transportent la vie d'un continent à l'autre. 

Nous pouvons ajouter, avec l'auteur du Cosmos^ 



VIE APPARENTE ET YIE IMYISIBLB. 95 

qu'indépendamment de ces existences, Tatmo-^ 
sphère contient encore des germes innombrables 
de vie future, des œufs d'insectes et des œufs de 
plantes, qui, soutenus par des couronnes de poils 
ou de plumes, partent pour les longues përégrina- 
tions de Tautomne. La poussière fécondante que 
sèment les fleurs masculines dans les espèces où 
les sexes sont séparés, est portée elle-même par les 
vents et par des insectes ailés, à travers la terre 
et les mers, jusqu'aux plantes féminines qui vivent 
dans la solitude. Partout où Tobservateur de la 
nature plonge ses regards, il rencontre ou la vie 
ou un germe prêt à là recevoir. 

Les formes organiques pénètrent dans le sein de 
la terre à de grandes profondeurs, partout où les 
eaux répandues à la surface s'infiltrent à travers 
les cavités provenant de la nature, ou creusées par 
le travail des hommes. 

On ne peut dire d'une manière certaine quel est 
le milieu où la vie est répandue avec le plus de 
profusion. Elle remplit TOcéan depuis les mers 
tropicales jusqu'aux glaces fixes ou flottantes du 
pôle antarctique. L'air est peuplé de germes invi- 
sibles, et le sol est fouillé par des myriades d^es- 
pèces, tant animales que végétales. 

Les végétaux tendent incessamment à disposer 
dans des combinaisons harmonieuses la matière 
brute de la terre ; ils ont pour office de prépare^ 
et de mélanger, en vertu de leur forcé vitale, les 
substances qui, après d'innombrables modifica- 
tions, seront élevées à Tétat de fibres nerveuses. 



06 UTRE II. — LÀ m. 

Le même regard, en embrassant la couctie végétale 
qui recouvre la terre, nous dévoile la plénitude 
de la vie animale, nourrie et conservée par les 
plantes. 

C'est par Fintermédiaire de l'air que s'opèrent 
ces incessantes et universelles transformations, et 
les éléments ne peuvent passer d'un corps dans 
un autre sans traverser ce grand médium. Cette 
proposition est si exacte que les physiologistes 
disent depuis longtemps que tout être vivant sur 
la terre est de Tair organisé. Comment s'opère 
cette organisation? On sait depuis Lavoisier que 
la respiration de Phomme et des animaux est un 
acte analogue aux combustions par lesquelles nous 
nous chauffons et nous nous éclairons. Insistons 
un instant sur ce point. La respiration, disait 
M. Riche à l'une des soirées scientifiques de la Sor- 
bonne, est le résultat de l'élément actif de Taîr, 
de l'oxygène, avec le carbone et l'hydrogène des 
aliments, comme la combustion est le résultat de 
l'union de ce môme oxygène avec le carbone et 
Phydrogène de la bougie, 4\x bois et des autres 
combustibles. La respiration se déclare sous l'in- 
fluence de la vie, tandis que la combustion pro- 
prement dite a lieu sous l'influence d'une chaleur 
intense. L'un et l'autre de ces actes ont pour effet 
une production de chaleur, c'est la chaleur dégagée 
par la respiration qui entretient notre corps à une 
température de 37 degrés, nécessaire au maintien 
de la vie. 

Lavoisier, Liebig, ont montré depuis longtemps 



RESPIRATION ET ALIMENTATION. 07 

que tout animai est un foyer, tout aliment un com- 
bustible. Si la respiration ne s'accompagne pas, 
comme la combustion , de lueurs d'incandescence, 
c'est parce qu'elle est une combustion moins active 
que l'autre, une combustion lente. Toute lente 
qu'elle est , elle équivaut cependant à celle d'une 
assez forte dose de charbon. Un homme brûle de 10 
à 12 gr. de carbone par heure, 250 gr, environ 
par jour, plus une certaine quantité d'hydrogène. 

La combustion et la respiration vicient l'atmo- 
sphère en détruisant son principe salubre, Toxy- 
gène, et en le remplaçant par un gaz méphi- 
tique, Tacide carbonique, et d'autres causes 
déversent encore d'une façon permanente ce pro- 
duit insalubre dans les couches d'air que nous habi- 
tons. Des expériences faites sur la vapeur d'eau con- 
densée sur des fenêtres dans les théâtres de Paris, 
montrent en elle une combinaison particulièrement 
méphitique et insalubre. 

La race humaine enlève à l'air chaque année 
160 milliards de mètres cubes d'oxygène et les 
remplace par le même volume d'acide carbonique. 
La respiration des animaux Ijuadruple ce résultat. 
La houille seule qu'on retire du sol fournit environ 
100 milliards de mètres cubes d'acide carbonique, 
et. les autres combustibles augmentent considéra- 
blement ce nombre. Les décompositions augmen- 
tent encore ce chiffre; cependant ce gaz ne s'y ren- 
contre que dans la très-minime proportion de 4 à 
5 litres pour 100 hectolitres. L'acide carbonique est 
soluble dans l'eau. La pluie dissout ce gaz entra- 

-6 



M LHkE n. - u m. 

versant l'air et Fentralne dans les ruisseaux, puis 
dans les fleuves et enfin dans les mers. Là, ce gaz 
carbonique s'unit à la chaux; il en résulte du 
carbonate de chaux, pierres calcaires , marbres, 
albâtre, onyx, polypiers, etc. 

Les végétaux remplissent, sur une échelle im- 
mense, une fonction inverse de la respiration des 
animaux, fonction très-essentielle à la conservation 
de Tharmonie de la nature, car non-seulement elle 
fixe l'hydrogène de Teau, soustrait l'acide carboni- 
que à Tair, mais encore elle lui restitue l'oxygène^ 
^(Une feuille de nénuphar donne en dix heures, 
quinze fois son volume d'oxygène.) 

Quelles transformations les végétaux font- Us 
subir au carbone, à Thydrogène, à Tazote, dont ils 
ont débarrassé l'air ? Ils en façonnent mille pro- 
duits divers. La nature, en unissant cinq âiolécules 
de charbon et quatre molécules d'hydrogène, forme 
dans' le citron et dans le sapin deux essences qui 
tout en diflérant si radicalement d'odeur, ont ce- 
pendant la même composition. La nature ajoute 
souvent de loxygène à ces deux éléments. Ainsi elle 
soude douze molécules de charbon et dix molécules 
d'hydrogène et d'oxygène, et elle forme à son gré, 
soit le principe du bois, soit le principe de la 
pomme de terre. D'autres fois, son travail est plus 
complexe encore; elle réunit les quatre éléments : 
charbon, hydrogène, oxygène, azote 5 et il en résulte 
les produits les plus différents, d'excellents ali- 
ments comme le blé^ des poisons très-actifs comme 
la strychnine. 



SOLIDARITÉ BNTRE LES PLANTES ET LES ANIMAUX. 99 

S'expIique-t>on, par exemple, qu'en ajoutant un 
équivalent d'eau à la substance caractéristique du 
bois, la cellulose (C"ff*0"), la nature forme du 
sucre (C"H'*0") ? 

La nature produit en silence ces merveilleuses 
synthèses sous Tinfluence de la vie. 
. Le règne végétal est une usine immense. Sous 
l'action de la chaleur solaire tous les rouages 
se mettent en mouvement. Comme le méca- 
nicien alimente sa locomotive, la nature renou- 
velle le charbon et les principes de l'air, et 
ce sont ces principes qui se changent en 
bois ou en amidon, en sucre ou en poison, qui 
forment la chai? savoureuse des fruits, le parfum 
subtil des fleurs, la dentelle des feuilles, le tissu 
coriace du bois. Les animaux se nourrissent des 
végétaux ; ils gazéifient cet air solidifié et le ra* 
mènent à l'atmosphère, où il recommence ce 
cercle de transformations, que Fair, ce lien uni- 
versel, ce premier agent de la vie ne laisse jamais 
interrotfipre. 

La comparaison 'de la combustion animale par 
la respiration à celle des combustibles dans un 
fourneau, soutenue pour la première fois par Lie- 
big^ est exacte si Ton ne s'en forme pas une image 
matérielle rappelant le feu de cet appareil. Dans 
l'animal, le corps, entier brûle peu à peu ; or, on 
sait que le fourneau ne brûle pas ; dans l'appareil 
humain ) combustibles et enveloppe, tout hrûle 

* Uebig, Chemiêche Briefe^ 400. 



100 Lnp n. * Li YiE. 

ensemble. Il est plus juste de prendre la bougie 
ou la lampe pour point de comparaison. 

La chaleur est la mesure de la vie. Descartes 
avait anticipé, sur le progrès de Texpérience en 
écrivant celte pensée significative : «Il nefautcon- 
.cevoir dans les machines humaines aucune autre 
âme végétative ni sensitive, ni aucun autre prin- 
cipe de mouvement et de vie que son sang et ses 
esprits agités par la chaleur du feu qui brûle con- 
tinuellement dans son cœur et qui n'est point 
d'une autre nature que tous les feux qui sont 
dans les corps inanimés. » (On sait que Descartes, 
comme Platon, considérait Vâme humaine comme 
retirée dans son sanctuaire au fond' de nous- 
mêmes et comme en opposition avec la matière. 
La vie et la fonction organique dépendaient entiè- 
rement du corps; la pensée seule restait Tatlri- 
bution de l'esprit.) 

Tel est sommairement le rôle de Tair dans la 
nature ; tels sont les végétaux, physiciens et chi- 
mistes habiles, qui nous préparent à la fois l'ali- 
mentation, la respiration, le vêtement, le combus- 
tible et les éléments matériels de notre terrestre 
existence. Aussi, au point de vue de notre senti- 
ment personnel à Tégard de la nature, concluons 
avec Torateur de la Sorbonne cité plujs haut, que 
désormais, lorsque nous regarderons dans nos jar- 
dins l'herbe naissante, nous n'admirerons pas seu- 
lementla teinte fraîche de ce riant tapis de verdure et 
la grâce des fleurs dont il est émaillé. Nous élèverons 
plus haut nos pensées, nous songerons que chacun 



SOLIDARITÉ ENTRE LES PLANTES ET LES ANIMAUX. 101 

de ces brins d'herbe que nous foulons aux pieds 
est un bienfaiteur silencieux, car si d'une part nous 
contribuons à Tembellir en lui fournissaivl Tacide 
carbonique sans lequel il s'étiolerait, lui, de son 
côté nous donne bénévolement tout ce qui est né- 
cessaire à notre vie matérielle ; nous songerons que 
cette harmonie est d'une perfection sublime, car 
si des contrées sont plongées pendant de longs mois 
dans les rigueurs de l'hiver, les vents établissent 
entre ces pays déshérités et les nôtres un échange 
incessantqui amène dans nos bois, sur nos prairies, 
l'acide carbonique produit par la respiration du 
Lapon et de l'Esquimau, et qui rapporte à cet 
habitant du pôle l'oxygène qu'exhalent les milliers 
de bouches de nos végétaux. 

Si nous suivons l'élévation graduelle de la ma- 
tière, nous reconnaissons avec les physiologistes 
en général et avec Moleschott en particulier le 
procédé suivant de l'échange de matières : a L'am- 
moniaque, l'acide carbonique^ l'eau et quelques 
sels, voilà toute la série des matières avec lesquelles 
la plante construit son propre corps, dit judicieu- 
sement ce dernier. L'albumine et la dextrine se 
forment aux dépens de ces combinaisons simples 
par l'effet d'une déperdition continue d'oxygène. 
Ces deux substances se dissolvent dans les sucs 
de la plante, qui par ce fait deviennent capa- 
bles de les porter dans les régions les plus diffé- 
rentes, à travers la tige, les feuilles et les fruits. 
Aux dépens de l'albumine prennent naissance 
d'autres corps albuminoïdes, la légumine, le glu- 

6. 



tea et l'albumme végétale coagulée; ces deux der- 
nières substances se déposent à l'état insoluble 
dans la graine. L'albumine, le sucre et la graisse 
sont les matériaux organiques qui servent à con- 
struire l'animal. Le sang de l'animal est unesolution 
d'albumine, de graisse, de sucre et de sels. Une ab- 
sorption 'd'oxygène, qui devient de plus en plus forte 
change l'albumine en fibrine des muscles, en prin- 
cipes réductibles, en colle des cartilages et des os, 
en la substance de la peau et des poils. Ces sub- 
stances, ayec de la graisse, des sels et de l'eau, 
forment la totalité du corps de l'animal. — Au 
même titre que la recomposition progressive , 
la désassimilation elle-même est un phénomène 
d'une évolution graduelle. Dans la plante, l'albu- 
mine, le sucre et la graisse se décomposent en 
alcaloïdes, en acides, en matières colorantes, en 
huiles volatiles, en résine, en azote, en adde car- 
bonique et en eau. Dans l'animal les mêmes sub- 
stances se résolvent en leucine, syrosine, créatine, 
créatinine, hypoxanthinej acide urique, acide for- 
mique, adde oxalique, urée, ammoniaque, acide 
carbonique et en eau. Hors du corps, l'urée se 
décompose en adde carbonique et en ammo-. 
niaque. > 

Ainsi, grâce à la vie elle-même, les plantes et 
les animaux retournent à leur source. Après la 
mort, la désassimilation est encore une évolution 
non moins régulière que pendant la vie. La matière 
glisse seulement sur d'autres degrés, j usqu'à ce 
qu'enfin elle arrive au terme de la décomposition. 



LE GOBPS YIYANT. iOS 

La putréfaction n'est pas autre chose qu'une 
combustion lente des matières organiques, qui se 
passe en dehors du corps vivant. Elle continue une 
sorte de respiration après la mort; et chaque 
atome retourne à la formation ou à l'entretien 
d'autres corps. 

Telle est l'esquisse chimique de rechange de la 
vie dans les deux règnes organiques ; abordons 
maintenant le sujet particulier de l'existence dans 
le règne animal. Dans ces nouveaux faits d'observa* 
tions, comme dans les précédents, nous sommes 
d'accord avec nos adversaires. Mais attendons les 
conséquences. Voici, d'après Fauteur delà Circula* 
tion de la vie lui-même, qui se base sur les récents 
travaux des physiologistes allemands, le procédé 
général de la désassimilatian dans Tanimal, ou pottr 
parler plus intelligiblement, les phénomènes prin- 
cipaux de l'échange de matières qui constitue la vie. 
11 s'agit particulièrement ici du corps humain, qui 
nous intéresse davantage*. 

On sait aujourd'hui que l'histoire de l'évolution 
des aliments et des matières rejetées au dehors 
après avoir servi à l'assimilation, est l'essence 
même de la physiologie de l'échange des ma- 
tières. La digestion et la formation des tissus sont 
comprises entre deux limites: les substances ali- 
mentaires et les parties constitutives des sécré- 
tions. 

C'est ainsi que tous les éléments anatomiques du 

* Kreislayfdes LebenSf Brief xn. 



104 LIVRE II. -- LA YIB. 

corps se décomposent pour se rajeunir sans re- 
lâche. L'oxygène que nous inspirons passe de la 
bouche dans la trachée prière, celle-ci se ramifie et 
ses derniers ramuscules déliés sont pourvus de vé- 
sicules latérales et terminales qui ne communiquent 
entre elles que par l'intermédiaire du ramuscule 
du tube aérien qui les porte. De ©e tube Foxygène 
passe dans les vésicules pulmonaires, <le celles^i il 
passe dans le sang à travers la double paroi des 
vésicules et des vaisseaux capillaires, puis avec le 
sang il entre dans le cœur. Ensuite le cœur pousse 
le sang imprégné d'oxygène dans toutes les parties 
du corps, à travers les artères de la grande circula- 
tion qui tient le corps entier sous sa dépendance. 
Enfin l'oxygène pénètre dans les tissus à travers les 
parois des vaisseaux capillaires qui terminent les 
artères. 

Dans le même temps, s'exécute un phénomène 
inverse. L'acide carbonique provenant du sang, 
et l'air atmosphérique inspiré s'échangent d'après 
les lois générales de l'échange des gaz, dans les ca- 
vités des poumons, des bronches et du tronc aérien 
lui-même. Puis les mouvements de la respiratioa 
produisant le rétrécissement de la poitrine, une 
colonne d'air chargée d'acide carbonique est expul- 
sée ; puis après une courte pause, une inspiration 
suit cette expiration, la poitrine s'éJargit, un air 
riche en oxygène remplace l'air expulsé qui avait 
perdu une partie du sien^ et le phénomène recom- 
mence de nouveau . 

On peut considérer les poumons comme une ban- 



GOMMENT LE CORPS VIT. i05 

que. L'acide carbonique esllivré au monde extérieur 
pour servir d'aliment aux plantes. L'oxygène est 
échangé contre l'acide carbonique. Le sang approvi- 
sionné d'oxygène s'écoule des poumons vers l'oreil- 
lette gauche du cœur, et delà dans toutes les régions 
du corps. Alors recommence la combustion générale 
qui, ici sous forme de nutrition, là sous celle de 
désa%similation, met en jeu les fonctions princi- 
pales. 

On peut mesurer l'intensité de l'échange des 
matières qui s'est opéré dans un homme, par la 
quantité d'acide carbonique, d'eau et d'urée qu'il 
'élimine dans un temps donné. La rapidité de ré- 
change des matières est la mesure de la \ie. L'in- 
tensité la plus forte de cet échange se place dans 
la période de la vie qui va de 30 à 40 an§. C'est à 
cet âge en moyenne que l'activité créatrice de 
l'homme atteint son apogée. 

Les poumons et les reins ne sont pas les seuls 
organes qui éliminent les produits de désassimila- 
tion ; il faut leur adjoindre la peau et le rectum. 
Les cheveux qui tombent, l'épiderme qui se des- 
quame à l'intérieur du corps aussi bien qu'à Tex- 
térieur, les ongles que nous coupons multiplient les 
points d'élimination des principes azotés. 

L'activité éliminatrice des poumons et des reins 
s'élève au quinzième du poids total des excré- 
tions et surpasse de beaucotip celle des intes- 
tins. 

Plus l'activité est grande, plus la désassimilation 
est prompte. Les hommes occupés à des mouve- 



t06 LIYRE II. * U VIE. 

ments corporels éliminent par la peau, en 9 heures, 
autant d'acide carbonique qu'à Tétat de repos en 
24 heures. Dans un cheval au trot, l'élimination 
est H 7 fois plus grande que celle du repos. Un 
coureur anglais qui avait parcouru en 100 heures 
un chemin qui en aurait exigé 500 pour une mar- 
che ordinaire, n'avait pas perdu après cet effort 
moins de 14 kilogrammes du poids de son corps. 

L'exercice de la pensée fatigue autant et plus que 
Fef fort corporel. L'expression dont on se sert quand 
on parle des hommes à pensée ardente est juste. 
Un accroissement du travail de l'esprit produit une 
augmentation de Tappétit tout comme le ferait un 
mouvement musculaire intense. L'appétit n'est 
qu'un symptôme d*un appauvrissement du sang et 
des tissus, apprécié au moyen d'une sensation. 
L'activité cérébrale, comme le travail des mem- 
bres, augmente l'élimination par la peau, les pou- 
mons et les reins. 

Le sang abandonne constammenj; ses propres- 
parties constitutives aux organes du corps. L'acti- 
vité des tissus décompose ces éléments en acide 
carbonique, en urée et en eau. Enfin les matières 
excrémentielles traversent constamment le courant 
de la circulation pour gagner les poumons, les reins, 
la peau et le rectum d'où elles sont rejelées hors 
du corps. Il est donc nécessaire que les tissus et le 
sang subissent par la marche régulière de la vie 
une déperdition de substance, qui ne trouve de 
compensation que dans le dédommagement fourni 
par les aliments 



COMMENT LE CORPS VIT. 107 

, Cet échange de matières s'opère avec une rapi- 
dité remarquable. La durée moyenne de la vie des 
hommes qui succombent à l'inanition va jusqu'à 
deux semaines. Mais au moment où un vertébré) 
quel qu'il soit, meurt d'inanition, son corps a perdu 
les quatre dixièmes de son poids primitif. Si nous 
remplaçons les pertes par des aliments, le corps 
d'un adulte se maintient dans son poids primitif. 
Chez les individus qui font un usage convenable 
d'aliments et de boissons, l'échange des matières 
s'opère plus vite que chez les êtres épuisés par 
l'abstinence. Moleschott et d'autres physiolo- 
gistes ont cru pouvoir conclure de certains faits, 
que le corps renouvelle la plus grande partie 
de sa substance dans un laps de temps de 20 à 
30 jours. 

En s'imposant un régime régulier, divers obser- 
vateurs^ ont trouvé une perte moyenne du^vingt- 
deuxième de leur poids en 1 jour. 

La nourriture qu'on absorbe et Toxygène qu'on 
inspire couvrent cette perte. Le sang, en effet, ne 
provient pas seulement des substances alimen- 
taires, mais à la fois de la nourriture et de la res- 
piration. Gela est encore plus vrai des tissus orga^ 
niques. 

Si le corps perdait chaque jour en hiver un nou- 
veau douzième, en été un nouveau quatorzième de 
son poids, le corps tout entier serait renouvelé en ■ 
12 ou 14 jours. D'après les résultats du dernier 
observateur, il faudrait 22 jours. 

Liebig déduit cette rapidité de l'échange des ma^ 



108 LIVRE II. — LA VIB. 

tières d'une autre considération. On ne se trompe 
guère en attribuant à l'homme mûr une quantité 
moyenne de 24 livres de sang» L'oxygène que nous 
absorbons en 4 ou 5 jours par la respiration suffît 
à transformer par la combustion tout le carbone et 
l'hydrogène de ces 24 livres de sang en acide carbo- 
nique et en eau. Mais le sang s'élève environ au cin- 
quième du poids du corps d'un adulte. Si donc 5 
jours suffisent à dépenser le jsangpar/l'échange des 
matières, on peut en induire que le corps entier se 
transforme en 5 fois 5, ou 25 jours. Moleschott a 
trouvé avec Marfels que des corpuscules colorés du 
mouton qu'on injecte en grande quantité dans la 
circulation des grenouilles, en ont complètement 
disparu après 17 jours. Or, comme l'échange ma- 
tériel s'opère cheî les grenouilles avec plus de len- 
teur que chez les animaux à sang chaud, on est 
porté à croire que les globules colorés du sang de 
l'homme se renouvellent complètement en moins 
de 17 jours. 

L'auteur de la Circulation de la vie déclare donc 
que la concordance des résultats obtenus, en par- 
tant de trois points de vue différents, est une ga- 
rantie positive de la vérité de l'hypothèse d'après 
laquelle il faut 30 jours pour donner au corps en- 
tier une composition nouvelle. Les sept ans que la 
croyance du peuple fixait pour la durée de ce 
laps de temps seraient une exagération colossale. 
« Quelque surprenante que puisse paraître, au 
premier coup d'œil, celte rapidité, dit-il, les ob- 
servations s'accordent sur tous les points. D'après 



LE CORPS SE TRANSFORME PERPÉTUELLEMENT. 109 

Stahl, les alouettes perdent en un jour la graisse 
qui s'est développée pendant la nuit dans leur 
corps. Le développement des cellules s'opère dans 
le sang en sept ou huit heures aux dépens des 
matières fournies par le chyle. Qui ne sait, du 
reste, qu'il suffit de peu de jours pour rendre un 
homme presque méconnaissable par ramaigris* 
sèment ? 

« La rapidité de l'échange des matières, que 
toutes ces observations démontrent, est ce qu'il y a 
de plus propre à diminuer notre étonnement. Elles 
nous apprennent qu'un adulte pesant cent vingt-huit 
livres sécrète en vingt-quatre heures près de trois 
livres de salive, au moins deux livres et demie de 
bile et plus de vingt-huit livrtes de suc gastrique, 
de sorte qu'un fumeur affecté delà mauvaise habi- 
tude de cracher peut expulser, en une demi-jour- 
ïiée, la quatre-vingt-cinquième partie de son poids. 
Dans le cours de vingt-quatre heures, il coule 
dans notre corps près du quart de notre poids de 
suc gastrique, circulant du sang à l'estomac et de 
Testomac au sang. Chaque individu échange la 
matière avec une vitesse différente. L'homme, la 
femme, l'enfant et le vieillard manifestent des 
aptitudes différentes par la propriété dont l'homme 
jouit d'échanger plus de matières que la femme, 
l'adulte plus que le vieillard et l'enfant. L'ou- 
vrier et ^ le penseur changent la composition de 
leurs corps dans un temps plus court que les 
gens oisifs et les viveurs. Il y a des hommes qui 
vivent vite ; •chez eux, l'espérance» la passion et 

1 



110 LIVRE II. - LA VIB. 

rabattement craintif, qui se transforme rapide- 
ment en confiance joyeuse, mettent vivement le 
sang en mouvement. Ils vivent vite, parce que 
réchange des matières s'exécute vite dans leur 
corps. 

« Tant que l'équilibre existe entre la sanguifica- 
tion et l'élimination, le corps ne souffre aucune 
altération 4sms sa provision générale de matières 
Cet équilibre se maintient dans l'échange des ma- 
tières de Tadulte. Chez le vieillard, l'équilibre est 
détruit. La digestion n'est plus aussi puissante que 
chez l'homme à la fleur de l'âge. L'absorption des 
aliments et des boissons se règle très-vite sur la 
digestion. L'action de Toxygène et la désassimila- 
tion des tissus qui en est l'effet ne discontinue pas. 
Il en résulte immédiatement une diminution du 
suc nourricier qu'on peut reconnaître non-seule- 
ment par la pesée, mais aussi par l'inspection di- 
recte. Des parties qui, comme le globe de l'œil, 
contiennent beaucoup de liquide, sont moins 
remplies, moins tendues dans un âge avancé ; la 
cornée s'aplatit, ce qui est cause que la myopie 
diminue d'année en année, et même peut se 
convertir en l'infirmité opposée. Les os des vieil- 
lards ont perdu une partie de leur élasticité, parce 
qu'ils sont moins riches en eau que ceux des 
adultes. (Fremy.) 

« Dès que la recomposition ne fait plus équilibre 
à la désassimilation, le dépérissement des tissus 
s'ensuit inévitablement. La mâchoire inférieure 
diminue de volume, ce que trahit le menton pointu 



u cmcnuTioN de u matière. m 

des vieilles gens. La graisse sous-cutanée subit une 
déperdition considérable ; aussi, sur le front et les 
mains, la peau, devenue trop large, se ride. Les 
muscles, amincis, manquent de contractilité ; ils 
ne peuvent plus redresser l'épine dorsale e 
laissent tomber la tète en avant. Aussi admirons- 
nous comme une chose rare l'allure- assurée et 
droite des vieillards vigoureux. Les cordes vocales 
deviennent plus sèches, elles perdent de leur flexi- 
bilité et de leur élasticité. La voix devient rauque 
et sourde ou aigre et criarde. A partir de la cin- 
quantième année, le poids du cerveau diminue 
aussi. (Peacock.) 

a Tout doit contribuer, chez le vieillard, à ac- 
croître le défaut de proportion entre la sanguifica- 
tionet la désassimilation. Avec la matière, la force 
diminue. La fin s'approche doucement. La mort est 
un épuisement qui résulte de l'appauvrissement 
matériel*. » 



C'est ainsi qae s'exprime Holeschott : pas une perole ne vient 
couronner la sécheresse de cette description. Nous demandons la 
permission de lui comparer la dernière phrase d'un chapitre ana- 
logoed'un autre physiologiste allemand, Schleiden, et de demander 
Tens quel côté les aspirations deTàme se sentent attirées, t Notre 
perception de la vie et de la mort, dit celui-ci, devient tout autre 
dans la vieillesse, toute opposée à celle que nous avions dans notre 
jeunesse. Les éléments s'accumulent de plus en plus dans le corps; 
les organes mous et flexibles deviennent roides, s'ossifient et 
refusent leur service ; la poussière attire le corps de plus en plus 
vers la poussière, Jusqu'à ce qu'enfin Tàme, lasse de cette con- 
trainte, se dépouille de son enveloppe trop lourde pour elle. Elle 
itbandonne le corps, né de la poussière, à la combustion lente que 
nous appelons pourriture. L'âme, elle seule, immortelle et incor- 
ruptible, quitte l'esclavage des lois matérielles et s'envole vers le 
Régulateur de la liberté spirituelle. » 



m LIVRE II. — U VIE. 

Ces allégations sont contestables. Il n'est pas 
encore prouvé que le corps humain se renouvelle 
entièrement en moins d'un mois. Certains tissus 
ne se renouvellent même que très-lentement, si tant 
est qu'ils se renouvellent tous . On a retrouvé à tous 
les âges des cellules embryonnaires, qui pourtant 
sont destinées à disparaître dans le fœtus même. 
Les gréions de la paupière qui succèdent auK 
petites, inflammations (orgelets) ne se résorbent 
généralement d'eux-mêmes qu'en une année. Les 
ongles mettent en moyenne six mois à se renouve- 
ler ; à l'état de santé, ils croissent de 2 millimètres 
environ par mois ; de sorte que si Ton gardait l'ongle 
dePindex, par exemple, enfermé dans un étui cylin- 
drique pendant une soixantaine d'années, comme 
on le fait pour ménager certains arbres rares, on 
n'aurait encore après ce laps de temps, qu'une griffe 
de 1 mètre et demi, etc. Nous pourrions donc con- 
tester les vingt-cinq jours du renouvellement de 
l'organisme et demander un intervalle légèrement 
plus étendu* Mais un mois ou un an nous importent 
peu. Le temps ne fait rien à Paffaire, comme dit le 
satiriste français. Au contraire, plus cette réno- 
vation de la matière corporelle est formidable et 
rapide, et mieux l'expérience sert noire théorie. 

Les adorateurs de la matière concluent leur fa- 
meuse assertion des faits qui viennent d'être expo- 
sés. Ils déclarent que la non-existence de l'âme est 
prouvée par ces transformations chimiques. Pour 
nous, au contraire (voyez la singulière différence!), 
nous déclarons que ^existence de l'âme est désor- 



L'ORGANISME. liS 

mais démontrée p^r ces mêmes transformations. 
Mais avant d'entrer dans la discussion, il nous plalt 
de poser d*abord une simple remarque à raffirma- 
tion si positive de nos adversaires, qui proclament 
avec tant d assurance, comme une vérité incontes- 
table, que les molécules matérielles existent seules, 
et qu'elles seules constituent l'être vivant, de sa 
naissance à sa virilité, et dé sa virilité à sa mort. 
Vous affirmez, d'une part, que le corps vivant 
n'est autre chose qu'un ensemble de molécules ; 
d'autre part, vous dites que le corps tout entier se 
rajeunit tous ]es mois. Or, il nous semble qu'il est 
difficile de concilier ces deux propositions. Com- 
ment expliquez-vous que le corps vieillisse ? ce corps 
matériel, en tant que molécules chimiques, n'a ja- 
mais plus d'un mois d'âge. Le tourbillon vital, 
comme l'appelle Cuvier, qui se succède incessam- 
ment sous et dans notre peau, notre chair même, 
notre sang, nos os, nos cheveux, nos visages^ notre 
corps entier, est comme un vêtement qui redevien- 
drait neuf de lui-même. Le corps du sexagénaire 
ou de l'octogénaire n'a qu'un mois, tout aussi bien 
que celui de l'enfant qui commence à marcher. Les 
corps sont donc toujours neufs, et certes, nous ne 
pouvons nous empêcher d'admirer cette loi ingé- 
nieuse de la nature. Cependant, il est incontestable 
qu'il y a sur la terre des gens de tout âge, depuis 
le berceaii jusqu'à la tombe. Vous, monsieur Mole- 
schott, vous avez quarante-cinq ans, je crois. Vous, 
monsieur A. Comte, vous compteriez soixante-dix- 
neuf hivers. Vous, monsieur Vogt, vous êtes né 



114 UYRB n. — U TB. 

Tan de grâce 1817. Nous sommes chacon de diffé- 
rents iges. Moi, je suppose, y ai moins de vingt lus- 
tres sur la tète. Monsieur Schopenhauer les aurait 
bientôt. Or, s'il est vrai que notre corps se rajeu- 
nisse ainsi mensuellement — ou annuellement si 
Ton préfère — qu'est-ce qui vieillit en nous? 

Encore une fois, ce ne sont pas les molécules con- 
stitutives de notre corps, qui, il y a quelque temps, 
ne nous appartenaient pas encore, qui faisaient 
partie du poulet, de la perdrix, du grain de blé, 
du sel, du bœuf, de la volaille, du mouton, du vin, 
du café que nous avons absorbés, molécules qui, 
du reste, sont immuables, et qui, chose morte,* ne 
vieillissent pas. Donc, il y a en nous autre chose 
que ces molécules. Notre organisme a vieilli. 

Continuons, et entrons maintenant dans le sujet 
même de la discussion. Permettez-nous d'abord 
de remarquer qu'à chaque instant, la faiblesse de 
votre système se traduit dansllnconséquence forcée 
de vos expressions. 

Vous appelez vous-mênie la vieillesse un manque 
d'équilibre entre la recomposition et la désassimi- 
lation. Vous appelez la vie pleine et normale IVijiw- 
libre entre les fonctions. Tant que Téquilibre existe 
entre la sanguification et l'élimination, enseignez- . 
vous, le corps ne souffre aucune altération dans sa 
provision générale de matière. Cet équilibre se 
maintient dans rechange de matières de l'adulte. 
On peut peser le corps d'un homme de trente à qua- 
rante ans, successivement et à de longs intervalles, 
sans constater une augmentation ou une dimiiiu- 



fiQUIUBRB DES FONCTIONS TITAIES. 115 

tion de poids qu'on ne puisse expliquer .par une 
recette ou uiie dépense qui Paurait immédiatement 
précédée. Fort bien. Mais qui organise cet équili' 
brcj je vous prie ? Vous prétendez qu'il n'y a nulle 
force intérieure présidant en nous à cet incessant 
renouvellement des molécules. Mais c'est une pré- 
tention vaine et insoutenable. L'hypothèse pure- 
ment matérialiste de la vie, l'assimilation de la 
circulation des molécules au mouvement de la va- 
peur dans l'alambic ou de l'électricité dans les 
tubes de Geissler n'explique ni la naissance, lii 
l'accroissement, ni la viç, ni la décadence, ni la 
vieillesse, ni la mort. 

Pour qu'il y ait équilibre, pour qu'il y ait oi^a- 
nisation dans l'agencement des molécules, il faut 
qu'il y ait direction. Au surplus, pas plus que Cu- 
vier ou Geoffroy Saint-Hilaire, vous ne niez cette 
direction. Or, pour qu'il y ait direction, il faut qu'il 
y ait force directrice. Oserez-vous soutenir le con- 
traire? Cette force directrice n'est pas un amal- 
game de propriétés confuses; elle est une, elle est 
souveraine, elle est nécessaire, et c'est elle qui ré- 
git le tourbillon vital, comme c'est l'a ttracl ion qui 
régit le tourbillon des sphères planétaires. 

S'il n'y avait pas en nous une force directrice, 
comment se ferait-il que le corps se forme et gran- 
disse, suivant le type organique, de la naissance à 
la jeunesse? Pourquoi, au delà de la vingtième 
année, ce corps, qui absorbe autant d'air et de 
nourriture'que précédemment, cesse-t-il de gran- 
dir? Qui distribue harmoniquement toutes les sub- 



116 UYRE II. — LA YIE. 

Stances assimilées? Après la croissance en hauteur, 
qui détermine la croissance en épaisseur? Qui 
donne la force à Thomme mûr, et qui répare per- 
pétuellement les rouages de la machine animte? 

Sans une force organique, typique, vitale (nous 
ne tenons pas au mot), comment pourrait-on ex- 
pliquer la construction d'un corps? M. Scheffler 
nous répond par les forces chimique et physique : 
« Chacune de ces forces, dit-il, exerce sur les autres 
une influence par laquelle tout l'organisme reçoit, 
dans toutes ses parties, une certaine uniformité 
d'un ordre plus élevé. Les actions spéciales des for- 
ces individuelles se réunissent ensuite en un effet 
tôt a 1 et forment une résistance qui coordonne la mul- 
tiplicité des parties en un tout unitaire, où se des- 
sine le type fondamental de toute propriété indivi- 
duelle.» Voilà qui est fort lumineusement expliqué. 
Seulement, comment toutes ces merveilleuses com- 
binaisons peuvent-elles se produire, en l'absence 
d'une unité virtuelle organisatrice ? Qui construit 
cet organisme ? Comment les propriétés de la ma- 
tière peuvent-elles travailler sur un plan, d'après 
une idée qu'elles ne peuvent avoir? Comment For- 
ganisme sait-il si bien choisir les aliments qui lui 
conviennent ? Qui détermine la reproduction fidèle 
de Tespèce? Est-il donc plus facile d'admettre 
tous ces hasards, remarquerons-nous avec M. Tis- 
sot, plutôt que de supposer un principe essen- 
tiellement actif, doué d'une puissance organisa- 
trice, ayant la faculté d'exercer cette puissance 
dans le sens de tel ou. tel type spécifique? — 



U MATIÈRE SEULE H'EXPLIQUE RIEN. W 

« Dans rhomme, répond-on, dans son contenu ma- 
tériel et dans les substitutions de substances 
(Stoffweehsd) qui s'opèrent en lui, la fonction chi- 
mique a son rôle ; elle produit les particules corpo- 
relles qui sont en état de servir de support ou de 
substratum à tout Tédifice. La force vitale qui ré- 
sulte de toutes ces combinaisons Torganise. De cette 
organisation résulte la force spirituelle. » Voilà bien 
des détours pour ne rien expliquer. 

Plusieurs matérialistes, au nombre desquels 
nous citerons Mulder, sourient de la doctrine de la 
force vitale et comparent cette force « à une ba> 
taille livrée par des milliers de combattants, comme 
s'il n'y avait en activité qu'une seule force qui fit 
tirer les canons, agiter les sabres, etc. L'ensemble 
de ces résultats, ajoute Mulder, n'est pas le résul- 
tat d'une seule force, d'une force de bataille, mais 
la somme des forces et des combinaisons innom- 
brables qui sont en activité dans un pareil événe- 
ment. » On en conclut que la force vitale n'est pas 
un principe, niais un résultat4 

La comparaison ne manque pas de justesse ; elle 
a, de plus, l'inappréciable finesse de servir non à 
ceux qui l'imaginent, mais à nous-mêmes, qui 
n'avons pas eu la peine de la chercher. Il est clair, 
en effet, que ce qui constitue la force d'une armée 
et ce qui gagne la bataille, ce n'est pas seulement le 
jeu particulier de chaque combattant, mais surtout 
la direction du combat, Tintelligence du général en 
chef, le plan de la bataille, Tordre souverain qui, 
du ^ront de l'organisateur, rayonne sur chacun lies 

7 



118 UTRE n. — LA YIB. 

chefs et descend par bataillons jusqu'aux soldats, 
numéros-machines enrégimentés. A qui persuâ- 
dera-t-on que ce n'est pas Napoléon qui gagna ia 
victoire d'Auslerlitz? Demandez à M. Thiers (qui le 
sait peut-être mieux que Napoléon lui-même) si ces 
batailles que Ton n'oublie pas, aussi bien celles qui 
sont gagnées à nombre égal que celles qui sont em- 
portées par surprise, ne révèlent pas, au-dessus de 
la valeur personnelle de chaque guerrier, le génie 
tristement célèbre qui parvient à coucher en un 
clin d'œil, dans les ténèbres de la tombe, des mil- 
liers d'hommes à l'apogée de leur force et de leur 
activité. 

S'il -est nécessaire qu'une armée soit gouvernée 
par un chef et qu'une discipline sévère embrasse 
sous la même unité des milliers de soldats, à plus 
forte raison est-il nécessaire qu'une force gouveirne 
la matière et réduise à l'unité harmonique du 
corps les milliards de molécules qui le composent 
successivement. C*est par cette force seule que le 
corps existe, de même qu'un régiment n'est en 
quelque sorte qu'un être abstrait, existant en vertu 
de la loi et non point par l'importance de chaque 
homme. Les conscrits arrivent, les anciens s'en 
retournent, et en sept ans, le régiment est re- 
nouvelé. Dans l'intervalle, des congés temporaires 
et des engagements particuliers établissent encore 
une autre modification dans les molécules consti« 
tutives de l'armée. (Pardon du mot) chaque soldat, 
chaque officier, n'est autre chose qu'un numéro , 
leur personne ne compte pas ; les officiers peuvent 



LA DIRECnON DANS U0R6ANISNS. 119 

être assimilés ^ux zéros de Tordre décimal { poui 
parler plus galamment, ce sont des chefs de di- 
zaines et de centaines ; mais leur personnalité ne 
compte guère plus que celle du voltigeur • Les co- 
lonels eux-mêmes changent sans que le régiment 
cesse pour. cela d'exister dans sa forme identique. 
Les généraux subissent également^ ces transmuta- 
tions qui ne mettent pas en danger l'existence des 
brigades et des divisions. La hiérarchie militaire 
est une unité. C'est là ce qui fait sa force. Quapt 
aux parties constitutives de cette unité, on ne les 
eonnait pas. Il est incontestable qu'un colonel à la 
tète de son régiment, ou un général non retraité 
ont plus d'importance au point de vue dii service, 
qu'un simple grenadier, de même qu'un atome de 
graisse cérébrale a plus d'importance qu'une rp- 
gnure d'angle. Mais ce qui constitue le tronc ou le 
nœud d'embranchement d'un arbre aux branches 
étendues ne constitue pas pour cela l'arbre tout 
entier. La comparaison de nos adversaires convient 
donc mieux à notre thèse qu'à la leur. 

Quel est l'homme instruit, quel est l'observa- 
teur de bonne foi qui osera contester que notre 
corps ne soit pas un organisme formé par une 
force spédale? En quoi diffèrent un cadavre et un 
corps vivant? 11 y a deux heures que le cœur de 
cet homme a cessé de battre. Le voilà étendu sur 

• 

sa couche funéraire. La vie s'est échappée sans 
qu'une seule lésion, sans qu'aucun trouble ne se 
soit manifesté dans l'organisme. Son état défie l'au- 
topsie la plus minutieuse. Chimiquement parlant, 



- ^^ 



i^ ^ UVRB II. — U VIE. • 

il h^y a aucune différence entre ce corps et ce même 
corps de ce matin. Or, en quoi diffère, je le répète, 
un cadavre d'un corps vivant ? D'après votre théorie 
ils ne diffèrent» pas. C'est exactement le même 
poids, la même mesure, la même forme. Ce sont 
les mêmes atomes, les mêmes molécules, les 
mêmes fropriétés physico-ehimiques s vous ensei- 
gnez «vous-mêmes que ces propriétés sont invîo- 
laMement attachées aux atomes. G'estdonc exacte*- 
ment le même ètreF - .î .. 

Maisne sentei-vons pas qu'une telle conséquence 
est la icondamnatibn formelle de votre système? 
Un être vivant diffère très-sensiblement d'un être 
mort; Ost vraimeiiîif îà un fait tro^ populaire 
pour que vous puissiez le nier. Avouez donc qu'une, 
hypothèse qui enseigné qiie la vie n'est attire chose 
que l'ensemble des propriétés chimiques des atoAies^ 
tombe à la fois par sa base et par 'son couronne-» 
ment, car la naissance et la mort, l'alpha et To- 
mégâ de toute existence, protestent invinciblement 
contre les assértiolfis de cette hypothèse. 
' !I est presque outrageant pour TinteHigence hu- 
maine d'être obligé de soutenir qu'un être vivant dif^ 
fère d'un cadavre, et que la force animatrice n'existe 
plus dans celui-ci. Affirmer que la vie est quelque 
chose, c'est à peu près, affirmer qu'il fait jour en 
plein midi. Mais il est de nôtre devoir de consentir 
à mettre les points sur les i à nos adversaires 
d'outre-Rhin. 

Il faut bien que la force qui constitue la vie soit 
une force spéciale, puisqu'on sa présence les mo- 



U YIB EST UNE' FORCB. iSl 

léeules corporelles se distribuent harmoniquement, 
dans une unité féconde, tandis qu'en son absence 
ces mêmes molécules se séparent, se méconnais- 
sent, se combattent, et laissent rapidement subir 
une dissolution entière à cet organisme qui bientôt 
tombe en poussière. 

Il faut bien que cette même force existe par- 
ticulièrement, puisque d'un côté tous les corps de 
la nature n'étant pas, vivants, et d'un autre côté les 
corps vivants étant composés des mêmes matériaux 
que les corps inorganiques, ces corps vivants dif- 
fèrent cependant des premiers par les propriétés 
spéciales et a4mirables de la vie. 

Il faut bien que la vie soit une force souveraine, 
puisque le corps vivant n'est qu'un tourbillon d'é- 
léments transitoires, que toutes ses parties sont en 
mutation incessante, et que, tandis que la matière 
passe j la vie demeure. 

Pensera-t-on avec Buffon qu'il y a dans le monde 
deux genres de molécules : les organiques et les 
inorganiques? Que les premières sont des cellules 
vivantes, douées de sensibilité et d'irritabilité, 
qu'elles passent d'un être vivant dans un autre 
être vivant, et ne se mésallient pas aux corps inor- 
ganiques, tandis que les dernières n'entrent pas 
dans la constitution générale de la vie? Mais la 
chimie organique a trop magnifiquement démontré 
que les éléments de la matière vivifiée sont les 
mêmes que ceux du monde minéral ou aérien : 
élémentairement, l'oxygène, l'hydrogène, l'azote, 
le carbone, le fer, la chaux, etc. 



122 iraxR II. -* u VIE 

Dira-t-on avec le bota-niste Dutrochet et avec Ka- 
natomiste Bichat, que la vie est une exception tem- 
poraire aux lois générales de la matière, une sus- 
pension accidentelle des lois pHysico-chiroiques, 
qui finissent toujours par terrasser l'être et gou- 
verner la niatiére? Mais nous^ ne craignons pas 
d'appeler cette idée une'erreur, la vie étant le but 
le plus élevé et le plus brillant de la création, et 
se perpétuait, par lés espèces, du premier, au der- 
..^^ nier jour du Twonde. • 

*Âù surplus, on aura beau penser et beau dire, 
on ne fera jamais que la vie ne soit pas une force, 
supérieure aux affinités ' élémentaires de la ma- 
tière. 

' Ce qui caractérise les êtres vivants, c'est là force 
organique qui groupe ces ^molécules suivant la 
fortnei^espective des individus, suivant le type des 
espèces. « Les vraib ressorte de notre organisation, 
disait fittffon, ne sont pas ces muscles, ces artères, 
ces veines; ce sont des* forces intériem'ts qui ne 
suivent point du tout les lois de la mécanique gros- 
sière que nbus avons imaginée^ et à laquelle nous 
voudrions towt réduire. Au lieu de chercher à con- 
naître les forces par Imirs effets, on a tâché d'en 
écarter jusqu'à Fidée, on a voulu les bannir de la 
philosophie. Elles ont reparu cependant, et avec 



1 Buffon, qui n'était pas mécanicien, se trompe icî, et nous 
savons aujourd'hui que la mécanique, comme Ja chimie, joue un 
rôle important dans la construction do corps. Mais cette err'eur 
n'empêche pas les paroles du grand naturaliste d'être yraies en 
ce qui concerne la prépondérance de la force. 



LA TIB EST UNE FaRCB. i» 

plus d^éclat qne jamais. » Cuvier déclare plus ex- 
plidtemeht, car il Favait observé plus directement^ 
que la matière est simplement a dépositaire de la 
farce qui contraindra la matière future à mareher 
dans le méikie sens qu'elle, et que la forme des 
corps leur est plnst essentielle qoA L^urimati^çç, 
puisque cellé-çi change tendis que l'autre secoa» 
servei.' » Lesl expèrieaaes )de Fburens ont sur- 
tont mis ea évidetace ce fait d^ la mutabilité de k 
matière à l'opposé de la permanence de la. force 
qui, à Wai dirOi constitAe. essentiQlleiQent l'être. 
L'une de ces etpériences consiste à soumettre pen- 
dant na mois un animal aUiré^me4e 1^4i;(»raf^, 
substance qui, comme on le sait, colore en rouge 
les objets qui en sont împrégQé9« Au, bout. d'un 
inois de ce régime, tranimal possède un squelette 
coloré en rouge. Si ensuite on rend|à l'anjmal 
son alimentation hdUtueUey li^jos- redeviennent 
falaises à partir du centre^ Car le renouvetlem^ut 
incessant des os comme, de la chair s'opte (fe l'in- 
térieur à VesUrieut. Dans tmestatrQ' expérience, 
on dépouille de sa chair ma os que > l'on entoure 
d un anneau' de ifil de platine. Peu à peu Favueau, 
recouvert découches successivement foi^piées, finit 
par se trouver dans Fintérieur de Tps* Les os se 
renouvellent ainsi; les chairs et les parties mqlles 
subissent une rénovation plus rapide. Constatons-le 
encore avec de Quatrefages, oc dans les profondeurs 
les plus cachées des êtres vivants, régnent deux cou- 
rants contraires : l'un, enlevant sans cesse, mole- 
cule à molécule, quelque chose à Torganisme, l'autre 



H 



124 liVRE II. ^ U YIE. 

réparant au fur et à mesure des brèches qui, trop 
élargies, entraîneraient la mort, i» La force organi- 
que qui constitue notre être se cache sous le vête* . 
nient variable de la chair ; mais on la sent palpiter 
dans sonardente vigueur. Elle forme, elle dirige, elle 
gouverne. Voyez ces représentants des degrés pri- 
mitifs.de Téchelle zoologique, ces cruéitacés, qu'une 
carapace protégeait contre les bouleversements de 
l'écorce terrestre, ces annelés et ces vers qui, brisés 
par morceaux, continuent de vivre. Brisez la patte 
d'une écrevisse : elle se reproduit dans tout son 
caractère. Coupez celle d une salamandre, elle se 
reformera dans toutes ses parties. Cassez la queue 
d'un lézard, elle repoussera. Divisez un ver en 
plusieurs fragments, chacun d'eux reformera ce 
qui lui manque. La fleur du corail séparée de ss( 
mère, s*en va à travers les ondes reformer un 
nouvel arbre. Est-ce que la matière seule opère de 
pareilles choses? Est-ce que ces faits ne révèlent 
pas l'action incessante de la force typique qui con- . 
stitue les êtres chacun selon son espèce, et qui est 
certainement plus essentielle à leur existence que 
les molécules mêmes de leurs corps et leurs pro- 
priétés chimiques? 

Et que conclure des métamorphoses des insectes, 
formes transitoires sous lesquelles la force seule 
persiste à travers les phases de la léthargie et de la 
résurrection ? Le papillon qui s'envole vers la lu- 
mière n'est-il pas le même être qui animait la che- 
nille ou la larve? 

U est clair, il est incontestable, d'après ces faits, 



HCfiÀTIOlfS VÀTÉRIÀLISTES. i25 

qu'une force quelconque (peu importe le nom 
qu'on lui donne) organise la matière suivant la 
forme typique des espèces végétales et animales. 
Or, nos adversaires ne craignent pas d'affirmer 
qu'il n'en est absolument rien et que les propriétés 
chimiques des molécules suffisent pour tout expli- 
quer. «^L'ensemble des circonstances, prétend 
Moleschott, l'état par lequel Taffinilé de la matière 
produit les mômes formes avec le pouvoir de per- 
sistance, a reçu de Henle, à Pexemple de Schelling, 
le nom de force typique. Cette force typique est 
un petit pas en avant sur la force vitale, puisqu'elle 
admet autant d'états de la matière qu'il y a d'or- 
ganes et d'espèces. Mais la force typique des plan- 
tes et des animaux est une idée aussi vide^ une ' 
personnification aussi puérile que la force vitale ' 
sa mère. » 

M. Virchow l'appelle « une pure superstition, 
qui ne saurait nier sa parenté avec la croyance au 
diable et la recherche de la pierre philosophale. » 

L'auteur de VÊtude de philosophie positive ferme 
les yeux et s'écrie : « Il n'y a de réel que les corps. » 

« la prétendue force vitale est une chimère, dé- 
clare de son côté du Bois-Reymond, dans son ou- 
vrage sur Télectricité animale. Si nos adversaires 
s'obstinent à soutenir que les- organismes sont 
soumis à des forces qu'on ne trouve pas en dehors 
d'eux, ils n'ont plus qu'à affirmer ce qui suit : une 
molécule de matière, en entrant dans le tourbillon 
de la vie, reçoit pour un temps le don de nouvelles 
forces; ces forces, la molécule les perd de nouveau 



426 UYRR.n. -* U TIE 

quand le tourb3k>ii de la vie, dégoûté d'elle, la 
rejette définitiveinent sur le rivage de la nature 
inanimée, n 

Ce raisonnement est faux, attendu qu'il suffît 
d'admettre qu'une molécule de matière, en entrant 
dans le tourbillon de la vie, soit dirigée suivant le 
type de Tôtré auquel elle appartient momentané- 
ment. Pour soutenir leur sicepticisme, ils sont obli- 
gés, comme nous l'avons déjà vu, de fermer les 
yeux sûr la différence non discutable qui distingue 
un corps vivant d*un cadavre et d'admettre qu'il 
n'y a aucune distinction entre les deux. On ne peut 
plus regarder comme douteuse, au dire de du Bois- 
Reymond, la question de savoir «( si la différence, 
la seule dont nous reconnaissons la possibilité, entre 
les phénomènes de la mture morte et ceux de la 
nature vivante, existé réellement. Une différence de 
cette espèce n^existepas. Dans les organismes, il ne 
s'ajoute- point aux molécules matérielles des forces 
nouvelles, point de force qui ne soit aussi en ac- 
tivité horà des organismes. Donc il n'y a pas de 
fbrceâ qui méritent le nom de forces vitales. La 
séparation entre la nature prétendue organique et 
rinorgianique est tout à fait arbitraire. Ceux qui 
poussent à la maintenir, ceux qui prêchent Thé- 
résie de la force, titale, sous quelque forme, sous 
quelque déguisement trompeur que ce soit, n'ont 
jamais, ils peuvent s'en tenir assurés, pénétré 
jusqu'aux limites de l,eur pensée. » 

Remarquez en passant cette assurance, nous 
pouvons même dire ce léger ton d'arrogance en- 



RteATIONS KATtRtilJSTES. m 

vèrsTceux qùrne pensent pas comme eixt. Ils affir^ 
ment sans preute les propositions les plus con^^ 
testables. « Les propriétés de Tazote, disent-ils^ 
du earbone, de l'hydrogène et de Toiygène^ <Lu 
soufre et dn phosphore, résident en eux de toute 
éternité. Prouvez-nous le contraire. Tous vous 
taisez? Donc vous avez tort. »> Et le tour est joué. 
Les propriétés de la matière ùe peuvent pas chan^ 
ger, quand elle entre 4ans la composition des 
plantés et des animaux. iPar conséquent, il est 
évid^t que l'hypothèse d'une force particulière à 
k ^e est tout à fait chimérique ( 

On objecte enfin que cette force n'existe pas 
parce qu* « une force sans substrat matériel est 
une idée abstraite, dépourvue de sens. » . 

Nous ne voyons pas qu'il soit nécessaire d*a(l- 
mettre ou qtl'une force typique Q-eoûsté pas, .ou 
que cette force soit en dehors de là matière. Nos 
n^teurs commettent encore ici la même erreur 
que celle qu'ils ont commise dans la question de 
Dieu lorsqu'ils déclarent que pouPTadmettré^ l'exis- 
tence de cette puissance, il faut nécessairement la 
concevoir en dehors du mondes C'est toujours la 
même principe qui est en jeu. Il nous serait facile, 
au surplus, de démcmtrer que toutes les connais- 
sances de l'homme se réduisent, en définitive, à la 
ïiotion de \ê force et de l'étendue; nous pourions ap- 
peler en témoignage les mathématiques, la physi- 
que, îa chimie, l'histoire naturelle dans ses trois rè- 
gnes: minéralogie, botanique et zoologie ; la science 
de l'homme : psychologie, esthétique, morale, théo- 



198 LITRE II. — U VII 

logie naturelle, philosophie* Toutes ces sciences 
aboutiraient au même nœud des problèmes : la 
force et retendue. Mais ce n'est pas ici le lieu de 
faire un dictionnaire. Qu'il nous suffise de consi- 
dérer au point de vue de la vie cette double question 
et de remarquer encore la primauté de la force sur 
rétendue. 

Bichat définissait la vie : l'ensemble des fonctions 
qui résistent à la mort. Sans prendre puérilement 
au mot cette définition, quelle est la première image 
que nous offre l'examen de la structure d'un végétal 
ou d'un animal? C'est la coordination des fonctions 
organiques qui constituent l'être vivant. Et qu'est* 
ce qtze cette coordination , sinon un système de 
forces destiné au mouvement de la machine animée. 
ï/idée dynamique domine d'abord a ce point de 
vue- : exilons-la, il ne reste plus qu'un cadavre. 

Si, de la description de l'organe approprié à sa 
fonction et de cette idée de forces particulières, 
nous remontons à l'ensemble de l'être et à sa con- 
servation du commencement à la fin de son exis- 
tence, nous observons avec Cuvier que « la vie est 
un tourbillon continuel, dont la direction, toute 
compliquée qu'elle est, demeure constante, ainsi 
que l'espèce de molécules qui y sont entraînées, 
mais non les molécules individuelles elles-mêmes. » 
Ici encore, nous reconnaissons la présence de la 
force qui, à travers les mutations incessantes des 
corps, assure et maintient l'identité de leur forme; 
elle est le plus important caractère de cet orga- 
nisme. Et remarquons ces paroles de Cuvier : « Les 



U FORGE ORGANIQUE. 1» 

« 

molécules individuelles sont en circulation perpé- 
tuelle, mais Vespèee de molécules reste la même. » 
Cette permanence, nous la devons à la force. 

Que serait-ce, par exemple, si la forme seule était 
sauvegardée^et qu'aucune direction virtuelle ne pré- 
sidât à l'élection des molécules chimiques? On aurait 
bientôt le corps le plus hétérogène qu'on pât ima* 
giner, quoiqu'il gardât la perfection de sa forme. 
Imaginez, par exemple, que l'élément qui constitue 
la virginale blancheur de ce teint, l'incarnat de ces 
lèvres, la finesse de cette bouche, la délicatesse du 
nez, la nuance expressive de ces yeux, se trouve au 
hasard remplacé par des molécules d'autre espèce, 
par de l'iode, qui noircit à la lumière, par de l'acide 
butpque, qui fond au soleil, par quelque sel qui se 
dissout à rhumidité,etc... L'humanité aurait là un 
beau personnel ! Voilà pourtant où l'on en vient en 
prétendant qu'une force vitale n'existe pas. 

De l'individu passant à l'espèce, nous observons, 
ici encore, la prédominance nécessaire de la force. 
Si chaque individu reste vivant , c'est grâce à sa 
dynamique intime. Si les espèces végétales ou ani- 
males demeurent, c'est grâce à la force initiale qui 
seule peut caractériser l'identité d'espèce, qui se 
transmet par la génération et qui existe, à l'état 
latent ou sensible, dans l'œuf végétal et dans Tœuf 
animal. 

D'où vient que ce chêne immense est éclos d'un 
gland tombé dans l'humus? D'où vient qu'il est 
devenu chéne^ à côté de la fève d'où est sorti le hêtre^ 
de la pomme d'où s'est élancé le pin^ de l'amande 



y 



18Û imUS U. -^ U YI& 

sur la tombe. dé laquelle le tornomllct déploie ses 
baies écartâtes; à côté du grain de M^ ou d'ôvoth^, 
dans le même terrain, sous le même rayon de soleil 
et lé» mêmes gouttes de pluie, en un mot dons une 
conditbn identique? D'où virat que les éléphants 
d'aujourd'hui sont exactement le» mêmes que iceux 
dont se (Servait Pyrrhtis il y a vingt siècles, et qae 
le corbeau de Noé (si Noèil y a) était vêtu du même 
deuil que ces bandes eroassanted qui rayent notre 
ciel de septembre? Sihon que le germe organique 
ne réside pas seulement çlanâ la structure anato- 
mique, mais encore et surtout dans une force spé- 
ciale qui se charge d'organiser Fêtre sans jamais 
se tromper de sens, et sans donner une tête de mon- 
toQ.au cheval ou des pattes de canard au lapin ! 

iPuisque vous: affii^mez aVee tant de^ passion qu'il 
n'y a aucune- forée spéciale dansr les êtres vivants, et 
qfie la vie n'est au^e chose qu^iu résultat de la 
présence simultanée des molécules qui constituent 
le corps aninifâl ou végétal^ essayez donc au moins 
de démontrer ces audacieuses affirmations par une 
modeste expérience. Construisez seulement un 
être vivant, et..- nous^ vous en féliciterons. Voyons. 
Voici une bouteille ^ contenant du carbonate d'am- 
moniaque, du dilorure de potassium, du phosphate 
de soude, de la chaux^ de la magnésie, du fer, de ^ 
Tacide sulfurique et de la silice. De votre aveu 
même S le principe vital complet des plantes et des 
animaux est renfermé dans ce flacon. Or, faites 

R 

* Circulation (k laviez t. Il, lettre x?. 



AFFIRIISR N'EST PiS PROUVER. IM 

donc une petite plante, un petit àniàial ou un petit 
homme, nous vous en prions. 

Vous différez I vous ne répondez p&s? Vousl êtes 
pourtant du pays de Gœthe. Ne vous souvenez-vous 
pas du sombre laboratoire dé Wagner, encombré 
d'appareils confus, difformes, de fourneaux et de 
cornues pour des expériences fantastiques? La bou- 
teille que nous venons de nommer était déjà entre' 
ses mains. Rappelez vos souvenirs ; écoutez un peu 
la scène merveilleuse : e^est TéterûelMéphistophélès 
qui cause avec l'alchimiste. 

Wagner, au fourneau, ce La cloche retentit; formi- 
dable, elle ébranle les murs noircis par la suie; 
Vincertitude d'une attente si solennelle ne peut se 
prolonger plus longtemps. Déjà les ténèbres s'éclai- 
rent; déjà au fond de la fiole quelque chose reluit^ 
comme un charbon vivant; non, comme une escar- 
boucle splendide d'où s'élbhappent mille jets ée^ 
flammes dans l'obscurité. Une lumière pure et' 
blanche parait I Pourvu qlie cette fois je n'aille pas 
la perdre! Ah! Dieu l quel fracas à la porte main- 
tenant! 

MÉPfflsTOPHÊLÊs, entrant. Qu*y a-t-il donc? . 

Wagner, plus bas. Un homme va fee faire! 

MÉpmsTOPHÉLÈs. Un homme? Et quel couple amou- 
reux avez-vous donc enfermé dans la cheminée? 
* Wagner. Dieu me gardé! L'ancienne mode d'en- 
gendrer, nous Pavons reconnue pour une véritable 

r 

^ Cette idée d'enclore des esprits dans le cristal est asseï famî* 
ti^ i la sorceUerie du moyen âge. Le pape BenoiC II en tenait 
conjurés sept dans un sucrier. 



ISS LIVRE li — U HE. 

plaisanterie. Le tendre point d'où jaillissait la vie, 
la douce force qui s'exhalait de Tintérieur, et pre- 
nait, et donnait, destinée à se former d'elle-même, 
à s'alimenter des substances voisines d'abord, puis 
des substances étrangères, tout cela est bien déchu 
maintenant de sa dignité! Si l'animal y trouve en- 
core son plaisir^ il convient à Thomme doué de 
nobles qualités d'avoir une origine plus pure et 
plus haute. (Use tourne vers le foyer.) Cela brille! 
voyez ! Désormais, vraiment, nous pouvons espérer 
que, si de cent matières çt par le mélange, — car 
tout dépend du mélange, — nous parvenons à com- 
poser aisément la matière humaine, à l'emprisonner 
dans un alambic, à la cohober, à la distiller comme 
il faut, l'œuvre s'accomplira dans le silence. (Se 
tournant de nouveau vers le foyer,) Cela se fait I La 
masse s'agite plus lumineuse, et ma conviction 
s'affermit à chaque instant. Nous tentons d'expé- 
rimenter judicieusement ce qu'on appelait les mys- 
tères de la nature ; et ce qu'elle produisait jadis 
organisé, nous autres, nous le faisons cristalliser. 

MÉpmsTOPHÉLÈs. L'expérience vient avec l'âge; 
pour quiconque a beaucoup vécu, rien de nouveau 
n'arrive sur la terre ; et , quant à moi, je me sou- 
viens d'avoir rencontré souvent dans mes voyages 
bien des gens cristallisés. 

Wagner, qui n^a cessé de couver de VœU sa fiole. 
Cela monte, cela brille, cela bouillonne; en un 
moment Tœuvre sera consommée! Un grand projet 
parait d'abord insensé ; cependant désormais nous 
voulons braver le hasard, et de la sorte un penseur 



«r- 



HOMUMGULUB. ISS 

ne pourra manquer^ à TaTenir, de faire un cerveau 
bien pensant. (Contemplant la finie avec ravisse^ 
ment.) Le verre timbre et vibre, une force char- 
mante l'émeut; cela se trouble, cela se clarifie; les 
choses vont leur train. Je vois dans sa forme élé- 
gante un gentil petit homme qui gesticule. Que 
voulons-nous de plus? Qu'est-ce que le monde 
maintenant peut vouloir encore? Voilà le mystère 
qui se dévoile au grand jour; prêtez l'oreille, ce 
tintement devient la voix, elle parle! 

HoMONcuLiJs, delà fiole^ à Wagner. Bonjour, papsa. 
Eh bien 1 c'était donc vrai ? Yièns, presse-moi sûr 
ton sein avec tendresse, mais pas trop fort pour- 
tant, de crainte que le verre n'éclate. C'est la pro- 
priétè des choses : à ce qui est naturel , l'univers 
suffit à peine; ce qui est artificiel, au contraire, 
réclame un espace borné. (A Méphistophélès.) Te 
voilà ici, drôle ! Maître cousin, le moment est bon 
et je te rends grâce; un heureux destin te conduit, 
vers nous. Puisque je suis au monde, je veux agir, 
et sur-le-champ me préparer à l'oeuvre; tu e« 
assez habile pour m' abréger les chemins. 

Wagnbr. Un mot encore ! Jusqu'ici, je me suis 
souvent senti pénétré de confusion quand jeunes 
gens et vieillards venaient ra'assaillir de problèmes. 
Par exemple, personne encore n'avait pu compren- 
dre comment l'âme et le corps, qui s'ajustent si 
bien ensemble, qui tiennent si ferme l'un à l'autre, 
qu'on les dirait à jamais inséparables, se combat- 
tent sans cesse au point de s'empoisonner Teiûs- 
tence; et puis.^. 

8 



134 LIVRE II. — LA VIE. 

Méphistophélès. Arrêtez t J'aimerais mieux deman- 
der pourquoi Thomme et la femme s'aoe«mmodent 
si mal : voilà une question^ mon cher, dont tu 
auras de la peine à te tirer. Ici, il y a à faire ; c'est 
justement ce que veut le petit... » 

Mais tournez la page du libretto et revenez au 
premier acte : c'est Faust, c'est la jeune et vieille 
science qui parle : 

a Comme tout se meut pour l'œuvre universellel 
comme toutes les. activités travaillent et vivent l'une 
dans Fautrel comme les forces célestes montent et 
descendent, et se passent de main en main les seaux 
d'or, et, sur leurs ailes, d'où la bénédiction s'ex- 
hale, du ciel à la terre incessamment portées, r^n- 
plissent l'univers d'harmonie ! 

a Quel spectacle i Mais, hélas I rien qu'un speo* 
tacle. Où te saisir, d nature infinie? £t vous, nia* 
melles, où?'0 voiss, sources de toute vie, auxquelles 
se suspendent les cieux et la terre! vers vous le 
sein flétri se tourne; vous coulez à torrents, vous 
nbreuvez le monde, et moi, je me consume en 
vain. » 

Oui, c'est en vain que vous vous consumez k 
substituer au Créateur le travail homunculéen ; 
c'est en vain que vous écrivez : « La toute-puissancce 
créatrice, c'est l'affinité de la vie. » Avec toute votre 
magnifique connaissance de la matière et de ses 
splendides propriétés, vous ne pouvez encore faire 
un champignon. 

Mais vous vous récusez, ou vous vous excusez, je 
crois. Ce que nous ne pouvons pas faire, la nature 



. . Là CHIMIE ORGANIQUE. 1 35 

le peut, car elle est encore plus habile que nous 
(charmante modestie, vraiment, mais alors que 
deyient votre intelligence, si d'un autre côté vous 
prétendez qu'il n'y a pas d'Esprit dans la nature). 
Mais passons. Et d'ailleurs, ajoutez- vous finement, 
si nous ne produisons pas encore d'êtres vivants 
par les procédés de la chimie , nous produisons 
toutefois des matières organiques, par exemple 
Tacide caractéristique de Turine et l'huile essen-^ 
tielle de moutarde (éther allylsulfocyanique); Cela 
nous fait grand plaisir. Prenons donc part un instant 
aui n^anipulati^ns décisives de ces illustres chi- 
mistes. 

Dès la fin du siècle dernier, comme le remarque 
M. Alfred Maury% on reconnut que les matières 
qui se développent chez les végétaux et les animaux, 
qui sont retirées de leurs débris, renferment pres- 
que exclusivement du carbone, de Toxygène, de 
Thydrogëne et de l'azote. On constata par là que 
ces quatre corps sont les principes formateurs, 
les éléments de toutes les substances organiques, 
éléments qui se trouvent souvent combinés avec 
certains autres corps simples et divers sels miné- 
raux. 

Ce premier résultat nous apprit que, si la végé- 
tation et la vie sont des forces à part qui ne sauraient 
être confondues avec le simple mouvement, avec 
Taffinité et la cohésion, elles ne créent cependant 
rien dont elles ne prennent lés matériaux dans le 

* Beoue des Deux Mondes du !•' septembre 1805. 



136 LIYRE n. — U YIB. 

règne minéral qui les entoure. En effet, les quatre 
éléments organiques existent tout formés dans 
l'atmosphère. L'air est un mélange d'oxygène et 
d'azote, associé à une faible proportion d'acide car- 
bonique, c'est-à-dire de carbone combiné avec 
Toiygène. De plus, l'atmosphère tient en suspen- 
sion de la vapeur d*eau, et personne n'ignoré que 
Teau est un composé d'oxygène et d'hydrogène. 
Donc, les matières organiques empruntent à cette 
masse fluide et inorganique qui environne et pénè- 
tre notre globe les éléments de leur composition. 
Quant aux autres substances placées pour ainsi 
dire accidentellement dans leur trame, elles les 
tirent du sol; les plantes les y 'pompent, et les ani- 
maux, en se nourrissant des plantes, se les assi- 
milent. 

La chimie est capable de créer immédiatement 
les éléments organiques. C'est M. Bûchner qui le 
proclame avec le plus d'enthousiasme. Les chi- 
mistes ont créé le sucre de raisin et plusieurs acides 
organiques. Ils ont créé^ dit-il, différentes bases or- 
ganiques, et entre autres l'urée, cette substance 
organique par excellence, en réponse aux médecins 
qui leur objectaient leur impuissance de créer les 
produits de l'organisme. Chaque jour nous voyons 
accroître l'expérience des chimistes pour créer 
des combinaisons. M. Berthelot a réussi à créer de 
corps inorganiques les corps formés des combi- 
naisons du carbone avec l'hydrogène ; et cette dé- 
couverte, malgré son désaccord apparent avec la 
nature organique, fournit un point de départ pour 



U CHIMIE OBGÂmQUK. 157 

la composition artificielle des corps organiques. 
Aujourd'hui, on fait de l'alcool et de précieux par- 
fums du charbon de terre ; on tire des bougies de 
Fardoise; Tacideprussique, Turée, la taurine et une 
quantité d'autres corps qu'on croyait autrefois ne 
pouvoir être créés que de substances végétales ou 
animales, s'obtiennent avec de simples matières que 
fournit la nature inorganique. Aussi la distinction 
ancienne entre la nature organique et inorganique 
s'efface»t-elle aujourd'hui pour les manipulations. 
En 1828, Wœhler, en produisant l'urée d'une 
manière artificielle, renversa Tancienne théorie 
qui soutenait que les combinaisons organiques 
ne pouvaient être formées que par des corps organi- 
ques. En'l 856, M.Berlhelot créal'acideformiquede 
substances inorganiques, c'est-à-dire d'oxyde car- 
bonique et d'eau, en chauffant ces matières avec 
de la potasse caustique et sans la coopération d'une 
plante ou d'un animal. Bientôt après, on parvint 
à obtenir directement dé ces éléments la synthèse 
de l'alcool. On arriva même à produire la graisse 
artificielle de l'acide oléique et de la glycérine , 
deux substances qui peuvent être obtenues parla 
voie purement chimitfue ; c'est là un des résultats 
les plus extraordinaires que la chimie synthétique 
ait fournis jusqu'à nos jours. 

L'>auteur de Farce et matière conclut de ces don- 
nées qu'il faut bannir de la vie et de la science 
ridée d'une force organique produisant les phé- 
nomènes de la yie d'une manière arbitraire et 
mdépendante des lois générales de la nature. Nous 

8. 



138 inRE ft. — LA TIB. 

repoussons comme lui l'arbitraire, mais nous 
gardons la force. Il ajoute que cette séparation ri- 
goureuse qu'on prétend faire entre le monde or- 
ganique et inorganique n'est quune distinction 
arbitraire. Il a ici contre lui les représentants de 
la vie terrestre tout entière. Cela n'empêche pas 
Cari Vogt d'ajouter que « Alléguer la force vi- 
tale, îi'est qu'une circonlocution pour cacher 
son ignorance ; et qu'elle est du nombre de ces 
portes de derrière si nombreuses dans les sciences, 
par lesquelles se sauvent tolijours les esprits super- 
ficiels qui reculent devant l'examen d'une difficulté 
pour se contenter d'admettre un miracle imagi- 
naire. » 

La doctrine de la force vitale serait donc aujour* 
d'hui une cause perdue. « Ni les efforts des natu*> 
ralistes mystiques pour ranimer cette ombre, ni 
les lamentations des métaphysiciens. conjurant le$ 
prétentions et l'irruption imminente du matériau 
Ksme physiologique et lui contestant sa part aux 
questions philosophiques, ni les voix isolées qiû 
signalent des faits encore obscurs de la physiologie, 
tout cela ne peut sauver la force vitale d'une ruine 
prochaine et complète. » 

Bunsen et Playîair ont montré, il y a déjà ,quel- 
ques années, dit aussi l'auteur de la Circulation de 
lavicy et Rieken Ta Qopfirraé depuis peu, qu'on 
peut obtenir du cyanogène, combinaison d'azote et 
d'hydrogène, aux dépens de substances inorga- 
niques. Nous savons en outre que l'hydrogène, 
au moment où il se sépare de ses combinaisons/ 



GB QUE FAIT LA CHIMIE ORGANIQUE. iW 

pent s'unir à Tazote pour former de rammoniaque. 
De plus, on peut aller du cyanogène à Kammo- 
niaque : on n'a qu'à exposer à Fair du cyanogène 
dissous dans Peau, pour voir se séparer du liquide 
des flocons bruns, signes d'une décomposition, à la 
suite de laquelle on trouve de Tacide carbonique, de 
l'acide pnissique, de l'ammoniaque, de Voxalate 
d'ammoniaque et dé Turée dissous dans le liquide. 
L'acide oxalique est une combinaison de carbone 
et d*oxygène qui, pour la même quantité de car^ 
bone, ne contient que les trois quarts du poids de 
Toxygène de Tacide carbonique. L'acide oxalique 
est la cause du goût acide de l'oseille, deToxalide, 
et de beaucoup d'autres plantes. C'est un acide 
organique que, d'après ce qui vient d'être dit, nous 
pouvons préparer aux dépens de corps simples, 
sans le secours d'aucun organisme, a Ainsi nous 
connaissons maintenant trois substances, s'écrie 
Moleschott: une base organique, l'ammoniaque; un 
principe acidifiant organique, le cyanogène ; et un 
acide organique, l'acide oxalique, que nous pou- 
vons fabriquer avec des corps simples. Il n'y a que 
quelques années qu'on croyait encore de tous les 
trois qu'on pouvait bien les préparer en décom- 
posant les combinaisons organiques plus complexes 
mais qu'il n'était pas possible de les obtenir avec 
de simples éléments. Dans l'ammoniaque, nous 
avons une conibinaison d'azote et d'hydrogène, 
sans partir des corps organiques. Cette énigme, 
que le sphinx de la force vitale nous opposait 
comme un épouvantait, pour nous empêcher d'à- 



imtB II. — U TIB. 

dans la préparation arliScielle descombi- 
organiqùes, Berthelot l'a résolue. H a jelë 
', sphinx el ses adorateurs, et les a remplacés 
foule d'investigateurs, k qui il a mis sous 
les fils dont ils se serviront pour pousser 
ant le tissu de leurs découvertes en repro- 
de toutes pièces le monde organique. » 
ajouterons qu'on obtient aujourd'hui l'a- 
ïlique en faisant passer une combinaison de 
et de carbone par trois états que nous ne 
qu'indiquer : perchlorure de carbone, chto- 
e carbone, acide chloracétique, et que la 
aison directe du àtrbone et de l'hydrogène 
la synthèse de l'acétylène *. 
: encore plus facile de préparer l'acide for- 
à l'aide de corps simples seulement, ainsi 
)rofesseur du Collège de France y est arrivé 
int agir de la potasse humide sur du gai 
le carbone, dans un ballon de verre fermé 
npe, durant soixante- douze heures, sous' 
aleur de lOfrdegrés*. 

leurs, la nature tire les substances oi^ani- 
s mêmes sources auxquelles les chimistes les 
itent dans les expériences de leurs labora- 

is, nous applaudissons des deux mains (il est 



ertfaelot, Chimie m-ganique pmdée lar la tynthiu et 
r la isMode» giairaU*. 

sut consul 1er BTec intérSt Eur les récents progrès At la 
-ganique les Complei roidiu det léancet de l'Aeaàémie 
les, en ces dernières années surlout. 



CE QUE FAIT U CHIMIE ORGANIQUE. iAi 

vrai qu'on ne peut guère applaudir d'une seule), 
à ces admirables tentatives de la science, et ce 
n'est pas à nous que Ton puisse jamais reprocher 
de mettre des entraves au progrès du génie créa- 
teur de Thorarae. L'homme est sur la Terre pour 
apprendre à jconnaltre la nature et pour se rendre 
maître de la matière. Le « Connais-toi toi-même » 
des anciens s'est traduit de nos jours par l'étude du 
monde extérieur, et c'est par celte ëtudeiféconde 
que nous apprendrons véritablement à nous con- 
naître nous-mêmes. 

Nous croyons avec M. Maury que l'intérêt de tant 
de découvertes vaut bien la peine qu'on tente quel- 
que effort pour les comprendre. Quelle science est 
plus faite pour nous capliver que celle qui nous 
révèle de quelle matière nous sommes formés, de 
quoi nous nous nourrissons; avec quelles substan- 
ces nous sommes en contact; quels effets physiques 
se produisent en nous, hors de nous; où passent ces 
parties que nous nous assimilons, que nous reje- 
tons incessamment? Ce ne sont pas là des affaires 
particulières, des intérêts du moment : ce sont des 
problèmes qui touchent à l'humanité physique tout 
entière : c'est le monde des êtres auquel nous ap- 
partenons qui est ici enjeu. Nous dépensons beau- 
xîoup d'intelligence et de travail à pénétrer dans le 
dédale de contestations mesquines et de faits insi- 
gnifiants, et nous n'aurions pas souci d'apprendre 
ce qui a bien autrement d'intérêt, à savoir ce qu'est 
la merveilleuse nature au sein de laquelle nous 
naissons, nous vivons, nous mourons, qui nous 



143 IIYRS n. - U YIB. 

précède et qui nous survit, qui fournit à toutes les 
générations les principes mêmes qui les font exis- 
ter I 

. Mais nous ne nous associons pas pour cela aux 
prétendues conséquences que MM. les matérialistes 
en déduisent, conséquences que MM. Berthelot, 
Pasteur, et les chimistes praticiens répudient les 
premiers. Ils prétendent avoir le mot le plus diffi- 
cile de l'énigme, depuis que Ton produit le gaz 
artificiel avec des corps simples. Quand on mêle du 
cyanatè de potasse avec du sulfate d'ammoniaque, 
la potasse se combine avec de l'acide sulfurique et 
l'acide cyaniqueayecrammoniaque. Cette dernière 
combinaison n'est pas du cyanate d'ammoniaque, 
mais de Turée. Or admirez la conclusion : « C'est 
par cettedécouverte éclatante que Liebig et Wœhler 
ont ouvert des perspectives étendues sur celte voie 
et se sont acquis un éternel honneur en donnant m 
peu à contre cœur^ un peu sans le savoir y la preuve 
que désormais la flamme de la vie se résout pour 
nous dans les forces physiques et chimiques. «Quel 
honneur pour Liebig et Wœhler d'être ainsi tirés par 
la bride vers la source de TAchéron. Nos ennemis 
aiment ce fleuve et ses rivages obscurs. « Certes, 
ajoutent-ils, le chimiste affranchi des préventions, 
qui ne met pas sa parole au service du trône et de 
l'autel, comptant tranquillement sur une victoire 
certaine, peut sourire du pauvre philosophe dont 
le savoir né dépasse pas la connaissance de l'urée, 
et qui croit imposer cette limite au pouvoir du phy- 
siologiste. ]» Quel autel et quel trône consentiraient à 



CE QUE FAIT LA GfllMIE ORGANIQUE. ' i45 

nommer ministres de pareils logiciens ? La science 
elle-même vit retirée dans son sanctuaire, et les 
laisse autour de son temple battre le rappel et faire 
l'exercice. 

Quelle conclusion définitive l'école matérialiste 
tire-t-elle de ces manipulations? C'est que la chimie 
et la physique nous offrent les preuves les plus 
claires que les forces connues des substances inorga- 
niques exercent leur action de la mime manière 
dans la nature vivante que dans la nature morte. 
De même qu'ils ont été obligés de diviniser la ma- 
tière pour remplacer Dieu, de même on les voit ani- 
mer sans s'en douter la matière pour détrôner la 
vie. « Les sciences, dit Tauteur de Force et ma- 
tièrsy ont suivi et démontré l'action de ces forces 
dans les organismes des plantes et des animaux, 
quelquefois jusque dans les combinaisons les plus 
subtiles. Il est à présent généralement constaté 
que la physiologie, ou la science de la vie, ne peut 
plus se passer de la chimie et de la physique, et 
qu'aucun procédé physiologique n'a lieu sans les 
forces chimiques et physiques. » — «La chimie, dit 
Hialhe à, sans contredit, part à la création, à la 
croissance et à l'existence de tous les êtres vivants, 
soit comme cause, soit comme effet. Les fonctions 
de la respiration, de la digestion, de Tassimila- 
tion et de la sécrétion n'ont lieu que par la voie 
chimique. La chimie seule peut nous dévoiler 
les secrets de ces importantes fonctions organi- 
ques. » 

L'oxygène, Thydrogène, le carbone, l'azote, dé' 



clarent pompeusement nos matérialistes, entrent 
sous les conditions les plus diverses dans les com- 
binaisons des corps, s'allient, se séparent, agissent 
conformément aux mêmes lois que quand ils se 
_ trouvent en dehors de ces derniers, les corps 
composés même peuvent présenter les mêmes 
caractères. L'eau, incomparablement la plus vo- 
lumineuse substance de tous les êtres organi- 
ques, et sans laquelle il n'y a ni vie animale 
ni végétale, pénètre, amollit, dissout, coule, tombo 
suivant les lois de la pesanteur ; elle s'évapore, se 
précipite et se forme exactement au dedans de 
l'organisme comme au dehors. Les substances 
inorganiques, les sels calcaires que l'eau renferme 
à l'état de cojnposition, elle les dépose dans les os 
des animaux ou dans les vaisseaux des plantes où 
ces substances affectent la même solidité que dans 
la nature inorganique. L'oxygène de l'air qui, dans 
les poumons entre en contact avec le sang veineux 
de couleur noire, lui communique la conteur ver- 
meille que le sang acquiert, si on l'agite dans un 
vase au contact de l'air. Le carbone qui se trouve 
dans le sang éprouve dans ce contact les mêmes 
modiScations par la combustion (en se changeant 
en acide carbonique) que partout ailleurs. On peut 
avec raison comparer l'estomac à une cornue dans 
laquelle les substances mises en contact se décom- 
posent, se combinent, etc., conformément aux 
lois générales de l'aftinité chimique. Un poison qui 
est entré dans l'estomac peut être neutraUsé, 
comme si Ton faisait ce procédé au dehors ; une 



Ik CHIMIE ORGANIQUE ET U TIL 14^ 

substance morbifique qui s'y est fixée est neutra- 
lisée et détruite par les remèdes chimiques, comme 
« ce procédé avait lieu dans un vase quelconque, 
et non dans l'intérieur de l'organe. La digestion 
est un acte de simple chimie. 

On peut pérorer longtemps sur ce point. « Le: 
observations, dit Miahle, nous apprennent qui 
toutes les fonctions oi^aniques ont lieu à l'aide d( 
procédés chimiques, et qu'un être vivant peul 
être comparé à un laboratoire chimique, dans lequel 
s'accomplissent les actes qui constituent la vie dan) 
leur ensemble. Les procédés mécaniques détermi- 
nés par les lois physiques de l'organisme vivant 
ne sont pas moins clairs. La circulation du sang c 
lieu par un mécanisme aussi parfait qu'on puisst 
l'imaginer. L'appareil qui la produit ressembl( 
tout à fait aux œuvres mécaniques exécutées pai 
la main de l'homme. Le cœur est pourvu de val- 
vulves et de soupapes, comme une machine è 
vapeur, et leur jeu produit un bruit distinct. L'aii 
en entrant dans les poumons frotte les parois de! 
bronches et cause le bruit de la respiration. L'in- 
spiration et la respiration sont le résultat de forces 
purement physiques. Le mouvement ascensionnel 
du sang des parties inférieures du corps au cœur, 
contrairement aux lois de la pesanteur, ne peul 
avoir lieu que par un appareil purement méca- 
nique. C'est par un procédé mécanique que le ca- 
nal intestinal, au moyen d'un mouvement vermi- 
culaire évacueles excréments de haut en bas ; c'esl 
encored'une manière mécaniquequ'ontlîeu toutes 



•** 



fM LITRE II. * LA VIE. 

les actions des muscles, et que les hommes et les 
animaux exécutent les mouvements de locomotion. 
La con struction de l'œil repose sur les mêmes lois que 
la chambre obscure, et les ondulations du son sont 
transmises à Toreiile comme à toute autre cavité.^» 
— « La physiologie a donc parfaitement raison, con- 
clut Bùchner, de concert avec Schaller, en se propo- 
santaujourd'hui de prouver qu'il n'y a pas de diffé- 
rence essentielle entre le monde organique et le 
monde inorganique. » 

Pas de différence entre le monde organique et le 
monde inorganique I Mais il n'y a pas au monde 
une proposition plus fausse que celle-là : Les réac- 
tions qui s'opèrent dans les corps vivants sont bien 
loin d'être identiques avec celles que l'on peut faire 
avec les mêmes liquides dans une cornue de labo- 
ratoire. Les forces organisatrices, comme le dit 
Bichat, échappent au calcul, agissent d'une façon 
Jrrégulièreetvariable.Lesforces physico-chimiques, 
au contraire, ont leurs lois régulières et constantes. 
L'auteur d'un livre récent, intitulé :.la Science des 
athées^ fait très-bien ressortir cette vérité en présen- 
tant les exemples suivants : « Injectez dans les 
veines d'un animal les éléments constitutifs du 
sang, moins celui qui en produit la synthèse et qui 
n'est pas à votre disposition : au lieu de lui conti- 
nuer la vie vous lui apportez la mort. Et même le 
sang qui est resté peu de temps hors d'une veine, 
de nouveau interjeté par l'ouverture qui lui a 
donné issue, peut occasionner les troubles les plus 
graves. Mettez dans l'estomac d'un cadavre des 



LA VIE, FORCE SPÉCIALE. 147 

matières alimentaires : au contact des tissus ces 
matières se putréfieront, elles qui, dans l'animal 
vivant se seraient changées en sang et lui auraient 
entretenu la \ie. On demandera aux chimistes 
comment/ dans l'organisme, agissent l'opium, le 
quinquina, la noix vomique, le kousso, le soufre, 
l'iodure de potassium, etc.? quelle est l'action 
chimique de la nicotine, de Tacide prussique, de 
fous les poisons végétaux qui ne laissent aucune 
trace? Comment le curare agit-il dans le tétanos? 
Pourquoi Fipéca, mis dans Testomac, fait-il con- 
tracter immédiatement tous les muscles inspira- 
teurs, etc., etc.? «Action de présence, » disent les 
physiciens; action de présence, répètent les chi- 
mistes ; et ils croient, les graves docteurs, avoir 
répondu I » 

Il est contraire à la vérité de prétendre que 
les phénomènes physiologiques puissent s'expli- 
quer par la physique et la chimie, que les réac- 
tions aient lieu dans l'organisme c'omme au dehors. 
La physique et la chimie se touchent parce que les 
mêmes lois président à leurs phénomènes ; mais 
un immense intervalle les sépare de la science des 
corps organisés, parce qu'une énorme différence 
existe entre ces lois et celles de la vie. Dire que la 
physiologie est la physique des animaux, c'est en 
donner une idée aussi inexacte que si l'on disait 
que l'astronomie est la physique des astres. 
A cette opinion de Bichat le docteur Cerise ajoute : 
« Les phénomènes vitaux sont complexes, et les 
forces physiques", tout en y prenant une partdiffi- 



I4S LIVRE II. — Là VIE. 

cile à mesurer, mais incontestable, sont soumis 
à l'empire d'une force supérieure qui les régit, en 
les faisant servir à ses 6ns. » 

Les anatomistes français, Piorry, Halgaigne,Pog- 
giale, Bouillaud, sont du même avis. « Au^iiessus de 
toutes les sciences, dit celui-ci, comme au-dessus de 
toutes leurs lois, la vie domine, modiûe, neutralise, 
diminue ou augmente l'intensité des forces physico- 
chimiques.» Notre éminent chimiste Dum^s, déclare 
quelque part que : Loin de diminuer Timportance 
des faits auxquels la matière morte obéit, la notion 
de la vie se dégage au contraire de la connaissance 
intime de ces lois et le sentiment dé son « essence 
mystérieuse et divine » se purifie et s'^grandil par 
de fortes études sur la chimie des corps orga- 
nisés. 

Les opérations chimiques qui peuvent s'accom- 
plir dans notre organisme ne doivent pas être con- 
fondues avec celles- qui appartiennent à la physio- 
logie de notre être ; qu'on le sache bien. Sous le 
premier point de vue, l'identité des forces qui con- 
courent à la formation des substances organiques 
et des substances inorganiques est désormais un 
fait avéré. En se conformant aux lois naturelles, 
le chimiste compose une multitude de combinai- 
sons, qui se trouvent dans les corps organisés, et, 
plus fécond que la nature elle-même, il peut à sa 
fantaisie opérer d'autres combinaisons qui ne se 
trouvent pas réalisées chez les habitants de la 
(erre, portant peut-être ainsi jusque dans le do- 
maine des autres mondes raction de sa science. Il 



rORGAKISME. 149 

sait que la fermentation est un procédé général 
d'intervention, qui détermine non-seulement les 
phénomènes de la mort et de la décomposition, 
mais encore ceux de la naissance et de tous les 
actes de la vitalité, depuis le grain de blé qui 
germe, depuis le vin qui travaille, jusqu'à la le- 
vure du pain ou de la bière et jusqu'aux phéno- 
mènes de nutrition et de digestion. La chimie or- 
ganique a les mêmes bases que la chimie miné- 
rale. Nul, mieuï que M. Berthelot, n'exprime ces 
conquêtes de la science des corps ; nul n'exprime 
mieux aussi ses limites devant le problème de 
notre être. Écoutons sa déclaration : et Tout avait 
concouru, dit-il S à faire regarder par la plupart 
des esprits la barrière entre les deux chimies 
comme infranchissable. Pour expliquer notre im- 
puissance, on tirait une raison spécieuse de Tin- 
tervention de la force vitale, seule apte jusque-là à 
composer des substances organiques. C'était, di- 
sait-on, une force mystérieuse déterminant ex- 
clusivement les phénomènes chimiques obser- 
vés dans les êtres vivants; agissant en vertu 
de lois essentiellement distinctes de celles qui 
règlent les mouvements de la matière purement 
mobile et quiescible. Telle était Pexplication au 
moyen de laquelle on justifiait l'imperfection de la 
chimie organique, et on la déclarait pour ainsi dire 
sans remède . En proclamant ainsi notreimpuissance 
absolue dans laproductiondesmatièresorganiques, 

' Chimie organique fmdée eut la tyrUMm, 



ï 



150 LIVRB IL — LA VIB. 

deux choses avaient été confondues : la formation 
des substances chimiques dont l'assemblage con- 
stitue les êtres organisés, et la formation des or- 
ganes eux-mêmes* Ce dernier problème nest point 
du domaine de la chimie. Jamais le chimiste ne 
prétendra former dans son laboratoire une feuille, 
un fruit, un muscle, un organe. Ce sont là des 
questions qui relèvent de la physiologie; c'est 
à elle qu'il appartient d'en discuter les termes, de 
dévoiler les lois du développement des êtres vi- 
vants tout entiers, sans lesquels aucun organe 
isolé n'aurait ni sa raison d'être, ni 4e milieu né- 
cessaire à sa formation. Mais ce que la chimie ne 
peut faire dans Tordre de l'organisation, elle peut 
l'entreprendre dans la fabrication des substances 
renfermées dansles êtres vivants. Si la structure 
même des végétaux et des animaux échappe à ses 
applications, elle a le droit de prétendre former 
les principes immédiats, c'est-à-dire les matériaux 
chimiqlies qui constituent les organes indépendam- 
ment de la structure spéciale en fibres et en cel- 
lules que ces matériaux affectent dans les animaux 
et dans les végétaux. Cette formation même et Tex- 
plication des métamorphoses pondérales que la 
matière éprouve dans les êtres vivants constituent 
un champ assez vaste, assez beau; la synthèse 
chimique doit le revendiquer tout entier. » 

Cette déclaration, dans laquelle nos adversaires 
prétendent voir le triomphe définitif du matéria- 
lisme, nous propose de croire deux points fonda- 
mentaux, le premier : que la formation des sub- 



ÏA FORGE GOUVERNS. 4M 

stances organiques peut être due aux mêmes lois 
qui règlent Tétat du monde inorganique; le se- 
cond : que la formation des organes mêmes appar- 
tient à une force qui n'est pas du domaine de la 
chimie. Sur le premier point, le spiritualisme 
triomphe déjà, comme nous Tavons vu; les 
forces qui régissent le monde inanimé révélant 
Texistence d'un architecte intelligent. Sur le se- 
cond, il triomphe plus brillamment encore, puis- 
que la chimie organique se récuse devant l'expli- 
cation de Têtre vital. Comme le remarque judicieu- 
sement M. Laugel, cette chimie étudie et compose 
seulement les matériaux de la vie, sans s'occuper 
de l'être vivant lui-même, elle broie les couleurs 
du tableau, mais il faut une autre main pour em- 
ployer ces couleurs et pour créer l'œuvre où elles 
se fondent en une harmonieuse unité. 

Lorsque la chimie a laissé deviner un alambic 
dans l'être humain, où l'acide cherche la base, où 
les molécules se groupent d'après les lois dont 
nous avons parlé au premier livre; lorsqu'on. a 
fait voir que l'animal vivant n'est qu'un vase à 
réactions, que les forces chimiques et physiques 
s'y livrent un 'perpétuel combat en champ clos, 
lorsqu'on a montré que les phénomènes de la fé- 
condation, ceux de la nutrition, la mortelle-même, 
ne sont que des fermentations ordinaires, on ne 
sait bientôt plus où résident ces forces plus mysté- 
rieuses qui senommentla vie, l'instinct, et quand on 
arrive à l'homme, la conscience. Nous entrerons bien- 
tôt dans le cœur même de ce grave sujet. Quant à 



152 LITRE IT. — Li YIB. 

présent, avouons-le avec M, Laugel *, « la science 
peut se laisser entraînera des doutes, à des négations 
qui nous épouvantent ; mais elle a également ses 
propres mystères, que l'œil humain ne peut sonder. 
Elle se contente aussi de mots toutes lés fois qu'il 
est impossible de pénétrer l'essence même des 
phénomènes. De quoi parle sans cesse la chimie? 
D'affinité : n'est-ce pas là une force hypothéti- 
que, une entité aussi peu tangible que la vie ou 
que Tàme? La chimie renvoie à la physiologie 
ridée de la vie, et refuse de s'en occuper; mais 
ridée autour de laquelle la chimie se déroule 
a*t-elle quelque chose de plu» réel? Cette idée 
est souvent insaisissable, pon- seulement dans 
son essence, mais encore dans ses effets. Peut- 
on méditer, par exemple, un instant sur les lois 
connues sous le nom de lois de Berthollet sans 
comprendre qu'on est en face d'un mystère impé- 
uétrable? Dans le simple phénomène d'une com- 
binaison, dans cet entraînement qui précipite Tun 
vers Taulre des atomes qui se cherchent, se joi- 
gnent en échappant aux composés qui les emprison- 
naient, n'y a-t-il pas de quoi confondre l'esprit? 
Plus on étudie les sciences dans leur métaphysique, 
plus on peut se convaincre que celle-ci n'a rien 
d'inconciliable avec la philosophie la plus idéaliste: 
les sciences analysent des rapports, elles prennent 
des mesures, elles découvrent les lois qui règlent 
le monde phénoménal ; mais il n'y a aucun phé- 

* Science et Philoicphie, 



LA FORGE GOUVERNE. 155 

nomène, si humble qu il soit, qui ne les place en 
face de deux idées sur lesquelles la méthode expé- 
rimentale n'a aucune prise : en premier lieu, Y es- 
sence de la substance modifiée par les phénomè- 
nes ; en second lieu, la force qui provoque ces 
modifications . Nous ne connaissons, nous ne voyons 
que des dehors, des apparences ; la vraie réalité, 
la réalité substantielle et la cause nous échappent. 
Il est digne d'une philosophie élevée de considérer 
toutes les forces particulières dont les efforts sont 
analysés par les sciences diverses comme issues 
dHine force première, éternelle, nécessaire, source 
de tout mouvement, centre de toute action. En se 
plaçant à ce point de vue, les phénomènes, les 
êtres eux-mêmes ne sont plus que des formes 
changeantes d'une idée divine. » 
L'unité vers laquelle tend la chimie peut -elle 
; nous faire supposer que des lois complètement 
identiques régissent le monde animé et le monde 
brut ? Devons-nous nous flatter de pouvoir un jour 
non-seulement refaire artificiellement toutes les 
matières organiques, mais reproduire à volonté 
les conditions dans lesquelles naîtra la végétation 
ou la vie. A cette question un physiologiste auto- 
risé, M. Maury, répond comme M. Berthelot : <x Jene 
le peux pas. La physiologie et la chimie sont deux 
domaines bien autrement distincts que ne l'étaient, 
il y a un siècle, la chimie organique et la chimie 
ïïiinérale. Nulle part la plante même la plus élé- 
tnentaire, l'animal le plus bas placé dans l'échelle 
zoologique, ne sont nés du concours d'affinités 

9. 



1S4 . LIVRE II. — LA TIE. 

chimiques. Quelques progrès que fasse la chimie 
organique, elle sera toujours arrêtée par Timpos- 
sibilité de donner naissance à la force vitale, dont 
.elle ne dispose pas. » 

Non, messieurs, malgré votre position affirma- 
tive et audacieuse, vous ne pouvez créer la vie, 
vous ne pouvez même seulement savoir ce que 
c'est que la vie, et vous êtes contraints d'avouer 
voti'e ignorance en même temps que vous 'vous 
laissez opposer les preuves de votre impuissance. 

En vain ripostez-vous par des faux fuyants ou 
des suppositions gratuites : « Pour soutenir l'exis- 
tence d'une force vitale propre, dites-vous, on invo- 
que constamment Timpuissance où nous sommes 
de faire des plantes et des animaux. Mais si natts 
pouvions nous rendre maîtres de la lumière, de la 
chaleur, de la pression atmosphérique, comme des 
rapports du poids de la matière, non-seulement 
nous serions à même de recomposer des corps 
organiques, mais nous serions capables de rem- 
plir les conditions qui donnent naissance aux 
corps organisés. » 

Puis vous ajoutez, sans vous apercevoir que vos 
paroles même continuent de tourner à l'avantage 
de notre cause : « Quand les éléments, le carbone, 
rhydrogène, Toxygène et Tazôte sont une fois orga- 
nisés^ les formes arrêtées qui en résultent ont le 
pouvoir de persister dans leur état, et, ainsi que 
l'expérience acquise jusqu'à ce jour nous l'ap- 
prend, elles se conservent ^ travers des centaines 
et des milliers d'années. Par le moyen des semen- 



U CHIMIE NE GRÉE PAS LA TIE. 155 

ces, des bourgeons et des œufs, les mêmes formes 
reparaissent dans une succession déterminée. » 

En d'autres termes, deux propositions sont dé- 
montrées ; la première, c'est que nous ne pour- 
rions donner naissance à -la vie qu'en héritant de 
la puissance de la nature ; la seconde, que la vie 
se conserve, a le pouvoir de persister, de se trans- 
mettre par une vertu qui lui est propre. 

Tel est vraiment l'état de la question. De deux 
choses Tune : ou l'homme est (ou sera) capable de 
constituer la vie, ou il ne l'est pas. 

Dans le dernier cas, vos prétentions sont con- 
damnées sans autre forme de procès. 

Dans le premier, vous êtes condamnés dans la 
forme suivante : En travaillant à Torganisation de 
la ?ie, vous êtes forcés de vous soumettre aux lois 
ordonnées, et de les appliquer humblement en 
ayant soin de ne les contrarier en aucune façon. 
Ici donc, ce ne serait pas encore nous qui forme- 
rions la vie, mais bien les lois éternelles dont nous 
nous serions faits un instant les mandataires. 

Je vous entends crier au sophisme et déclarer 
que nous nous échappons par la tangente. Pardon, 
messieurs, remarquez d'abord que si quelqu'un 
s'échappe dans un procès, ce ne peut guère être 
que l'accuêé ; remarquez ensuite que nous ne 
restons pas à la superficie des choses en parlant 
ainsi, mais que nous traitons l'essence même de 
la question. 

Réfléchissez un peu. Vous le savez bien : on ne 
crée rien ici-bas, on applique des lois dominantes. 



456 LIVRE II. — LA YIE. 

Créez*vous de l'oxygène quand vous décomposez 
par la chaleur du bioxyde de manganèse et que 
les bulles d'oxygène s'élèvent dans le tube à déga- 
gement? Non; vous ne faites que voler, ou si vous 
aimez mieux, demander -au bioxyde de manganèse 
le tiers de l'oxygène qu'il renferme. Créez-vous de 
Tazote en enlevant Foxygène à Tair atmosphéri- 
que? Mais le nom même de ce procédé indique 
qu'il consiste en une soustraction. Créez-vous de 
l'eau quand, réunissant l'hydrogène à Toxygène 
dans l'eudiomètre, vous en faites la synthèse? Ce 
n*est là qu'une combinaison. Créez-vous le carbone 
quand vous décomposez le carbonate de chaux par 
l'acide chlorhydrique? Créez-vous les acides oxali- 
que, acétique, lactique, tartrique, tannique, quand 
vous les tirez des matières végétales ou animales 
par des agents d'oxydation? Non, mille fois non. 
Si nous nous servons parfois du mot créer, c'est 
par abus de langage. Or, lors même que vous par- 
viendriez à former un morceau de chair, vous ne 
l'auriez certainement pas créé : vous auriez réuni 
les éléments qui le constituent, selon la formule 
inexorable des lois assignées à l'organisation de la 
nature. Et si jamais, nos descendants voient un 
jour apparaître au fond de leurs tubes un être 
vivant formé sur le fourneau de la chimie, nous 
leur déclarons d'avance qu'ils se tromperont indi- 
gnement s'ils en concluent que les lois de Dieu 
n'existent pas, car ce n'est que par la permission 
de ces lois qu'ils seront parvenus au chef-d'œuvre 
de l'industrie humaine. 







LA CHIMIE MË CRÉE PAS. iSI 

Enfin, si les raisonnements qui précèdent n'ont 
pas suffi pour établir Yotre erreur, nous consentons, 
en concluant cet exposé de la circulation de la 
matière, à admettre que la nature emploie dans la 
construction des êtres vivants les mêmes procédés 
que l'homme, c'çst-à-dire qu'elle traite simple- 
ment par la chimie des matières inorganiques. 
Or,' dans cette hypothèse même, vous ne pouvez 
éviter la nécessité pour le constructeur de savoir ce 
qu'il veut faire ou d'agir conformément à un ordre. 
Une nature intelligente, ou ministre d'une intelli- 
gence, remplace le chimiste. L'œuvre du génie, 
consiste précisément à faire découler d'un petit 
nombre de principes facilement formulables les 
applications les plus ingénieuses et les inventions 
les plus puissantes. Or ce génie dont les plus mer- 
veilleuses intelligences humaines ne sont que des 
réductions infiniment petites, a ramené à une sim- 
plicité extrême, à la plus grande simplicité pos- 
sible, toutes les opérations de la nature ; l'intel- 
ligence divine nous apparaît comme la conscience 
d une loi unique et simple embrassant tout l'u- 
nivers, et dont les applications indéfinies engen- 
drent une multitude de phénomènes qui se grou- 
pent par analogie et sont régies par les mêmes lois 
secondaires, découlant de la loi primordiale. Certes, 
le chimiste ne remplace pas encore la vie, et ne sait 
encore former cet embryon dans lequel le germe 
joue un rôle si merveilleux ; mais dans ses actes, 
il s'efforce de se substituer à la nature, et comment? 
par l'intelligence. Il existe un élément dont il est 



I 



158 LIVRE II. — LA YIB. 

absolument impossible de se passer : c'est l'intel- 
ligenee. 
'^), L'intelligence souyeraine s'impose nécessaire- 
ment à la pensée de celui qui étudie la nature. 
Elle est visible dans ces règles qui peuvent être 
déterminées à lavance, calculées, combinées, parce 
qu'elles ont entre elles un admirable enchainenient 
et qu'elles sont immuables dans des conditions 
identiques, parce qu'elles ont reçu l'inflexibilité de 
l'infinie sagesse. 

11 est donc surabondamment démontré que la 
drculation de la matière ne s'accomplit que sous la 
direction d'une force intelligente. 

Mais par quelque route que nous passions, dans 
quelque détour que nous consentions à vous sui- 
vre, nous revenons toujours et quand même 
au mode de formation de la nature, à la cause 
même de toute existence; et ici, le champ 
devient plus vaste encore, plus immense. Les pro- 
cédés humains n'embarrassent plus le regard. 
A l'extrémité de toutes nos avenues, nous arrivons 
au point capital ; et il s'agit pour nous maintenant 
d'examiner l'on jrine même delà vie sur la Terre. Les 
êtres vivants sont-ils éclos à la surface du globe ? 
sont-ils apparus en six jours à l'ordre delà baguette 
d'un magicien ? se sont-ils éveillés soudain au fond 
des bois, sur le rivage des fleuves, dans les vallées 
endormies? Quelle est la main qui apporta du ciel 
le premier homme dans les bosquets de TÊden ? 
Quelle est la main qui s'ouvrit dans l'atmosphère 
et mit en liberté la multitude chantante des oi- 



' V 



KEN8 AGITAT MOU». t» 

seaux k la brillante parure? Seraient-ce les forces 
physic(H;himique3 qui, par une expansion Téconde, 
auraient donné naissance aux habitants de la mer 
et des continents? Ces forces sont-ellesdonc st< 
aujourd'hui? Nous ne rencontrons pas d'être 
ne soient nés d'un père et d'une mère, ou de 
naissance ne se ratlache aux lois établies < 
génération. Comment les espèces animales et 
taies sont-elles apparues à la surface de la T( 
c'est là la question qui vient actuellement dor 
notre inlërSt ; après le spectacle de la salle, i 
le préambule et les causeries des spectateur 
vous le rideau qui nous cache la véritable si 
et pénétrons sur le théâtre. La nature elle-n 
en est l'invisible machiniste. Essayons de la 
prendre! et berçons-nous de l'espérance qi 
n'est pas assez fine, ef que d'ailleurs elle n'f 
cune raisoii pour soustraire son jeu à notre 
perquisition I 



II 



L'ORieiNE DES ÊTRES 



La création selon le matérialisme antique, et selon nos modernes. 

— Histoire scientifique des générations spontanées. — Gomment 
rhypothèse des générations spontanées ne touche pas à la per- 
sonne de Dieu. — Erreur et danger de ceux qui se permettent 
défaire entrer Dieu dans leurs discussions. — Que l'apparition 
successive des espèces peut être le résultat des forces naturelles 
sans que l'athéisme gagne rien à cette hypothèse. — Si la Bible 
est athée? —7 Origine et transformation des êtres. — Règne 
Tégétal; régiie animal; genre humain. — Antiquité de l'homme. 

— Que tous les faits de la géologie, de la zoologie ou de l'archéo- 
logie n'inquiètent pas la Uiéologie naturelle. 



« A la chaleur du premier printemps , les vola- 
tiles de toute espèce, les oiseaux variés, libres 
s'élancèrent de l'œuf natal. Telle nous voyons, 
pendant les beaux jours d'été, la cigale s'affran- 
chir de sa frêle enveloppe, avide de vie ^t d'ali- 
ments. Alors la terre enfanta la race des hommes; 
Tonde et le feu que le sol recelait, fermentèrent 
et firent croître, dans les lieux les plus propices, 
des germes fécondés dont les vivantes racines pion- 



MATËRULISHfi ANCIEN ET MODERNE. 161 

geaient dans la terre. Quand le temps eut amené 
leur maturité et déchiré l'enveloppe qui les em- 
prisonnait , chaque embryon lassé de l'humide 
sein de la terre, s'échappe et s'empare de Tair et 
du jour. Vers eux se dirigent les pores sinueux 
de la terre, et, rassemblés dans ses veines entr'ou- 
vertes, s'écoulent des flots laiteux. Ainsi nous 
voyons encore après l'enfantement les mères se 
remplir d'un lait savoureux, parce que les aliments, 
convertis en sucs nourriciers, remplissent leurs 
douces mamelles. La terre nourrit donc ses pre- 
miers enfants: la chaleur fut leur vêtement^ Pherbe 
abondante et molle fut leur berceau. 

« Ainsi que le jeune oiseau se revêt en naissant 
de plumes ou de soyeux duvet, ainsi la terre récente 
environna sa surface nouvelle d'herbes molles et 
de flexibles arbrisseaux. Bientôt elle enfanta les 
espèces animées avec des combinaisons et des va- 
riétés innombrables : la terre enfanta ses habi- 
tants, car ils ne sont ni descendus des cieux ni 
sortis des gouffiies amers. C'est donc une juste i:e- 
connaissance qui lui décerna le surnom de mère : 
tout ce qui respire fut conçu dans son sein ; et si 
nous voyons encore quelques êtres vivants naître 
dans son limon, lorsque gonflé par la pluie il fer- 
mente aUx rayons du jour, est-il étonnant que des 
êtres plus robustes et plus nombreux sortissent de 
ses flancs quand la terre et l'essence éthérée bouil- 
laient encore du feu de la jeunesse ^? » 



^ Lucrèce, de Natura rerumf lib. V. Ed. de Pongerville. 



1 



m LIVRE II. -* LA VIE. 

Ainsi s'exprime le coryphée du matérialisme an- 
tique. Il n'est là que rinterprète fidèle de son 
maitre Épicure, dont voici en quelques mots le 
système physique*. 

Les atomes, à force de parcourir rapidement et 
au hasard l'immensité, se sont rencontrés, accro- 
chés, réunis, combinés. De là des masses encore 
informes et inorganiques, mais déjà remarquables 
par ce.fait, la composition. A la longue, ces parties, 
différentes de poids, se trouvèrent entraînées dans 
des directions ou avec des vitesses différentes : les 
unes tombèrent peu à peu ; les autres, au contraire, 
s'élevèrent. 

Une fois que l'eau exista, elle se dirigea, à cause 
de sa fluidité, dans les lieux les plus bas, dans les 
creux les plus propres à la contenir, et quelquefois 
elle prépara les localités qui devaient la recevoir. 
Les pierres, les métaux, et en général les minéraui, 
se produisirent à Tintérieur de la sphère terrestre, 
d'après les diverses espèces d'atomes ou de germes 
qu'elle contenait dans son sein, lorsqu'elle fut con- 
stituée terre par la séparation de l'atmosphère et 
du ciel. De là ces collines, ces montagnes, ces as- 
pérités nombreuses qui varient la surface de la 
terre et qui donnent lieu à d'âpres sommets, à de 
profondes vallées, à de vastes plateaux, couverts 
d'arbres, d'herbes et de plantes de toute espèce . 
parure brillante de la Terre, comme la soie, les 
plumes, la laine sont la parure des corps ? Reste 

' Résumé d'A. de Grandsagriie, d'après les trayaux de Gassendi 
[es découvertes d'Uerculanum, etc. 



HATÉRIALISHE ANCIEN BT MODBRNS. f eS 

à expliquer la naissance des animaux. Il est 
croyable que la terre contenant des germes tout 
frais propres à la génération, produisit hors 
de son sein des espèces de bulles creuses de 
forme analogue à des utérus, et que ces bulles, 
arrivées à maturité, crevèrent comme cela était 
nécessaire et mirent au jour de jeunes animaux. 
La terre fut alors gonflée par des humeurs sem- 
blables au lait, et les nouveau-nés vécurent à l'aide 
de cet aliment. Les hommes, dit Épicure, ne sont 
pas nés autrement. De petites vésicules, des espèces 
d utérus, attachées à la terre par des racines, gros- 
sirent frappées des rayons brûlants dU soleil, don- 
nèrent issue à de* frêles enfants, soutinrent leur 
vie naissiante à l'aide du liquide lacté que la na- 
ture avait élaboré en elles. Les premiers hommes 
sont la tige de l'espèce humaine, qui, depuis, se 
propagea par des voies usitées aujourd'hui. 

Voilà une hypothèse assez simple, j'espère. Elle 
explique en même temps comment les hommes de 
la période actuelle sont moins grands et moins ro- 
bustes que ceux de l'époque primitive. L'espèce 
humaine alors naissait spontanément et du sein 
même de la terre, etaujourd'huice sontdes hommes 
^ qui donnent naissance à d'autres hommes ^ La pen- 



* L'origine de Thomme et des animaux a fort occupé les an- 
ciens. Plutarque rapporte que quelques philosophes enseignaient 
qu'ils étaient nés d'abord dans le sein de la terre humide, dont 
la surface, desséchée par la chaleur de Talmosphère, avait formé 
une croûte, laquelle, s'ètant enfin crevassée, leur avait ouvert les 
passages libres. Selon Diodore de Sicile et Gélius- Rhodiginus, 
c'était l'opinion des Égyptiens," Cette ancienne nation préten- 



IM LIVRE II. — LA VIE. 

sée se manifeste par renchainement des mouve- 
ments, qui, développés d'abord dans une sub- 
stance dépourvue de raison, finissent par se repro- 
duire artificiellement et non spontanément et 
aveuglément. 

Les mouvements des atomes sans doute ont liea 
au hasard et sans l'avis de la raison ; et pourtant, 
lors de Porigine du monde, il est arrivé que des 
animaux, en quelque sorte prototypes de toute une 
race, existaient. Une fois ces animaux formés àes 
atomes qui ça et là couraient, opérant des mouve- 
ments, se rapprochant, s*éloignant, se joignant, 
s'excluant, les uns seulement venaient s'adapter, 
se combiner aux atomes de Tanimal prototype : 
c'étaient les atomes de même nature que les siens ; 
les autres, au contraire, étaient repoussés ; c'é- 
taient ceux qui ne ressemblaient en rien aux atomes 
constitutifs de TanimaK Tout est donc expliqué, 
excepté pourtant comment, dans l'origine du 



dait être la première du monde et croyait le prouver par ces rats 
et ces grenouilles qu'on voit, disait-on, sortir de la terre dans la 
Thébaïde, lorsque le Nil s'est retiré, et qui ne paraissent d'abord 
qu'à demi organisés. Ovide décrit ainsi ce phénomène : c Ainsi, 
lorsque le Nil aux sept bouches a quitté les champs qu'il fertilise 
en les inondant, et resserré ses flots dans ses anciens rivages, 
le limon qu'il a déposé, desséché par les feux de l'astre du 
jour, produit de nombreux animaux que le laboureur trouve ' 
dans ses sillons; ce sont des êtres imparfaits qui commencent 
d'éclore, dont là plupart sont privés de plusieurs organes de la 
vie, et souvent, dans le môme corps , une partie est animée, et 
l'autre est encore une terre grossière. » C'est ainsi, disait-elle, 
que les premiers hommes sont sortis du même terrain. L'opinion 
relatée plus bas (Liv. IV) que le genre humain vient des poissons, 
est une des plus anciennes hypothèses. Plutarque etËusèbe nous 
ont transmis à ce rjget l'opinion d'Anaximandre. 



■>.^ 



ÉPIGURE AU m- SIÈCLE. 165 

monde, furent produits les animaux prototypes. 
C'est ce qu'Ëpicure n'explique pas, ou du moins 
n'explique pas par des raisons particulières. 

C'est sous les auspices de cette philosophie 
qu'osent se placer MM. les matérialistes du dix- 
neuvième siècle*. A la faveur du langage captieux 
de Lucrèce, et de la doctrine à la fois indolente 
et stoique d'Épicure, ce mode facile de création 
compta toujours un grand nombre de partisans. 
Mais malgré son aspect, il n'est rien moins que 
scientifique. Voyez-vous un matin une bande de 
volatiles s'élever d'une bulle de terre glaise qui 
crève ! le baron de Mùnchausen pose sa main sur 
une motte de terre au beau milieu d'un champ 
labouré, et voici que toute une couvée de merles 
blancs, accompagnée d'une suite de gibier de toute 
espèce, se met à filer le long du sillon . Jusqu'ici il n'y 
a qu'un seul homme qui ait été témoin de la nais- 
sance d'un de nos frères de cette façon : c'est Cy- 
rano de Bergerac, dans son voyage au Soleil, ac- 
compli comme on sait, le 30 février de Tan 1649, 
au moment d'arriver sur l'astre du jour et en s'ar- 
rètant.pour prendre haleine sur Tune des petites 
terres qui gravitent alentour*. 



* V. en particulier la Libre Pensée^ et son poème de Natura 
rerum, dans lequel le Soleil fait jaillir nos ancêtres du limon nour- 
ricier. 

' Cette aventure est digne d'être offerte à nos adversaires. Cyrano 
rencontre un petit homme qui lui tient à peu près ce langage : 
t Regardez bien la terre où nous marchons 1 Elle était, il n'y a 
guère, une masse indigeste et brouillée, un chaos de matière con* 
fuse, une crasse noire et gluante, dont le soleil s'était purgé. Or, 
après que, par la vigueur des rayons qu^il dardait contrci U a eu 



m UVRI 11. — U TIE. 

Remarquons néanmoins que le matérialisme de 
Lucrèce n'est pas aussi grossier qu'on l'interprète. 
L'âme du poète divinise les forces de la nature. 

lolbach, au contraire, n'a pas d'âme, méconoait 

Force, et ne voit que la matière. 

Des êtres vivants peuvent-ils naître spontaoê- 

é, pressé et rendu compacteB ces nomlireui nuages d'atomca; 
es, dis-je, que psr une longue et puissante coction, U i eu 
tré dans cette boule les corps les plue contraires et réuni la 
; semblables, cette ma^se, outrée de ctialeur, a tellement eaé, 
:11e a fait un déluge quil's couterte plus de quarante jours. 
De ces torrents d'humeur assemblés, il s'est formé la mer, 
témoigne encore psr son set que ce doit Être ud amas de 
UT, toute sueur étant salée. Ensuite, de la retraite des eaai, 
3t demeuré sur la terre une bourbe grasse et féconde où, 
nd le soleil eut rayonné, il s'éleva comme une ampoule, qui 
put, à cause du froid, pousser son germe debors. Elle reçut 
c une autre coction, qui, la perFectionnant par uu mélange plus 
A, rendit le germe qui n'était en puissanceque de ïégéler. 
oleil la recuisit encore uneTois; et, après une traisîËmediges- 
, cette matrice étant si fortement écbauffée, que le froid 
(portait plus d'obstacle à son accouchement, elle s'oun-il et 
LDta un homme, lequel a retenu dans le foie, qui est le siège 
.'Sme Tégétatiïe et l'endroit de la première coction, la puis- 
se de croître ; dans le cœur, qui est le siège de l'actitité et la 
e de la seconde cociion, la puissance vitale ; et dans le cerreau, 
est le siège de l'intellectuelle et le lieu de la troisième coction, 
luissance de raisonner. » 
scbera son récit de cette sorte, continue Cyrano, mais, après 
conférence encore plus particulière de secrets fort cachés 
1 me réïéla, dont je veux taire une partie et dont l'aulre m'est 
ippée de la mémoire, il me dit qu'il n'y avait pas encore trois 
aines qu'une motte de terre engrossée par le soleil avait accoucbé 
ui. 1 Regardei bien cette tumeur 1» Alors il me fit remarquer, 
de la bourbe, je ne sais quoi d'enflé comme une paupière : 
est, dit-il, un aposthume, eu, pour mieux parler, une matrice 
recèle depuis neuf mois l'embryon d'un de mes frères. J'attends 
i dessein de lui servir de sage-femme. • 
aurait continué, s'il n'eût aperçu à l'entour de ce gazon â'$r- 
le terrain qui palpitait. Cela lut fit juger, avec la grosseur du 
}n, que la terre ëtiit en travail et que cette secousse él 
l'etfwt des tnnchéa de l'ac ' 



DSS SfiHËRÀTIORS ËQUITOQDES. • 167 

ment des éléments chimiques, de l'hydrogène, du 
carbone, de Tammoniaque, de la boue, de la fange, 
de la pourriture? On l'a cru pendant longtemps, 
etaujourd'hui encore une école positive s'applique 
à démontrer expérimentalement la vérité de cette 
hypothèse. Ëcoutons quelques-uns des anciens et 
des modernes. Puisons au hasard. — Si l'on com- 
prime une chemise sale (sic) dans l'orifice d'un 
Tsse contenant des graines de froment, dit Van 
Hehnont, le froment se transformera en souris 
advites après 21 jours environ. — Creusex un trou 
dans une brique, dit le même docteur, mettez-y 
de l'herbe de basilic pilée, appliquez une seconde 
brique sur la première, de façon que le trou soit 
parfaitement couvert; exposez tes deux briques 
au soleil, et, au bout de quelques jours, l'odeur 
de basilic, agissant comme ferment, changera 
l'herbe en véritables scorpions. Le même alchi- 
miste prétendait que l'eau de fontaine la plus pure, 
mise dans un vase imprégné de l'odeur d'un fer- 
ment, se moisit et engendre des vers. — Don- 
nez-moi de la farine et du jus de mouton, disait 
Needham, dans ses Nouvelles découvertes microseo- 
pi^aM, et je vous rendrai des anguilles. — Voltaire 
lui répondait en souriant qu'il espérait bien qu'on 
ferait un jour des hommes de cette façon-là, — 
Sachs enseigne que les scorpions sont le produit de 
la décomposition de la langouste. — Dans la ma- 
tière des corps morts et décomposés, disait Buffon 
lui-même, les molécules organiques, toujours acti- 
ves, travaillent à remuer la matière putrifiëe,etfor' 



les UTRE II. — LA vœ. 

ment une multitude de petits corps organisés dont 
uns, comme les vers de terre, les champi- 
ons, etc., sontassez grands. TouscescoqisD'exis- 
it qne par la génération spontanée. Aujourd'hui, 
Ipcteur Cohn, de Breslau, prétend que la mort de 
mouche commune en automne est causée par la 
mation soudaine de champignons dans le corps 
cet insecte. Il y a sans doute ici, comme en beaa- 
ip de choses, une limite à cette faculté des élè- 
nts organisés, et nous serions plus disposés à 
netlre la formation de champignons microsco- 
ues sur l'organe atrophié d'une mouche, aussi 
n que des fucus dans le poumon d'une poitrine 
lade ou des moisissures sur un tronc de bois, 
i de croire, avec les bonnes vieilles qui fillaient 
ihanvre pendant les veillées d'automne de notre 
raière enfance, qu'un crin arraché avec sa ra- 
e à la queue d*un cheval blanc, et placé dans un 
sseau, se transforme au bout de trois jours en 
i petite anguille blanche. Ce dernier fait est 
irtant bien arrêté dans certaines campagnes de 
t de la France. Nous nous souvenons d'en avoir 
ayé l'expérience sous le régne de Louis-Phi- 
le ; mais comme nous n'étions alors âgé que de 
ans, noire ignorance candide ne s'est sans doute 
placée dans les conditions requises pour 
ssir, 

'our n'avoir pas poussé jusqu'à leur terme ses 
ervations entomologiques, Âristote garda Ter- 
r que « les insectes se forment sup les feuilles 
tes, de même que les poux viennent de la 



«B OtO. 109 

chair et les poissons du limon des eaux. » Il est 
fort curieux de voir jusqu'à quel point Pline, tra- 
duisant Aristote, pousse la description de cette 
naissance imaginaire. « La chenille, dit-il, sort 
d'une goutte de rosée qui se dépose aux premiers 
jours du printemps, et qui, condensée par le soleil, 
se réduit à la grosseur d'un grain de millet. Ainsi 
élaborée, la goutte de rosée devient en s'allongeant 
un tout petit ver {ros porrigitur vermictdus parvus) 
qui en trois jours devient chenille. » Hais rien ne 
surpasse encore la discussion de Plutarque dans 
les Spnposiaques ou Propos de table'y pour résou- 
dre Tantique question posée par Py thagore : «Lequel 
de la pouje ou de Tœuf a été formé le premier ? » 
Cette discussion donne une idée des opinions sou- 
levées dans l'antiquité, et que l'on vient de ra- 
jeunir, sans toutefois entièrement — réparer des 
ans Virréparable outrage. 

Plutarque nous raconte donc qu'aussitôt qu'il 
eût posé la question, son ami Sylla lui fit obser- 
ver que, par cette question toute simple, comme 
avec un levier, ils allaient remuer la vaste et pe- 
sante machine de la formation du monde, et il 
refusa d'y prendre part. 

Alexandre en ayant plaisanté comme d'une ques- 
tion purement oiseuse, Firmus, son parent, prit 
la parole : a Prétez-moi donc, dit-il à Alexandre, 
vos atomes d'Épicure; car s'il faut supposer que 
de petits éléments sont les principes des grands 
corps, il est vraisemblable que l'œuf a précédé la 
poule, puisque, autant qu'on peut en juger par les 

10 



170 LITRE II. — LA VIB. 

sens, il est plus simple, et la poule plus coçiposëe. 
En général, le principe est antérieur à ce qui en 
procède. On dit que les veines et les artères 
sont les parties qui se forment les premières 
dans un animal. Il est vraisemblable aussi que 
Tœuf a existé avant Tanimal, comme le con- 
tenant précède le contenu. Les arts commen- 
cent leurs ouvrages par des ébauches grossières et 
informes ; ensuite ils donnent à chaque partie la 
forme qui leur convient. Le statuaire Polyctète 
disait que rien n'était plus difficile dans son art 
que de donner A un ouvrage sa dernière perfec- 
tion. Il y a lieu de croire aussi que la nature, 
lorsqu'elle imprima le premier mouvement à 
la matière, Tayant trouvée moins docile, ne pro- 
duisit que des masses informes, sans figure dé* 
terminée, comme sont les œufs, et que l'animal 
n'exista qu'après que ses premières ébauches fu- 
rent perfectionnées. La chenille est formée la 
première : quand ensuite la sécheresse Ta durcie, 
sa coque s'ouvre, et il en sort un animal ailé 
qu'oii appelle nymphe. De même ici l'œuf existe 
le premier, comme la matière de toute production ; 
car, dans tout changement, l'être qui passe à un 
autre état est nécessairement antérieur à celui 
dont il prend la forme. Voyez comment les teignes 
et les artisons s'engendrent dans les arbres et 
dans les bois : ils y sont produits par la putréfac- 
tion ou la coction des parties humides, et per- 
sonne ne niera que cette humidité ne soit anté- 
rieure aux animaux qu'elle produit, et que natu- 



SI L'ŒOF A PRÊCtoË U POULE. 111 

rellement ce qui engendre n'existe avant ce qui 
est engendré. » 

La priorité de l'œuf sur la poule paraissait bien 
ëlablie par cet eicellent bavardage, lorsqu'un in- 
lerloculeur, Sénécion, se mit à soutenir l'opinion 
contraire. « Il est natnrel, dit-il, que ce qui est 
parfait soit antérieur à ce qui ne Test pas, l'entier 
à Ëë qui est défectueux, et le tout à sa partie. U est 
contre toute raison de supposer que l'existence 
d'une partie précède celle de son tout. Ainsi on ne 
dit jamais, l'homme du germe, la potde de l'œaf; 
mais l'oatfde lapouîe, le germe de l'homme, parce 
que ceux-là sont postérieurs aux autres, qu'ils en 
tirent leur naissance, et qu'ensuite ils payent leur 
dette k la oature par la génération. Jusqu'alors 
ils n'ont point ce qui convient à leur natnre, qui 
leur donne un désir et une inclination de produire 
un être semblable à celui qui leur a donné l'exis- 
tence. Aussi défînit-on le germe : une production 
qui tend k se reproduire. Or, rien ne désire ce 
qui n'est pas ou qui n'a jamais été, et l'on voit 
d'ailleurs que les œufs ont une substance dont la 
nature et la composition sont presque les mêmes 
que celles de l'animal, et qu'il ne leur man- 
que que les mêmes vaisseaux et les mêmes or- 
ganes. 

« De là vient qu'il n'est dit nulle part que jamais 
aucun œuf ait été engendré de la terre. Les poètes 
eux-mêmes feignent que celui d'où naquit les 
Tyndarides était descendu du del. Mieux encore 
aujourd'hui la terre produit des animaux parfoits, 



178 UTRE n. — LA YIK 

comme des rats en Egypte, et en bien d'autres 
endroits des serpentSj des grenouilles et des dga- 
les. Un principe extérieur la rend propre à cette 
production. En Sicile, pendant la guerre des escla- 
ves, qui fit verser tant de sang, la grande quantité 
de cadavres qui restèrent sans sépulture, et qui 
pourrirent sur la terre, produisit un nombre pro- 
digieux de sauterelles qui, s'étant répandues dans 
rile, en dévorèrent tous les blés. Ces animaox 
naissent de la terre et ils s'en nourrissent. L'abon- 
dance de la nourriture leur donne la faculté de 
produire ; et l'attrait du plaisir les invitant à s'ao 
coupler et à s'unir, ils produisent, selon leur 
nature, les uns des œufs, les autres des animaux 
vivants. Cela prouve clairement que les animaux, 
nés d'abord de la terre, ont eu depuis, dans 
leur accouplement, une autre voie de généra- 
tion. 

a Ainsi, demander comment il pouvait y avoir des 
poules avant que les œufs fussent formés, c'est 
demander comment les hommes et les femmes 
ont pu exister avant les organes destinés h les re- 
produire.lls sont les résultats de.certaines coctions 
qui changent la nature des aliments; et il est im- 
possible qu'avant que Tanimal soit né il y ait rien 
en lui qui puisse avoir une surabondance de nour- 
riture. J'ajoute que le germe est, à certains égards, 
un principe ; au lieu que l'œuf n'a point cette 
propriété, puisqu'il n'existé pas le premier. 11 
n'est pas non plus un tout, car il n'a pas toute sa 
perfection. Voilà pourquoi nous ne disons pas que 



IDÉES AnCIEDHES SUR L'APPARITION DES ÊTRES. 173 
t'animai ait existé sans principe, mais qu'il a un 
principe de sa production, qui fait subir h la ma- 
tière sa première transformation et lui commiî- 
nique une faculté généralive; au lieu que l'œuf 
est une superfétation qui, comme le lait et le 
sang, survient à l'animal après qu'il a fait la 
coction de ses aliments. On n'a jamais vu l'œuf 
produit du limon de la terre; il ne se forme que 
dans l'animal. Mais il naît dans le timon un nom- 
bre infini d'animaux. Sans en citer d'autres exem- 
ples, parmi cette multitude d'anguilles qu'on prend 
tous les jours, on n'en voit aucune qui ait un 
germe ou un œuf. Hais on a beau épuiser l'eau 
et Ater tout le limon d'un étang, s'il y revient de 
l'eau, il s'y engendre de nouveau des anguilles. 
Il faut donc nécessairement que ce qui a besoin 
d'un autre pour exister lui soit postérieur, et au 
contraire, que ce qui existe sans le secours d'un 
autre ait une priorité de génération; car c'est 
celle-là dont il s'agit. Ainsi l'on peut croire que la 
première production vient de la Terre, et qu'elle 
a été la suite de la propriété qu'elle a de produire 
par elle-même, sans avoir eu besoin des organes 
et des vaisseau! que la nature a depuis imaginés 
pour suppléer à la faiblesse des êtres généra- 
teurs. J* 

Ces raisonnements qui nous étonnent au- 
jourd'hui ne sont pas particuliers à Plutarque. 
Tous les auteurs de l'antiquité s'accordent sur ce 
point, et il n'est pas rare d'en rencontrer qui 
poussent la bardiesse jusqu'à représenter Minerve 



17t LIVRE II. - U TIB. 

irappant du pied poor faire sortir du sol des cou- 
de chevaux et de troupeaux. Le rëdt que 
i fait Virgile dans les Géorgiqties sur Aristée 
l pas une fantaisie de poète, mais l'expression 
1 croyance générale que les abeilles naissaient 
chair en putréfaction. Le berger Aristée avait 
u ses chères abeilles, il invoque sa divine 
i, il apprend à reformer de nouvelles ruches 
umolant de jeunes taureaux : 

Hic vero (subitum ac didn mirabile monstmm) 
Jbpidunt liqueiacta boum per liscera toto 
Stridere apes utero', etc. 

itte antique querelle des générations équivo- 
. fut récemment résumée par M. Milne-Ed- 
Is, sous son aspect le plus intéressant. Après 
r montré que dans le régne minéral les corps 
arment ^ar une simple adhérence de molé- 
> : « Chacun sait, ajoute-t-il ', que lorsqu'il s'agit 



lie dit : le berger dans ses nambreui troupeaux 

a dioisir ï l'instant quatre jeunes taurcaui; 

nmole un nombre égal de génisses superbes 

ui des prés émaillés foulaient en ^aii les herbes. 

our la première fois quand l'aurore parut, 

n malheureui Orphée il offrit son tribut, 

t rentra plein d'espoir dans laforél proronde, 

I prodige! le sang, par sa chaleur féconde, 

an» le flanc des taureaui forme un nombreux essaim ; 

es peuples bourdonnantsts'écb appétit de leur sein, 

Bmme un nuage épais dans les airs se répandent 

t sur l'arbre Toisin en grappes se suspendent. 

s. V. hfUvuedetCauntelen- 



LES GENERATIONS 8P0!iTiNEES. . 175 

de la formation d'un chêne, d'un cheval, la ma- 
tière qui constitue ce chêne , ce cheval, serait 
impuissante à constituer cet animal, ce végétal, si 
elle n'était mise en œuvre par un corps déjà vivant, 
un animal de l'espèce de celui qui prend naissance, 
ou un végétal de même nature. Ainsi, chez le chêne, 
comme chez le cheval, cette propriété particulière 
que Ton appelle la vie se transmet évidemment ; 
Tètre nouveau est engendré par un parent qui 
produit un être semblable à lui ; il y a donc une 
sorte de succession, de transmission de la force 
vitale non interrompue entre les individus qui 
forment dans l'espace des temps une chaîne dont 
chaque espèce se compose. Voilà donc une diffé- 
rence fondamentale, essentielle, entre les corps 
bruts et les corps vivants : ce que l'on vient de 
dire du chêne et du cheval est applicable à 
tous les végétaux et à tous lés animaux que nous 
avons d'ordinaire sous les yeux. Cependant, dans 
diverses circonstances, cette espèce de filiation 
n'est pas aussi facile à constater ; elle a échappé 
à des observations peu attentives, quelquefois 
même elle n'a pas .été saisie par les observateurs 
les plus habiles. Ainsi, quand le cadavre d'un 
animal quelconque est abandonné à l'action de 
Tair, à Thumidité, avec une température conve- 
nable, en été par exemple, ce cadavre éprouve 
une modification particulière appelée putréfaction ; 
on voit alors se manifester dans la profondeur de 
celte substance des corps vermiformes, jouissant 
de toutes les propriétés particulières aux êtres 






f 7» LIVRE n. — LA VIE. 

animés ; ce sont des animaux. Des millions 
d'êtres vivants naissent dans ce cadavre, tan- 
dis que pendant la vie le corps de Tanimal 
ainsi exposé à la putréfaction n'offrait rien d'ana- 
logue. La filiation génératrice semble donc être 
interrompue au moins au premier abord. Il n'est 
pas rare de voir dans les campagnes des flaques 
d'eau formées par les pluies se couvrir assez 
promptement d'insectes, de certains crustacés; 
souvent on voit également au voisinage des lieux 
humides la terre se peupler de ' petits reptiles. 
Dans la plupart de ces cas, il est difficile, au pre- 
mier abord, d'expliquer par la. voie de la géné- 
ration normale Tapparition de ces êtres nou- 
veaux. Ces difficultés ont paru si considérables 
aux naturalistes de Tantiquité, qu'ils ont cru né- 
cessaire d'avoir recours à une hypothèse partitu- 
lière pour expliquer l'origine de ces animaux. 
Ils ont cru devoir admettre que la nature ne suit 
pas la même marche quand il s'agit de la constitution 
des animaux supérieurs et quand il s'agit de la for- 
mation des petites espèces, telles que les insecies, 
les souris, les rats, et même certains poissons. Le 
rôle de la génération spontanée était considéré 
comme immense chez les philosophes de l'anti- 
quité. Les naturalistes et les philosophes du moyen 
âge suivirent aveuglément les opinions de leurs 
prédécesseurs, et il en résulta que pendant qua- 
torze siècles, cette opinion régna sans conteste 
dans les écoles. On admettait comme chose bien 
prouvée que les animaux naissaient de deux façons : 



LES GÊRtiRATIONS SPOHTAnËES. - 111 

fanlAt à la manière des corps bruts, tantôt par I- 
IransmissioD de la puissance vitale, qu'on sai 
exister chez les animaux qui s'engendrent succès 
sivement, qui doivent à des parents leur existence 
leur forme, leur type. Mais à l'époque de la Renais 
sance, un grand mouvement se fit dans les esprits 
Au dix-septième siècle, il se forma, à Florence 
une société de physiciens, de naturalistes, de mé 
decins, ayant pour but la solution des question 
examinées par voie d'eipèrimentation ; cette so 
ciêlé choisit le nom significatif d'Académie del et 
mente (dereipérience). Un des membres de celt 
société, Redi, voulut soumettreà des investigation 
positives cette théorie si généralement admise d 
la génération spontanée. Il voulut savoir si le 
Êtres nouveaux avaient pris naissance sans le con 
cours de parents, sans avoir été engendrés par de 
coi-ps vivants, ou s'ils étaient formés par l'organisa 
tion spontanée de la matière morte, et voir si ï'hypo 
thèse des anciens était l'expression de la vérité; i 
fit des expériences sur la production de ces corp 
vermiformes, que l'on appelle vulgairement de 
(ulicots, qui n'appartiennent en aucune manière : 
la classe des vers, mais sont des larves d'insec 
tes. Chacun sait que dans les matières animale 
en putréfaction, ces larves se montrent promp 
tement si la température est un peu élevée 
c'est ce qu'observa le naturaliste florentin, 1 
remarqua que certaines mouches étaient appe 
lÉes de loin par l'odeur de la chair corrompue 
voltigeaient autour, s'y posant fréquemment, e 



118 LIVRE 11. — LA TIE. 

cependant ne semblant pas se repaître de cette ma- 
tière ; il pensa que les vers, que l'on supposai! 
avoirëté formés spontanément par la matière seule, 
pourraient bien être la progéniture des mouches 
en question ; il remarqua en outre que ces préten- 
dus vers, en se développant, cessaient d'avoir cette 
Tnrme, et devenaient mouches. Ce sont donc en 
té de jeunes mouches. Celte vérité ne pouvait 
re à l'esprit de ce naturaliste. Il fit des expé- 
^ pour résoudre la question en ce qui concerne 
;ine de ces vers. Il prit de la chair et la plaça 
différents vases : les uns avaientl'accès libre; 
utres furent recouverts d'une feuille de papier 
Se de trous assez fins pour ne pas permettre aux 
cbes d'entrer, mais suftisants pour donna" accès 
r ; il vitdes mouches arriver sur le papier et 
cher h faire entrer leur abdômen'par les trous ; 
le vase recouvert, il n'y eut pas un seul corps 
liforme. Dans une autre expérience, il mit 
;ment un couvercle de toile qui pouvait, cette 
par quelques trous, permettre à la mouche 
réduire seulement son abdomen; Redi vit 
la chair corrompue un certain nombre 
ifs. » 

1 présence d'êtres vivants, soit dans l'intérieur 
»rps, soit dans le sein d'un fruit, soit dans les 
ies les moins accessibles du cadavre d'un ani- 
fut également attribuée à la génération spon- 
e. On supposait que, dans les intestins, des 
ères organiques en putréfaction donnaient 
sance à des vers. Les observations de Valliscieri 



LES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES. 179 

et de plusieurs autres physiologistes de cette époque 
sur les fruits et les galles, firent justice de cette 
croyance. On reconnut que tous ces parasites n'é- 
taient autre chose que le résultat de dépôt d'œufs 
pondus par des insectes. 

n en fut de même des infusoires, des animal- 
cules qui semblent formés par des principes 
en dissolution dans Teau. Leuwenhoeck examina 
un jour au microscope de Peau de pluie, tombée 
sur sa fenêtre et restée au contact de Tair 
pendant longtemps : cette eau lui parut d'abord > 
pure; au bout de quelques jours, il l'examina de 
nouveau, et aperçut un nombre incalculable de 
petits êtres, d'une ténuité extrême, se mouvant avec 
vivacité, et offrant tous les caractères de véritables 
animaux. Cette découverte eut un grand retentis- 
sement et fut confirmée par d'autres observateurs. 
Leuwenhoeck constata que toutes les fois que Ton 
expose à Tair de Teau contenant du foin, du papier, 
des matières organiques, il nait une multitude de 
petits êtres dont l'animalité est bien caractérisée. 
Pour expliquer cette population nouvelle il fallait 
donc ou supposer que ces animalcules, provenant 
d'animauxprécédents, sont charriés par Fair atmo* 
sphérique et déposés à Tétat de germe, ou bien 
admettre l'hypothèse des anciens, c'est-à-dire la 
génération spontanée. La première théorie parut 
généralement se révéler aux observations les plus 
rigoureuses et les plus complètes. 

Depuis cette époque, pendant le siècle dernier 
et dans le cours du nôtre^ le sujet des générations 



480 UVRE II. — LA ¥I£. 

spontanées fut plusieurs fois repris et suspendu : 
— repris, & la suite de nouvelles découvertes du 
microscope; — suspendu, lorsque Tobservation 
arrivait à démontrer l'origine animale ou végétale 
des germes éclos. De nos jours, la même question 
vient d'être passionnément traitée par divers ob- 
servateurs expérimentés, à la tête desquels nous 
citerons MM. Pouchet et Pasteur : le premier pour, 
le second contre. Elle est actuellement de nomeau 
suspendue pour une raison qui paraîtra sans doute 
enfantine à nos descendants ; c'est que les deux 
camps ne parviennent pas à s^entendre, attendu 
qu'ils se reprochent avec une égale légitimité 
l'un et l'autre de combattre désormais dans le 
vide. 

Les expériences qui viennent d'être réalisées en 
ces dernières années et qui ont reculé la question 
sans la résoudre, peuvent être comparées aux pré- 
cédentes, tant pour la forme que pour les résultats 
obtenus. Sommairement, voici l'une de ces expé- 
riences. « Introduisons dans un tube de verre à pa- 
rois très-minces et très-plates, dit l'un des hétérogé- 
nistes, M. Joly, un peu d'eau, un peu d'air et 
quelques fragments de tissu cellulaire végétal. Fer- 
mons à la lampe le bout du tube et observons ce 
qui va se passer. Nous verrons se former d'abord 
un amas de fmes granulations provenant, sans nul 
doute, du tissu végétal qui déjà se désorganise. 
Peu à peu, sur les bords irréguliers de cet amas 
granuleux, se détacheront de petites excroissances 
d'une transparence parfaite, mais encore immo- 



^'^^^rnsm^^-'"^' 



LES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES. 181 

biles. C'est le bacterium terma en voie de formation. 
Attendons trois ou quatre heures encore et les ani- 
malcules, devenus libres, s'agiteront sous nos yeux 
comme s'ils s'essayaient à l'existence ; puis ils s'é- 
lanceront avec la rapidité d'un trait au sein du 
liquide ; d'autres viendront se joindre à eux, et 
bientôt le nombre en sera si considérable que vous 
ne pourrez plus les compter. Âpres seize heures 
d'observation continue, vos yeux vous refuseront 
sans doute d'obéir : vous sertjz brisé de fatigue, 
comme l'était Mantegazza; mais, comme lui, vous 
serez ravi d'avoir surpris la vie à son*berceau.» 

D'où viennent ces êtres vivants, formés de toute 
pièce sur cette matière organique, sans parents 
antérieurs ? Les adversaires répondent que l'air est 
peuplé de myriades de germes microscopiques en 
suspension, et que ces êtres viennent de ces germes. 
Sans le démontrer, ils vont chercher de l'air au 
sommet du Montanvert, font bouillir les substances 
organiques, et il parait que ladite génération spon- 
tanée ne se produit plus. 

C'est en ces termes que se résume le débat. 
Pour nous, sans parti pris ni pour ni contre cette 
doctrine, nous pensons qu'il est un fait auquel on 
n'a pas assez songé, auquel on n'a peut-être pas 
songé du tout, efqui nous paraît digne* de recevoir 
un rôle dans cette pièce à microscopique spectacle. 

La vie est universellement répandue dans la na- 
ture; la Terre est une coupe trop étroite pour la 
contenir, elle en déborde de toutes parts, et non 
coalentc de peupler les eaux et la terre inorgani- 



tS3 LIVRE 11. — U VIE. 

que, elle s'entasse encore sur elle-même, vit à ses 
propres dépens, couvre de parasites les animaux d 
'es plantes, déploie d'invisibles forôts sur le dos 
l'un éléphant, ou mène des troupeaux inconnus 
lâturer sur une feuille d'arbre. Or cette vie muU 
iple, insaisissable, innombrable, peuple d'animat- 
ules chaque espèce d'êtres, chaque espèce de 
ubstaaces. Lors donc que nous voyons des miles 
;rossir dans l'intérieur d'un fromage, des vers 
urgir d'un cadavre, des infusoires apparaître dans 
m liquide, ne sont-ce pas là des animalcules qui 
xistaientdèjà'en germe ou sousuneformeinférieure 
ans le lait, dans l'animal vivant, dans le liquide, et 
;ui subissent une métamorphose sous l'influencedes 
onditions dans lesquelles ils se trouvent aclueJle- 
lent placés? Savons-nous combien d'espèces d'a- 
limaux et de végétaux vivent dans notre corpsî 
.'œuf du ténia est semé avec profusion ; dans 
es tissus du porc et du mouton, il est humble 
jslicerque, et ce n'est que dans l'intestin qu'il 
ommence à déployer ses innombrables anaeeuxi 
eux hôtelleries se partagent son existence : l'ani- 
lal et l'homme. Nous L'aspirons en même temps 
u'une côtelette de porc frais ou une tranche de 
igot, et désormais il habitera notre demeure sans 
lus de souci- qu'un premier locataire. La mouche 
e la graine du chou cl celle de la farine descendent 
ans notre estomac avec leur résidence. La majo- 
ité de nos intimes sont inoffensifs i quelques-uns 
int perûdesetcausentlamortde leur bienfaiteur, 
ui n'asuivile récent débat sur les trichines? Depuis 



DIFFUSION DE U VIE MICROSCOPIQUE. 183 

l'invention du microscope, combien n'a-t-on pas 
trouvé de para sites — dans notre sang, — dans notre 
chair, — dans noire poitrine, — sur nos dents, — 
dans l'oreille, — fbus le globe de l'œil, — sous les 
papilles nerveuses du nez? Nous nourrissons descar- 
nassiers et des herbivores ; nous avons des poissons 
d'eau douce qui circulent dans nos veines et des 
poissons d'eau salée qui nagent dansFocéan des ar- 
tères. Une espèce de fucus végète dans les poumons 
des phthisiques. Les enduits de la langue dans 
Pétat de fièvre sont composés d*une multitude d'in- 
fusoires. Un médecin célèbre de nos amis a sou- 
ventobservé des éruptions soudaines de milliers de 
poux chez les malades- atteints de fièvre typhoïde 
(l'extraordinaire faculté génératrice de ces aptères 
suffirait peut-être à expliquer cette multiplication). 
Des coléoptères n'attendent pas^notre mort pour 
s'échapper de leur monde habituel. D'impercep- 
tibles insectes pénètrent dans les poumons et s'y 
reproduisent de génération en génération. On 
a trouvé dans l'œsophage des bœufs des familles 
entières de sangsues avalées sans doute à l'état 
microscopique et qui y avaient élu domicile. L'es- 
tomac du cheval est l'insalubre atmosphère de la vie 
des œstres. Combien d'espèces vivent dans les corps 
animés, sans que ceux-ci s'en aperçoivent, en de- 
hors du monde des parasites extérieurs, de la 
puce, du pou, de la punaise^ de l'acarus, du 
sarcopte, etc. ? Un philosophe a dit que toutes 
les parties d'un être vivant sont personnellement 
vivantes, et ce n'est plus aujourd'hui une har- 



lU LmtE U. — U TIB. 

diesse trop téméraire de voir dans les animaui 
irieurs un édifice cellulaire habité par une 
litude indéchifîrable d'animaux élémentaires, 
s'il en est ainsi, tout est vivant dans la nature, 
-seulement l'air, mais tes eaux, les corpuscules 
ants, les éléments oi^aniques et inoi^niques 
peuplés d'une vie invisible, d'espèces subis- 
les trois phases communes au monde des in- 
ss, et se révélant sous l'une ou l'autre de ces 
imorphoses, suivant les conditions de tempè- 
re, de chaleur et d'humidité qui les enlourcnl. 
isagées sous cet aspect, les générations sponla- 
i ne porteraient pas leur véritable nom ; elles 
tiient seulement nous représenter un asped de 
ie universelle qui s'agite sur chaque atome de 
ière. — Et cette manière d'envisager la ques- 
est d'autant mieux fondée que chaque espèce 
irait constamment sur la substance particu- 
! qui semble lui appartenir. L'infusoiredu foin 
} rencontre pas dans le son bouilli, et le ferment 
'in n'est pas le même que celui du froment, 
uoi qu'il en soit, le mystère dérobé sous l'appa- 
« de la génération spontanée est loin d'être 
irci. Un jour sans doute, et prochainement, on 
endra le débat au point où Lachésis vient dé 
ore. Mais au surplus, et dans l'état où demeure 
; question, lesujetdela création de la vie garde 
antique indépendance et n'eSt atteint par les 
es ni de l'HAtérogénie ni de la Panspermie. 
i lutte cessa par manque de moyens. 11 est ac- 
lement impossible de savoir si l'air le plus subtil 



'♦4 



U THÉOLOGIE NATURELLE N'EST PAS EN aUSE. 185 

recueilli au sommet des montagnes neigeuses, ne 
renferme pas de germes. II est également impos- 
sible de savoir si ces germes ne résistent pas à une 
chaleur de plus de cent degrés. Il nous a semblé 
parfois que les expérimentateurs craignaient de ne 
pas réussir (crainte bien naturelle, du reste), et 
n'agissaient pas avec autant de rigueur que s'ils 
eussent été étrangers ou adversaires. Dans tous 
les cas, le problème est de nouveau irrésolu. Ce 
qui nous a frappé le plus vivement dans cette lutte, 
c'est de remarquer un parti pris dans les deux 
camps, surtout dans lun. On voulait absolument 
voir là une question de théologie naturelle, tandis 
que cette théologie n'est pas même intéressée au 
résultat des expériences. Voilà une déclaration qui 
surprendra sans doute quelques lecteurs. Cepen- 
dant en allant au fond du sujet, on peut se rendre 
compte que le reproche d'athéisme jeté à la face 
de ceux qui soutiennent la génération spontanée, 
n'est pas mérité par ceux qui, à l'exemple de 
M. Pouchet, n'interprètent pas théologiquement 
ces expérieni^ps ; et que ceux qui les interprètent 
théologiquement sont dans Terreur la plus vaine 
lorsqu'ils en concluent contre Pexistence de Dieu *. 
Croire que des êtres vivants, végétaux ou ani- 



* On a eu tort de transposer de la sorte le sijdet de la question. 
V. Pasteur se laissa aUer en pleine Sorbonne aux accusations sui- 
^ntes : « QueUe conquête pour le matérialisme, s'il pouvait pnn 
tester qu'U s'appuie sur le fait avéré de la matière a'organisant 
d'elle-même 1 La matière» qui a en eUe-môme déjà toutes les forces 
connues! Ah 1 si nous pouvions lui ajouter encore cette autre fo^ce 
^ s'appelle la vie, et la vie variable dans ses manifestations avec 



186 LIYRfi n. — LA VIE. 

maux, peuvent naître spontanément de la combi- 
naison de certains éléments, ce n'est pas plus parler 
contre le vrai Dieu, que de croire que les planètes 
sont sorties du soleil ou que la levrette est cousine 
du chien des Pyrénées. L'Être suprême n'est pas 
mêlé à ces interprétations superficielles dont Tépi- 
ilerme sert de champ de carnage aux mites pen- 
santes. Les micrographes ont mutuellement discré- 
dité leur cause en faisant descendre les puissances 
créatrices dans leurs bocaux. Croient-ils donc qu'en 
supposant que la matière inerte puisse devenir 
semi'Organiséej puis organisée^ sou« rinflueuce de 
certaines forces, ils exilent la cause souveraine de 
Tempire de la nature ? Il n'en est rien. Ce à quoi 
aboutissent leurs expériences, à rinsu de la plupart 
d'entre eux, c'est simplement à protester contre 
le Dieu humain, et à élever Tesprit vers une con- 
ception plus pure et plus grandiose du mystérieux 
Créateur. 

Est-ce abaisser la notion de Dieu que de consi- 
dérer lunivers comme le déroulement gigantesque 

les conditions de nos expériences 1 Quoi de plus naturel que de la 
déifier, cette maiière? A quoi bon recourir à l'idée d'une création 
primordiale devant le mystère de laquelle il faut s'incliner? » 
H. Pouchet, alarmé de cette accusation, répliqua judicieusement 
(Toyez le Mouvement scientiflqne en 1861, par MM. Uenault et 
fioillot) : < Revêtir le masque de la religion pour triompher de 
ses adversaires est un fait inouï dans la chaire scientifique; leur 
prêter des opinions qu'on sait qu'ils n'ont pas est indigne. » On a 
dit que c'était par suite d'une illusion théologique de ce genre 
que l'Académie des sciences ne voulait pas de génération sponta- 
née. Il parait, au surplus, qu'il y a une soixantaine d'années un 
quidam demandant àCuvier, chancelier de l'Université, s'il croyait 
à la génération spontanée : — L'Empereur ne veut pas I aurait 
répond 1 l'illustre naturaliste. libertas libertatum! 



U CBtATION. 18T 

li'une ceovre unique, dont les états se manifestent 
sous des formes difTèrentes, dont les puissances se 
traduisent en forces particulières distinctes t La 
substance primitive occupe les espaces sans bornes. 
Le plan de Dieu est que celte substance soit un joi 
condensée en mondes où la vie et rintelligen< 
déploieront leurs splendeurs. La lumière, la ch 
leur, l'électridté, le magnétisme, l'attraction, 
mouvement sous tous ces modes inconnus, tr 
verse cette substance primordiale, comme le vei 
d'Ionie qui faisait, sous le règne de Pan, vibrer 1 
harpes suspendues pendant la nuit. Quel main tie 
l'archet et dirige ce prélude au plus magniSqi 
des chœurs? Ce n'est pas à la pensée humaine 
chercher à la défmir. Préions une oreille altenti 
au lointain concert de la création. 

Au matin de la nature terrestre, les solei 
de l'espace resplendissaient depuis longtem 
dans le ciel, gravitant dans leurs cours ha 
monieui sous la direction de l'universelle 1 
qui les régit encore. Notre Terre s'éveillait à si 
premier jour. Les solitudes des océans primitil 
des tempêtes embrasées, des déchirements forn 
dables des eaux et des nues, virent un jour ui 
paii inconnue descendre au milieu d'elles. D 
rajonsd'or traversèrent les nuages; un ciel bh 
azura l'atmosphère ; un beau lit de pourpre se pr 
para le soir de cette journée pour le soleil. Déjà 
n'étaient plus des jours ni des années que compif 
cette terre ; car d'immenses et insondables périod 
séculaires avaient passé sur son front. Les astr 



a • f — ^»a — - 



188 LIVRE II. ~ L4 VIE. 

sont jeunes lorsque des myriades de générations 
ont succombé. Alors des îles s' élevèrent au-dessus 
des flots et la première verdure jeta sur leur ri\e 
son voile virginal. Longtemps après, des fleurs 
brillantes apparurent sur leurs tiges, et de leurs 
lèvres entr'ouverles s'exhalèrent de doux parfums. 
Plus tard, les verdoyantes profondeurs des forêts 
furent égayées par le chant des oiseaux, et les hôtes 
fabuleux des mers primitives se croisèrent dansVon- 
doyant royaume. Successivement la terre s'ouvrit 
aux ravissements de la vie; animée du souffle immor- 
tel, elle vit la lumière et les ombres des existences 
se succéder sur son front. Supposons un instant 
que la force organique qui se transmet aujour- 
d'hui de générations en générations soit apparue 
comme une résultante naturelle et inévitable des 
conditions fécondes dans lesquelles se trouvait la 
terre quand sonna Tère de la vie ; supposons que 
les premières cellules organiques diversement 
constituées, formant des types primordiaux dis- 
tincts, quoique simples, pauvres, grossiers, soient 
la souche des variétés successives ; supposons enfin 
que toutes les espèces végétales et animales, y com- 
pris le genre humain, soient le résultat de transfor- 
mations lentes opérées sous les conditions progres- 
sives du globe; en quoi cette théorie renverse-t-elle 
la nécessité d'un créateur primitif et d*un organi- 
sateur? Qui a donné ces lois à l'univers? qui a 
organisé cette fécondité ? Qui a imprimé à la na- 
ture une perpétuelle tendance au progrès? Qui 
a donné aux éléments de la matière^ la puissance 



LA CRÉATION. 189 

« 

de produire ou de recevoir la vie? Qui a conçu 
Tarchitecture de ces corps animés, de ces édi* 
fices merveilleux dont tous les organes tendent 
à la même fin? Qui a présidé à la conserva- 
tion des individus et des espèces par la con- 
struction inimitable des tissus, des charpentes, 
des mécanismes, — par le don prévoyant de l'in- 
stinct, — par toutes les facultés dont sont respecti- 
vement doués les êtres vivants, chacun selon le 
rôle qu'il doit jouer sur la scène du monde ? En un 
mot, si la force de vie est une force de même na- 
ture que les forces moléculaires, encore une fois, 
qui en est Fauteur ? Serait-ce parce que l'auteur 
n'aurait pas tout fabriqué de ses propres mains que 
vous nieriez son existence? De bonne foi, pensez- 
vous que, si au lieu d'être obligé d'écrire cet ou- 
vrage mot par mot, lettre par lettre, puis d'envoyer 
ce manuscrit à la Librairie aeadémiquey qui le 
livre à l'un de ses imprimeurs, lequel impri- 
meur le confie à son tour à l'un de ses offi- 
ciers, vulgairement nommé metteur en pages^ 
qui, de son côté, le fait composer par ses sous- 
officiers et soldats, etc.; puisa mon tour d'en 
corriger les épreuves, dont les bons à tirer sont 
typographiquement revus par le prote; préludes 
* après lesquels on fait choix du papier sur lequel 
vous le voyez imprimé, on impose les pages, 
on imprime, on satine, on assemble les feuilles, on 
les ploie, on les broche, on couvre le volume, 
et enfin on le publie. . . croyez-vous, dis-je, que si, 
au lieu de voir passer ce livre par autant d'épreuves 

11. 



I 



190 LIVRE II. — LA TIE. 

et de labeurs, il m'avait suffi, lorsque j'en ai conçu 
le plan, de vouloir que ce plan fût successivement 
rédigé, imprimé et publié, je n'en serais pas moins 
l'auteur, et j'ajouterai même Fauteur le plus pri- 
vilégié qui fût jamais? Croyez-vous que d'avoir 
simplement ordonné certaines lois, en vertu des- 
quelles ma pensée se serait trouvée exprimée par 
de l'encre, du papier, du plomb, travaifleurs 
inertes et aveugles, agissant sous l'impulsion de 
mon ordre et la direction de ma présidence con- 
stante ; croyez-vous, dis-je, que de jouir d'une telle 
puissance et de voir mon livre éclore matérielle- 
ment aussi in visiblement qu'il est éclosdansma 
pensée m'enlèverait, le titre (Irès-modeste, il est 
vrai) d'auteur de cet ouvrage? Pour ma part, mesr 
sieurs les matérialistes, je serais fort satisfait 
d'être délivré des corrections d'épreuves, dont 
Balzac disait que c'est l'enfer des écrivains ; et si 
quelque mauvais plaisant venait afficher dans les 
rues" de Paris que mon livre s'est fait seul, j'en 
rirais de bon cœur et je n'aurais garde d'aban- 
donner un si précieux privilège. 

Or, si j'osais comparer mon livre au livre de la 
nature, il me semble que j'essayerais d'établjr une 
comparaison entre une poupée à ressorts et la Vé- 
nus de Médicis vivante, ou bien encore entre les 
rouages de l'horloge présentée à Charlemagne par 
le calife Haroun-al-Raschid et le mécanisme du sys- 
tème du monde. Dans tous les cas, ce n'est sans doute 
pas vous, messieurs, qui élèverez ma composition à 
la hauteur de celledcla nature. Si la moindre poupée 



t 



L'IDÉE DE DIEU N'EST PAS EN CAUSE. iOl 

et le plus grossier mécanisme révèlent à Voltaire 
(dont on connatl l'aveu) l'existence d un ou plusieurs 
fabricants, à quoi se réduit la négation de ceux qui 
se refusent à reconnaître un architecte dans la su- 
blime harmonie de l'édifice de lunivers? 

C'est ainsi que, quel que soit le cercle arbitraire 
que nous imaginions de tracer autour de l'action 
sensible du Créateur, et par lequel nous préten- 
dions limiter sa présence, par une finesse singulière 
l'idée de Dieu s'en échappe constamment .par la 
tangente. Cette propriété particulière de l'idée de 
l'être incréé se manifeste à chaque conclusion de 
notre plaidoyer I 

On nous a dit que M. Darwin avait à côté de lui 
un théologien anglican qui se chargeait d'arranger 
les choses et de garder un perpétuel accord entre 
la conscience religieuse de l'éminent naturaliste et 
la prétendue conséquence de sa théorie de l'élec- 
tion naturelle. Son traducteur féminin prend du 
reste le soin de nous avertir que « c est en vain 
que M. Darwin proteste que son système n'est 
en aucune façon contraire à fidée divine. » Pour 
nous, c'est avec un véritable contentement intérieur 
que nous ajouterons ici à nos sentiments person- 
nels ceux de l'auteur de Y Origine des espèces : « Je 
ne vois aucune raison, dit-il, pour que les vues 
exposées dans cet ouvrage blessent les sentiments 
religieux de qui que ce soit. Il suffit d'ailleurs, pour 
montrer combien de telles impressions sont peu 
durables, de rappeler que la plus grande décou- 
verte qui ait jamais été faite par l'homme, la théo- 



192 LITBE II. — Lk VIE. 

rie de la gi*avitalion, a été attaquée par Leibnitz 
lui-même comme subversive de la religion na- 
turelle. Un auteur célèbre, a dwine^ m'écrivait 
un jour qu'il avait appris par degrés à recon- 
naître que c'est avoir une conception aussi juste et 
aussi grande de la Divinité, de croire qu'elle a créé 
seulement quelques formes originales, capables de 
se développer d'elles-mênies en d'autres formes 
utiles, que de supposer qu'il faille un nouvel acte 
de création pour combler les vides causés par Tac- 
tion de ses lois. D eminentsauteurssemblent pleine- 
ment satisfaits de l'hypothèse que chaque espèce a 
été indépendamment créée. A mon avis, ce que 
nous connaissons des lois imposées à la matière par 
le Créateur s'accorde mieux avec la formation et 
Textinclion des êtres présents et passés par des 
causes secondes, semblables à celles qui détermi- 
nent la naissance et la mort des individus. Quand 
je regarde tous les êtres, non plus comme des 
créations spéciales, mais comme la descendance en 
' ligne directe d'êtres qui vécurent longtemps avant 
que les premières couches du système silurien fus- 
sent déposées, ils mesemblent tout à coup anoblis. i» 
Le même naturaliste ajoute plus loin: « Quel in- 
térêt ne trpuve-t-on pas à contempler un rivage 
luxuriant, couvert de nombreuses plantes avec des 
oiseaux chantant dans les buissons, des insectes 
voltigeant à l'entour, des annélides ou des larves 
vermiformes rampant à travers le sol humide, si 
Ton songe en même temps que toutes ces formes 
élaborées avec tant de soin , de patience i d'habi- 



PaOFESSIOM DB FOI DE LA SCIEHCB. 105 

leté et dépendantes tes unes des autres par une se- 
rie de rapports compliqués, ont toutes été produites 
par des lois qui agissent conlinuellemeDl autour de 
nous I Ces lois, prises dans leur sens le plus large, 
nous les énuméreroDS ici : c'est la loi de crois- 
sance et de reproduction ; c'est la loi d'hérédité, 
presque impliquée dans les précédentes ; c'est la loi 
de variabilité sous l'action directe ou indirecte des 
conditions extérieures de la vie et de l'usage ou du 
défaut d'exercice des organes ; c'est la loi de mul 
plication des espèces en raison géométrique, qui 
pour conséquence la concurrence vitale et l'électii 
naturelle, d'où suivent la divergence des c 
ractères et l'extinction des formes spécifique 
C'est ainsi que de la guerre naturelle de la 1 
mine et de la mort, résulte directement l'eiïet 
plus admirable que nous puissions concevoir : 
formation lente des êtres supérieurs. Il y a de 
grandeur dans une telle manière d'envisager la ^ 
et ses diverses puissances, animant à l'origine qut 
ques formes ou une forme unique sous un soufi 
du Créateur. Et tandis que notre planète a conl 
nué de décrire ses cercles perpétuels, d'après 1 
lois fixes de la gravitation, des formes sans nombr 
de plus en plus belles, de plus en plus mervei 
leuses, se sont développées, et se dèveloppero 
par une évolution sans fin'. » 

Il est nécessaire de remarquer ces déclaralio: 
et il est curieux de les opposer à nos matérialiste 

* De FOrigine det e»piee*. SemièreB remirquM. 



104 LIVRE II. — LA TIE. 

Ceux-ci prétendent que la doctrine soutenue par 
M. Pouchetsur la génération spontanée, et la doc- 
trine soutenue par M. Darwin sur l'origine des es- 
pèces, renversent Tune et Tautre l'idée de Dieu; et 
voilà que ni Vun ni F autre ne consentent à une telle 
accusation, que tous deux ont soin de la prévenir, 
et protestent contre l'illusion de nos adversaires. Ici 
comme partout, ceux-ci restent les dupes de leur 
singulier mirage. Enregistrons donc comme nou« 
vcUes données ce double fait important. En pre- 
mier lieu, les matérialistes n'ont pas le droit de 
s'appuyer sur la génération spontanée pour conclure 
à la non-existence de Dieu : 1^ parce que cette gé* 
nération n'est pas prouvée ; 2^ parce que si elle était 
prouvée, elle n'aurait pas cette conséquence. En 
second lieu, ils n'ont pas le droit de faire servir à 
leurs \nes le système de la transformation des es* 
pèces, 1* parce que ce système n'est pas prouvé; 
2^ parce qu'il ne touche pas à la question domi- 
nante des origines de la vie. 

S'il était prouvé que les végétaux et les animaux 
inférieurs sont formés par voie de générations 
spontanées au sein de la matière inorganique, il y 
aurait de grandes probabilités à croire qu'il en fât 
ainsi, à plus forte raison, à l'origine des espèces. 
Les partisans du^système des transformations spé* 
cifiques se sont même appuyés sur la doctrine des 
générations spontanées pour expliquer comment 
il se fait que, malgré la tendance des espèces pri* 
mitives à se perfectionner, il y ait encore aujour- 
d'hui une multitude de formes inférieures, fis 



LES EXPÉnniEltUTEIlRS. — LES INTERPRÈTES. 105 
admettent pour cela que la création n'est pas 
terminée, et qu'elle s'accomplit encore de nos jours 
dans ces limbes. C'était l'opinion de Lamarck. Nous 
devons faire observer que le chef du mouvement 
actuel ne partage pas ces idées et ne croit même pas 
à la génération spontanée. « L'élection natun 
dit Darwin, n'implique aucune loi nècessair 
universelle de développement et de progrés. Eli 
saisit seulement de toute variation qui se prése 
lorsqu'elle est avanlageuse à l'espèce ou à set 
présentants. J'ai à peine besoin de dire ici, 
clare-t-il plus haut, que la science, dans son 
actuel, n'admet pas, en général, que des être 
vants s'élaborent encore de nos jours au sein <j 
matière inorganique. » 

Il est utile de le remarquer, ce ne sont pas 
savants, ce ne sont pas les expérimentateurs i 
mêmes qui proclament les doctrines que nous c 
battons; ce sont de prétendus philosophes 
s'emparent des études scienliflquesdesprécéden 
veulent absolument en tirer des conclusions ri 
diées par les savants eux-mêmes. C'est notre do 
de démasquer ce jeu,et de montrer, par lesdécl 
lions mêmes des illustres expérimentateurs, qi 
le aysfème matériajistc s'obstine naïvement à 
montrerau public assis sur l'estrade de sonthéj 
il ne produit cet effet que par un procédé de 
tasmagorie, par une illusion d'optique. 

De ni6me que les auteurs précédents, un 
tniste distingué, M. Fremy, qui a cru remarc 
à la limite des deux régnes des corps ind^ 



196 LIVRE II — LA VIE. 

nommés pai* lui semi-organisés, a été présenté par 
nos doctrinaires comme élevant le drapeau du ma- 
térialisme sur rhypolhèse de la génération sponta- 
née. Or, voici les propres paroles de ce chimiste, à 
l'Institut- : « Ai-je besoin de dire que je repousse 
sans hésitation Tidée de génération spontanée, si on 
l'applique à la production d'un être organisé, 
même le plus simple, avec des éléments qui ne 
possèdent pas la force vitale. La synthèse chimique 
permet sans doute de reproduire un grand nombre 
de principes immédiats d'origine végétale ou ani- 
male, mais l'organisation oppose, selon moi, aux 
reproductions synthétiques une barrière infranchis- 
sable. A côté des principes immédiats définis que la 
synthèse peut former, il existe d'autres substances 
beaucoup moins stables que les précédentes, mais 
aussi beaucoup plus complexes quant à leur consti- 
tution, qui peuvent être désignées sous le nom gé- 
néral de corps hémiorganisés. Ces corps se trouvent, 
par rapport à l'organisation, à la formation des 
tissus, à la production des ferments, et à la putré- 
faction, presque dans le même état qu'une graine 
sèche qui traverse des années sans présenter de 
phénomènes de végétation, et qui germe dès qu'on 
la soumet à l'influence de l'air, de llmmidité et de 
la chaleur. Ils peuvent, comme la graine sèche, se 
maintenir longtemps dans un état d'immobilité 
organique ; mais aussi ils peuvent en sortir, aux 
dépens de leur propre substance, sous les éléments 
de l'organisation, lorsque les circonstances devien- 
nent favorables au développement organique. » 



Dl L'OEIGIHB DES ËTHES. 11)7 

On ne peut donc actuetlement se déclarer scicti- 
lîfiquement ni pour ni contre la génération spon- 
tanée. Or, cette indécision forcée est loin d'éclaiitir 
la question de la génération primilive. Le mys 
reste aussi profond^ aussi complet qu'au temp 
Pylhagore. Il y a des êtres vivants sur la te 
Toilà le fait? D'où viennent-ils? Nous connais: 
des astrologues (car il en est encore) qui 
écrit de gros livres pour démontrer qu'ils nous : 
arrivés des autres planètes, sur l'aile de quel 
comète aventureuse ou dans le pied d'un le 
aérolithe. Nous connaissons des rêveurs qui 
tendent que les êtres sont ëclos à la surface 
globe terrestre, sous la fécondation des eflli 
lancées par les planètes oh les étoiles. Mais ceci 
du roman. D'où viennent donc les êtres? Ré[ 
dra-t-on qu'ils ont toujours existé? Cette man 
d'esquiver la difticulté aurait de plus l'impan 
nsble tort d'être fausse, puisque les couches gé 
giques rétrogrades nous montrent l'époque d'à] 
rition des différentes espèces. Si tout être organi 
doit sa naissance à des parents, qui forma lej 
mier couple de chaque espèce? Dieu, réponc 
Bible. Fort bien. Mais comment? Est-ce un sin 
effet de sa parole? Mais d'abord parle-1-il? 
pondent les mauvais plaisants qui objectent qu 
sonne se propage pas dans le vide. Est-ce un t 
subit de sa volonté ? mais alors sous quelle fori 
Les livres révélés ne sont pas explicites, et 
peut les interpréter en faveur de" la généra 
spontanée (n'en déplaise à messieurs les thé 



198 LIVRE IL — LA VIE. 

gîens) aussi bien qu'en faveur de Topinion contraire : 
« Dieu dit : Que la terre produise de l'herbe verte 
qui porte de la graine, et des arbres fruitiers qui 
portent du fruit, chacun selon son espèce, et qui 
renferment leur semence en eux-mêmes pour se 
reproduire sur la terre. Et cela se fit ainsi. La terre 
produisit donc de l'herbe verte qui portait de la 
graine selon son espèce, et des arbres fruitiers qui 
renfermaient leur semence en eux-mêmes, chacun 
selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. 

« Et du soir et du matin se fit le troisième jour. 

« Dieu dit encore : Que les eaux produiseiit des 
animaux vivants qui nagent dans l'eau, et des oiseaux 
qui volent sur la terre, sous le firmament du ciel. 

c( Et il les bénit, en disant : Croissez et multipliez- 
vous, et remplissez les eaux de la mer ; et que les 
oiseaux se multiplient sur la terre. 

c( Et du soir et du matin se fit le cinquième jour. 

« Dieu dit aussi : Que la terre produise des ani- 
maux vivants, chacun selon son espèce, les ani- 
maux domestiques, les reptiles et les bêtes sauvages 
de la terre selon leurs différentes espèces. Et cela 
se fit ainsi*. » 

Ceci ressemble fort à la génération spontanée. 
Au surplus, des Pères de l'Eglise ont professé cette 
doctrine. A. de Humboldt trouve extrêmement re- 
marquable que saint Augustin, en traitant cetteques- 
tion : Comment les îles ont-elles pu recevoir, après 
le déluge, de nouvelles plantes et de nouveaux 
animaux; ne se montre aucunement éloigné d'avoir 

*• Genèse, ch. i. 



DE L'OBieiNB DES ÊTRES. IW 

recours à l'idée d'une génération spontanée (Cent' 
ratio œquivoca ipotttanea aut primaria). «Si tes 
anges ou les chasseurs des continents, dit ce P 
de l'Église, n'ont point transporté d'animaux di 
Jes îles éloignées, il faut bien admettre que la le 
les a engendrés ; mais alors on se demande à qj 
bon renfermer dans l'arche des animaux de to 
espèce. » Deux siècles avant l'évèque d'Hippoi 
nous trouvons déjà établie, dans l'abrégéde Trog 
Pompée, entre le dessèchement primitifde l'anc 
monde, du plateau asiatique, et la générati 
spontanée, une connexion semblable à celle qu' 
retrouve dans la théorie de Linné sur le Fara< 
terresire.et dans les rechercties du dix-huitiè: 
siècle sur l'Atlantide fabuleuse. 

Au surplus, malgré leur péroraison fougueu 
ces Mirabeaux de la tribune positiviste sont au fo 
dans une ignorance et dans une indécision ab! 
Inès sur l'origine de la vie. En vain jettent-ils i 
ce mystère le voile des peut-être ; en vain s'exi 
œnt-ils à supposer mille métamorphoses, lorsqu' 
regarde au fond du vase, on s'aperçoit que la li 
pidité n'est pas aussi claire qu'on le suppose, 
temps en temps, et sans trop s'en vanter, ils la 
sent percer des aveux qu'il nous est permis de fai 
ressortir ici pour l'édification du parterre. « D 
Énigme insoluble , dit B.- Cotta, dont nous ne pc 
vons appeler qu'à la puissance impénétrable d' 
Créateur, est toujours l'origine première de la n 
tière terrestre, ainsi que la naissance des êtres < 
ganiques. » Voilà un aveu digne d'un spiritualisi 



900 LIVRE IL — U VIE. 

« Il faut accorder à la génération spontanée, dit 
d'une part Bùchner, un plus grand rôle dans le 
temps primordial que de nos jours, et on ne peut 
nier qu elle n ait donné à celte époque Texistence 
à des organismes plus parfaits. » Puis il ajoyte im- 
médiatement : « Il est vrai que nous manquons de 
preuves et même de conjectures plausibles du détail 
de ces rapports, et nous sommes bien loin de le 
nier. » Et revenant à son idée dominante, il déclare 
encore immédiatement que «c quelle que soit notre 
ignorance, nous devons dire avec certitude que la 
création organique a pu et a dû avoir lieu sans 
l'intervention d'une force extérieure. » 

Cari Yogt reconnaît comme les précédents que 
l'origine des organismes est- inexplicable par les 
seules forces physico-chimiques conn;ies. Tout être 
vivant, végétal ou animal, a pour origine essentielle 
a cellule organique, ou l'œuf. Il faut d'abord ad- 
mettre que cette origine essentielle fut créée on 
ne sait comment. C'est après cette admission seule- 
ment que les démonstrations physicô-chimiques 
commencent. « Si nous admettons quune fois Hait 
été possible^ dit l'auteur des Leçons sur rhomme, 
que, par une action simultanée de différentes cir- 
constances que nous ne connaissons pas, il ait pu 
se former une cellule organique aux dépens des 
éléments chimiques, il est évident que la plus légère 
modification dans l'action a dû déterminer immédia- 
tement une modification dans l'objet produit, c'est-à- 
dire dans la cellule. Mais, comme nous ne pouvons 
pas admettre que sur toute la surface terrestre 



STSTERB DES ORIGINES. IGNORAHCB DE L'HOHHB- «H 

les mêmes causes aient agi ou agissent encore exac- 
tement dans les mêmes conditions et avec la même 
énergie dans la création de la cellule primitive, 
qu'en outre la création organique a dû s'étendi 
sur toute la terre, il en résulte la conclusion néce: 
saire que les cellules primitives dont se sont dévi 
loppés les organismes, devaient posséder des apt 
tudes de développement différentes. » 

Virchow n'explique pas mieux l'origine. « A un 
certaine époque du développement de la Terre, di 
il, sont survenues des conditions inaccoutumée: 
sous lesquelles les éléments entrant dans de noi 
velles combinaisons ont reçu le mouvement vita 
et où les conditions oràmairessontdevenuesvitales . 

Quant à Charles Darvfin , nous avons en vai 
cherché soo opinion sur l'origine même des espèce! 
11 se contente d'expliquer la variabilité possibl 
d'un certain nombre de types primitifs, et c'est un 
remarque au moins singulière que dans un grt 
et riche ouvrage sur Vorigine des ftires, il ne so: 
même pas question de cette oriyine ! 

Le problème est obscur ; il y a plus loin de rie 
â quelque chose que de quelque chose à lou 
Quel que soit le système auquel se rattachent ne 
croyances intimes, spiritualistes ou matérialiste! 
nous sommes tous dominés par le mystère inexpl 
que de l'origine de la vie. Pourquoi ne pas fecoi 
naître franchement l'ignorance absolue dans li 
quelle nous sommes sur ce point particulier?Cetl 
ignorance devrait pourtant un peu tempérer l'a: 
deur négali'-e des athées et les engager à tranchf 



M3 LITRE II. — U VIS. 

de moms haut le mot de Ténigme. Il semble que 
lorsqu'on se trouve dans une telle incertitude sur 
la manière dont une cho:e s'est opérée, on n'est pas 
risé à crier victoire ; si nous voulions retour- 
la question, il nous serait facile de metti-e tous 
vantages de notre côté, et nous poumons im- 
c Dieu à nos adversaires, sans qu'ils puissent 
lustraire à sa domination. La science ne démon- 
[ pas que les affinités de la matière puissent 
r la vie, le rdle du Créateur reste ici tout en- 
comme du temps d'Adam et même des prèa- 
ites. Et lors même qu'elle le démontrerait, l'o- 
e et l'entretien de la vie laissent clairement 
l'existence d'une force créatrice, en d'autres 
es, d'un Dieu caché. 

lis, telle est la force de noire tactique, que 
ne voulons jamais abuser d'une position pri- 
iée, et que nous préférons toujours combattre 
nés égales, à terrain égal. Nous nous conteu- 
seulement de faire remarquer cette supério- 
â nos adversaires, pour leur édification mo- 
anée, puis nous descendons des liauteurs où 
tiances favorables du combat nous avaient éle- 
our revenir sur le terrain de l'organisation de 
;, sans nous renforcer des arguments fournis 
e problème de l'origine de cette vie. 
, au tfiul point de viie de l'organisation, l'eiis- 
! d'un élre intelligent est souverainement 
intrëe. Lors même qu'en vertu de forces encore 
mues de nous, la vie pourrait apparaître spon- 
oent en certaines conditions de la matière, 



tors même que les êtres primitif^ se seraient for- 
més d'une cellule primordiale éclose sous la puis- 
sance d'un ensemble de circonstances particulières, 
l'organisalion des êtres vivants serait encore i 
preuve irréfragable en faveur de la souverain 
ordonnée de la force. Ce serait toujours en ve 
de certaines lois supérieures que la vie apparaît! 
et s'organiserait, decertaines lois qui ne démontr 
pas une cause aveugle ou idiote, mais une cai 
qui doit au moins savoir ce qu'elle fait. De mën 
si l'homme arrive jamais à découvrir la naissai 
spontanée des infusoires ou .des vers intestinaux 
même il ne créera pas ces êtres infîmes, mai: 
constatera seulement ce que la nature opère s: 
lui, par une puissance supérieure à la sienne, { 
des procédés que, malgré son intelligence, il 
àfs siècles à découvrir (si jamais même il en vî 
là) : et finalement la cause de la raison divine d 
sera que mieux éclairée. 

Dans le mystère qui voile encore l'origine 
la vie sur la terre, nul n'est autorisé, du restt 
déclarer hors la loi l'action du Créateur. Que 1 
suppose que les premiers êtres vivants naqùirei 
l'ëtat rudimentaire de l'animalité et que les vani 
successives furent la souche des espèces aujourd' 
si distinctes, ou que les premiers parents de chat 
lamille s'éveillèrent au commandement d'un gri 
magicien, ces suppositions n'inquiètent pas plu 
base de la théologie naturelle que si Ton admet 
que ces espèces furent apportées des autres mon 
sur l'aile de quelque messager céleste. Quant 



m LIVRE n. — Ll TIB. 

formation vu A la transformation des espèces, elle 
pas mieux connue que l'origine de la vieelle- 
e, comme l'avoue' Ch. Ljell: « Ce que nous 
is en paléontologie n'est rien en comparaison 
que nous avons encore à apprendre. » 

aminons maintenant avec cet éminent géo- 
:' quels sont les principaux caractères delà 
ie de Lamarck et d'Ét. Geoffroy Saint-Hilaire 
t progression et la transformation des espèeei, 
ommessuperficielss'imaginent volontiers que 
jnceestoi^aniséesurdesrèglesabsoluesetqne 
difficulté ne trobble sa voieascendante.Ilest 
'en être ainsi. Les grandes définilions elles- 
;s ne sont pas absolues. Les zoologistes, par 
pie, ne peuvent s'en lendresurlestermesespéw 
■e. Ce que Lamarck avaitpréditestarrivé,dit 
plus les formes nouvelles se sont multipliées, 
i nous avons été capables de préciser ce que 
entendions parune variété et par une espèce, 
alité, les zoologistes etles botanistes sont non- 
nentplusembarrassésque jamaispour déânir 
;e, mais même pour déterminer si elleexiste 
ment dans la nature ou si elle n'est pas une 
e abstraction de l'intelligence humaine^ les uns 
ident qu'elle est constante en de cerlaines 
« étroites et infranchissables de variabilité ; 
itres la veulent susceptible de modifications 

Charles L;ell, The Antiquitg of Mon... l'Anciennetâ de 
e prouTée par la géologie, et remarques sur l'origiue des 



ORIGINE ET TRANSFORMATIONS DES ESPÈCES. Î05 

indéfinies et illimitées. Depuis le temps de Linné 
jusqu'au commencement du siècle présent, on 
croyait avoir suffisamment défini Tespèce en disant 
que : «c Une espèce se compose d'individus tous 
semblables les uns aux autres, et reproduisant 
par génération des êtres semblables à eux. » La- 
marck ayant reconnu une foule d'espèces fossiles, 
dont quelques-unes étaient identiques à des espèces 
vivantes, tandis que d'autres n'en étaient que des 
variétés, proposa défaire entrer l'élément du temps 
dans la définition de Fespëce etde laformuler ainsi : 
a Une espèce se compose d'individus tous sem- 
blables les uns aux autres, et reproduisant par gé- 
nération des êtres semblables à eux, tant que les 
conditions dans lesquelles ils vivent ne subissent pas 
de changements suffisants pour faire varier leurs ha- 
bitudesj leurs caractères et leurs formes, o II arrive 
enfin à cette conclusion : qu'aucun des animaux ni 
des plantes actuellement existants ne serait de créa- 
tion primordiale, mais qu'ils seraient tous dérivés 
de formes préexistantes : qu'après avoir, pendant 
une série indéfinie d'âges, reproduit des êtres sem- 
blables à eux, ils avaient à la fin subi des varia-. 
lions graduelles sous l'influence des altérations du 
climat et du monde animal, et qu'ils s'étaient ac- 
commodés de ces nouvelles circonstances ; mais que 
quelques-uns d'entre eux, dans la suite des temps, 
8'étaient tellement écartés du type primitif, qu'ils 
avaient maintenant droit à être regardés comme 
des espèces nouvelles. 
À l'appui de cette manière de voir, il invoqua le 

12 



206 LIVRE IL — Lk TIE. 

contraste des plantes sauvages et cultivées, des ani- 
maux sauvages et domestiques, rappelant combien 
leur couleur, leur forme, leur structure, leurs ca- 
ractères physiologiques et même leurs instincts, se 
modifient graduellement sur dé nouveaux sols, 
sous de nouveaux climats, en présence d'ennemis 
nouveaux , et sous Tinfluence d'une nourriture et 
d'un mode de subsistance différents, 

Lamarck ne soutint pas seulement que les espèces 
avaient été constamment soumises à des change- 
ments en passant d^une période à l'autre, maisaussi 
qu'il y eut un progrès constant du monde organique 
depuis les premiers temps jusqu'aux derniers, de- 
puis les êtres les plus simples jusqu'à ceux d'une 
structure de plus en plus complexe, depuis les 
instincts inférieurs jusqu'aux plus élevés, et, enfin, 
depuis rintelligence de la brute jusqu'aux facultés 
et à la raison de l'homme. Le perfectionnement des 
êtres aurait été lent et continu, et la race humaine 
elle-même se serait à la fin dégagée du groupe des 
mammifères inférieurs dont l'organisation était la 
plus élevée. 

Un exposé concis et rationnel a été donné sur 
cette théorie par un professeur de l'Université de 
Cambridge^ Nous trouvons, dit-il, dans les an- 
ciens dépôts de la croûte terrestre, la trace d'une 
progression dans l'organisation des formes vi- 
' vantes successives. On peut remarquer, par exem- 
ple, l'absence des mammifères dans les groupes 

A Professor Sedgwick's JHsooune an the Siudies ofthe Unùfer- 
tity of Caiïihridge. ItôO. 



DE LA TRANSPORÏATIOn DES ESPÈCES. tQ7 

les plus anciens, et leurs rares apparitions dans 
les groupes secondaires plus récents; des ani- 
maux À sang chaud (pour la plupart de genres in- 
conous), sont assez, répandus dans les plus an 
ciennes couches tertiaires, et ils abondent (fré 
quemment avec des formes génériques connues) 
dans les parties supérieures de la même série j en 
ËQ l'apparition de l'homme à la surface de Ii 
terre est un fait récent. Ce développement histo 
rique des formes et des fonctions de la vie orga 
nique pendant des périodes successives, parait ètn 
l'indice d'une évolution graduelle de la puissanet 
créatrice, se manifestant par une tendance progrès 
sive vers le type le plus élevé de l'organisatiot 
animale. 

C'est un fait bien extraordinaire, remarqut 
aussi Hugh Miller', que l'ordre adopté par CU' 
lier dans son Règne animal, comme celui dans le 
quel les quatre classes de vertébrés viennent &( 
placer naturellement d'après leurs rapports mu- 
tuels et leur rang, soit aussi celui dans lequel elle! 
se présentaient dans l'ordre chronologique. L( 
eerveau, dont le volume relativement à celui de It 
moelle épinière n'est pas dans un rapport moyen 
de plus de deux à un, est celui du poisson ; il i 
paru le premier; celui qui présente le rapporl 
moyen de deus et demi à un lui a succédé, c'est 
celui du reptile ; vint ensuite le rapport de trois i 
un, qu'offrent le cerveau et la moelle épiuière de 

• FtatfrinU of the Creator. EdinburRli, 1849 



">•;- 
I 



208 LIVRE II. -> LA VIE. 

l'oiseau; le rapport moyen de quatre à un que 
nous oITre le mammifère; et enfin, le dernier de 
tous parut sur la scène, un cerveau dont le rap- 
port moyen à la moelle épinière est de vingt-trois 
à un : c'est celui de Thomme, de Thomme qui 
raisonne et qui calcule. * 

Le cerveau pourrait n'être qu'une efflorescence 
de la moelle épinière. — Chez les espèces infé- 
rieures (grenouilles, par exemple) la faculté de 
sentir appartient autant à la moelle qu'au cerveau. 

Sans doute, on peut faire de graves objections à 
la doctrine de la progression en montrant quelques 
plantes et quelques animaux moins parfaits apparus 
apris des espèces plus parfaites, comme Pembryon 
menocotylèdone et les bois endogènes, après Tem- 
bryon dicotylèdone et le bois exogène (celui des 
conifères de texture glanduleuse), comme la per- 
fection des plus anciennes cryptogames, le mouve- 
ment rétrograde des reptiles, Tapparition du boa 
après l'iguanodon, etc., les exemples ne manquent 
pas. Mais, persuadé que cette théorie ne porte pas 
atteinte au sujet de notre plaidoyer, à la présence 
de « Dieu dans la nature v>, et rempli de sympathie 
pour elle-même, nous la soutiendrons. Nous la re- 
gardons avec Lyell, non-seulement comme utile, 
mais bien plutôt dans l'état actuel de la science, 
comme une hypothèse indispensable, et qui, toute 
destinée qu'elle soit à subir plus tard de nom- 
breuses et grandes modifications, ne pourra jamais 
être absolument détruite. 

Il paraîtra sans doute paradoxal que les écrivains 



:f 



DE U PROGRESSION DES ESPÈCES. 900 

qui sontles plus fermes soutiens de la transmutation 
(Darwin et J. Hooker, par exemple) gardent de 
singulières réserves pour la progression et que les 
plus zélés champions de la pi*ogression font le plus 
souvent une opposition très- violente à la transmuta- 
lion. Les deux théories ne peuvenl-elles êlre vraies 
toutes d'eux et s'accorder? L'une et l'autre nous 
représentent en définitive le type des vertébrés s'é- 
levant graduellement dans le cours des âges, depuis 
le poisson qui en est la forme la plus simple, jus 
qu'aux mammifères placentaires, etjusqu'à l'arrivée 
au dernier échelon de la série des temps, des mam- 
mifères les plus anthropoïdes, et enfin de la race 
humaine. Ce dernier échelon parait donc, dans 
cette hypothèse^ être une partie intégrante de la 
même série continue d'actes de développement, un 
anneau de la même chaîne, le couronnement de 
l'œuvre, de même qu'il rentre dans la même et 
unique série des manifestations de la puissance 
créatrice. 

Passons maintenant à la théorie de l'origine des 
espèces par la voie de l'élection naturelle. 

Cette théorie nous représente en grand l'action 

de la nature remarquée dans Télevage des animaux 

domestiques. Les éleveurs savent qu'on peut, au 

bout de quelques générations, faire une nouvelle 

race de bétail, à courtes cornes ou sans cornes, en 

choisissant comme animaux reproducteurs, ceux 

dont les cornes sont les moins développées ; ainsi, 

dit-on, fait la nature; elle altère dans Je cours des 

âges, les conditions de la vie, les traits géogra- 

12. 



310 LHRE II. — LA ?IB. 

phiques d'un pays, son climat, Fassociation des 
plantes et des animaux, par conséquent, la nourri- 
ture et les ennemis d'une espèce et son mode 
d'existence, et par ces moyens, elle choisit cer- 
taines variétés mieux adaptées au nouvel ordre de 
choses. C'est ainsi que de nouvelles races peuvent 
souvent supplanter le type originel dont elles des- 
cendent.- 

Lamarck pense que Torigine du long cou de la 
girafe dérive d'une suite d'efforts pour chercher 
sa nourriture de plus en plus haut. M. Darwin et 
M. Wallace supposent simplement que pendant une 
disette, une variété à long cou survécut au reste 
de l'espèce, grâce à ce qu'elle put brouter hors de 
la portée dès autres. 

Grâce à la multiplication de modifieations légères 
pendant le cours de milliers de générations, et à la 
transmission par héritage des particularités nou- 
vellement acquises, on suppose qu'il se produit 
une divergence de plus en plus grande du type pri- 
mitif, jusc^'à ce qu'il en résulte une nouvelle es- 
pèce, ou un nouveau genre si le temps a été plus 
long. L'auteur moderne de cette explication physio- 
logique de l'origine des espèces, M. Ch. Darwin, 
expose lui-même^ comme il suit les faits généraux 
sur lesquels elle s'appuie» 

A l'état domestique on constate une grande va- 
riabilité" : celte variabilité semble principalenient 
due à ce que le système reproducteur est éminem- 

^ Onthe Origin of species by ihe mean ofnatural seleetûm. De 
l'origine des espèces par l'élection naturelle. 



DE L'ORIGINE DES ESPÈCES. Sil 

ment susceptible d'être affecté par des change- 
ments dans les conditions de vie, et ne reproduit 
plus exactement la forme mère. La variabilité des 
formes spécifiques est gouvernée par un certain 
nombre de lois très-complexes, comme l'usage ou 
le défaut d'exercice des organes, comme l'action 
directe des conditions physiques de la vie. Nos es- 
pèces domestiques ont subi des modifications 
profondes qui se sont transmises par hérédité 
pendant de très-longues périodes. Ausisi longtemps 
que les conditions de vie restent les mêmes, nous 
avons raison de croire qu'une modification qui s'est 
déjà transmise pendant plusieurs générations, 
peut continuer à se transmettre pendant une suite 
presque infinie de degrés généalogiques. D'autre 
part, il est prouvé que la variabilité, une fois qu'elle 
a commencé à se manifester, ne cesse pas totale-^ 
ment d'agir ; car de nouvelles variétés sont encore 
produites de temps à autre parmi nos productions 
domestiques les plus anciennes. 

L'homme ne produit pas la variabilité ; il expose 
seulement, et souvent sans dessein, les êtres orga* 
nisés à de nouvelles conditions de vie, et alors la 
nature agissant sur l'organisation j produit des 
variations. Nous pouvons choisir ces variations 
et les accumuler dans la direction qui nous 
platt. Nous adaptons ainsi soit les animaux, 
soit les plantes, à notre propre utilité ou même 
à notre agrément. Un tel résultat peut être o\h ^ 
tenu systématiquement ou même sans conscience 
de l'effet produit : il suffit que sans avoir aucu* 



l!**" 



H8 LITRB n — LA. VIE. 

nement la pensée d'altérer la race, chacun con- 
serve de préférence les individus qui, à toute 
donnéeTlui sont le plus utiles. Il est certain 
)eu( transformer les caractères d'une es- 
1 choisissant a chaque génération successive 
irences individuelles, el ce procédé électif a 
principal agent dans la production des 
omestiques les plus distinctes et les plus 

rincipes qui ont agi si efficacement à l'état 
que peuvent également agir à l'état de na- 
iconservation desraceset des individus fa vo- 
us la lutte perpétuellement renouvelée au 
es moyens d'existence, est un agent loul- 
t et toujours actif d'élections naturelles. La 
ence vitale est une conséquence nécessaire 
lulliplication en raison géométrique plu^ 
ig élevée de tous les êtres organisés. I.a ra- 
e cette progression est prouvée non-seule 
ir le calcul, mais par la prompte multipli- 
!e beaucoup d'animaux ou de plantes pen- 
te suile de certaines saisons particulières, 
[u' elles sont naturalisées dans de nouvelles 
<. I) naît plus d'individus qu'il n'en peut 
in grain dans la balance peut déterminer 
ariété s'accroîtra en nombre, et laquelle di- 
1. Comme les individus de même espèce en- 
ous égards en plus étroite concurrence les 
ers les autres,la lutte est en générald'autant 
'ère entre eux. Elle est presque également 
! entre les variétés de la même espèce, el 



ORIGINE DES ESPÈCES. — ËLEOION nATDIIBi LE. '. 
grave encore entre les espèces du môme gei 
mais la lutte peut exister souvent entre des é 
Irès-éloignés les uns des autres dans l'échelb 
)a nature. Le plus mince avantage acquis pai 
individu, à quelque âge ou durant quelque sa 
que ce soit, sur ceux avec lesquels il entre 
concurrence, ou une meilleure adaptation d'orgi 
aux conditions physiques environnantes, quel 
léger que soit ce perfectionnement, fera pen< 
la balance. 

Des avantages, médiocres en apparence, peu 
amener cette variation croissante. « Parmi les 
maux chez lesquels les sexes sont distincts, d 
naturaliste, il y a le plus souvent gtierre entp 
mâles pour la possession des femelles. Les in< 
dus les plus vigoureux ou ceux qui ont lutté ; 
le plus de bonheur contre les conditions physi< 
locales, laissenmt généralement la plus n 
brense progéniture. Hais leur succès dépei 
souvent des armes spéciales ou des moyens de 
fense qu'ils possèdent, ou même de leur beauti 
le plus léger avantage leur procurera la victoir 

La variabilité une Ibis admise, aussi bien 
l'existence d'un puissant agent toujours pr 
(bnetionner, on arrive facilement à conclure 
des variations en quelque chose utiles aux i 
vidus da'ns leurs relations vitales puissent 
conservées, transmises et accumulées? Si l'hor 
peutavec patience choisir les variations qui lui 
le plus utiles, pourquoi la nature faillirait-e! 
cbolsirlesvariationsutilesàses produits vivant 



214 LIVRE II. - LA VIE. 

des conditions de vie changeantes? Quelles limites 
peut-on supposer à ce pouvoir, lorsqu'il agit pen- 
dant de longs âges et scrute rigoureusement la 
structure, Torganisation entière et les habitudes de 
chaque créature, pour favoriser ce qui est bien et 
rejeter ce qui est mal ? Il semble qu il n'y ait au- 
cune limite à cette puissance dont l'effet est d'a- 
dapter lentement et admirablement chaque forme 
aux relations les plus complexes de la vie. 

Chaque espèce, en vertu de la progression géo- 
métrique de reproduction qui lui est propre, ten- 
dant à s'accroître désordonnément en nombre, et 
les descendants modifiés de chaque espèce se 
multipliant d'autant plus qu'ils se diversifient da- 
vantage en habitude et en structure, la loi d'élec- 
tion naturelle a une tendance constante à conserver 
les descendants les plus divergents de quelque espèce 
que ce soit. Il suit de là que durant le cours long- 
temps continué de leurs modifications successives, 
les légères différences qui caractérisent les variétés 
de la même espèce tendent à s'accroître jusqu'aux 
différences plus grandes qui caractérisent les espèces 
du même genre. Des variétés nouvelles et plus par- 
faites supplanteront et extermineront inévitable- 
ment les variétés plus anciennes, moins parfaites 
et intermédiaires, et il en résultera que les espèces 
deviendront aussi mieux déterminées et plus dis- 
tinctes. 

On^peut objecter que Ton ne s'aperçoit pas ac- 
tuellement de pareils changements. Mais le théori- 
cien répond que l'élection naturelle agissant seule- 



^ 



ORIGINE DES ESPÈCES. — ÉLECTION NATURELLE. 215 

ment en accumulant des variations favorables, 
légères et successives, ne peut produire soudaine- 
ment de grandes modifications ; ef ne peut agir 
qu'à pas lents et courts. Cette loi de nature n'exis- 
terait pas sans doute si chaque espèce avait été indé- 
pendamment créée. 

Le témoignage géologique est à l'appui de la 
théorie de descendance modifiée. Les espèces nou- 
velles ont apparu sur la scène du monde lentement 
et par intervalles successifs, et la somme des change- 
ments effectués dansdes temps égaux est très-diffé- 
rente dans les différents groupes. L'extinction des 
espèces et des groupels entiers d'espèces, qui a joué 
un rôle si important dans l'histoire du monde orga- 
nique*, est une suite presque inévitable du principe 
d'élection naturelle ; caries formes anciennesdoivent 
être supplantées par des formes nouvelles plus par- 
faites. Ni les espèces isolées ni les groupes d'espèces 
ne peuvent reparaître quand une fois la chaîne des 
générations régulières a été rompue. L'extension 
graduell^es formes dominantes et les lentes mo- 
difications de leurs descendants, font qu'après de 
longs intervalles de temps , les formes de la vie 
semblent avoir changé simultanément dans le 
monde entier. Le caractère intermédiaire des fos- 
siles de chaque formation, comparés aux fossiles de 
formations inférieures et supérieures, s'explique 
tout simplement par le rang intermédiaire qu'ils 
occupent dans la chaîne généalogique. Le grand fait 
constaté que tous les êtres organisés éteints appar- 
tiennent au même système que les êtres actuels, et 



S16 LIYRB n. — U TIE. 

se rangent, soit dans les mômes groupes, soit dam 
Ifts: (groupes intermédiaires, découle de ce que les 
I éteints et vivants sont les descendants depa- 
5 communs. 

auteur invoque encore à son appui l'importance 
ue des caractères embryologiques, en obserranl 
les atîmitës réelles des êtres organisés sont 
à l'hérédilé ou à la communauté d'origine ; le 
ime naturel est un arbre généalogique dont il 
< faut découvrir les lignées à l'aide des carac- 
; les plus permanents, quelque légère quesotl 
importance vitale. 11 n'oublie pas non plus l'a- 
mie. La disposition des os est analogue dans la 
1 de l'homme, dans l'aile de la chauve-souris, 
la nageoire de la tortue et dans la jambe du 
al; le même nombre de vertèbres forment te 
le la girafe et celui del'éléphant ; ces faits, et une 
ité d'autres semblables, s'expliquent d'eux- 
les dans la théorie de descendance lentement et 
ïssivement modifîée. L'identité du plan de 
truclion de l'aile et de la jambe de^ chauve- 
is, qui servent cependant à de si différents 
es, des mâchoires et des pattes d'un crahe, des 
es, des étaraines et du pistil d'une fleur, s'ei- 
le pareillement par la modification graduelle 
;anes qui autrefois ont été semblables chez les 
très primitifs de chaque classe. 
: défaut d'exercice, quelquefois aidé par l'élec- 
naturelle, tend souvent à réduire les propo^ 
) d'un organe que le changement des habitudes 
es conditions de vie a peu à peu rendu inutile. 



ORIGINE DES ESPÈCES. — ÉLECTION NATURELLE- «17 

D'après cela, il est aisé de concevoir Texistence 
d'tyrganes rudimenlaires. 

On peut enfin se demander jusqu'où s*étend la 
doctrine de la modification des espèces. Tous les 
membres d*une même classe peuvent être reliés en- 
semble par les chaînons de leurs affinités, et tous, 
en vertu des mêmes principes, peuvent être classés 
par groupes subordonna à d'autres groupes. 
Darwin ne peut douter que la théorie de descen- 
dance ne comprenne tous les membres d'une même 
classe. 11 pense même que tout le règne animal est 
descendu de quatre ou cinq types primitifs tout au 
plus, et le règne végétal d'un nombre égal ou 
moindre. 

L'analogie le conduirait encore un peu plus loin, 
ajoute-t-il, c'est-à-dire à la croyance que tous les 
animaux et toutes les plantes descendent d'un seul 
prototype ; mais l'analogie peut être un guide trom- 
peur. Au moins est-il vrai que tous les êtres vivants 
ont un grand nombre d'attributs communs : leur 
* composition chimique, leur structure cellulaire, 
lenrs lois de croissance et leur faculté d'être affec* 
tés par des influences nuisibles. 

Chez tous les êtres organisés, autant qu'on peut 
en juger par ce que nous en savons de nos jours, 
la vésicule germinative est la même. De sorte que 
chaque individu organisé part d'une même origine. 
Même si l'on considère les deux principales divi- 
sions du monde organique, c'est-à-dire le règne 
animal et le règne végétal, nous voyons que cer- 
taines formes inférieures sont si parfaitement inter- 

13 



f 



. 218 UViifi IL — U VIE. 

médiaires en caractères, que des naturalistes ont 
disputé dans quel royaume elles devaient être ran- 
gée» , et comme le professeur Cl. Gray Ta re- 
marqué, « les spores et autres corps reproducteurs 
de beaucoup d'entre les algues les moins élevées de 
la série peuvent se targuer d'avoir d'abord les ca- 
ractères de Fanimalité et plus tard une existence 
.végétale équivoque. i> Ainsi, en partant du principe 
d'élection naturelle, avec divergence de caractères, 
il ne semble pas incroyable que les animaux et les 
plantes se soient formés de quelque forme infé- 
rieure intermédiaire. Si nous admettons ce point 
de départ, il faut admettre aussi que tous les êtres 
organisés qui ont jamais vécu peuvent descendre 
d'une forme pHmordiale unique. Mais cette con- 
fSéquence est principalement fondée sur l'analogie; 
et il importe peu qu'elle soit ou non acceptée. lien 
est autrement de chaque grande classe, telle que 
les vertébrés, les articulés, etc. ; car ici; l'auteur 
trouve dans les lois de Thomologie et de l'embryo- 
logie, des preuves toutes spéciales que tous des- 
cendent d'un parent unique ^ 

• * Le traducteur français de Darwin fait remarquer, à propos 
de l'unité des centres de création spécifiques , qu'il serait bien 
irfgoureux d'entendre, par ce ternie de parent unique, un seul 
Individu ou un seul couple. « Il serait encore plus incroyable de 
supposer que toute la forme primordiale, l'ancêtre commun et 
archi-type absolu de la création vivante, n'eût été représenté que 
par un seul individu. D'où proviendrait cet individu unique? 
Faudrait-il, après avoir éliminé si heureusement tant de miracles, 
en laisser subsister un seul? Si cet individu unique a existé, ce 
ne peut être que ]a planète elle-même. Rien n'empêche d'admettre 
que cette matrice universelle n'ait eu, à l'une des phases de son 
existence, le pouvoir d'élaborer la vie. Mais un seul des points 



OftlGINÊ DES ESPÈCES. — ÉLECTION NATURELLE. 3i9 

Telle est la théorie de Darwin, par lui-même 
exposée. 

Si enfin notre curiosité légitime se hasarde à faire 
son application à notre propre espèce, elle s'aper- 
çoit, avec un élonnement mêlé de tristesse, que 
peut-être nous descendons d'un type simien dis- 
paru. Sans doute, nos sentiments de dignité se trou- 
vent offensés de cette seule possibilité ; mais, en 
observant la nature sans parti pris, il ne semble 
pas que nous fassions exception à la loi générale? 

de sa surface aurait41 eu le pmilége de produire des germes? 
ou faut-il croire qu'ils se soient élancés de son sein? Toutes les 
analogies font plutôt supposer qu'elle fut féconde sur toute sa 
vaste circonférence, que son enveloppe aqueuse fut le premier 
laboratoire de toute organisation , et que le nombre des germes 
produits fut immense, mais que sans aucun doute ils furent tous 
semblables; des cel Iules germinatives nageant éparses en grappes 
ou en filaments dans les eaux, une cristallisation organique, rien 
déplus. Ce serait donc bien* d'un type, d'une forme, d'une espèce 
unique, mais non d'un seul individu que tous les organismes se 
seraient successivement formés. > 

Si l'on admet la multiplfcité de ces germes primitifs, on recon- 
naît que les possibilités de développement ont dû se présenter 
parmi un nombre considérable d'êtres. En raison du grand nom- 
bre des ébauches organiqties, le perfectionnement successif de 
l'organisation suivant un certain nombre de séries typiques, pa- 
rallèles ou plus ou moins divergentes, n'aurait plus rien de surpre- 
nant, le principe vital lui-même étant donné comme reposant 
à l'état latent dans chaque germe. 

Les lois générales de la vie se seraient d'abord fixées, dans 
cette discutable liypothèse, selon les conditions physiques parti- 
culières à notre planète, en même temps que commençait la 
(iivergence des types nécessairement adaptés à la diversité peu 
profonde de ces conditions. A mesure que les races se seraient fixées 
et perfectionnées, leur nombre aurait diminué , en même temps 
^e chacune d'elles voyait diminuer ses représentants. La pos<» 
térité croissante d'un certain nombre de souches primitives devait 
successivement prendre la place des races qui succombaient dans 
la concurrence universelle, par suite d'une infériorité relative 
d'organisation 



120 LHRE II — LA tIB. 

Beaucoup d'entre nous préfèrent descendre d'un 
Adam dégénéré que d*un singe perfectionné. Hais 
la nature ne nous à pas consultés. 

Pour notre part, nous n'avons jamais passé quel- 
ques heures dans Tétude de Tembryologie sans 
être fortement frappé de ses révélations cachées. 
Nous n*avons jamais pu comparer des embryons de 
différentes phases sans voir en eux un vestige ru- 
dimentaire des phases correspondantes par les- 
quelles notre humanité a dû passer aux temps 
antérieurs; Les vertébrés supérieurs revêtent suc- 
cessivement, comme à l'état d'ébauche, les prin- 
cipaux caractères des quatre grandes classes de 
Tembranchement, sans passer pourtant par les 
formes des autres embranchements zoologiques. 
Dès le commencement de son existence secrète, la 
vésicule germinative manifeste un système de dé- 
veloppement caractéristique, sans avoir pris la 
forme du ver articulé, du itiollusque ou du ra- 
diaire. Sans doute cette succession représente une 
image des phases que, dans le cours des âges dis- 
parus, la môme classe d'animaux a successivement 
traversées en avançant dans Téchelle des êtres. 
Qui n'a pas été surpris de la ressemblance géné- 
rale que l'embryon humain offre successivement 
avec ceux du poisson, du reptile et de l'oiseau? — 
L'heure présente ne serait-elle pas le miroir d'un 
passé lointain? 

On n'ose pas regarder en face cette origine ; ce- 
pendant la question est assez importante pour mé- 
riter un instant de courage. Examinons donc sous 



PLAGE DE L'HOMME DAHS U GBÊATION. m 

SQn aspect général la position de l'homme dans la 
nature terrestre. En terminant ce chapitre sur 1 o-^ 
rigine des êtres, cette contemplation continuera de 
nous montrer un gouvernement intellectuel dans 
ia marche ascendante de la création. 

L'hypothèse zoologique qui regarde l'homme 
comme descendant de quelque race simienne an* 
thropoïde n'est ni immorale ni antispiritualiste. 
Ceux qui Tont embrassé^ en ces derniers temps ne 
l'ont point fait dans le but d'être hostiles au christia- 
nisme et de professer des idées païennes ; c'est au 
contraire malgré de fortes préventions en faveur de 
là supériorité de nos parents primitifs dont ils au- 
raient dû se regarder comme des descendants abâ-. 
tardis. Nous ne comprenons pas au surplus que. 
des savants dignes de ce nom éprouvent qudque> 
puéril plaisir à « faire une niche » au christia- 
nisme ; et nous croyons que la science doit discu- 
ter ses problèmes sans s'occuper en aucune façon 
des articles de foi. 

Déclarons d'abord que le premier caractère de 
l'homme est son intelligence. Or sa place philosO' 
phi^e n'appartient pas aux classifications d'histoire 
nahirelle. Par sa perfectibilité, dontla cause princi- 
pale doit être attribuée au langage^ par son intelli- 
gence et' sa raison, par ses facilités spirituelles, en 
un mot, l'homme domine la nature terrestre tout 
entière. Son esprit netombepassous le domaine du 
scalpel. La valeur de Fhomme ne consiste pas dans 
son corps, dans son squelette, dans son foie ou dans 
sa rate, mais dans son caractère intellectuel. Or, que 



<rsi- 



m LIVRE n. — U TIE. 

notre corps descende d'une source ou d'une autre, 
peu importe à notre âme. Le monde de rinlelli- 
gence n'est pas le monde de la matière. Nous n'en 
sommes ni moins grands ni moins purs. Ce n'est. 
que par étroitesse d'esprit que l'on fait entrer dans 
la philosophie psychologique des craintes imagi- 
naires suscitées par la science zoologique. Si notre 
berceau* terrestre, comme celui de Jésus, fut la 
crèche d'une grossière 'étable, notre vie et notre 
mission n'en sont ni moins saintes ni moins élevées. 
Notre supériorité consiste dans nos facultés intellec- 
tuelles. « Le corps de l'homme, dit le naturaliste 
anglais Wallace, était nu et sans protection ; c'est 
l'esprifqui Ta pourvu d'un vêtement contre les in- 
tempéries des saisons. L'homme n'aurait pu lutter 
de rapidité avec le daim, ni de force aveô letaureau 
sauvage^, c'estrespritqui luia donné des armes pour 
prendre ou dompter ces deux animaux. L'homme 
était moins capable que les autres animjaux de se 
nourrir des herbes et des fruits que la nature fournit 
spontanément ; c'est cette admirable faculté qui lui 
a appris à gouverner la nature, à la diriger à ses 
fins, à lui faire produire de la nourriture, quand 
et où il l'entend. Dès le moment où la première 
peau de bête a été employée comme vêtement, où 
la première lance grossière a servi à la chasse, 
où la première semence fut semée, et la première 
pousse d'arbre plantée : dès ce moment une grande 
révolution a été accomplie dans la nature, une ré- 
volution qui n'avait pas eu sa pareille dans tous 
les âges de Thistoirédu monde; car un être main* 



PLAGE DE yHOIIM& DAHS Ik CRÉATION. S» 

tenant existait, qui n'était plussujet à changer a^eQ 
les changements de Tunivers, un être qui ëtaît^ 
dans un certain degré, supérieur à la nature, puis- 
qu'il possédait les moyens de contrôler et de régler 
son action, et pouvait se maintenir en harmonie 
avec elle, non en modifiant sa forme corporelle^ 
mais en perfectionnant son esprit. » C'est uniquor 
ment ici que nous voyons ia vraie grandeur et la 
vraie dignité de l'homme K > 

La place anatonUque de Thomme occupe leo 
échelons supérieurs à celui sur lequel le chimpanzé 
est a^sis ; la différence entre le cerveau du nègre 
et celui de ce primate n'est pas plus grande que 
celle qui sépare le chimpanzé du sajou et surtout 
des limuriens. Après le chimpaitzé (troglodytes)^ 
viennent, dans Tordre décroissant, Torang (pithce 
eus), le gibbon (hylobates), le semnopithèque, le 
macaque, le babouin, etc. Comme l'a écrit Ë. Geot*| 
froy Saint-Hilaire, dans une célèbre querelle avec 
Cuvier, F homme est la première famille de l'ordre 
des primates établi par Linné au siècle dernier. 
n importe de remarquer ici que nous parlons au 
point de vue anatomique seulement. Tout autre 



< De grands esprits de notre époque ne partagent pas ces idée^ 
et considèrent l'humanité comme une race dégénérée. Nous nouf 
permettrons de faire remarquer comme exemples, que M. tou- 
sin à qui nous en parlions en commen^nt cet ouvrage (1S65) sou' 
tenait cette dernière croyance, et que H. de Lamartine auquel 
Doas soumettons la même question en corrigeant ces épreuves 
[mars 1S67) regarde les races aryranes comme ayant été bien 
supérieures à la société actuelle. — Le problème est encore loin 
d'être résolu; mais la vérité n'en est pas moins que le caractère 
df l'homme consiste dam son intelUgeoce progressive. 



-.- (TJ-*- 



S24 LÏVHB îi: - LA YIB. 

genre de raisonnement met en défaut les classifica- 
tions précédentes . Mais nous sommes d'avis que lors- 
qu'on fait de Tanatoniie, il faut faire de Tanatomie. 
Nous aurons lieu, dans le chapitre suivant, de 
suivre la comparaison entre Thomme et le singe 
par l'étude des cerveaul. 

La place géologique de Thomme recule Porigine 
de notre espèce à Tépoque lointaine- où vivaient 
encore des races antédiluviennes, aujourd'hui dis- 
parues : le cerf à bois gigantesque, Tours des ca- 
vernes, le rhinocéros tichorinus, Felephas primi- 
genius, le mammouth, le renne fossile, etc. La plus 
ancienne daté connue de la présence de Thomme 
est de beaucoup postérieure à Tapparitioii de la 
faune et de la flore actuelles ; mais on compte un 
certain nombre d^eépéces qui n'existent plus de nos 
jours et furent contemporaines de l'homme. Les 
anciens restes humains trouvés dans les récifs de 
coraux de la Floride, dans les cavernes du Langue- 
doc et de la Belgique, le squelette déterré près de 
• Dusseldorf,le crâne de la caverne d'Engis, celui de 
Borreby, en Danemark, Thomme fossile du Puy et 
de Natchez, sur le Mississipi, les restes humains 
trouvés dans le Lœss, de.Maestricht, dénotentdans 
les variétés humaines primitives un état d'infériorité 
manifeste, et les rapprochent singulièrement des 
sauvages d^aujourd'hui et même des singes anthro- 
poïdes. 11 est incontestable aujourd'hui quel'homme 
vivait avant la période glaciaire et dès le commen- 
cement de Tépoque quaternaire. 

La place archéologique de l'homme s'accorde avec 



PLACE DE L'HOMIIB BANS LA CREATION. 225 

les précédenles en faveur de la Ihéorie du progrès. 
Qui pourrait douter aujourd'hui de Tâge de pierre 
et de Tâge de bronze par lesquels l'humanité a 
passé avant l'invention de tout art et de toute in- 
dustrie, âges dont on retrouve les vestiges à la sur- 
face entièrç du globe.* Et quelle ancienneté donner 
à ces âges : L'âge de pierre, en Danemark, coïnci- 
dait avec la période de la première végétation, ou 
celle des pins d'Ecosse, et en partie avec celle de la 
seconde végétation, celle du chêne. L'âge de bronze 
s'est déroulé pendant l'époque du chêne, car c*est 
dans des couches de tourbe où le chêne abonde que 
l'on a trouvé les épées et les boucliers de ce métaL 
Avant lui il n'y avait pas de hêtres. L'âge de fer, 
moins ancien, correspond au bouleau. Combien de 
temps dura le premier âge ? Le bronze étant un 
alliage d'environ neuf parties de <îuivre sur une 
d'étain, l'apparition des premiers outils dénote un 
état d'industrie non élémentaire. La fusion des 
minerais et la décoration lente des objets coulés 
n'ont pu se faire qu'après de longs tâtonnements. • 
A quelle époque doit-on rattacher les villages 
lacustres de la Suisse et les quarante mille pilotis 
de Wangen? Djbs fouilles ont révélé l'existence de 
vingt villages sur le lac de Genève, douze sur celui 
de Neufchâtel, dix sur celui de Bienne, contempo- 
rains de l'âge de pierre et de l'âge de bronze. Ceux 
de l'Irlande (Crannoges) paraissent être de la même 
époque. Ces villages castoréens devaient offrir quel- 
que ressemblance avec ceux décrits par Dumont- 
d'Brville à la Nouvelle-Guinée. Les ossements^ trou- 

13. 



f-* 



t» 



LIVRE II. — LA TIE. 



vés par H. Lartet dans la caverne d'Aurignaç sont 
contemporains de la hyène des cavernes et du rhino^ 
eëros aux narines cloisonnées. Ces tbienlongtemps 
après que Thèbes et Memphis, capitales de la haute 
et de la basse Egypte, atteignirent leur haut degré 
de splendeur, et que les quarante pyramides furent 
élevées, types d'une civilisation lentement dévelop- 
pée, avec une forme spéciale de culte, de splen- 
dides cérémonies, un singulier style d'architecture 
et d'inscriptions, et Tendiguement des fleuves. Ces 
gloires cependant étaient évanouies depuis long- 
temps avant Homère, a II a fallu, dit Lyell*, pouc 
la formation lente et graduelle de races comme la 
race caucaèique , mongole ou nègre, un laps de 
temps bien plus grand que celui qu'embrasse au*' 
cun des systèmes populaires de chronologie. x>. 

A, la question de connaître la date chronologique 
exacte de l'apparition de l'homme sur la terre, la 
science ne répond pas encore. D'ailleurs si Thomn^ 
n'est pas apparu spontanément, cette date n'existe 
pas. Quant aux vestiges de l'humanité ou de 
l'homme lui-même, les opinions (car il n'y a guèrç 
ici que des opinions) sont fort vagues et très-var 
riables. Une brique cuite^ trouvée à la profondeur 
de dix-huit mètres, entre Assouan et le Caire, serait 
âgée de treize mille ans, en admettant l'augmenta- 
tion du dépôt de vase du delta du Nil de quinze 
centimètres par siècle. La plus basse estimation du 
temps nécessaire pour former le delta du Mississipi 



Principles of geology 



PROGRESSIQIf I^B L'HOMME PAR SON ESPRH. 237^ 

est de cent mille aas^ Le squelette huottiin, trouver 
près de la Nouvelle*Orléaos , à cinq mètres, par. 
dessous quatre forêts ensevelies, n aurait pas moins^ 
de cinquante mille ans, d'après le docteur DoMfler 
(ce chiffre nous parait exagéré). Agassiz a calculé, 
que les formations des récifs de coraux de la Flo^s 
ride attestent cent trente-cinq mille ans. Les silex 
taillés, trouTés en difiTèrent^ points du globeet par-; 
ticulièrement dan$ la vallée de la Somme, parais 
sent avoir servi d'armes à une, race humaine sépa*. 
rée de nous par un intervalle d'une dizaine de 
siècles. I 

L'archéologie s'accorde avecies récits des histo-i 
riens et des poétesde l'antiquité^ Hérodote, Diodoroi 
Eschyle, Vitruve, Xénophon, Pline, sur l'état prîmit 
tivement barbare dé la race humaine et sur ses 
refuges choisis pairmi les cavernes. Mais on peut 
regarder cet état comm^ en dehors de notre his^ 
toire, et la chronologie, qui remonte jusqu'à l'époque 
déjà mystérieuse des grandes migrations aryennes^ 
à plus de dix siècles en arrière, s'égare danf 
une nuit profonde lorsqu'elle cherche à sonder noî 
vraies origines. i 

Tout ce que notis pouvons afprmer^ c'est que 
l'humanité est beaucoup plus ancienne qu eane la 
cru jusqu aujourd'hui, et qu'elle a commencé paô* 
les échelons inférieurs aVant de s'élever à la noi- 
tion de la justice et de la morale. S'il nous était 
permis de remonter à ces époques, nous ne saut- 
rions reconnaître la civilisation intellectuelle de 
notre ère dans l'obscurité des âges barbares, alors 



«28 ilYRE n. —U VIB. " 

que ^intelligence à son premier éveil s'efforçâitde 
se dégager des puissantes étreintes de la matière. 

Nous préférons avouer cette ancienneté et cette 
origine possibles de notre espèce, sans scrupule 
pour le spiritualisme et sans suivre le mauvais 
exemple de ceux qui font intervenir les croyances 
religieuses à tout propos et hors de tout propos ; 
nous constatons les faits et notre ignorance avec la 
plus sincère franchise, car houls sommés iiitime-, 
ment persuadé que deux vérités ne pouvant étrç 
opposées Tune à Tautre, la scrénce de la nature nt 
peut porter atteinte à la cause de l'Être suprême.' 
Comme le dit Helmholtz, les hommesont coutumede 
mesurer la grandeur et la sagesse de F univers à U 
durée et à l'avantage qui leur en reviennent; mai^ 
l'histoire des siècles passés de îiotre globe montré 
combien est encore infiniment petit le nàoment Aè 
Texistcnce de l'homme par rapport à la durée dif 
globe. ' 

La science n admet pas volontiers la doctrine d^ 
l'apparition miraculeuse du premier couple hu- 
main, a Si la source originelle de Tespèce humaine 
avait été réellement douée de facultés intellect 
tuellès supérieures, dit sir Charles Lyell, sî s^ 
science lui avait été inspirée, et si elle avait pos- 
sédé une nature perfectible comme sa postérité^ 
l'état d'avancemçnt auquel l'humanité fût parvenue 
aurait été singulièrement plus élevé. Peiida'tit ces 
âges, il y aurait eu le temps de se produire des 
progrès dont nous pouvons difficilement nous for- 
mer une idée, et les caractères les plus diflërenfs 



PROGRESSION DE L'HOUME PAU SON ESPRIT. 2^0 

aur3ient été imprimés aux objets travaillés, que 
nous çhercbons maintenant à interpréter. Dans les 
sablières de Saint-Acheul, comme dans la portion 

*du lit de la Méditerranée soulevée sur les côtes de 
Sardaigne, au lieu de la plus grossière poterie, au 
lieu d'ustensiles en silex d'une forme si irrégu- 
lière et si inachevée, qu'un œil peu exercé puisse 
hésiter à attribuer à une main mue par une volonté, 
nous trouverions maintenant des objets sculptés 
bien supérieurs aux chefs-d'œuvre de Phidias et 
de Praxitèle, nous découvririons des chemins de 
fer et des télégraphes électriques où nos ingénieurs 
puiseraient d'inestiiçables renseignements; nous 
en verrions sortir des microscopes et des instru- 
ments d'astronomie d'une construction plus avan- 
cée qu'aucun de cejix qu'on connaît en Europe, et 
une multitude d'autres preuves d'une perfection 
dans les sciences et dans les arts dont le dix-neu- 
vième siècle n'a pas encore été témoin. Ce serait 
en vain que nous épuiserions noire imagination à 
deviner Fulililé de. pareilles reliques; ce seraient 
peut-être deà machines de locomotion aérienne ou 

• pour le calcul des problèmes arithmétiques, appa- 
reils hors de proportion avec les besoins ou même 
la conception des mathématiciens vivants. » 

Cette explication physique de Forigine des es- 
pèces n'arrache pas le sceptre aux mains du Gou- 
verneur du monde. Nous avons déjà signalé plus 
haut la déclaration de Darwin en favepr du senti- 
ment religieux ; et il nous semble que sur les con- 
séquences immédiates d'une doctrine, on doit plu- 



.,' r 



250 umnih'i^ihkiNm, i 

tôt'S'en rapporter i Fopiniôh ^duiœàltre.qu'à celle 
des disciples indisciplinés. Ch. Lyell émet les 
hiémes convictions en citent la déclaration sui- 
vâtilé dians^ lâqliellë le géologue Asa 6ray fait* 
très-bien ressortir que la doctrine de la variation 
et de la sélection naturelle n'a ancune tmdance à 
saper les fondements de la théologie natarelle, 
et que T hy potiiôse de la > dérivaii<^&! des espèces 
nW contraire à aucune* des saines idées sur 
Phisloire dti k nature. <2Noui& pouvons nous 
imaginer que ^ les événements, «t en général les 
opénatloné de la nature se produisent simple- 
ment en vertu ^ de = forces communiquées dès le 
principe et 6ail^ aucuiie ùitei^entiDn' ultérieure ; 
ou bien nous pouvons admettre qu- il y ait eu de 
temps en teulpsj et seulement de temps en temps, 
une^iriter^ention de la Divinité ;; et nous pouvons, 
enfin, encore' supposer qpe tous les changements 
4ui se produisent sont le résultat de l'action mé- 
thodique et constante, mais infiniment tariée de la 
cause intelltgeTite et créatrice/ Ceux, qui veulent 
absolument que F^rigine d'un individu, aussi bien 
que Pprigine d'urie iespèce .o« d'un genre, ne 
puisse s explique]^ i(ae. par Faction directe d'une 
cause créatrice, peuvent, sans abandonner leur 
théorie favorite, admettre la doctrine de la trans- 
mutation, qui ne lui est point incompatible. L'en- 
semble et la succession des phénomènes natu- 
rels peuvent n'être que Papplication matérielle 
d'un arrangenlent conçu à Tavance, et si cette 
succession des événements peut s expliquer par la 



LA loi .'BU PBOGRtS. -m 

transmutation; l'ada^tatiôa perpétuelle du monde 
organique à de nouTeUes conditions laisse aussi 
puissant que jamais ^argument en faveur d'un 
{dan etpar coiiséqueiitd'un architecte; » Il Ae nous 
semble pas, en effets que Fathèisme. puisse rien 
gagner à cette hypdthèse, pas plus qu'à nulle autre 
théorie naturelle. . 

Quant au reproche de matérialisme imqputé à. 
toutes^ les formes 4e la théorie du développementi 
nôus! avons, déjà vu plus haut que la théorie de la 
gràvikitiony cofBQoe.iîtt grand . nombre d'autres dé* 
cotiyértesî fut accusée d'être subversive de la reli- 
gibn naturelle. Où en serait-on s'il fallait écouter. 
les plaintes de tous les' théologiens transis? ^ r 

Loin d'avmr une tendance nsiatériaili$t6) cette» 
hypothèse de Pintroduciîon sur» la terre, à desi 
époques géologiques successives, r^ d!abord de la. 
vie, puis de la sensation, puis de Tinstinct, ensuite; 
dé l'intelligence des mammifères supériieurs et 
voisins de la raison, et enfin de la raison perfecr 
tiblè de l'Homme lui-même, — nous paitaltau con.-. 
traire le développement' d'un plan grandiose et 
admirable, et nous présente le tableau de la prédo^ 
minàinci^ toujours croissante de l'esprit sur la ma*: 
fièrè. . , j 

«Nous nous saddfmes un peu . appesantis* sur lei 
rapports de l'homme aux aniÈnaux qui l'ont pré? 
cédéj quelque mystérieux que soient encore ces 
rapports véritables. Nous croyons avec Pascal que 
ces comparaisons ont leur importance. « Il est 
dangereux, disait l'auteur des Pensées, de trop 



S3S LIVRE II. — U VIE. 

faire Yoir à l'homme combien il est égal aux bêles, 
sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangé,- 
reux de lui trop faire voir sa grandeur sans sj 
bassesse. Il est encore plus dangereux de lui 
laisser ignorer l'un et l'autre. Mais il est Irès- 
avantageux de lui représenter l'un et l'autre. » 
Quoique le problème de l'antiquité et de l'origine 
de l'espèce humaine soit tout autre pour le géo- 
logue que pour l'archéologue ou l'ethnolàgiste, il 
n'en est pas moins avéré que l'humanité date 
d'une époque plus reculée qu'on a coutume de 
le croire^ Quoique ce même problème se définisse 
diversement pour la zoologie ou pour la théologie^ 
iln'en.est pas moins probable non plus que nos an.- 
çétres n'étaient pas supérieurs à nous, et que \f 
progrès est manifesté dans rhumanîtjé au^si |)ief 
que sur l'échelle entière de la création. Or, 
nçus. le demandons aux esprits de bonne (ol; 
en quoi la croyance à l'antiquité de l'homm^, 
voire même à son origine simienne, blesse-t 
elle la croyance au Dieu absolu? Que la vie 
soit apparue sur la Terré, qu'elle se soit dévej- 
lopp^e suivant les lois organiques, et que du végé;- 
tal à l'homme la création antédiluvienne, ns^ii 
formé qu'une même unité : en quoi cette hypo- 
thèse détruit-elle Taction divine? Ici, comme pré; 
çédëmment, la matière n'a-t-elle pas obéi à.^e^ 
fo^'ces? La vie des êtres n'est-elle pas une foreç 
spéciale, régente des atomes, directrice de tou$ 
leurs mouvements? Dans la théorie de l'éleciiqi^ 
naturelle en particulier, n'est-ce pas la force vitale 



LA DIREGtION YERë LE PROGRÈS. 935 

• * * 

qui dirige îa marché du monde? Ici comïhe par- 
tout la matière n'eât-elle pas esclave^ la fotce sou- 
veraineî Et en admettant même la plus large in- 
fluence des milieuk sur la transformation dé^ 
organes, cette transformation n'est-elle pas tou^ 
jours l'effet de la vie, et de la vie régie par l'intel- 
ligence et douée d'une sorte d'obéissance active à 
la loi intellectuelle du progrès ? . 

En .ouvrant la question de Tàppropriatiofi dés 
organes aux fonctions qu^ils doivent renfiplir, et de 
la construction homogène de chaque espèce, de- 
puis ses dents jusqu*^ ses pieds, suivant son rôle 
sur la scène du monde, nous entrons dahs le do- 
maine de là destination des êtres et dés cliosés'. 
la discussion de' ce vaste problêrtië fera Pbbjèt de 
notre livre IV. ' ' "' ' ' - '1 

Ainsi, pour nous résumer, nous veriorife de dé- 
montrer que, soit au point de vue de la çîrcùlâtîbit 
de la matière dans les êtres vivants^ soit au' poîht 
de vue de l'origine et de la permanence de la vié^, 
cette vie est constituée par^uné force unique et cen- 
trale pour chacun des êtres, qui dispose la matière 
organisable suivant un plan dont l'individu doit 
être Texpression physique. Noâ adver^aii'es sont 
réfutés sur tous lés points dans ce secOïid livré 
comme dans le premier. Ils ne soutiennent plu^ 
leur hypothèse matérialiste, et dans leurs exagéra- 
tions les plus téméraires servent au contraire notre 
thèse, car en voulant que la matière soit capable de 
tout, ils lui substituent sans s'en douter Tidée même 
de la force. Nous espérons que nos inconséquents 



UVRE II. — U VIK. 

rs sontmainteDantsalisfaits surcechapitre. 
de passer au suivant, nous les prions de 
ler, pour l'édification de leur petite vanité, 
îrccset Aristoteméme étaient plus avancés 
car les racines force et vie liaient pour euy. 
nés, et te philosophe de Stagire avait déjà 
ce grand fait que « l'âmë est la cause effi- 
tle principe organisateur du corps vivant.» 
pas la peine de faire un si grand étalagede 
pour descendre au-4essous des Grecs. 



L'AME 



Errenr d«« psychologues et des métaphysicteni qnl dédiignent 1« 
Iranui de la physioloRie. — Physiologie aiiiitomique du cer- 
leau, — Rapports da cerveau et de U pensée. — Ces rapports 
ne prouvent pas que la pensée soit une qualité de la substance 
cfirébrale. — Discussion et preuves contraires. — Que l'esprit 
rtgne sur te corps. — Erreur d'assimiler la pensée à une sé- 
crétioa ou i uiie combinaison chimique. — Quelques déSni- 
tions naiies des matérialistes. — Absurdité de leur hypothèse 
et de ses conséqucneei. 



le géologue .^gassit a Tormulé, il y a long- 
temps déjà, celtJ rétlexion fréquemment appli- 
cable : a Toutes les fois qu'un fait nouveau et 
saisissant se produit au jour dans la science, les 
gens disent d'abord ; — Ce n'est pas vrai. En- 
suite,: — C'est contraire à la religion. Et à la fin ; 
- 11 j a longtemps que tout le monde le savait. » 
En effet, la vérité a deux sortes d'adversaires : 
les sceptiques du matérialisme et les sceptiques du 

Si l'on s'étonne a bon droit que les physiolo- 



' I 



9$8 LiVaE m. -- L'AVË. 

gistes adorateurs de la matière osent proclamer 
avec l'accent de l'autorité et de la certitude que 
Thomme, aussi bien que le chœur tout entier de la 
vie terrestre, n'est qu'un produit aveugle de h 
matière, on peut s'étonner à meilleur droit encore 
qu'il y ait à notre époque des esprits cultivés et 
même célèbres, qui soient restés si complétemeat 
en dehors du mouvement des sciences chimiques 
et physiques, qu'ils ignorent jusqu'aux plus ba- 
nales : objections que ces sciences présentent à 
ridéalisme, et qu'ils ne se doutent pas le moins 
du monde des modifications nécessaires appor- 
tées par ce, mouvement dans toutes les concep- 
tions, de la pensée humaine. 

Ainsi, nous avons encore aujourd'hui des sa- 
vants, philosophes, théologiens, métaphysiciens, 
penseurs (dont les noms plus ou moins illustres 
pourraient être alignés ici si nous en sentions 
l'opportunité), qui parlent de Dieu, de la provi- 
dence, de la prière, de Tâme, de la vie future et 
présente, des rapports de la Divinité avec le 
monde, des causes finales, delà marche des évé- 
nements, de l'indépendance de l'esprit, des for- 
mules de l'adoration, des entités spirituelles, etc., 
dans les mêmes termes et dans le même sens 
qu'en parlait la* scolastique au seizième siè- 
cle. Ces sortes de parleurs immobiles sont plus 
curieux et plus inexplicables encore que les 
précédents. A les entendre affirmer, sur leur ton 
magistral, les propositions les plus contestables, 
à les voir ignorer les difficultés si rudes que des 



MËTAPfl¥SIGIEIfS 1SÏ SCÔLàSTIQUES. fS^ 

âtnes plus dairvoyaMeâ oÀt tant^ dé i^ëîne à sur- 
monter, à les observer exposant daTis leur verye 
intarissable et dans leur steui'itô naive leurs prë- 
tendues inattaquables vérités, on éroirait vraiment 
qu'ils se sont endormis ^ <^tte année mémorable, 
où Copernic, mourant, recevait le premier exem* 
plaire de son livre De revolutianibusy et qillls ie 
réveillent seulement* aujourd'hui dans Tincon- 
science des révolutions irréels. Comtlie ces eà- 
pnts, hélas 1 sont très-nombreufx, et qu'ils rallient 
encore autour d'eux un nombref considérable de 
partisans, il est bdn de donner à tous une idée diés 
faits dont ils devraient tenir compte, et de leur 
montrer que ce n'est pas à eui qu'il appartient de 
garder le dépOt grossissant du trésor humain s'ils 
persistent ainsi à dormir de leur triste sommeil. 

Ceux-là quidécriventminutieùsemisntla nature et 
les fonctions de Tftme ; qui expliqueht parfaitement 
en quel moment,' parquai moyen die iptenS posses- 
sion du corps dé l'èUfant au sein de la mère, et 
semblablement par quelle porte elle s'échappe au 
dernier soupir; qui racontent ^ous quelle forme elle 
parait devant Dieu et reçoit dans Tautreinondeta ré^ 
compense ou la punition, temporaires* oti éternelles, 
de ses actions pendant la vie; qui mettent en évidence 
son mode de communion avec son Créateur; qui pré- 
tendent qu'elle est complètement indépendante de 
l'organisme, qu elle règne sur la matière d'après les 
idées innées qu'elle apporte en s'incairnant, qu'elle 
peut dominer cette ^inatière comme^ une chose 
étrangère, persécuter son corps en lui refusant, par 



:î 



Md LIYRB m. — L*ÂMB. 

lé jeûne, les macérations et Tabstinence, la satis- 
faction de ses besoins; qui exposent en détail l'his- 
toire de Tàme, pur esprit descendu sur la terre 
^mme en une vallée d'épreuves; — en' un mot 
ceux-là qui, à quelque religion, à quelque croyance, 
à quelque système, à quelque pays qu'ils appartien- 
nent, perdent leur éloquence et leur temps à expli- 
quer longuement des solutions qui ne résolvent 
rien et des signes qui ne signifient rien ^, ceux-là, 
dis-je, doivent être invités à méditer les observa- 
tions apportées d'année en année par le progrès 
des sciences positives. Et comme ces observations 
^constituent précisément la base des conclusiims 

w 

matérialistes, notre double devoir est de les exposer 
d'abord, afin déjuger ensuite si les conclusions sont 
légitimement conclues. 

Les hommes qui traitent les questions avec le 
plus de dédain et les jugent avec le plus d'assurance 
sont ordinairement ceux qui les connaissent le 
moins, par cette raison bien simple que ne les 
allant pas approfondies ils ne se doutent . pas des 
.difficultés qu'elles présentent au scrutateur. Nous 
avons encore aujourd'hui des métaphysiciens qui 
arment les yeux pour mieux se voir en eux-mêmes 
^t qui n'ont aucune idée de la méthode expérimen- 

' « n faut que je l'avoue, disait assez franchement Voltaire [Dici. 
phil.t art. âke) lorsque j'ai examiné l'infaillible Aristote, le doc- 
ieur évangélique, le divin Platon, j'ai pris toutes ces épithètes 
pour des sobriquets. Je n'ai vu dans tous les philosophes qui ont 
parlé de Tàme humaine, que des aveugles pleins de témérité et de 
babil, qui s'efforcent de persuader qu'\ls ont une vue d'aigle^ et 
d'autres curieux et fous qui les croient sur leur parole, et qui s'i- 
maginent aussi de voir quelque chose. > 



PHYSIOLCMÎIE DU GEEVEAU/ Ml 

taie. Ceux-là donc qui répètent depuis cinq cents 
ans, sans se douter de la difficulté qu'il y a à sou- 
tenir cette proposition, que Tâme est un être iii- 
camé dans le corps et indépendant de ce corps, 
feront, bien de réfléchir sur la succession des faits 
que nous, allons développer ici. 

Quelque opinion que Ton ait sur la nature de 
Tesprit, on ne peut douter que le cerveau ne soit 
l'organe des facultés intellectuelles. Examinons.sa 
structure. Cette structure, dit Cari Vogt S est ex- 
trêmement compliquée ; il n'y a dans le corps hu- 
main aucun organe qui, avec un nombre propor«- 
tionnellement aussi jpetit d'éléments anatomiques 
constituant sa substance, possède une si grande 
quantité de parties différemment conformer et 
prouvant évidemment, par leur forme extérieure^ 
leur structure interne, leur position et leurs rap- 
ports mutuels, qu'elles président à des fonctiobs 
spéciales, à la fixation desquelles on n'est pas en- 
core arrivé. 

Quant aux parties élémentaires qui composent la 
substance cérébrale de Thomme et des animaux, 
elle forme deux groupes principaux : une substance 
grise, tantôt plus ou moins noirâtre ou jaunâtre, 
qui offre à Tœil nu une apparence assez homogène, 
et une substance blanche, dans laquelle Tœil nu 
peut' distinguer des faisceaux plus ou moins appa-. 
rents, courant dans des directions déterminées. La 
substance grise forme certainement le foyer prin- 



Uç(nu iur Vhomme, UI. 

14 



243 • . LIVRE m. -. L'AME. 

cipal de l'activité nerveuse ; la blanche, par contre, 
parait être la partie conductrice. 

S'il s'agit de concevoir les rapports de la struc- 
ture cérébrale avec le développement intellectuel, 
c'est surtout sur la substance grise et sur les points 
qui sont en grande partie formée par elle, qu'il faut 
porter de préférence son attention. 

Le cerveau est partagé en deux hémisphères la- 
téraux, par un sillon profond qui suit sa ligne mé- 
diane, etdans lequel pénètre un repli de la dure-mère 
nommé la faux du cerveau. Un second repli de la 
même membrane, nommé tente du cervelet^ est 
tendu horizontalement dans la région postérieure 
de la tête, et sépare le cervelet des lobes posté- 
rieurs du cerveau qu'elle supporte. Le' cerveau 
proprement dit forme donc ainsi un tout complet 
qui, d'après le témoignage du développement em- 
hryplogique et de l'anatomie comparée, s'étend et 
finit par dominer et comprimer sous lui toutes les 
autres parties. Cette extension augmente dans la 
série des animaux à mesure que ceux-ci s'élèvent 
dans l'échelle, avec une tendance marquée vers le 
. type du cei*veau humain. 

Examiné en dessus, chaque hémisphère semble 
former une masse distincte, présentant â^sa surface 
une quantité de sillons coritournés, séparant des 
bourrelets intestiniformes ou circonvolutions. Les 
deux hémisphères sont généralement semblables. 
Us sont divisés en trois segments se suivant et qui 
sont d^avant en arrière • les lobes frontal, pariétal 
et occipital. Vu de côté, il y aurait à ajouter : le 



PHYSIOLOGIE DU CERVEAU. ItS 

lobe inférieur temporal, et, en outre, un petit lobe 
caché qu'on a nommé File, ou lobe central. 

Les anatomistes anciens n'ont accordé que peu 
d'attention aux circonvolutions, d'autant moins 
qu'ils n'a vaient pas tardé à reconnaître que les deux 
hémisphères ne sont pas entièrement symétriques. 
On considérait donc la distribution des circonvolu- 
tions comme fortuite, ou, selon la remarque d'un 
observateur, comme <k un tas d'intestins » jetés au 
hasard, de sorte que leS| dessinateurs avaient l'habi- 
tude de les représenter à leur fantaisie sur les 
planches anatomiques. 

Les observations plus approfondies de ces derniers 
temps ont cependant«appris que ce beau désordre 
est un effet de Part de la nature, et qu'il existe un 
plan défini, un certaine loi, qui jusqu^alors navaii 
pas été remarquée, parce qu'on avait trop exclu- 
sivement borné les recherches à l'homme seul. Il 
arriva aux naturalistes ce qui arrive aux hommes 
peu versés dans l'architecture, qui, au milieu de la 
profusion d'éléments qui surchargent un style, 
ne peuvent en déchiffrer le plan fondamental. 
D'après les dernières recherches, ces etreonvolU" 
tions du cerveau seraient même d'une importance 
capitale, et nous en parlerons avant de nous oc- 
cuper dés rapports de volume et de poids. 

Cette forme du cerveau, selon Gratiolet, est 
propre au singe et à l'homme, et il y a en mém$ 
temps dans les replis du cerveau, quand ils appa- 
raissent, un ordre général, une disposition dont le 
type est commun à tous ces êtres. « Cette uniformité 



244 LIVRE ni. - L'AME. 

dansla disposition des plis cérébraux, dans Thomme 
etdansles singes, dit ce physiologiste, est digne au 
plus haut point de Fattention des philosophes. De 
même il y a un typeparticuliçr deplissement cérébral 
dans les makiSy les ours, les felis, leschiens, etc., et 
dans toutes les familles d'animaux enfin. Chacune 
d'elle a son caractère, sanorme, et danschacundeces 
groupes, les espèces peuvent être aisément réunies 
d'après la seule considération des plis cérébraux*.» 
Il parait que la pensée est en raison du nombre 
et de rirrégularité des circonvolutions. L'homme, 
l'orang-outang et le chimpanzé ont des circon- 
volutions ^ sur le lobe moyen ; chez les autres 
espèces de singes et dans le rçste des animaux, ce 
lobe est absolument lisse. La figure de ces sillons et 
de ceux qui décrivent des méandres irréguliers sur 
les autres lobes, est d'autant plus irrégulière que la 
pensée est plus caractérisée. Les animaux qui vivent 
en société, comme le phoque, les éléphants, les che- 
vaux, les rennes, les moutons, les bœufs, les dau- 
phins, offrent un dessin moins régulier que les 
autres. Ce qui, à ce point de vue, distingue surtout 
le cerveau humain de celui des singes, c'est que, 
parmi les circonvolutions qui se dirigent du lobe 
occipital vers le lobe temporal, il en est deux qui 
existent chez l'homme et n'existent paS' chez le 
singe, et c'est l'un des plus grands contrastes qui 
séparent les deux cerveaux K 

* Gratiolet, Annales des Sciences natur,, 5* série, t. XIV/p. 186. 

* Tiedemann, dos Hirn des Negers mit detk des Ettropaers 
wtd OravrOutang verglichen. 



CERVEAU. — aRGONYOLUTIONS. 215 

Dans les espèces animales et dans l'espèce hu- 
maine, la supériorité de Pintelligence parait d'au- 
tant plus élevée, que les anfractuosités du cerveau 
montrent plus de sinuosités, plus de profondeut 
dans les sillons, plus d'empreintes et de ramifica- 
tions, d'asymétrie et d'irrégularité. Les stries, très- 
visibles sur le cerveau de l'adulte, ne se montrent 
pas sur celui de Fenfani ; le cerveau de Beethoven 
présentait des anfractuosités une fois plus pro- 
fondes et plus nombreuses que celles d'un cerveau 
ordinaire *. 

Quelques anatomistes pourront répondre, il est 
vrai, que de grands animaux, fort stupides, tels que 
Tâne, le mouton, le bœuf, offrent plus de circon- 
volutions sur leur cerveau que des animaux plus 
intelligents, tels que le chien, le castor, le chat. 
Mais il ne faut pas oublier les mathématiques, et se 
souvenir que les volumes sont entre eux comme les 
cubes des diamètres, tandis que les surfaces ne 
sont entre elles que comme les carrés. Le volume 
d'un corps qui s'agrandit croît plus rapidement que 
sa surface. Calculons sur un exemple : Une sphère 
de 2 mètres de diamètre mesure Î2'",566 en sur- 
face et 4°',188 en volume ; une sphère de 3 mètres 
de diamètre mesure 28°*,27o en surface et 14",li3 
en volume (|iuR' monte plus rapidement que4TiR*). 
Le volume du cerveau du tigre est à son corps 
dans le même rapport que chez le chat, mais la 
surface se trouve proportionnellement plus petite, 



' Wagner Procèi^verhal de dUsectUm* 



816 < LITRE III: -* L'AME. 

et pour atteindre un développement égal, il faut 
qu'elle se replie et s enroule. 

Ces cirvonvolutions ont leur importance sans 
doute ; mais il a été naturel de penser que le poià 
comparatif du cerveau chez les différentes espèces 
doit avoir une importance noi^ moindre, et que 
ses variations dans l'espèce humaine doivent être 
jwrises en considération. Il semble en vérité queses 
effets soient en proportion de sa masse. Il est 
plus petit chez Tenfant et chez le vieillard que 
chez rhomme mûr. L'âme de Teafant parait se dé^^ 
velopper à mesure que la substance cérébrale se 
développe elle-même. 

Le poids normal d'un cerveau humain est de trot^ 
livres à trois livres et demie\ Celui des idiot? 
descend parfois jusqu'à une livre. Celui de Cu^ier 
pesait plus de quatre livrçs, 

La grandeur^ la forme^ le mode de la composition 
du cerveau sont en même temps invoqués par nos 
anatomistes comme corrélatifs de la grandeur et 
de la force de rintelligence qui y réside •. L'ana-. 

« Voyez Vogt, Peacock, HofCmann, Tiedemannet Lauret. Schneider 
le faisait de 3 livres; Pozzi, de 5 livres 8 onces; Sennert, de 41i'; 
yres; Arlet, de 4 livres 3 onces; Haller^de 4 livres; Bartholin, d^ 
4à 5 livres; Picolhuomini, de plus de 5 livres. M. Lélut admef 
1,320 grammes pour les cerveaux ordinaires de vingt à vingt: 
cinq ans, H. Parchappe, 1,323 grammes. 
. * n faut en effet réunir ces différents caractères pour pouvoii^ 
établir un rapport entre le cerveau et Tesprit. Le poids réel ne 
suffirait pas. aOn a autrefois affirmé, dit Garl Vogt, que Thomm^ 
possédait le cerveau absolument le plUs pesant de l'ensemble des 
animaux. Gela est vrai^Mur la plupart d'entre eux; seulement, 
les intelligents colosses du règne animal, l'éléphant et les cétacés, 
sont venus bientôt fournir la démonstration convaincante du peu 
de valeur de cette proposition. Si ce n'est pas le poids absolu. 



CBRVEàU. — GRANDEUR, VOLUME, POIDS. SfT 

tomie comparée nous montre sur toute Téchelle 
des animaux, jusqu'à l'homme , que l'énergie de 
l'intelligence est en i^apport constant et ascen- 
dant avec la constitution matérielle et la gran- 
deur du cerveau. Les animaux sans cervelle occu-. 
pent le dernier degré de Téchelle. L'homme a le 
plus grand cerveau réel y pense-t-on, car quoi- 
que l'ensemble du cerveau de certains grands 
animaux soit plus volumineux, les parties qui ser- 
vent aux fonctions de la pensée sont les phis consi- 
dérables chez l'homme. Le résultat général des 
opérations anatomîques démontre que la diminu- 
tion du cerveau des animaux augmente en descen-* 
dant la série zoologique, et que les animaux des 

JHt-on dit alors, c'est au moins le poids relatif. Le poids du corps 
humain est. en moyenne au poids de son cerveau comme 56 : 1 , 
tandis que chez les animaux les plus intelligents il dépasse rare- 
ment le rapport de 100 : 1. Mais si les géants s'opposaient à l'ad*^ 
mission de la première proposition , ici ce sont les nains de la 
création qui infirment la seconde. La foule des petits oiseaux 
chanteurs offre pour rapport du cerveau au poids du corps, des 
chiffres beaucoup plus favorables que le chiffre normal humain» 
«t les petits singes américains orfrent sous ce rapport un poids 
cérébral beaucoup plus fort que le roi de la création. • 

Vogt pense avec raison que si le poids du cerveau peut être 
comparé avec quelque autre facteur numérique à prendre dans 
le corps, ce facteur ne saurait être qu'une longueur qui, tout en 
étant sujette à des fluctuations, doit cependant l'être dans des 
limites très-étroites; peut-être la plus convenable à admettre 
serait-elle la longueur de la colonne épinière, à laquelle on rap- 
porterait le poids du cerveau. * 

Des hommes paraissant être sur le même niveau comme intelli- 
gence peuvent certainement avoir des cerveaux de poids différents, 
des hommes distingués peuvent offrir des poids plus faibles que 
d'autres qui lîe se sont en aucune façon distingués de la foule ; 
mais cela n'empêche pas qu'en général il existe un rapport 
approximatif entre le poids du cerveau et le degré d'intelligeficei 
et que la détermination de ce rapport est un facteur qui ne doit 
en aucune façon être négligé. 



t4S LIVRE m. - L'ÂME. 

derniers échelons, tels que l'amphibie et le poisson^ 
ont le moins de cerveau. 

Ces faits généraux ne sont pas saiis exception»' 
comme nous le verrons tout à l'heure, mais nous 
devons les exposer consciencieusement avant de les 
discuter ou de les expliquer. 

La conviction de l'immense importance de h 
conformation cérébrale chez les mammifères a 
même donné lieu, à la proposition d'une nouvelle 
classification uniquement basée sur cette confor- 
mation. Mais il nous semble que ce n!est pas tant te 
poids absolu du cerveau, que le poids re/a/i/'à celui 
du corps, qu'il importe de considérer. Que le .c^ 
veau d'un éléphant ou d'un hippopotame soit plus 
lourd que celui d'une jeune fille, ce n'est Ger(aine^ 
ment pas là un caractère distinctif en faveur d6s 
premiers. Il est plus juste de considérer les rap^ 
ports, sans aller pour cela jusqu'à penser qu'ua 
même cerveau penserait mieux dans un horame; 
maigre que dans un corps gras. Sous cel aspect 
les singes et les oiseaux occupent le premier rang^ 
Le cerveau de l'âne ne pèse que le 250* de sort 
corps, tandis que celui de la souris des champs eU 
pèse le 31*; aussi la souris a*t-elle une petite minèi 
assez spirituelle, comme disait Andrieux . 

Les circonvolutions, le poids absolu, le poids 
relatif, laissant encore de grandes incertitudes sur* 
les rapports du cerveau à la pensée, on a supposé 
que la supériorité de l'éfre est en rapport avec la 
quantité dégraisse quele cerveau contient. L'homme 
a dans son cerveau plus de graisse que les mammi? 



CERVEAU. — DIFFÉRENCES DE POIDS. 94» 

féres, et ceux-ciplus que les oiseanx. La masse du 
cerveau du bœuf ne s'élève pas au sixième de celle 
du cerveau humain^. 

Ce qui caractérise le cerveau du fœtus pendant 
la gestation, c'est qu'il ne contient qu'une faible 
quantité de graisse, et surtout de graisse pbosphorée. 
Chez les enfants, la quantité de graisse a déjà 
considérablement augmenté au moment de leur 
naissance, et elle augmente encore d une manière 
assez rapide avec les progrès de Tâge. La dis-* 
tinclion des races n'est pas marquée sur le crâne 
des enfants, européens ou nègres ; ces crânes of^ 
frent entre eux les plus grandes ressemblances» 

Balzac (Recherche de ïi^solu) avait déjà eu Tidée 
de considërer le phosphore comme l'élément Id 
plus important pour la pensée. Feuerbach ampli-f 
fiant sur l'importance de ce corps et sur le rôl^ 
fu'un mémoire de Couerbe lui fit jouer dans le^ 
système nerveux, le donna comme principe de VesK 
pritiHuartes'imaginequecettesubstances'illumine 
des feux du cerveau comme de ceux d'un réverbère. 
Nous verrons plusloin jusqu'où Moleschott pousserai 
l'exagération. Quant à présent terminons l'observa- 
tion spéciale du cerveau par quelques compiaraisons 
particulières dignes d'intérêt pour notre race* 

Les crânes masculin et féminin présentent, dans 
beaucoup d'espèces, de telles différences entre eux^ 
que l'on serait porté à les classeren deux espècea 
différentes. Dans Tespèce humaine, ils s'écartent 

' Von Bibra, Vergleichende Untermcfiungen ûber doê Gehim des 
Hmehen und der Wirbetihiere, i29. 



«0 Lnne m. ~ vua. 

également sensiblement l'un de l'autre. Le crine 
féminin est plus petit, soit dans sa circonrérence 
horizontale, soit dans sa capacité interne, et le cer- 
veau moins lourd de la femme se rapproche de 
" ' nt. Un autre fait remarquable, c'est que la 
ice qui règne entre les deux sexes, relalive- 
à la capacité crânienne, augmente avec la 
;tion de la race, de sorte que l'Européen 
e plus au-dessus de l'Européenne que le nègre 
ssus de la négresse. Cari Vogt commente ces 
iences de Welcker en faisant observer qu'il est 
àcile de changer la forme d'un goiivememeat 
e modifier le pot-au-feu traditionnel, 
cervelle féminine pèse en moyenne deux on- 
e moins que le cerveau masculin. Aristole 
l prévu depuis longtemps, et la science expë- 
itale a constaté que le sexe intéressant a la 
le plus légère que le nôtre I Peut-être est4l 
l'ajouter que les mesures n'ont pas été faites 
es femmes '. 

is ajouterons aussi que la. taille et le poids 
ns de la femme étant inférieurs à la taille et 
ids de l'homme, il serait bonde tenir compte 
te dilférence. Ce serait à leur avantage. Hais 
rplus les dames ont une telle supériorité sur 
par les qualités généreuses du cœur, qu'elles 
it nouslaisser sans regretta froide supériorité 
ntendement. 

docteur Boyd, après itoît pesf les cenectu de 3086 cDrp) 
les et de lOSl femmes, a conclu 1SS5 à 1360 gnmoM) 
■a premiers, ItSI i 1338 pour les secondi. 



LE GËRTEAU ET LA PENS£E. " 851 

Uae autre distinction réside également dans la 
grandeur du lobe Trontal, la circonférence horizon* 
taie du crâne est en moyenne de 546 mill. pour 
les intelligences ordinaires, de 544 pour les imbé- 
ciles en général, de 541 pour ceux du 1** degré. 
Mais ces mesures sont loin d'être signiiicatives. Un 
caractère anatomique plus général consiste en ce 
que le cerveau recouyre d'autant plus complè- 
tement le cervelet que l'animal est plus élevé dans 
la série zoologique. Déjà chez les singes un bord 
étroit du cervelet dépasse en arrière et en bas les 
hémisphères cérébraux. Chez les autres animaux il 
le dépasse de plus en plus. On peut faire la même 
remarque au point de vue embryologique. Dans le 
fœtus, le cervelet n'est recouvert par le cerveau 
qtf au septième mois *. 

Nous sommes donc loin de nier qu'un rapport 
constant paraisse lier la structure du cerveau à Tia- 
telligence. Les têtes de Vesale, Shakespeare, Hegel, 
Gœthe, sont un exemple de la supériorité manifestée 
par le développement du lobe frontal. Nous vou- 
lons bien que certaines exceptions soient dues à ce 
que ce développement apparent ne correspond pas 
toujours au poids du cerveau, et qu'en certain cas 
d'idiotisme l'eau remplace la substance cérébrale* 
En général, ce n'est pas un caractère particulier 
du cerveau qui manifeste la supériorité de la peu» 



* Tiedeinann, Anatotnie tmd Bildungsgesehichte des Gehéttu im 
Pœiuê dêt Metucheny etc., p. 142. Pour la mesure du crâne, 
V. Léluti Physiologie de la peneée^ U U» p. 3lK 



aSS LIVRE III. — L'ÂME. 

sée, mais Tensemble de toutes ses parties. Enfinon 
peut admettre avec certains anatomistes qu'il aug- 
mente de poids jusqu'à la vingt-cinquième année, 
et se maintient au même niveau jusqu'à la cinquan- 
tième environ, pour diminuer de nouveau d'une 
manière considérable dan$ Tâge avancé ^. 

Le cerveau est complètement insensible ; les pé- 
doncules cérébraux et les couches optiques parais- 
sent seuls être sensibles. Dans des blessures pro- 
fondes de la tète, n'intéressant que cet organe, on 
peut toucher sa surface^ et même en enlever des 
morceaux, sans que le sujet éprouve aucune dou- 
leur. Par contre, les recherches que l'on a faites à 
ce sujet sur les oiseaux, ont montré qu'il est évi- 
demment le siège unique de Finteliigence. On a 
conservé en vie pendant plus d'un an, en les nour. 
lissant artificiellement, des oiseaux, des pigeons 
a'près l'ablation du cerveau. Il en résulte qu'un ani- 
mal privé ainsi de son cerveau, se trouve dans un 
état de sommeil continu et profond. Il ne voit plus, 
n'entend plus, malgré ses yeux et ses oreilles. Les 
mouvements sont conservés, leur combinaison a 
encore lieu jusqu'à un certain point, la douleur est 
encore ressentie et suivie des mouvements néces- 
saires pour l'éviter, mais l'animal est stupide et 
indifférent, comme dans un état de rêve qui exclut 



* Peacock, Archives générales de médecine t 4* série, XXVII, 
212. On peut remarquer ici avec Welcker que ces appréciations 
ofirént un côté délicat, dans ce sens que les anthropologistes à 
grosse tôte et ceux à tête pointue auront dé bonnes raisons pour 
conclure chacun de leur cOté 



LE CERVEAU ET U PENSfiE. S55 

la conscience. C'est un automate qui ne vivra qu'à 
la condition qu'on lui introduise des aliments par 
un procédé mécanique. Il pourrait mourir de faim 
devant son auge pleine de nourriture, parce qu'il 
lui est interdit de combiner l'image de la nourri- 
ture et le besoin qu'il éprouve de manger, avec les 
mouvements nécessaires à accomplir. 

Si Ton enlève par couches les deux hémisphères 
d'un cerveau, lactivité intellectuelle diminue en 
raison du volume de la masse enlevée. Quand on 
parvient aux ventricules, l'animal perd toute con- 
naissance. La sanguification et la formation , des 
tissus reste encore possible. Mais ces animaux 
sonttout à fait fermés aux impressions du monde 
extérieur. L9 conscience a disparu sans laisser 
de traces. On a enlevé successivement et par 
couches les parties supérieures du cerveau et Ton 
Si vu les facultés diminuer peu à peu. Les poules 
sur lesquelles on avait opéré continuèrent à mener 
une vie végétative. Remarque contraire à la locali- 
sation des facultés, Tintelligence entière diminuait 
peu à peu suivant ces ablations, et non pas une fa- 
culté plutôt qu'une autre ; mais le fait observé sur 
l'intellect d^une poule peut -il être appliqué à 
Thomme : c'est ce dont il est permis de douter. 
Devant ces expérimentations de Flourens, de Va- 
lentin et d'autres physiologistes. Bûchner s'écrie : 
« Peut-on demander une preuve plus éclatante pour 
démontrer la connexité absolue de l'âme et du cer- 
\eau, que celle que nous fournit le scalpel 4e 
l'apatomiste enlevant l'âme pièce à pièce ? n 

15 



254 UYRE m. — L'AME. 

Une altération dans le cerveau entraîne une alté- 
ration correspondante dans la pensée, Tes maladies 
mentales sont marquées par certaines lésions. Sur 
trois cent dix-huit dissections de cadavres d'aliénés 
on n'en a trouvé que trente-deux qui ne montrassent 
pas d'altérations pathologiques au cerveau et à ses 
membranes, et cinq seulement qui n'ofTraient au- 
cun changement pathologique quelconque (Ro- 
main Fischer). Des lésions au cerveau produisent 
parfois des effets surprenants dans l'esprit. C'est 
ainsi que les annales de la physiologie rapportent 
de foi, qu'à l'hôpital Saint-Thomas, à Londres, un 
homme grièvement blessé à Id tète, avait parlé 
après sa guérison une langue qu'il avait oubliée 
pendant son séjour de trente ans à Londres. S'il 
se produit dans les deux hémisphères une dégéné- 
rescence, elle donne lieu à la somnolence, à la fai- 
blesse d'esprit et même à l'idiotie complète. — 
L'accroissement excessif du liquide encéphalo-ra- 
chidien entraine la faiblesse d'esprit et la stupeur. 
— Le déchirement d'un vaisseau sanguin dans le 
cerveau, et l'épanchement du sang amène cet état 
pathologique qu'on appelle 'apoplexie. Tout le 
monde sait que la perte de la conscience est une 
conséquence de cette altération morbide. — L'in- 
flammation du cerveau causée par la réplétion des 
vaisseaux sanguins et une excessive exsudation 
plastique amène la fièvre cérébrale et le délire. — 
Quand les battements de cœur s^affaiblissent au 
point d^ donner lieu à une syncope, le sang arrive 
en trop petite quantité au cerveau ; aussi la perte 



SOLIDARITÉ ENTRE LE CERVEAU ET U PENSÉE. S55 

de connaissance accompagne-t-elle la syncope. Le 
cei veau des décapités meurt rapidement par suite 
de la perte du sang. — L'oxygène étant une condi- 
tion indispensable du renouvellement de notre 
sang, quand il fait défaut, l'encéphale esMe premier 
à s'en ressentir ; alors surviennent les maux del 
tête, le vertige, les hallucinations. — Le thé influe 
sur le jugement ; le café excite la puissance artis- 
tique du cerveau. L'absorption de Talcool amène 
l'ivresse et ses conséquences*. 

Toutes les impressions que reçoivent l'oreille et 
l'œil sont des influences matérielles, qui se trans- 
mettent au cerveau par le système nerveux, et en- 
traînent dés modifications matérielles correspon- 
dantes. Un ami qui éveille notre sympathie, change 
le cours de nos idées. Quand un pauvre habitant 
des vallées marécageuses gravit les Alpes, il est ravi 
par ses nouvelles impressions. La musique excite 
à la rêverie; la vanille, les œufs, le vin chaud 
éveillent les désirs ; un ciel lumineux nous égayé, 
un ciel sombre nous attriste. A partir du moment 
où nous sommes engendrés, nous entrons dans un 
océan de matière en circulation. Ce que nous som- 
meS) nous le devons un peu à nos aïeux, à notre 
nourrice, à notre pays, à notre éducation, à Pair^ 
au temps, au son^ à la lumière, à notre réginle, à 
nos vêtements*. 

Tels sont les faits positifs, constatés par les 



' liolesciiott, II, 151. 
' ÏjOc. eit.f p. 194. 



S56 mus lit. - L'AMS. 

scienœs physiologiques et invoqués par Técole 
matérialiste, pour déclarer que les facultés intel- 
lectuelles sont un produit de la substance cérébrale. 
Nous avons présenté l'esquisse à la fois pour mettre 
sur pied Tennemi que nous combattons el pour 
donner matière à réfléchir aux spiritualistes trop 
naifs qui croient toujours les problèmes résolus. 

Dans notre chapitre suivant, nous infligerons à 
messieurs les matérialistes trois questions solidaires 
auxquelles nous les défions de répondre, et qui 
renversent de fond en comble tout leur échafaudage. 
En attendant, il nous intéresse de les inquiéter d'a- 
bord sur la solidité de leurs prétendues explications. 

Remarquons avant tout qu'il n'y a aucune loi ex- 
clusive sur la correspondance du cerveau et de la 
pensée. Il n'est pas rigoureusement démontré 
loque le poids du cerveau augmente jusqu'à Page 
mûr et diminue ensuite (Sœmmering place le 
maximum à trois ans, Wenzel à sept, Tiedemannà 
huit, Gratiolet à la vieillesse, etc.) ,- 2" que l'intel- 
ligence de l'homme soit en rapport avec le poids 
(les crftnes de Napoléon, Voltaire» Raphaël, ne sont 
pas au-dessus de la moyenne) ; 3"^ qu'un large front 
soit l'indice du génie (M. Lélut a montré que les 
idiots ont ordinairement le front très-développé, 
et qu'il est impossible d'établir des rapports 
exacts entre Tintelligence et la mesure du crâne;) 
4* que la folie soit toujours causée par une lésion 
au cerveau : elle parait être au contraire une af- 
fection psychologique (Esquirol, Lélut, Leuret, 
Georget» Ferrus ont constaté que la folie n'est ac« 



DIFFICULTÉS ET CONTRADICTIONS. 8S7 

compagnée de lésions que dans le cas où elle est 
compliquée de maladies organiques). Nos adver- 
saires ont conscience de la difficulté de la question 
et ont cherché ailleurs la cause matérielle de l'in- 
telligence, par exemple dans le phosphore, dont 
nous avons parlé. On a cru trouver 4 pour 100 de 
phosphore dans le cerveau des aliénés, 3,50 pour 
100 dans le cerveau ordinaire, 4,50 et i pour 100 
dans celui des imbéciles. Mais est-il besoin défaire 
remarquer qu'il n'y a pas de loi absolue, que toutes, 
ces explications ne sont pas satisfaisantes, et qu'en 
somme ces différences n'existent pas ? 

Voyons maintenant si les faits exposés plus haut 
prouvent aussi clairement et aussi péremptoire- 
ment qu'on le suppose, que la pensée n'est qu'une 
fonction physiologique du cerveau, et que l'âme est 
un attribut de la matière. 

Le nœud du problème est de décider si le cerveau 
est un organe au service de Tintelligence, ou si 
rinteiligence est une création du cerveau, fille et 
esclave de la substance cérébrale. 

C'est toujours, sous un autre aspect, la même 
question de la force et de la matière : la force do- 
mine-t-elle la matière, ou lui obéit^Ue? 

Ces messieurs déclarent, sans autre forme de 
procès, qu'il est évident que la force est un attribut 
de la déesse inatière, et que l'âme n'est qu'une 
illusion d'elle-même, qui croit à sa personnalité, 
landis qu'elle n'est que la résultante passagère 
d'un certain mouvement du phosphore ou de l'al- 
bumine dans les lobes cérébraux. 



S5S UVRE m. — L'ÂÏB. 

Si cette grossière explication est si bien démon- 
trée et si évidente pour nos adversaires, nous 
avouons franchement qu'elle est pleine d*obscuritë 
poumons, et qu'il nous parait actuellement impos- 
sible de rien prouver à cet égard. Non-seulement la 
physiologie du cerveau est encore dans Tenfance, 
mais de l'avis même des plus éminents physiolo- 
gistes, les rapports du cerveau et de la pensée sont 
profondément inconnus. 

Sans doute Tétat de Tâme est lié à Fétat du 
cerveau ; sans doute TaiTaiblissement du second . 
entraîne la défaillance de la première ; sans doute 
l'enfant et le vieillard (quoiqu'il y ait de nom- 
breuses exceptions pour celui-ci) raisonnent avec 
moins de lucidité, moins de rigueur que Thomme 
mûr; sans doute une lésion au cerveau entraine la 
perte de la faculté correspondante... mais qu est- 
ce que cela prouve, si le cerveau est Tinstrument 
nécessaire ici-bas et sine qua non de la mam'festa- 
tion de l'âme? — si, au lieu d'être la cause^ il n'est 
que la condition? 

Si le meilleur musicien du monde n'avait à sa 
disposition qu'un piano où plusieurs touches 
manqueraient, ou bien un instrument défectueux 
dans sa construction, serait-il légitime de nier 
l'existence de son talent musical, par la raison 
que l'instrument lui ferait défaut, surtout lorsque 
à côté de lui d'autres artistes doués d'instruments 
en parfait rapport avec l'ordre de leurs facjiltés 
font admirer ces facultés à qui veut les entendre? 

Broussais a beau se moquer du petit musicien 



ACTION DE L'ESPRIT SUR LE CERVEAU. 159 

caché au fond du cerveau, il ne fera pas que le 
nœud de la question ne soit précisément là. Ne fai- 
sons pas de cercles vicieux. C'est ici en vérité le 
premier point à examiner. L'âme est-elle une folrce 
personnelle animant le système nerveux ? 

Uoe première réponse au problème est donnée 
par ce fait relaté plus haut, que les hémisphères 
cérébraux offrent d'autant plus de sinuosités et 
de méandres, et des circonvolution& d'autant plus 
irrègulières, que l'individu auquel appartient le 
cerveau est pltis pensant î 

Ne semble-t-il pas que c'est précisément parce 
que la pensée, indépendante et active, a fortement 
travaillé dans cette tête; parce qu'elle s'est repliée 
maintes fois sur elle-même, qu'elle a tressailli 
sous les angoisses de l'anxiété, les serres de la 
crainte, les extases du bonheur; qu'elle a cherché, 
médité, creusé les problèmes; qu'elle -s'est tour à 
tour révoltée et soumise, en un mot, qu'elle a ac- 
compli de rudes labeurs sous ce crâne, que la sub- 
stance qui lui servait à communiquer avec le 
monde extérieur a gardé les traces de ces mouve- 
ments et de ces veilles? — C'est du moins là notre 
opinion, et nous pensons qu'il serait difficile de 
nous démontrer le contraire. 

Un anatomiste cTe Bonn, Albert, a disséqué le 
cerveau de quelques personnes qui s'étaient livrées 
à un travail intellectuel pendant plusieurs années; 
U a trouvé que la substance de tous ces cerveaux 
était très-ferme, la substance grise etles anfractuo- 
sitéstrè^-sensiblement développées. Si nous obser- 



200 LIVRE ni. — L'AME. 

vohs d'un au tre côtéavec Gall, Spurzheîm et Lavaler, 
que la culture des facultés supérieures de notre 
esprit fait éclater son témoignage sur notre visage 
t3t notre tête ; si nous visitons le musée d'anthro- 
pologie de Paris et que nous remarquions sur la 
riche collection de crânes due aux recherches de 
lebbé Frère, que les progrès de la civilisalion ont 
eu pour résultat d'élever la partie antérieure du 
crâne et d'aplatirla partie occipitale, nous pourrons 
tirer de ces faits une conclusion diamétralement op- 
posée à celle qu'en tirent nos adversaires, et affir- 
mer que la pensée régit la substance cérébrale. 

Le travail de l'esprit sur la matière n'est-il pas 
évident comme le jour? et les conclusions ne des- 
cendent-elles pas d'elles-mêmes ouvrir le passage 
triomphal à notre doctrine? 

A propos de conclusions, nous ne pouvons nous 
empêcher d'admirer combien il est facile de tirer 
des mêmes faits des conclusions tout à fait con- 
traires : le tout dépend de notre disposition d'es- 
prit, et il y aurait de quoi désespérer des progrès 
de la théorie, si la majorité des hommes avait le 
caractère mal fait. Par exemple, on a fait Texpé- 
rience que des aliénés avaient parfoia recouvré la 
conscience et la raison peu (}e temps avant leur 
mort. Les spiritualistes en avaient conclu que les 
âmes de ces malheureux revenaient après un long 
isolement à la connaissance d'elles-mêmes et à la 
liberté d'action sur le corps, et qu*à ce moment 
suprême, il leur était permis d'ouvrir le regard 
de leur conscience, sur le passage de cette vie à 



ACTION DE L'ESPRIT SUR LE CERVEAU. S6i 

Taulre. Les matérialistes invoquent au contraire cet 
argument en leur faveur en disant que rapproche 
de la mort délivre le cei*veau des influences gê- 
nantes et morbifîques du corps*. 

L'anatomie physiologique est plus embarrassée 
dle-même qu'on ne le suppose sur les rapports de 
l'état du cerveau avec la folie ; et tandis que les uns, 
comme ceux que nous avons cités, trouvent beau- 
coup, — • d'autres, non moins habiles, ne trouvent 
rien, absolument rien. Ainsi M. Leuret, Taliéniste, 
déclare qu'on ne trouve d'altération dans le cer- 
veau que dans le cas où la folie est accompagnée 
de quelque autre maladie, et que ces altérations 
sont si variables et si différentes, qu'on n'est pas 
autorisé à les présenter aftirmatiyement comme 
de véritables causes. De môme qu'à propos desan- 
fractuosités dont nous parlions tout à l'heure, on 
pourrait aussi bien y voir des effets. 

Lorsque nos adversaires ajoutent que les cas 
d'aliénation mentale protestent contre Texistence 
de l'âme, ils ne sont pas mieux autorisés à dé- 
fendre leur système. Deux hypothèses sont en pré- 
sence pour expliquer la folie. Ou il y a une lésion 
au cerveau, ou il n'y en a pas. Dans le premier 
cas, le défaut d'instrument ne démontre pas l'ab- 
sence de l'exécutant, dans le second cas le pro- 
blème i*esle dans l'ordre mental. Mieux encore, le 
premier cas peut rentrer dans le second si Ton ad- 
>net, comme Texpérience invite à le croire» que la 



Bùchnei», loc. cit., p. 120; 

15. 



SM LIYRE ni. — L'ÂHE. 

folie, causée soit par une douleur subite, soit par 
une terreur soudaine, soit par un profond déses- 
poir, a dans tous les cas sa source dans Pêtre 
mental^ qui réagit contre Tétat normal du cer- 
veau et occasionne en lui une altération quel- 
conque. Ici encore c'est évidemment Tétre pen- 
sant qui souffre, et détermine dans l'organisme 
un dérangement correspondant à cette souf- 
france. 

Et de fait on a constaté que les altérations ne se 
rencontrent que dans les folies déjà anciennes, 
comme si lesprit était ici comme ailleurs la cause 
des mouvements dans la substance. 

D'un autre côté, tandis que nos adversaires ti- 
rent de la description anatomique du cerveau la 
conclusion que la faculté de penser n est qu'une 
propriété des mouvements. divers de cet ensemble; 
nous voyons dans la multiplicité même de ces 
mouvements, dans cette soumission du cerveau à 
la grande loi de la division du travail, dans la 
distinction des fonctions remplies par ses divers 
organes, selon leur situation, leur structure, leur 
composition, leur forme, leur poids, leur étendue : 
nous voyons dans cette variété d'effets un argu- 
ment en faveur de l'indépendance de l'âme. Car 
l'hypothèse de ces physiologistes ne peut en aucune 
façon concilier cette complexité naturelle de l'or- 
gane cérébral avec la simplicité nécessaire et re- 
connue du sujet intellectuel. Nous parlerons tout 
à rheure plus spécialement de la simplicité du 
sujet pensant; mais il nous reste encore à conti- 



L'ESPRIT ET LE CERVEAU. 265 

nuer auparavant notre étude sur les rapports du 
cerveau et de TAme. 

Les comparaisons faitessurlescrânes trouvés dans 
les anciens cimetières de Paris depuis la reconstruc- 
tion de cette capitale par le préfet de Napoléon III, 
et en particulier la différence entre les crflnes des 
fosses communes et ceux des tombes particulières 
ont établi de nouveau que les individus qui par 
leur position sociale sont appelés à s'occuper 4'arts 
et de sciences, possèdent une plus grande capacité 
cérébrale que les simples ouvriers. Les mêmes 
fouilles ont montré que la capacité du crflne s'est 
accrue depuis Philippe Auguste (douzième siècle). 
La capacité du crâne du nègre libre est plus 
grande que cellQ du nègre esclave. C'est là un 
autre fait significatif ; et qui pourrait (en certaine 
circonstance) être invoqué en faveur de la liberté. 
Si nous avons des preuves que les impressions 
extérieures influent sur la pensée, nous en avons 
également qui établissent que la pensée domine 
les sens eux-mêmes. Combien voyez-vous sur la 
terre d'êtres souffrants dont le cerveau, comme 
toutes les parties du corps, sont atteints par une 
maladie lente et opiniâtre, qui traînent un corps 
. appauvri dans le gile de la douleur et souvent , hé- 
las I dans celui de la misère, et qui néanmoins, 
forts dans l'épreuve, gardent la fleur de leur 
vertu au-dessus du fleuve bourbeux qui les en* 
traîne, et dominent par la grandeur de leur carac- 
tère Fadversité et ses chaînes? Nierez-vous aussi 
qu'il n'y ait pas de douleurs morales, qui résident^ 



264 LIVRE m. — L*AME. 

• 

déchirantes, dans les insondables profondeurs de 
Tâme? des douleurs intimes qui ne sont causées 
ni par un accident du corps, ni par la maladie 
extérieure, ni par une altération du cerveau, 
mais seulement par une cause incorporelle, par 
la perte d'un père, par la mort d'un enfant, par 
Tinfidélité d'un être passionnément aimé, par 
Tingratitude d'un protégé, par la fourberie d'un 
ami,*et aussi par le spectacle de la misère, par 
le tableau de Tinfortune^ par la chute d'une 
cause juste, par la contagion des idées malsaines, 
en un mot par une multitude de causes qui n'ont 
rien de commun avec le monde de la matière, 
qui no se mesurent ni géométriquement ni chimi- 
quement, mais qui constituent ledomaine du monde 
intellectuel? 

Et ne voyons-nous pas, même sous son aspect 
physique, l'influence de l'esprit sur le corps? Les 
passions se réfléchissent sur le visage. Si nous pâ- 
lissons de crainte, c'est parce que ce sentiment, 
manifesté par un mouvement du cerveau, rélrécil 
les vaisseaux capillaires des joues ; si la colère ou 
la honte empourprent le visage, c'est parce que les 
mouvements occasionnés par elles élargissent ces 
mômes vaisseaux, suivant les individus : mais ici 
encore l'esprit joue le principal rôfe. Si vous avei 
quelquefois rougi sous l'impression soudaine d'un 
regard de femme (il n*y a pas de honte à l'avouer), 
n'avez-vous passent! que l'indiscrète impression se 
transmettait à votre cerveau par l'intermédiaire de 
vos yeux, et descendait ensuite du cerveau au 



L'KSPRIT ET LE CERVEAU. «5 

cœur, pour remonter au visage. Analysez un jour 
cette succession ; ou, si vous ne rougissez plus, 
lorqu'une peur subite vous arrêtera, appliquez-lui 
la même analyse, et vous observerez qu'à votre 
insu les impressions passent rapidement par votre 
esprit avant de se traduire extérieurement. Il en est 
de même des sentiments : c'est en notre poitrine 
et non dans notre tête, qu'une inexprimable sensa- 
tion de vide et de gonflement se manifeste, lors- 
qu'en certaines heures de mélancolie nos inquiètes 
pensées s'envolent vers l'être aimé. Mais comme 
cettesensation ne se produit qu'aprèsque nousavons 
pensé, il est certain qu'ici encore l'esprit joue le 
rôle primitif. Sous d'autres aspects, une terreur sou- 
daine de l'esprit se communique au cœur et accélère 
ou ralentit le pouls; elle peut même causer un arrêt 
complet, une syncope. La tristesse ou la joie amè- 
nent la sécrétion des larmes. Le travail intellectuel 
fatigue son instrument, le cerveau ; le sang s'ap- 
pauvrit, la faim se fait sentir. Toutes ces observa- 
tions et un grand nombre d'autres nous invitent à 
croire que la pensée, être immatériel, a son siège 
dans le cerveau^ que cet organe est son serviteur, 
aussi bien pour lui transmettre les dépêches du 
monde avec lequel elle communique, que pour 
porter ces ordres au dehors. 

Et du reste, nous savons déjà que le cerveau 
et la moelle ne sont pas autre chose que de 
puissants assemblages de fibres nerveuses, que des 
nerfs partent de ces filons en rayonnant en tous sens 
vers la surface du corps, et qu'il y a dans tous les 



806 LIVRE III. •- L'AME. 

nerfs un courant analogue au courant électrique. 
Les nerfs sont les fils télégraphiques qui transmet- 
tent à la conscience les impressions de l'intérieur, 
et les muscles sont ceux qui transmettent ou effec- 
tuent Tordre du cerveau. Or, Dubois-Reymond a 
montré que toute activité des nerfs qui se mani- 
feste dans les muscles à titre de mouvement, dans 
le cerveau à titre de sensation, est accompagnée 
d'uner modification du courant électrique des nerfs. 
Mais dire avec Dubois-Reymond lui-même que la 
conscience n'est autre que le produit de la trans- 
mission de ces mouvements , c'est commettre la 
même naïveté que si Ton prétendait que les échan- 
ges télégraphiques qui s'opèrent journellement 
entre les cabinets diplomatiques de Londres et de 
Paris ont pour cause le passage d'un nuage ora- 
geux ou d'une bobine d'induction vers le mani- 
pulateur, et que le récepteur renvoie de lui-même la 
réponse aux intelligentes dépêches *. 

Proclamer qu'il n'y a dans l'homme autre chose 
qu'un produit de la matière, l'assimiler à un com- 
posé chimique et impliquer que la pensée estojne 
production chimique de certaines combinaisons mar 

' Malgré quelques curieuses expériences, Télectricité animale 
n'est pas au surplus un fait avéré. Rien ne prouve que les effets 
observés n'aient pas pour cause un ageùt différent. Les électro- 
phores n'ont encore pu constater sujr les torpilles, anguilles, etc., 
aucune trace de tension, de polarité, d'attraction. Sir Humphry- 
Davy n'a pu reconnaître aucune déviation de l'aiguille aimantée, 
ni la moindre décomposition d'eau par les torpilles ou d'autres 
êtres. Il ne faut donc pas se hâter de conclure, et chanter avec 
tant d'emphase l'identité de l'électricité et de la vie, et surtout de 
la pensée. 



DISTINCTION ENTRE L'ESPRIT ET LA MATIÈRE. 367 

térielles, est une monstrueuse erreur. Nous savons 
tous que la pensée n'est pas un ingrédient d'officine. 
L'esprit et la matière sont deux existences si complè- 
tement étrangères Tune à l'autre, que toutes les lan- 
gues d e tou s les peuples et de tous les âges les ont tou- \ 
jours diamétralement opposés. Les lois et les forces 
de l'esprit existent, indépendamment des lois et des 
forces du corps. La Tbrce de volonté est bien dis- 
tincte de la force musculaire. L'ambilioif est 
bien différente de la faim. Le désir est bien 
distinct de la soif. Où trouvez-vous Faction de la 
matière dans les lois morales qui régissent la con- 
science ? Que le cerveau caucasique soit ovale, le 
mongol rond et le nègre allongé, en quoi le senti- 
ment humain est-il associé aux fibres granulaires 
ou cylindriques? Qu'est-ce que les notions du juste 
et de l'injuste ont de commun avec Tacide carbo- 
nique? Eh quoi un triangle, un cercle ou un carré 
touchent-ils la bonté, la générosité, le courage? Se- 
rait-ce parler juste que de dire que Cromwell avait 
2,231 grammes d'intelligence, Byron 2,238 et Cu- 
yier \ ,829, par la raison que leurs cerveaux 
étaient respectivement de ces poids? En vérité, 
lorsqu'on cherche à sonder attentivement le fond 
du sujet, on s'étonne que des hommes accoutumés à 
penser aient pu en arriver au point de confondre 
en un seul objet le monde de l'esprit et le monde 
de la matière. 
Aussi nous demandons-nous si ces praticiens * 

' En lisant les Leçmti tut Vhamtne de Karl Vogt, nous ne nous 
doutions pas, par les éloquents exemples mis en évidence, que ces 



«AS LITRB m. ^ L'AME. 

ont vraiment bien approfondi le sens de leurs pa- 
. rôles lorsqu'ils ont énoncé des propositions telUs 
I que celles-ci, qui forment la base de leurs doctrines : 
I — Toutes les facultés que nous comprenons sous 
le nom de propriétés de l'âme ne sont que des fonc- 
tions de la substance cérébrale. Les pensées ont 
avec le cerveau à peu près le même rapport que la 
bile avec le foie et l'urine avec les reins *. 

— La sécrétion du foie, des reins, dit un autre 
écrivain qui n'ose pas aller tout à fait jusqu'à cette 
comparaison, a lieu' à notre insu et produit une 
matière palpable ; tandis que l'activité du cerveau 
ne peut avoir lieu sans la conscience entière : 
celle-ci ne sécrète pas des substances, mais des 
forces *. 

Qu'est-ce que sécréter des forces ? On serait bien 
aimable de nous l'expliquer. Pourquoi pas sécréter 
des heures ou des kilomètres. Mais écoutons? 

— Ce que nous appelons quantité de conscience, 
dît un frère d'un autre pays, est déterminé par les 
éléments constitutifs du sang. Une preuve que la 
production des forces mentales dépend directement 
de changements chimiques, c'est que les produits 
usés que' les reins séparent du sang changent de 
caractère suivant le travail cérébral*. 

— La pensée est un mouvement de la matière. 

leçons étaient professées contre Tesprit. Elles démontrent, au 
contraire, en plusieurs points dignes d'attention, que l'action de 
l'esprit, son activité, son éducation, son progrès, son œuvre per- 
manente, influent consiclérablement sur le volume, la forme et le 
poids du cerveau. 

* Karl Vogt, PhysiohgUche Briefefur GebUdete aller Stànd, 206. 

* Mchner, Kraft und Stoff,—^ Spencer, First Principles, 282. 



TYPES CURIEUX DE DËPINITIONS DE L'AME. 209 

Des mouvements matériels, liés dans les nerfs à 
des courants électriques, sont perçus dans le cer- 
veau en qualité de sensation ;'Cette sensation est le 
sentiment de soi, la conscience. La volonté est 
l'expression nécessaire d'un état du cerveau pro- 
duit par des influences extérieures. Il n'y a pas de 
volonté libre*. 

— n y a le même rapport (selon Huschke) entre 
la pensée et les vibrations électriques des filaments 
du cerveau qu*entre la couleur et les vibrations de 
l'éther. 

— La pensée est une sécrétion du cerveau, avait 
déjà dit Cabanis, il y a plus d'un demi-siècle. 

— Tous les actes humains sont des produits fa- 
tals de la substance cérébrale, disait dernièrement 
M. Taine ; le vice et la vertu sont des produits comme 
le vitriol et le sucre. 

Nous ajouterons à ces propositions une dernière, 
qui semble faite exprès pour les expliquer. Nicole 
a dit justement : Les plus ridicules sottises ren- 
contrent toujours des esprits auxquels elles sont 
proportionnées. 

Kant avait eu Tidée de substituer à la réalité du 
monde extérieur les idées purement subjectives de 
Tesprit humain. A l'opposé, l'auteur de Kâ^rpert/nd 
Geistj M. H. Scheffler, tente d'expliquer la généra- 
tion de l'esprit par la matière. Nous ne citerons 
pas son procédé quelque peu embarrassé, mais le 
témoignage critique qu'en donne le défenseur ac- 

« Moleschott, Kreisltturdet Ubem, II, 156, 181, 190. 



370 UVRE III. ---'L'AME. 

tuel de ranimisme, H. Tissot. Dans cette hypo- 
thèse, dit-il, a l'esprit est une force de la matière, 
non pas une force simple, mais une résultante des 
forces simples de la matière r^tmi^« pour (quel mys- 
tère dans ces deux mois !) former l'organisme hu- 
main. L'esprit n'arrive à l'état de phénomène qu'au- 
tant que la matière s'est organisée en corps humain 
(quel abime encore, qu'on ne semble pas même 
entrevoir) ; mais la tendance ( ! I ) à cette organisa- 
tion de la matière ou à la production de l'esprit 
existe dans la matière. » 

La nécessité d'admettre l'action de la force se tra- 
duit malgré eux dans toutes Içurs définitions. £1 
quelles définitions I ona puenjugerparlesexemples 
qui précèdent ; mais voici un dernier trait de lumière 
qui peut passer pour le bouquet du feu d'artifice. 
« La pensée, avoue Bùchner, l'esprit et l'âme n'ont 
rien de matériel, ce n'est pas de la matière (Bravo! 
un bon point), mais c'est (écoutez ceci), c'est un 
ensemble complexe de forces hétérogènes formant 
une unité, c'est Veffet d*une action concomitante 
de beaucoup de substances matérielles douées de 
forces ou de propriétés. 2> Si vous ne comprenez 
pas au juste la portée de cette définition, la voici en 
langue tudesque : « Der-EiTect eines zusammen- 
wûrkens violer mit Kràften oder Eigenschaften be- 
gabter Stoffe. » Selon-la conclusion judicieuse qu'en 
tire le docteur Hoefer, c'est là une explication digne 
de figurer à côté de là réponse de Sganarelle : 
« OssabunduSj nequeis^ nequer^ potarium, quipsa 
milusy voilà justement ce qui fait que votre fille 



L'ESPRIT ET U MATIERE. «71 

est muette. » savants I Epicure avait déjà dit que 
la nature d'une pierre est de tomber parce qu elle 
tombe... ce n'est plus de la science, c'est de la 
comédie. — Le galimatias qu'on donne comme 
medéfinition de l'âme, est pour nous une détestable 
plaisanterie. Passons. Chacun prend son plaisir où 
il le trouve. 

11 n'y a de comparable à ces définitions que Pad-' 
mirable proposition de Hegel sur l'identité de 
l'âme et du corps, admirable proposition que voici : 
« la matière est autre que l'esprit. L'esprit est autre 
que la matière. Donc ils sont autre tous les deux. 
Donc ils sont la méflie chose ! » 

Ce digne raisonnement, qualifié d'irréfutable 
par Hegel, se trouve dans sa Grande Logique. Quelle 
fameuse logique, et que le pur matérialisme est 
bien effectivement pur de tout esprit ! . 

Gomme vous voyez, cher lecteur, ce ne sont pas 
les définitions qtd manquent. Seulement nous 
sommes encore à nous demander ce qu'elles défi- 
nissent. Elles nous prou^nt du moins que ces mes- 
sieurs n'en savent guère plus que nous sur la na- 
ture de Tâme. 

Ainsi, nous venons de voir dans ce chapitre que 
si d'un côté la constitution physique du cerveau est 
en harmonie avec l'âme et merveilleusement ap- 
propriée à ce que cette âme reçoive intégralement 
les impressions du monde extérieur, juge et trans- 
mette ses propres déterminations; d'un autre côté, 
l'anatomie ne peut en conclure que cette âme ne soit 
qu'un produit organique, et la philosophie démêle 



vit UTRE ni. — L'AMB. 

au contraire, au milieu des incertitudes etdes con- 
tradictions du matérialisme, Taclion évidente de 
Vesprit sur la matière. 

Nous avons vu que la folie n'est pas une affection 
organique, mais psychologique, et que l'âme a son 
monde de douleurs comme son monde de joies. 
La détermination est évidente. Croira-t-on cepen- 
dant qu'après avoir considéré la folie comme une 
maladie physiologique on est allé jusqu'à traîner le 
génie sur le même rang, et qu'aujourd'hui un grand 
nombre de médecins considèrent le génie comme 
une névrose ? 

Notre époque seule était capable de ces hardies- 
ses. « La constitution de beaucoup d'hommes de 
génie, dit M. Moreau (de Tours) est bien réellement 
la mime que celle des idiots ^. » Développant démesu- 
rément une thèse du docteur Lélut, l'auteur tient à 
ce que le génie n'appartienne pas au domaine de 
l'esprit, mais à celui du corps I Et sur quelle base 
s'appuie-t-il? Sur ce que, dit-on, certains hommes 
de génie ont manifesté des^ bizarreries, des excen- 
Iricités, des distractions, ou bien furent de consti- 
tution maladive, petits, rachitiques, boiteux, sourds, 
bègues, ou encore victimes de quelques hallucina- 
tions. 

C'est à coup sûr se former une singulière idée du 
génie que de croire qu'il consiste dans la singula- 
rité desopiniohs, dans l'originalité, dans l'enthou- 
siasme ou dans le délire. Il nous semble qu'il con- 

^ Ut Piydwlogie morbide» 



L'ESPRIT. — FOLIK ET GENIE. S7S 

siste plutôt dans la sublimité de la pensée, dans 
rélévationderàmesur les hauts sommets de l'étude 
scientifique de la nature, dans la pleine possession 
de soi-même en face des contemplations intellec- 
tuelles. 

Cette singulière identification du génie et de la 
folie a été Yaillamment réfutée par M. Paul Janei 
dans son savant ouvrage sur le Cerveau et la Pensée. 
Cette théorie, dit-il, <x a pris l'apparence pour la 
réalité, Taccident pour la substance, les symptômes 
plus ou moins variables pour le fond et pour Tes- 
sence. Ce qui constitue le génie, ce n'est pas Ten- 
thousiasme (car Tenthousiasme peut se produire 
dans les esprits les plus médiocres et les plus vides); 
c'est la supériorité de la raison. L'homme de génie 
est celui qui voit plus clair que les autres, qui 
aperçoit une plus grande part de vérité, qui peut 
relier' un plus grand nombre de faits particuliers 
sous une idée générale, qui enchaîne toutes les 
parties d'un tout sous une loi commune, qui, lors 
même qu'il crée, comme dans la poésie, ne fait que 
réaliser, par le moyen de l'imagination, l'idée que 
son entendement a conçue. Le propre du génie est 
de se posséder lui-même, et non d'être entraîné 
par une force aveugle et fatale, de gouverner ses 
idées, et non d'être subjugué par des images ; d'a- 
voir la conscience nette et distincte de ce qu'il veut 
et de ce qu'il voit, et non de se perdre dans une 
extase vide et absurde, semblable à celle des fakirs 
de l'Inde. Sans doute, l'homme de génie, quand il 
compose, ne pense plus à lui-même, c'est-à-dire à 



874 LITRE III. — L'AME. 

ses petits intérêts, à ses petites passions, à sa per- 
sonne de tous les jours ; mais il pense à ce qu'il 
pense : autrement, il ne serait qu'un écho sonore et 
inintelligent, et ce que saint Paul appelle admira- 
blement cymbalumsonans. En un mot, le génie est 
pour nous Pesprit humain dans son état le plus sain 
et le plus vigoureux. » 

Cependant isolés dans leur triste désert, nos pas- 
sionnés physiologistes font la nuit autour d'eui et 
refusentd'avouer l'existence desplus nobles facultés 
de l'esprit humain. Ils prétendent être les rigou- 
reux interprëtesde la science, tenir l'avenir derintel- 
ligence entre leurs mains, et regardent d'un œil de 
dédain les pauvres mortels dont la poitrine sert de 
dernier refugeàlafoides anciens jours,àrespérance 
exilée. Hors de leur cercle il n'y a que ténèbres, 
illusions fantômes. Ils tiennent en main lalampe 
du salut, sans s'apercevoir, hélas 1 que la noire 
fumée qui s'en exhale trouble leur vision et égare 
leur route. Ils pressent les choses à tour de bras 
pour en exprimer l'essence, et lorsqu'ils consentent 
à s'apercevoir que cette essence ne répond pas à ce 
qu'ils attendaient, ils déclarent que « l'essence des 
choses n'existe pas en soi, mais qu'elle n'est autre 
chose que les rapports que nous croyons saisir 
entre les transformations de la matière. » Il n'y a 
plus de loi, si ce n'est dans notre imagination. 11 
n'y a même plus de forces, mais simplement des 
propriétés de la matière, des qualités occultes, qui, 
au lieu de nous faire avancer, nous ramènent à 
vingt-cinq siècles en arrière, au teinps d'Aristote. 



L'HOMME. 915 

Leurs conclusions sont purement arbitraires , la 
chimie ni la physique ne les démontrent, comme 
ils cherchent à le faire entendre. Ce ne sont point 
des propositions de géométrie qui dérivent néces- 
sairement les unes des autres comme autant de 
corollaires successifs, mais ce sont des greffes 
étrangères qu'ils soudent arbitrairement à Farbre 
delà science. Fort heureusement pour nous, ils ne 
connaissent pas non plus les lois de la greffe. Ces 
rejetons morts-nés, d'une espèce étrangère, ne sont 
pas capables de recevoir la sève vivifiante, et l'arbre 
grandissant les oublie dans son progrès. Aussi 
n'offrent-ils pas aujourd'hui plus de vie qu'ils n'en 
offraient au temps d'Épicure et de Lucrèce, et la 
postérité n'aura-t-elle jamais la peine d'y cueillir 
des fleurs et des fruits. Cependant, à les entendre, 
on croirait qu'ils sont si naturellement entés sur 
l'arbre verdoyant de la science qu'ils se nourrissent 
de sa propre vie et sont alimentés par ses propres 
soins, comme si une mère intelligente pouvait con- 
sentir à verser la fleur de son lait entre les lèvres 
de semblables parasites I Au point de vue histo- 
rique, la posture magistrale qu'ils prennent devant 
les combattants delà science moderne est curieuse 
et digne d'attention ; ils font époque, car, s'ils ne 
sont pas tous savants, quelques*uns d'entre eux 
sont aux premiers rangs de la science, ont donné 
dçs travaux d'une certaine valeur en physique, qui 
en imposent et font accepter la fausse métaphysique 
de ces expérimentateurs. 
Devant le résultat de ces tendances, devant ce 



376 LIVRE III. — L'AME 

fait brutal de la matérialisation absolue de toutes 
choses, devant ce prétendu dernier terme du pro- 
grès scientifique : Tanéantissement de la loi créa- 
trice et de l'âme hun^aine ; que deviennent les plus 
nobles aspirations de l'humanité, ses croyances les 
plus instinctives, ses conceptions les plus an- 
ciennes et les plus grandioses? Que deviennent les 
idées de Dieu, de justice, de vérité, de bien, de 
moralité, de devoir, d'intelligence», d'affection? 
Néant et vile poussière que tout cela ! Nous ne 
sommes tous,, penseurs animés de Tardent désir 
de connaître, nous ne son^mes que Tévaporation 
d'un morceau de graisse phosphorée. Admirons en- 
core les tableaux splendides de la nature, élevons 
nos pensées en ces hauteurs lumineuses que le soleil 
dore aux heures mélancoliques du soir, écoutons 
les hariqpnies de la musique humaine et laissons- 
nous bercer sur les mélodies des vents et des 
brises, contemplons l'immensité murmurante des 
mers, montons aux sommets candides des mon- 
tagnes resplendissantes, observons la marche si 
belle et si touchante de la vie terrestre en toutes ses 
phases, respig^ns le parfum des fleurs, élevons en- 
core nos regards vers les étoiles rayonnantes qui se 
voilent dans les splendeurs de l'azur, mettons-nous 
en communication avec l'humanité et son histoire, 
respectons encore les génies illustres, les savantsqui 
dominèrentla matière, vénérons les moralistes per- 
sécutés, les législateurs des peuples, et autour de 
nous permettons encore à l'amitié de réunir les 
cœurs, a l'amourde palpiter dans nos poitrines, au 



L'HOHHB. t77 

sentiment de la patrie et de l'honneur d'enflammer 
notre parole : dans toutes ces illusions surannées 
il n'y a que l'efiet chimique d'un mélange ou d'une 
combinaison de quelques gaz. C'est une affaire de 
poids et de volume dans les équivalents de l'oxy- 
gène, de l'hydrogène, du phosphore, du carbone 
qui s'unissent au creuset cérébral en proportions 
plus ou moins grandes. Vertu, courage, honneur, 
aiïection, sensibilité, désir, espérances, jugement, 
intelligence, génie : combinaisons chimiques que 
tout cela ! Sachons-le une fois pour toutes, vivons 
en conséquence. Que notre cœur arrête ses batte- 
ments, que notre âme ne s'attache plus au respect 
des biens intellectuels, que notre regard ne s'élève 
plus vers le ciel ; la vie de Tesprit n'est qu'un fan- 
tôme. Résignons-nous à savoir que nous ne sommes 
autre chose que la sécrétion impalpable et sans 
consistance de trois ou quatre livres de moelle 
blanche ou grise 1... 



tG 



1! 



LA PERSONNALITÉ HUMAINE 



L'hypothèse qui présente Tàme comme une propriété du cerveau 
n'est pas soutenable devant les faits de la personnalité humaine. 

— Contradiction entre l'unité de l'&me et la multiplicité des 
mouvements cérébraux. — Contradiction entre l'identité perma- 
nente de l'àme et la mutabilité incessante des parties constita- 
tives du cerveau. — Silence des matérialistes sur ce double fait 

— Impuissance de leur théorie. — Audace de leurs expUcationa 
devant la certitude morale de notre identité. — Comment l'unité 
et l'identité de TAme démontrent l'inâiiité de l'hypothèse maté- 
rialiste. 



Fort heureusement pour les grandes et respec- 
tables vérités de l'ordre moral, nous n'en sommes 
pas réduits à courber la télé sous une conclusion 
aussi grossière. Comme aux jours chantés par 
l'auteur latin des Métamorphoses^ nous sommes 
nés pour nous tenir debout et pour regarder le 
cielé Certes, nous pourrions faire comparaître ici 
l'imposant témoignage des sentiments les plus 
profonds de la nature humaine; nous pourrions 
établir avec Tévidence du jour que dans ces doo- 



CONSÉQUENCES DE U PHYSIOLOGIE KATtRIiUSTB. S70 

« 

trines pernicieuses il n'y a plus de place pour 
l'espérance, plus de loi morale pour la conscience, 
plus de lumière pour les tendances du cœur, plus 
de bonté dans la nature, plus de justice dans Tordre 
universel, plus de consolation pour lailligë, et % 
que la population pensante du globe terrestre n'a 
plus devant elle aucun but, aucune dartë, aucune 
loi intellectuelle. Elle roule désormais, tourbillon- 
nante, emportée dans l'espace obscur par la rota- 
tion et la translation rapide du globe, se renou- 
velle de seconde en seconde par la naissance et la 
mort de ses membres, et n'est pas autre chose à 
la surface de la création matérielle qu'une moi- 
sissure parasite aveuglément enfantée et perpér 
tuéepar les forces chimiques. Oui, nous pourrions, 
en invoquant le témoignage des cœurs qui battent 
encore et des âmes qui espèrent, et en rangeant 
en bataille les arguments encore vivaces' de la 
philosophie et de la psychologie, terrasser nos ad- 
versaires et les contraindre à s'avouer eux-mêmes 
vaincus. Mais puisque nous avons voulu combattre 
sur le même terrain et avec les mêmes armes, 
puisque nous avons prétendu pouvoir les réfuter 
au nom seul de la science dont ils se disent les 
soutiens et les interprètes, 'nous voulons géné- 
reusement rester sur le sol scientifique et dé- 
daigner comme eux les syllogismes de la psy- 
chologie. Ainsi nous laissons sans réponse les 
propositions suivantes de nos adversaires, et les 
commentaires dont ils les prolongent : « Les lois 
de la nature sont des forces barbares, inflexibles, 



980 LIVRE m. -- L'ÂME. 

elles ne connaissent ni la morale ni la bienveil- 
lance. » (Vogt.) a La nature ne répond pas aui 
plaintes et aux prières de l'homme; elle le re- 
pousse inexorablement sur lui-même.- » (Feuer- 
'bach.) a Nous savons par expérience que Dieu ne 
se mêle en aucune façon de cette vie terrestre. » 
(Luther.) 

Voilà des observations bien consolantes pour 
rhumanité, n'est-ce pas? Mais nous le répétons, le 
sentiment n'est pas une affaire scientifique, et nous 
ne traiterons pas ce chapitre-là. Cette abstention 
ne nous empêche pas, bien entendu, dlnviter nos 
lecteurs à y réfléchir et à décider de quel côté 
penche leur raison et leur cœur. 

Mais au seul point de vue de l'observation scien- 
tifique, et en laissant de cêté les sentiments du 
cœur et les lois de la conscience, qui sont pourtant 
quelque chose dans l'histoire de Tâme, — nous di- 
sons que certains faits d'observation pure sont 
complètement inexplicables dans l'hypothèse ma- 
térialiste. Au chapitre précèdent, le lecteur peut 
encore rester suspendu entre les deux hypothèses, 
car nous lui avons présenté des faits se balançant 
mutuellement et tenant l'esprit indécis à leur cen- 
tre de gravité ; dans celui-ci, le centre de gravité 
va passer dans le corps des doctrines spiritualistes, 
et ceux qui ne le suivront pas risqueront fort de 
perdre leur équilibre et de tomber bientôt dans le 
vide le plus vide. 

Exposons d'abord les affirmations matérialistes, 
contre l'existence de Y âme et pour ne pas nous oo- 



L'EXISTENCE ET Ih MON-KXISTENGE DE L'ANE. Sn 

cuper seulement des étrangers et faire en môme 
temps Thistoire du matérialisme dans notre pays, 
écoutons Broussais, dont l'ouvrage fut le premier 
grand signe de ralliement de nos modernes épicu- 
riens, et qui inaugura dans notre siècle la première 
phase scientifique de ce cours peu lumineux. 

Pour Broussais, comme pour Cabanis, comme 
pour Locke et Condillac, l'homme consiste simple- 
ment dans Tensemble des organes corporels et de 
leurs fonctions. Le moij la personnalité humaine, 
ce n'est pas un être sui generiSj c'est un fait*, c'est 
un résultat, c'est un produit imputable à telle ou 
telle disposition de la matière*. L'intelligence et 
la sensibilité sont des fonctions de l'appareil ner- 
veux, à peu près comme la transformation des 
aliments en chyle et en sang est une fonction de 
l'appareil digestif ou de l'appareil respiratoire*. 
L'existence de l'âme n*est qu'une hyp<^thèse, une 
hypothèse qu'aucune observation ne fonde, qu'au- 
cun raisonnement n'autorise, une hypothèse gra- 
tuite, voire même une idée dénuée de sens*. 
Reconnaître dans l'homme autre chose qu'un sys- 
tème d'organes, c'est tomber dans les absurdités 
de l'ontologie •. 

Cabanis, dans son livre si connu, et Destutt de 
Tracy, dans l'analyse raisonnée qu'ila faite des rap- 
ports du physique et du moral de T homme, émettent 

* De Vlrritation et de la folie, p. 153, 
« W., p. 171. 

^ W., Préface, xix. 

* Réponse aux critiques f p. 50. 

* De Vlrritation, etc., p. 122. 



S88 LIVRE m. — L'AME. 

les mêmes opinions, mais sous une forme moins 
explicite. 

D'après les défenseurs exagérés de la doctrine de 
Idisensationy la personne humaine est confondue dans 
les fonctions organiques. En réalité, elle n existe 
pas. Tous les hommes de tous les peuples^t de tous 
les temps ont cru à leur existence personnelle, se 
sont sentis vivre et penser ; toutes les langues ont 
énoncé aux premières pages des annales de l'hu- 
manité Fexistence personnelle de la pensée hu- 
maine, âme, intelligence, esprit, quel que soit 
d'ailleurs le nom employé (nous pourrions aligner 
une page de noms primitifs aryens, sanscrits, grecs, 
latins, celtes, etc. ; mais une telle nomenclature 
n'est pas nécessaire et nos lecteurs connaissent 
Texistencede tous ces mots) ; le bon sens du vulgaire, 
aussi bien que \e génie du philosophe, a cru spon- 
tanément, depuis que le monde est monde et depuis 
qu'il y^ des êtres pensants sur la terre, qu'il y 
a dans notre corps autre chose que de 1^ ma- 
tière, une conscience de soi^ sans laquelle nous ne 
saurions pas exister, et qui se prouve elle-même 
par lé seul fait de notre certitude intime ; enfin tous 
les hommes ont senti que notre corps ne constitue 
pas notre personne pensante, et que le monde 
extérieur ne la constitue pas davantage. Hais 
rhumanité passée et présente, a, parait-il, compté 
sans l'opinion des matérialistes. Fort heureu- 
sement pour notre instruction, ils sont là, nous 
éclairant désormais et nous invitant à réfléchir 
sur la^naîveté de notre croyance. Comme Ta fi* 



SI NOUS EXISTONS REELLEMENT? SS3 

nement écrit un spirituel spifitualiste * : « Jus- 
qu'ici, mes chers amis, nous disent-ils, vous 
avez cru que vous existietj et que vous aviez 
chacun un corps ; détrompez-vous ; vous n^ exis- 
tez pas; ce sont vos corps qui vous ont. Vous 
n'existez qu'en apparence ; ce que chacun de vous 
appelle moi n'est qu'un nom en Fair, un fantôme 
creux, un je ne sais quoi, sans réalité ni consis- 
tance; et ce qui existe réellement là-dessous, c'est 
quelque chose dont vous n'avez pas conscience, et 
qui n'a pas non plus conscience de vous. » 

Selon Broussais, ses maîtres, ses collègues et ses 
disciples, le moi^ c'est le cerveau. La pensée, tous 
les phénomènes de la sensibilité, de l'instinct, de 
^intelligence, sont des « excitations » de la matière 
cérébrale, ou, pourparlerle langage mèmeplus ma- 
tériel de l'auteur , des « condensations de la même 
matière*. Et de quelque nature qu'elle soit, toute 
perception mentale est dans ce cas. Douleur, joie, 
souvenir, imagination, jugement, comparaisons, 
déterminations, désirs, enthousiasme : condensor 
tm que tout cela. S'il y a des phénomènes com- 
plexes dans ce laboratoire de la pensée, comme 
une série de raisonnements successifs à partir 
d'une première impression, même de l'extérieur, 
jusqu'à un acte de volonté, ce sont alors des con- 
densations de condensations. Ces condensations 
sont la pensée elle-même. Celle-ci n'en est pas la 

* Le duc de Broglie, Écriii et DUcoun, t. l,de VRxUtenee de 
Urne, 

* BroQMalf, de rirrUmm et de to FohSt p. 914 



S84 LIVRE III. — L'AME. 

conséquence, la résultante, elle est la eondeMo- 
tion même des fibres de Tencëphale... Dieu I que la 
science est une belle chose ! et que M. Broussais 
avait une imagination bien condensée ! 

Se sentir sentir , telle est la formule, tel est le 
seul fait de conscience admis par Broussais. La 
prétendue âme humaine est tout entière dans ces 
trois mots. Or quel est Torgane qui sent dans 
l'organisme humain? C'est incontestablement le 
cerveau. Donc le cerveau c'est le wioi, et toutes les 
perceptions de la pensée ne sont que des excita- 
tions de la substance cérébrale. 

Cela parait bien simple. Il y a pourtant une lé- 
gère objection. 

Nous avons vu que le cerveau est une masse de 
chair de trois livres, plus ou moins, composée de 
moelle,de fibres blanches ou grises, de graissephos- 
phorée, d'eau, d'albumine, elc. Or quelle est la sub- 
stance qui pense là-dedans? Est-ce l'eau? est-ce le 
phosphore, est-ce l'albumine, est-ce l'oxygène? Si 
la faculté de penser est attachée à une molécule sim- 
ple, â un atome réel, vous n'avez pas le droit de nier 
l'immortalité de l'âme, car dans celte hypothèse la 
faculté de penser partagerait la destinée de l'atome 
indestructible. Mais il faudrait donc admettre que 
cet atome est affranchi dès lors du mouvement et 
reste immobile (au fond delà glande pinéale, peut- 
être). 3i maintenant chaque molécule cérébrale est 
capable de sentir, selon la nature des sensations, 
ce prétendu moi ne sera plus au singulier, mais 
au pluriel; il y aura autant de mot8(l) qu'il y a de 



SI nous EXISTONS RÉELLEMENT? 285 

molécules cérébrales. Les langues ne connaissaient 
pas ce nouveau mot, et devront désormais l'adjoin- 
dre à leur dictionnaire. L'homme ne s'était jamais 
clouté qu'il y avait en lui plusieurs personnes, car 
les Grecs eux-mêmes avec leur ^^x'^l/^^^^ ôpeicxtxbv, 
leur vgwiQttxYjîovaiJLtç, leur aî^yjTixbv, leur îpeicTixbv, 
leurçavTauta, leur vouç woc/^^j leur votJç icoiYjTtxbç et 
toutes leurs vouç possibles, n'avaient encore imaginé 
là que diverses facultés, diverses manières d'être 
d'une seule âme. Mais chaque molécule est elle- 
même un agrégat d'atomes, de corps simples, di- 
vers, et diversement combinés. Sera-ce chaque 
atome qui pensera maintenant? Nous voilà tombés 
dans l'hypothèse la plus absurde qu'on puisse ima- 
giner. Cette contradiction entre l'unité incontestable 
de la personne pensante et la multiplicité nonmoins 
incontestable des éléments cérébraux , réduit à 
néant l'idée de faire de la conscience personnelle 
une propriété de l'encéphale. 

Remarque curieuse, ces messieurs ne s'aperçoi- 
vent pas qu'en raisonnant ainsi, ils reviennent aux 
arehées de Van Helmont, sous prétexte de progrès. 
Il ne leur manque plus que les esprits animaux du 
temps de Descartes et de Malebranche, et nous 
nous trouverons reculés de plus de deux siècles, 
avant l'origine même de la physiologie. 

N avons-nous pas au fond de notre conscience la 
certitude de notre unité ? Votre pensée s'aperçoit- 
elle comme un mécanisme composé de plusieurs 
pièces ou comme un être simple? Tous les faits de 
Taclivité de notre âme témoignent en faveur do 



286 LIVRE III. — L'AKE. 

cette unité personnelle, car dans leur variété et 
dans leur multiplicité ils sont les uns et les autres 
groupés autour d'une perception intime unique; 
d'un jugement unique, d'une faculté de générali- 
sation unique, ^ous sentons en nous-mêmes cette 
unité de notre personne, sans laquelle nos pensées 
comnie nos actions ne seraient plus rattachées par 
aucun lien, sans laquelle nos déterminations n'au- 
raient aucune valeur. Et ce fait est si fermement 
avéré dans la conscience et si inattaquable que les 
contradictions apparentes que Ton pourrait lui op- 
poser, tournent en définitive à son avantage. Si, 
par exemple, certaine faculté de notre flme se 
trompe dans son appréciation, il semblé qu'on 
pourrait en conclure qu'il y a complexité dans le 
mode d'action deTesprit. Mais en allant au fond de 
ce phénomène si fréquent de Terreur, on recon- 
naît que c'est bien le même être, la même per- 
sonne, qui se trompe et reconnaît sa méprise, et 
que dans l'homme qui commet une erreur et la 
redresse, il est clair que c'est la même raison qui 
juge et le corrige. Les contradictions mêmes de la 
nature humaine servent donc aussi bien que notre 
propre conscience à affirmer la personnalité de 
notre être mental. 

Quoique l'affirmation du moi personnel prouve 
l'existence de l'âme, il ne s'ensuit pas qu'il la con- 
stitue. Nous pensons queTâme est le sujet pensant, 
tandis que le moi n'est qu'une conception qui 
donne pour phénomènes internes le caractère de 
fait de conscience. L'flme pourrait exister sans 



UNITÉ ET PERSONNAUTÉ DE L'AME. 287 

avoir conscience de sa personnalité, et de fait dans 
le monde animé, un grand nombre d'âmes en sont 
encore là. 

D'autres répondent que^ c'est Feilsemble du cer- 
veau qui pense, et non chaque molécule elle- 
même. Mais qu'est-ce que c'est que Teiisemble du 
cerveau, sinon la réunion des molécules qui le 
composent ? Ceux qui font de cette réunion un être 
idéal, une sorte de société, d armée, ne peuvent 
pas faire penser cette société sans faire penser cha- 
cun de ses membres. Car en soi, une société, un 
peuple, ne sont pas des êtres réels, mais un en- 
semble dont la nature et la valeur ne soiit consti- 
tués que par celles des membres qui les compo- 
sent. Supprimez la pensée aux cerveaux du peuple 
français, que restera-t-il à ce peuple? Imaginez 
que les molécules de notre cerveau ne pensent 
pas, que restera-t-il au cerveau? Et si elles pensent, 
nous retournons à Vimage bizarre d'une quantité 
indéfinie de mois ! (ce mot doit trouver singulier 
de se voir ainsi au pluriel) . Et pour qu'elles s'ac- 
cordent les unes les autres, nous verrons instituer 
la hiérarchie militaire et nommer un général que 
Ton mettra à cheval sur quelque atome crochu de 
la glande pinéale, ou bien on dira avec Sydenham, 
« qu'il y a dans l'homme un autre homme inté-* 
rieur, doué des mêmes facultés, des mêmes af« 
feclions que l'homme extérieur. » Sous prétexte 
de science positive, on imaginera mille hypothèses 
plus difficiles à expliquer que les mystères si cri*- 
tiqués des religions antiques. 



288 ' UVUE m. -1 L^AME. 

Les matérialistes contemporains soht'ïnnl^'pi 
p/us forts. Ils déclarent, coiîime nou^ l*àtdnsWd, 
que Tâme est une force sécrétée par le cerveaii(!) 
sans se mettre dans l'embarras de dédidëi^ '(l[ttelle 
partie ou quel élément de l'encéphale ' pfossêilc 
cette merveilleuse faculté. C'est une résultante Ôe 
l'ensemble des mouvements qui s*opêi*eht iouà di- 
verses influences dans Porgane cérébral. Tfef est 
Favis de Pécole matérialiste et même de Técde 
panthéiste. Cette nouvelle hypothèse est tâtft atifc 
simple que les précédentes; elle n'a noti^'f^us 
qu'un léger tort : c'est d'être parfaitement îiilcoffl- 
préhensible. D'ailleurs on ne se donne même pas 
la peine de chercher à l'expliquer. Lorsqu'on op- 
posait, en 1827, la siniplicité de l'âme à la multi- 
plicité des éléments constitutifs du cerveau, à' celle 
époque où la chimie de la pensée n'avait pas enCOTe 
le bonheur d'être faite dans les creusets doulrc- 
Rhin, Broussais répondait loyalement : «Lciwot'est 
un fait inexplicable, je ne prétends pas expliquer 
le moi^, » (Pourtant, aux définitions signaléèsf plus 
haut il a encore ajouté celle-ci : a Le moi est Un 
phénomène d'inn^fMfion. ») Aujourd'hui on ne 
peut pas davantage prouver ni expliquer que ndtre 
conscience individuelle soit la résultante dé àèr- 
taines combinaisons opérées dans une machine 
automate* ^ 

Ainsi, runité de notre force pensante profefetc 
énergiquement contre l'hypothèse des penséés-sé- 



* Ri^pouseaux crUiques, p. 17. 






IDENTITÉ PERMANENTE DE L'AME. 2$9 

crétions de la substance cérébrale, et la détruit 
net. Nous opposerons maintenant à la même hypo- 
thèse un second fait parallèle à celui-ci, et dont la 
valeur est si grande qu'il est capable à lui seul 
de réduire à néant la colossale armée d'arguments 
déjà émoussés qui prétend défendre ladite théorie. 

Ce fait, le voici en quelques mots bien clairs. 

La substance constitutive du cerveau ne reste 

pas deux semaines de suite identique à elle-même. 
Le cerveau est complètement changé en un temps 
plus ou moins long. Nous avons vu dans le livre 11 
(particulièrement p. 91 et 107), que non-seule-, 
ment le cerveau, mais le corps organisé tout entier, 
n'est qu'une succession, qu'une mutabilité perpé- 
tuelle de molécules. 

Au conti^ire, notre personne pensante reste. 
Chacun de nous a la certitude que depuis son en- 
fance jusqu'à rage où il est parvenu, il n'a pas été 
changé, comme Tont été ses vêtements, ses che- 
veux, ses traits et son corps. 

Dans les pages précédentes, nous venons de dé- 
montrer la personnalité de l'âme, malgré la com- 
plexité des éléments du cerveau, malgré la multi- 
plicité de ses fonctions, et nous avons vu que, loin 
d'être une résultante, cette personnalité s'affirme 
d'elle-même comme une force individuelle. Main- 
tenant nous allons en quelque sorte transporter à 
ridée du temps ce que nous disions à propos de 
l'étendue, et établir que l'unité de l'âme n'existg 
pas seulement à chaque instant considéré en lui- 
même, mais encore qu'elle persiste d'un instant à 

il 



290 LIVRE III. — VkUE. 

Tautre^ et^ reste identique à elle-même malgré les 
changements que le temps apporte à la composition 
de la substauce cérébrale. 

II s'agit donc de concilier VidentUé permaneaU 
de notre personne avec la mutabilité incessante de 
la matière. MM. les matérialistes seraient d'une 
gracieuseté rare s'ils consentaient à monter un 
ij^stant au tableau pour résoudre ce petit problème. 

Nous. voulons bien leur en donner Pénoncé : Dé- 
montrer que le mouvement est Fami du repos, et 
que le meilleur moyen de créer dans le monde une 
institution stable et solide, c'est d'en jeter l'idée à' 
travers un tourbillon de têtes frivoles. 

Les observations sévères, faites à divers points de 
vue et comparées, ont montré que non-seulement no- 
tre corps se renouvelle successivement tout entier, ' 
i^plécules par molécules, mais encore que cerenou- 
vellement perpétuel est d'une étonnante rapidi1é,et 
qu'il suffit d'une trentaine de jours pour donner au 
corps une composition nouvelle. Tel est le principe* 
de la désassimilation dans Tanimal. A rigoureuse- 
ment parler, l'homme corporel ne reste pas deux ' 
instants de suite identique à liii-méme. Les globules 
de sang q^ui circulent dans mes doigts au momentoù 
j'écris ces lignes, le magique phosphore qui bat 
d^ns mon cerveau au moment où je pense cette 
phrase, ne feront plus partie de moi-même lorsque 
ces pages seront imprimées, et peut-être qu'au 
nioment où vous les lisez, ami lecteur, ces mêmes 
Hipléculesfont part^edevotreœilou de votre front... 
p^ut-être, à lectrice rêveuse qui tournez déHcalc-' 



iBENtnft permàhentë de l'amb soi 

i^^lft ce. feuillQt de vos doigts aimés, ladite' motô-^ 
cule de phosphore qui, dans Thypothèse de nos^ 
adversaires, eut la fantaisie d'imaginer la phrase eil' 
question, peut- être, dis-je, cette heureuse molé- 
cule çst^elle présentement emprisonnée sous l'épi- 
derme sensible de votre index... peut-être très-* 
sajil^-ielle ^rdemment sous l'es palpitations idé 
vol^e cœur..* (Il y aurait beaucoup à dire sur 
cptmdiscret sujet des voyages d'une molécule, 
mais je n'ose pas allonger ma parenthèse.) Lh 
question sérieuse est de rappeler cette vérité r 
que la matière est en circulation perpétuelle dans 
tous les êtres, et que l'être humain corporel en' 
particulier ne demeure pas deux jours de suite 
identique à lui-même. 

^ Si la valeur de ce fait ne nous abuse pas, elle' 
npus parait avoir son importance dans la question 
qui nous occupe, et nous nous faisons un véritable 
pl^aisir de l'adresser à nos adversaires et de les in- 
viter à Pexpliquer. Comme c'est aux champions 
roênaes du matérialisme que la science est rede- 
vable d'uùe partie de ces observations intéressantes, 
ils sont plus à même que personne de les interpré- 
ter en faveur de leur théorie^ si toutefois cette sorte 
d'interprétation n'est pas un tour de force trop ' 
exagéré* Voyons. 

« Le sang abandonne constamment ses propres 
parties constitutives aux organes des corps en qua- 
lité d'éléments histogènes. L'activité des tissus 
dëoDimpofieces éléments en acide carbonique, en 
urëie et en eaîi. Les tissus et le sang sul)jssênt) par ^ 



là'thëriehé'i^é^lfèrk de la vie, une dfépWditibn de 
fl^bsf^kice, (|ùi ne trouve de compensation que Aé\i 
lê^clêdôthmàgénient fourni par les aliments. Cet 
ëèMng'è' db' matières' s*opère avec une rapidité fe- 
RiàV^i^tiableV Lés faits généraux indiquent que le 
cél'p^'îfttitJuVellé la plus grande partie dé sa^iili- 
tèkôë^tfsihk uii laps de {emps dé vingt à treûte' 
j^lâl^J î]e'*bdlbner Lanlî î par lé moyen de/plii-' 
sSôu^^eàéès; â"trôtr^é iine perte moyeriùé otf 
M|^t-9ëuxièîbfede îoA poids en vîifigt-quatrehéarès;^ 
ËèfyriduvèUëihen il complet demanderait âohcviigW 
d^i'joîirs. Lidiiç'déduit une rapidité de vîngt-cïri^ 
jBW'tf'Uiofé aùtt^^nâidératîon de^rkhahg 
ifeâtlëi*ès ^') lia tombùstîoïi du sang. Quelque surpife- 
nMe^(iuë^^difeéepài^îti»e cette rèpidîté, lës'ôMéï- 
vations s'accordent siir tbus les poihts\ » ' "'' 
^fJlHfeîV' V^t^ %tis-méines qui renseignez ,' In 
qùéKitièè'ioilrs', eu ij[iiélqué$ semaines, notre èbrû^ 
ésï^ëhlKî^ehiéht fetiolivelé. Notre être matèriérâ 
vif' siicôès^efàërit toute sdn assiemblée constituante 
difeilutyèCrlémplàcéë; il n'est pa^ resté une même' 

rflBtééiiîé d'^n^g^^ié? îi'hydrogèné, de carboiiet'ifè; 
férJ^dë^^bllbi^Vàré, tt'albuniine...; ces mblêéfe 
* sbMkBiëèisfe;d''âûfrfe!s substdîicés etsontâctuëlieihblf' 
bmëei^hi lès hù4eà; charriées dahs les flôîs, éH- ; 
sfeVélfes*flartè!le^s6l, recueillies par les plantes ou 
pài^leè âïiînîtrtik', ef iiotre propre substance a entiêlre- 
mëttfèïîangéV/ ' ' "' "";' 

^^ti* iiptJUquâtit même votre ingénieuse' tHéorié 

1 1^: iÉD^Bcboti, iiidrculaiiim delà me, U i p. 169^ 170/1^1 



IDENTITit P^AT«WTE I^ L'AVE. f9| 

î||Cçjpla|în^ feUs de roi^re;so.çial, on armei pcQUi 
yçj; que l'vinion matrimoniale n'est ep aucun Q^. 
i^ ri, sacrement efficace, qu'au bout d'ui^ lUQis leit 
dep êtres qui crurent former des nc^da i^t€;]^nflsi 
|Ç|nt cprporellement, et spirituellement tramfpnn4§i 
e[|yiYent désormais à l!ëtat adultère^ et.millfe cppr, 
çl^^ipps aussi, édi^^ntes. Vous ajputeï,Mdwile4a 
cet enseignement que le pbosphqi;ç;,étfint }^ parlj^ 
(j^ja^titutive ta plus cardctéri^éç.du cerveau» c'e^ 
(le cette substance que.yieqUa pensée, de, o^^moq^^ 
c'pt à la potasse que l!on doit Iqs muscla. qt)ejS( 
faç;ultés de locomotion, que c^&st au.p|io§pbato.d0> 
cnaux que Ton doit les os et la charpei^te .4u, 
corps, etc., et vous co(npare:i t'^te. 4^;la ppi)^ 
(sécrétion du cerveau I) à la sécrétion, de la bîl^ 
par le foie, de Turine par les reii^. ..,,»,/ 

j En opposition avec vqs prétentions, je renj^rque 
que mon être pensant, que ma personne, mon j^^^. 
est bien le même qu'il y a cinq, dix, vÂ^g^ qusir^n^e, 
ans. Et j'espère que vous ne nierez pa? qpe yp^s^qe, 
vous souveniez d'avoir été, enfants^, d'ayoir. JQUfl, 
entre les bras de vos mères, de vous être, aflçis gm:;, 
les bancs deTécole, d'avoir fait (je n,'îçn,4putçipa?).i 
d^e brillants progrès dans vos étud,çs,' et i^\^p i^^^ 
d'être devenus les plus forcenés d'entre les Ç)alé;îa:7l 
listes. C'est bien vous, n'est-ce pas, qui a^yez ain^i, 
vécu? C'est bien sur votre eqjrit, si ce ,ii*est jsçf . 
votre front, que toutes ces années ont passé. Si vqi|a ; 
avez changé d'opinipns,. d'idées, de direq^jon 4aps 
vos études, de pays, d'habiludes, d'aliments, ce n'en 
est pas moins votre même personne qui a Ifran^^, 



.y^ etviçiUi, et si quelque audacienx eVlé||iti|||^e 
partisan de vos théories vous avait ravi, ilyaaixan^ 
votre honneur ou votre fortune, et, reparaissant aîi^- 
i^urd'hui devant vous, prétendait que vous n êtes 
plus le même homme, que vous avez été changé bien 
des fois .depuis lor3, qu'il ne vous connaît pas, ^^ 
a changé d'individu lui-même et ne vous doit^cuue 
.ifépar^tion, vous .lui feriez vite, comprendre (ji^ 
ce.p'est pas ainsi que vous entendez rapplicatiopî^^ 
V^ théories. En effet, messieurs, ces thèones np 
nqits paraissent m plus ni «moins qu'ab^ujrdesj do- 
yant ce fait éloquent de ^identité de resprjt. ^ô,^- 
v^vous *les concilier s^vec lui? Pouvez-voûs pyép 
tendre qu'une sécrétion de, substance^ pas^^^ 
(pii ne font que traverser i'org^oisme soit ca||^ 
de jouir de cette propriété? Oseriez-vous àvahcfir 
qu'en considérant la pensée comme une prfjprjété 
d'un certain asseiAblage de iqolécules de^gr^i^ 
jpbosphorée, d'albumine, de cholestërinê, d^jpo- 
tasse et d'eau ^, molécules apportées à ce labor^j 
toire par la nutrition et la respiratipn , vàriabM, 
en mouvement continuel» semblables à des sQld^ 
de toutes nations qui arrivent dans unmôme bai^|tf 
y dressent leurs tentes et çpntinu.ent |e lendempi 
leurs voyages séparés pour être remplacés par 
d'autres; oseriez- vous , dîs-jé, avanç^çr qti'^^.pa- 
reil système puisse expliquer l'identité, la per- 
manence de la pensée ? Non, non, vous ne Yos/^ 
pas' : vous ne l'essayez mêmcf pas, car j^ai 




• Moleschott, a, lia. 



J 



IDENTITJf pkVAm^NTE^llk L'AME. ik 

chercher dans Vos aniiales, j'y vois que vbtiS*eèkiûî- 
vezpreslement la difficulté sans presque baignëi^ Ih 
nommer. ' ' 

L'un d'entre vous ^ répond en passant que Vàh- 
servation faile sur des trépanés a niontré que cei 
faines années ou certaines époques de leur vie ont 
été effacées de leur mémoire par la perte de qôèf- 
ques parties du cerveau. Il ajoute encore qiie Ik 
vieillesse fait perdi*e presque entièrement la iné^ 
moire. Sans doute, dit- il, lés substances du^ céif- 
veau changent, mais le mode de leur coihpo^oh 
^oit être permanent et déterminant le mode de Hi 
conscience individuelle. Puis il avoue que k lés 
procédés intérieurs sont inexplicables etinconcel- 
vables. » A la bonne heure I voilà un aveu qui râ^ 
chète tout. C!es prétendues expHcatiôi'i^ '(ià'tldëè 
faits anormaux sont les seules 1]ue Tbh ait donnée^ 
au grand fait que nous avons signalé. ' ' ' ^^ 

Ceci est une lacune sensible, messierirs, et puist- 
que votre plus grande ambition est dé tenir compt4 
de toutes les difficultés ef de ne rien passer sbus si^- 
lence, — reproche que vous adressez à vos adver- 
saires, — . je vous engage, dans l'intérêt mème^ dré 
votre puissance et de votre renommée," â né plu^ 
l'oublier et à expliquer physiquement ou chimi- 
quement comment le renouvellement dé vosatome^ 
peut avoir pouf propriété celle d'établir comm4 
îésultanle un être pensant qui a comcience4e la per- 
^àn€nce> de son identité. * 

* Mchner, Force ei MatUre, m. 



m . . UTRE m. -- L'AHR. 

, (Oa ne voit aucune conciliationj possible ientrç ces 
4î^ux tprmeSjPPpiirair^, et noi^s poumons passeç 
o^lpe imipédiat^men J sans nôup préoccupe^ de poi 
adjvp^ajrjs^, ^es considérant simplement comme 
hors de combat et les laissant évanouis surlesablèv 
^1^ fagpnicl^St gladiateurs antiques pris sousle nlet 
duj jéli^ire çt.perpés.du, 'nwri^ trident, Mais,jppr 
charité ppur eux- nous voulons bien continuer le 
. çoiijibati^.etçojijrlaf défense g^ de notre jcsjuse, 

nous croyons utile a exammer les diverses explij 
qi|j(^s^ ^^^^^^ j^ur ce sujet^ afin que Ion sache que 
ï^tjlljç e?^jiçatipn r^'est sati^ïsànte, et que la diJB- 
çuJLtéî jçççte tpjit entière trwo/uèZe dans riiypothésé 

^^^a,gp,ç.n()iei;e ex]j)Uçalion,coi^siste a .dire que si le& 
molécules dû corps sont en circulation perpétuelle, 
iLn^*(çp^?t^ pas de ^nrême de Içi forme individue^è. 
Nj]}$| tjrait.s j;^stent insqrits sur notre visage; ,nos 
yçijix garjdçnt la même couleur, nés cheveux la 
çjêmp satyre, ^notre physionomie le mémç carac- 
^^r^ fopd^penial. Ceux^ui ont eu l'avantage de 
?j3Pportçr4ç la gloire milU^ quelque noble cîcî^- 
Ifijçe gardent cette marque splennelle malgré ]è 
ç^^o^y^ellefnçnt,d^,.c^ Tel est le fait général de 
la perjTjfianençe ,ét. iiu caràçtè^^ p^hysiônoipique 
mdivicïuel,' h' r . • . 

}o T^^.??^?fM^?,PpMVf * prétendre que, puisqu i] 
en, est ainsi du corps, il n'y a rien d*impossî))le a 
que i idenuté de 1 esprit soit semblablement 16 



ce que 1 laeniité de l esp 
résultat de phénomènes matériels. . 
Ur voila justement Terreur i r or 



. ■ > I )« > 



I. t'r 



U 



justemérlt Terreur fT* oh ne peùl pa^ 



IVULLITÉ DES EXPLICATIONS MATÉRIALISTES. W 

prouver que ,1a permanence des traits soit le résul- 
tai des simples phénomènes d'assimilation et de 
dtesasçimilatiori et de la modification incessante dé 
de la suDstance ; 2* lors même qu'il en serait ainsi, 
on n'aurait jamais là qu'une identité de forme, une 
ijjenu^é apparente /conservée par des molécules 
successives,, e)t non une identité de fond, un être' 
siilfetantiel qui rçste; 5^ Tâme n'est pas une àu'é- 
cession qc pensées, une série dé manifestations 
mentales, mai$un être personnel, qui a consôieUce 
de sa permanence.' 

La différence qui sépare, par conséquent, l'hy- 
potnèse niât^rialiste de la nôtre, consiste dond 
sirnpleinent à observer que rien ne s'explique 
dans la première, tandis que tout s'explique daiik 
laxiotré^ C! est une légère différence, comme on 

rJtbU. ... > ' . *^ ,î 

^.Diirà-t-on quelês atomes matériels en se rempla- 

Î^^ht suivent précisément la même direction que 
eurs prédécesseurs, sont entraînés parle mémo 
tourbillon, se remplaçant comînè dés soldats à la 
facuôii/ qui se donnent successivement le mot 
djordrè,' et qiie si )a pensée n'est qu'une série dé 
vibrations, ce sont bien les mêmes vibrations qiil 
§e perpétuent, quoique la substance des cercle? 
vujrânfs ait changé. Mais une telle prétention est 
^ublementiYisignifiante,attendu quelle n'explique 
pas mieàx qàe les premières Tidenlilé du moi, et 
gu elle a une tendance à nous ramener aux qualités 
occùTtés, et à transformer le corps en un parloir dé 
petites molécules qui parviendraient â s'entendre 



Qt à s'a(H^or4er, malgré le bayardage et la légèreté 
de leur sexe. 

On peut encore dire que si Je . cerveau chansil 
^etit à petit, il en est de même de nos idées, ae 
notre caractère, de nos tendances, de notre esprit 
même. Mais si d'un côté nous considérons là sub- 
stance constitutive du cerveau à un monienï 
doni^^ il arrivera qi^eiques semaines oiiquè^^ 
mois plus tard (peu importé lé temps}! que là Jrnob 
tié par exemple de .cette. substance sera cnaBéée» 
et qu il n y aura plus par consè(^uent que ia moitié 
de la substance considérée au moment èn'qups^' 
tioifi.Plus tard,il n'y en aura plus que leqùàrf.l%is 
tard encore, ïe demi-quart, et ainsi de ^^itér'Dë^ 



sorte que, dans cette.hypothêse, nous seriohs â'ttlot- 
tié changés, puis aux trois quarts, puis auii tfijis 
quarts 



() 



lié changés, puis aux trois quarts, puis auii tfbis 
luirts et demi, puis il hé resterait presque plùs'rièii 
de notre personne primitive. Or, qui ne sent qu il 
n en est pas ainsi, qu on ne tranche pas dé U sorte 
un morceau plus ou moins considérable dé notre' 
âme, .<iue notre âme est une, simiple, indivisiblci,^ 
idetitique à elle-ipérpe en chaque instant^ conséiti^' 
tif dé sa durée? La permanence du mai sùrï^ài^H^ 
encore victorieuse de cette mêlée. j)*"^ 

Avancera-t-on enfih qu'il y a quelque paix uàns 
le cerveau un sanctuaire àû iséin duquel^ uiié ifiAblî^ 
cule cérébrale reste affranchie des lois générales 
de la matière, immuable et permanente, privillS^î^y 
entre toutes et douée d'une intégrité inàÙâqûaWé? 
et que c'est cette molécule qui est le centre'^ (ïéS 
pensées et qui constitue Videntitë de notrié^p^ 



NULLITÉ DES Êl(pLlGATi()N^ MATÉRIALISTES. m 

sonne? Une tene supposition est non-seuieraènf 
purement arbitraire et dénuée de sens' mslls'èn- 
core en contradiction avec robservatîon scienli- 
fique et Tesprit de la méthode positive^' et mil! 
d'entre nos adversaires ne se propose du resté H 
en assumer la responsabilité 

Ainsi, qù*on le veuille où non, Tidentit^ perma- 
nente de notre être mçntalesf un Tait inébhçilîabte 
ayecla mutabilité incessante dé ) oK^ane cérébral, 
daps le cas of^ t'on fait de notre être mçntàl tinér 
qualité de cet organe. . • ^ . i i i i 

N^e^t-ce pas une audace singulière^ îorà(ju|bn y 
songe, de venir nier, en face dé la conscience ,îri- 
dividuelle et universelle, ce grand fait de Texis- 
tence personnelle de Tâme? Ne savons-nous, p^s"^ 
iQus, avec révidence la plus încomestAble, que 
notre moi et noé organes sonî^ ràcîièàtèmetit^ mif-j^ 
tincts, que notre personne se connaît et s'af- 
firme indépendamment élle-mêmei que nos br-^ 
ganes ne sont pas notis^ mais sont à riouSj ti! 
qui est bien différent, et ne semble- t-îl ' paé; 
que.njer ce fait, c'est nier là jumière^ en plein 
midi? ■ ■■- ' '"■'' ■" '■ "^ 



.f' ■ '< ■ '• î '«»'••'.'•. ''0 



Mettre ainsi eh doute la première affirmation 
de notre conscience, et prétendre que nous som- 
mes dans Tillusion, et que tandis que nous nous 
croyons personnellement exister et possçder nos 
organes, jÇe sont eux qui nous po^sè(ïenL içt ijue 
nous li àvons< pas une existence persoimelïe: icTési 
mettre en même temps en doute I§ principe 
flûéme de toute certitude, êi réduire en vktieu? 



<^' ^ffl ' ll^ki nie '0e ]p^eftiii#> ftiit • ^ ^odùsciëqjf ^ çluto 

n^^ dmilttl»& ékm l'illusion sûr inoti'e {)ro{tee ^i^ 
setihdlH^; Hequoiiseix^ns-liMis'sttFSMilcf^céseiAj^efe 

rdn^' I vrani^t > rheesieutisi Hes^» oiia tàmalktosi^iqnb 
l(ô9è#t'de'àoate'^iii))r«(mièP^ Ugnej^etqAi dscn^ 
l^^A^éii ëu^ d6^ ipi^ndUds.ltib^mtku£in(to 
s(^n^^^6$itilfè. lNé'tr^m«^<msr pta9>qorils;siiAt A 
lètit^ fôtir A% iiû pe î d« > quelque ^ aberif qUlentqe . ittâ^i 
simi^JM en^ Vehûtit^' n^«emeflil somteniBqqoé mUf^ 

iiô^sf ^mhvés^ëimpi'èMenlU'lâjieGtiaajeflféUàaqq^ 
cé^^%(i^tfli4te'Âe«4«âi^ik ($e{ientdàat étreibien ^psessm 
ièi'k(\!L&Aé\i^ ^èîisëè Itilèt^ttt'qMiIalarésbltaintGBiiUf 
pNës^hôtt ^ttiMte'laii|idta$seviA'iiâ^ 

^rc/I^fë' ^étéWë ^ ^jWscltf iî ' 'ôifife " ^urt^qdeftfJiBoiiHfa 

fliëMèé tbté!Me ë^fistilnt per^onnëlfemëiltv' 4t 119 

nous nous en pi^étïdtidnë'%'fà ëi^^ 
jê^Vékti : fffet • W flibirieiit de • réhrtlaWiu«fi^»e©B&^ 
'cfeV1c(à'^ *^st'{k>iiif a%lftiM*t&îqfa'««iPMfenxJfid 
n'ait mise en théorie. 
Lorsqu'on en vient à^éctexAgteatîoïk^tpiuest 



lHPUIS3A1iaBlDII MÂTfiRUUSlIE 9«|,.. 

vsBÛneiiÉiftortéiàjretottnnar «es reg»ird& en s^rri^rci 
ekiàctPnfpelerVotUdogie au isàne qu'elle abdicpua 
en faveur de la république seientirique. Sans rélar 
b1ir'T*èquîttbre^ on fest tenté de se demander avec 
de^B^ogUe^^i Tontologie est vraiment une sottiae^i 
€Jbsiftesontiok>gistes4»>nt nécessairement des foua, 
dMfldiots'efdesirôveurs. Il ne semble guèrO) répoon. 
drqn&noùs ' amo ¥ficadémicien . L'ontologie, n 'est; 
{)oint> ohDse> qui se preoiie ni doive se pr^addrf); 
cd) mauvàkve part. Elle • est Tune içs bmnchefSj 
cfe'ila pUbpophie générale, • c'est la scieni^ de^ 
l-Mèyp» oppoi»ti(m à la science, du phénomène! 
oal'de i'^pparenoe. L'homme, di^nt les philor 
ât^âx^ ^borde'directement les |)tiéiionHiiiies;'il Jf!s. 
afppréUbniie silit par les aeità) soit par Ja co^Tr 
sôeiicei; il ilesi étudie, les^ idièorijt^ ie&,coinpiara^. 
Miiis}))oi}S le phénomène, il y a Tètre qpi.persistej, 
ton^i» quelle pkéBoméne change ou passe» tnd^r. 
pendammenf des. attributs^ des modifications, il ï 
aiasnbstance qui supporte les attribut^ et subit, 
tesim0difiQations.'Aux qualités, aux apparences, \l^ 
faufiua sujet d'inhérence, un support, n'impoj:te^, 
nom; Tandis que les sciences naturelles décriveM 
losjphénoménes sensibles, tandis que la psycholp]-, 
giè .décrit les phénomènes de conscience, TontOf. 
\oig» aoiqde k légitimité du procédé par lequ^ 
UMife'passoiisdu phénomène ài'ètre. 
'^-.iMsisiiioiis sie moulons pas entrer ni conduire 
iMitm leatQwr dpisiee caveau encore trop e^scnr,^\ 



M -^"^ * *'- '^■' wm iii-^ Vkm. • • ■ !' 

Id'^c^éhcéèfbfstniite, et nous craignons plus qtie^nhf 
autre les éfitanations soporifiques qui s'en exbalentl' 
Nous tenons essentiellement à rester dans le movHH 
Uiminenx et actif de Tobservàtion ekp^^imentale^ 
Remarquons même --* fant il est vrai que nou^ 
sotnines sûrs de la victoire, et que ncms soulevons 
avec plaisiir toutes les difficultés possibles coi^ie 
hbtis**— remarquons même que Tantprité de ta 
eonsbièncé peut sous ntt éertai» aspect être rêv<H 
quèe^n'doute^ et qu'il importe de ne pas aioociplBr 
Sans c6ittr6Ie le ttoioignage pH^r et sîmple4uMBS 
iiftime. Oomiàe te prihcipe de la pensée subit I 
èhà(]tiê 'msiant une' multitude 'd'influences déni 
Vêés tlii imoûde extârieiifr par.rtetermédiaireded 
oi^gtlriôs, influences dont il est parfois le, jeu, uni 
^ull lài soit po^ible de lé décotfvrir et de s'en afv 
fràUtdâr^ 6n pourimtt peut^^être prétendre que lé 
iéitihieht de sa prétendue identité est une iUuÂoii 
due à une invincible ignorance du jeu respeotil 
des divers éléments qui le composent. A oatt^ 
^ekion^ nous répondrons avec M. Magy'i j^r 
l%iChâtnen^eAt des propositions suivantes : 

^ùUs trouvons dans l'âme humaine çoiume i%nk 
tbùfe lâ^nfàfure la cœiistence de la force et dq 
Péfèndùè. Les :fei(s qui peuvent nous révéler dans 
lé'^iijiétij[)en^ant ttiie activité propre, sont visil 
à 'chaque pas de lainarche de nos études. , 
'^ E!n ei!et, la {iremiôre condition d'appcenAre es^ 
Mài^'hotre esprit un effort spontané pour ri'ealnui 

^ Déïa Sdeùce et^àe la Natilti^i pi't^, 65i - ' ' P 



CARACTÈRE PERSWH^l El piNA^^QUE DE L'AME. ^ 

domiitîaertie et rigaoï^nce^.tel^.qii^içim.eq^^ 

paâsîwâ» te;déf9ttt«d'i4[ititu()e,<le^ di£fipi4t^9» ,lffqf 
ppe8idetl!étudQ. Cet /effort pcélijfnioa jre, ^ae ^'ai;Tètfi 
pas /eu < seuil môme d^ r^tude, ; au ; conli^ifjç^ 
aemiéoergtefS» <paiiiUeotpt d'acçF^^ d^s^ta p^;* 
cii>d6 dl»'tiQqiii&itiQili>rU'folU(t ua9rf|ftfip9itfpi^ soutepp^ 
et/^i^îMaide: ]fO}ài»^.hm i^éWLétarepjde^qpUQns 
aixiqiu«Ue8;^ik.ra9piee« Ci^ï^eii^t^eiitipii^.i;^ .n^:^ 
még^fnxk plua ^Ô4 gén^e ^omm kiYff^lkx^ N^wl; 
fi)a<ta0 ti^w ratic&cti^ fiaîve^iselk„,qiie par ^ 
pêMaaBentaittBsteii d'eapnth^rifhiqi^è^e, vcQVipé i^ 
tefreotie^eba 4'i«a 'pro^l^m nfi. ^'aperccÂ^ iP9s .49 
lar priact^ ;d0 Syramse, .et vs^ej^l , p^ri^ , du ^ gf^iy^ 

tâutof cbeb6a.ua j^u|et de médijt^^n^.E^ qe ^^p^iS^i 
nom l^ta tous qa^ tojsayioir m.jS>cq|i,i%t|/iif'a|^ 
I^SL da, persévésraats efforts 6t:de 1$i.)ongqe; et ri|i^f; 
©Oïilenjiion.^i^prit wr lesujet.dléti^de?,, [, ., 
lîJf^ y a pins rla même énergie, ctorit l'éspfî^ ei^ 
besoin pour aeQuéiîr*l&3avpir». ^ij.eai^.e^cpjre up*; 
disfteBsable pour j^ioençarMer^ Jbe {^)^i^]4r A!#<^ 
pdurreteivr daiacieiH^ par iQjso^v^fyjq'e^.^g 
aiarbétaïf Àwt ebaquoiidée «J^j^uri ^ba^q^e f^^^^i^ 
usMMtentîcua recfeil|i6;.dfl se^ftpdreqppfpti^^liu,! 
tant que p*3$ibte, d<{s pr«^^s da,:déi^Hyfti;t6 
^'oii*.rf<lfw\oreiies.wyenlpqR?»4^^ fl^ifiT; 1» 
méthode, 4éjfixerieu^ qPft)a¥%,?qRfi ri4éfi,;ini^S 
de Tëtude dans le cerveau. Ces faits attestent 
que le aujet pws^pt^ diï»*. l^lflRÎaifÎpç ,fle sps 



cpf^fl^i^ancf s,., -se les assiai|le ps^ uo^ travail opi 
I{]^i^9t propr^^ se comporte cèmiiie une î^ot'ce ilà^- 
vj^|ie)lje. ,Maintenapt, le fqoàe fondainéniâl ' a'ac-" 
tion ie I9, c^use , intelligente prouVe pèrèmptoirer^ 
. n;cat ,que ,o^te force e^t indmduçlle, et non, pas 
up,fipseinblç 4e.f9i;ce8,4fâtipptes. ,„ ,, , , . ^^^ 
Tôv^^,le§,.opér?^}oij,s. de rinteU^ence |>umame. 

an^y>iflu^, ,«'.eç^,-9-^ire cQn^istoit e^nheïl^^^ 

• 4s^?, \fi:^pc9Vif<fsi^on\^]iiri tout ^onnéj oji ^hs 

l4,<fpqr4ii?at|9^,a'^qîfipts,,distincf^; aont c^^^ 




W^ncç,,p,ej{i5mUi,paSr..I| n est pas nece,8^ 

Ugepce,, pour lies, coinprendré au,siiiiplfe,eri<nce 
dans lâur profondeur et dans leur .universalité. . 

dation 1 me peut-elie rapporter a un même oéniij 
d'i^ée^ toutes les observations qui s y ratlacnèm, 
gffl««e?r.»ffi.?yta^e^ auxiliaires a^ 
ppa^^^s^pier lj»s jugeinei^fs suivanues règles fl« 



CARACTÈRE PERSONNEL ET DYiIahI W DE L'A¥E. zfSF 

m^^nje ihtuition lès phénomènes* étti^i^s/ftJWHëf^ 
des hypothèses, comparer, les résultait ;'à'qUdlW 
condition enfin Pâme peut-etle abstraite 'et gênêrk-' 
liser, si ce n'est à la condition d'être une fotfelé* 
absblumentsimple, absolument indivisible, et d^étrt' 
douée de la faculté de tout rapporter à sôi'ëôtoWë^ 
à lin seul juge, comme à une seule consfeiénce'? ' 
j Les partisans de la sécrêfîén céTéht^h't'ipk^ 
ront-ils une dernière fois que cette 8më ^éiitJiP-* 
nellè n'est que la'résullaifité'de toutes' fes'forbéii^ 
élaborées par chaque ôrçanfe du éervieiiitrV W ijtaêf 
foules ces forées s'accordent da!ns un ÔyrrahiiSiifé' 
si bien réglé, qu'elles élabliss'ent airiôî ' TUrtitlSî et 
rharmonie du travâilmtèllectûel. Jlfat^W àtéùm 
siin'gulîer de toutes ces petites 'âmés'pôthr"énîtyr'-' 
nier une grande est une hypothèse bîteïi phistiôm^ 
pliquée, et par conséquent moins t^apprôèhéè'^flë'fâf 
vérité naturelle que la nôtre. Loin d'étabïil-fuiiîl^ 
de rame, d'ailleurs, elle la défruit. Etilo<^lJsa«t^ 
les facultés de rinfelïîgence dans les'diVers organéfef 
du cerveau, Gall déclarait que toutes lès fectittéé Ifi- 
tellectuellessont douées de la fticUltê de perception, 
q'attentïon, de souvenir, de mémoîre,'dô jtrgewreiiî 
et ^'imagination I Quelle chafnfiantc rêpiiMiqtièY 
jLorsqùe telle faculté dominera ses voisines {coititité 
^'observation le démontre en chaque inmvîd\i)jf 
celles-ci supporteront-elles avec soumiSèî<m febn 
despotisme?. Lorsque deux facultés s'eù^onten âéfeaW 
pord, soit par exemple le n* 5 ( petichànt'i'iti 
meprtre) et le if 24 (bienveillance), qui dbitrihteril 
cei antagonisme? H faudra tien vite îrii^giftértÉâ 



tgènètû ea dief, et ÛBns ce cas les officiers sàbal^^ 
Ikeâdes^ lés soldate deviendriont inutiles^ et notre 
l^néral ^era tout simplement Tesprit lui-même; 
^r, nous^ venoUis dele yoir, en yertu du modein^ 
teilectâel de Taetion de Viiae aussi bien qu'en tè^ 
iqoigna^ du sentinient de la consci^ce, cetfe 
aine èstuae^ identique, indivisible. ' 

.> Le eantetère d^amique de Pénie est facile â re- 
eonàattre sous tontes les manifestations de cette 
âme. Si nous considérons les esprit&<niltiiFés, tm$ 
fibseftonsieneuxim insatiable besoin de connattrel 
foi la fprce virtuelle de l'âme se traduit en œuvres 
éloquentes* Si nous descendons aux rangs vulgairéé 
de la société, dans ees-zèûes de pénombre ÔA lé 
flambeau de Pinstraetion ne rayonne pas ; eno<»re) 
nous voyons j non plus dans l'^ercicede ia penàée^ 
màistlaiis les tendances de la passion, un mode 
dfwc^tivifê^p^yeliologique universel A la tendance 
ffftssioiimelle des individus s'ajoute encore ^élle^ 
gîè d*urie pasision dominante, et à cette pa^iou 
la volonté qui la combat ou qui la dirige 4 La 
focdté de vaincre 0a de ériger ses passions .est 
dbno-encore une forme dynamique de Tessence 
âe.'Botm^me. Si enfin no^s descendons de mi 
veiontés piairtieuliéres aux habitudes qu'elles for^ 
ment et maintiennent en nous, nous arrivons i 
i^oonnattm ' que tous nos actes, . dq^uis r^œuvré 
eréatrioe de la pevisée jusqu'au mouvement le plui» 
râl^e de nos meiiibres, dénotent la force intima 
qui nous gouverne et qui se traduit en action malé^ 
fieUeipai^ J'jintermédiaire'des centrée nerveux, des 



P£i«Off]fAUTirDB t/AXE «ff 

lieiffipet ides niu9cles« ^^s aatotn j^ la soltsée %f 
^çrJ^ltQUv^iment corporel réside dans Fës^Krit* Nié 
plo^sna îmer que imon bitas eu ma jambè' lïei ae 
ineut^eAt 'Cfu':9U eqmmandeitientde ma voloiftév 
t(^tr'âM^âi him que la lodoinotiye seine TacâoÉ 
#]a yapi^ujr dirige p9fr loi mécanicien. Mon corpa 
réduit à lui seuil est iaierte»: Desoairtea . et Lookè 
sopt; iik dl^afeordiOV^c 'Leit^nitii.i24> pensée: c^t Tac* 
t99a>d0 J'Âoi^!: imifauitTil cb^YantiHi;e pour . soutenir 
ipQr^a»0.4stttn0J^f^6?iCabftAiahi^môme estbîeû 
prà9sd^ l'a^wr lofs^'ii- dit que v < Bour e» laivër) 
W9«^Qâusto«i$8)opérAlio«s dont rteultelapen^l 
il|$$ii!^j[|ii6jdé9ef le xmrtreau comme un orgmepal^ 
Uculieri:. destiné épécîalaraeiit k la produire^ db 
ptoe quei'eatoiaac ^iles intestine b ojpëveclaidlf 
^m^ k fcûe a filtrer' la I61ev 'les: <parolîdes/ et Je» 
gl90dQ9(insiiuIlaires et ' subliiig^lfB à jprëpaisei^iles 
^^fl^iRf^Hvaires. bes impresaiops^ 6narnvjaQt|iiU'CeK'r 
ivi)9j9^^€^ ifoQt entver en aeth^^té, >sa fl^ncQkwLpiropi^ 
fiStdQI{ei>9evoii; ctiaqueiippresBiw partfculièliSyd'; 
«^pbfS'ides sii^Sy de (f<»abin0r :lejs différenteit 
împresaicHOs^ de les conOQpaijeir'entre elles, d'elatirel 
4^» jugQmci^tSfet ^s détefwiiatîons, comme Ih 
fiNActiftn de rautrQfest. d'agir ^x Ifô substanees nvh 
tfjîjlyesf doqt la' présence le. aiôûî^leydf im ^6»*^ 
^oudrej 4'en ^similer les sucs, à njotrei sature, ir 
Ëdhaill ajw^e que cette manière «de. voir lè^ataia 
^SfulifiH^ée par ceU3( qui, CQpasi^étaitt laisecisi^ 
biHlâieomme rni^ faculté pas^ve^ m conçoiiven^pâa 
<)%if|iwtijugef, raisonnet» imaginer^ n^est aubrf» 
ehbse q^uar sentir. La difficulté n'existe fAustguHnd 



on reconnaît dans ces diversies opérations raction 
dp cerveau sur les impressions qui lui sont trans- 
mises! » dpnséquemment,. renlarquerons-nous avec 
M.^^jBjgy, selon lès physiologistes les moins spiri- 
tunistes^ le cerveau est un système $lont la fonc- 
tion* est dé produire et d'élaborer- la pensée, qui 
en pst littéralement la résultante. Ils s'arrêtent là, 
san& s^percevoir (](ue pour tout expliquer il ne 
leur reste plus qu'un mot à ajouter. 

Ceux ^ui^ devapt la corrélation remarquable qui 
unit l'âme au corps dans toutes les manifestations 
de çe^ dei|x principes, afQrn^ent Tidentitë substan- 
tielle Icld la ibrce pensante et de l'énergie cérébrale, 
ressemblent à ceux qui donnent à la matière les 
aUributs de Dieu. Ils transportent au cerveau les 
facultéç qui appartiennent au sujet pensant et que 
la i^onscience révéîe au fond de notre activité 
intime. 

^Tputçs vos prétentions s'évanouissent en fumée, 
ô*X|ynternpteurs de Tintelligence; la voix de l'hu- 
làaipité tout entière vous impose ce nom impéris- 
sapje : l*Âm^; et chaque être pensant affirme en 
aartipuliér le Ijloiy qui règne au point central de sa 
vie^ Ên^yain cherchez-vous à rattacher cette per- 
sonnalité à un mouvement matériel de la moelle 
épinière, je vous oppose victorieusement ma puis- 
sari^cè intellectuelle qui dit : je pense, je juge, je 
véjuy ; cette, inattaquable puissance qui pense non- 
seulement le visible, mais l'invisible, non-seulc- 
mjent je inatériel mais l'immatériel, non-seulement 
r^C^eL jfnais h passé ^et Favepir; cette puissance 



PERâoAlâLlTÉ Ï'E L'AIIE. ^ 

qtii ne peut être iSïe de la matière^ puisque sa vie 
et son action s'accomplissent dans le moncte inoràlJ 
h vous oppose enfin ma Pensée, qui se dresàe.jfrè- 
frtîssante devant votre attentat, et qui, pçir cette pa- 
role même que vous entendez dans ces lignes, pror 
fésffe de son existence individuelle et' vous ^ftirmé 
sa personnalité ! Prétendrez-vous que cette protes- 
tation vient d'un lobe dé mon cerveau? Non, tfés-. 
sieurs, cessez la plaisanterie ;^e sais (et vous'saveis 
£iussi) que c'est moi qui vous parle, et non pa,s.un 
rierfou une fibre... ' . '/ 

Nous pourrions ajouter pour clore' ce chapitre de. 
la personnalité humaine quelque^ réfléxîpns sur 
certains sujets d*étude encore m^stérîevix, iriàïs non 
insignifiants. Le somnambulisme naturel, ïe mairie*-' 
tisme, le spiritisme, offrent aux expêriméhtateùfs. 
sérieux qui savent les examiner scientifiquement des. 
faits caractéristiques qui suffiraient pour montrer 
rinsuffisance des théories maté^'ialistes.ïl'est triste,, 
nous l'avouons, pour lobservalenr cônsciéiiçîéux,^^ 
de voir le charlatanisme éhorité glisser soi avidité 
perfide en des causes qui devinaient êtrte resp^ctiéès ;'' 
il est triste de constater que quatre-yingt-dîx-irleuf 
faits sur cent peuvent être faux ou imîtAs'. Maiè li*A 
seul fait bien constaté déjoue foutes le^ éiplîci-; 
tiens: Or quel parti prennent certains doctes pifr^ 
sonnages devant ces faits ? Ils iôs nient simplélnent; 
«la scienee ne doute point j dit en' ^ particulier 
Bùchner, que tous les cas de prétendue çtàif- 
vbyàûce ne soient des effets de jôhglèrie è*^ i^e col- 
lusion. La lucidité est, par des rabons nàluréueiéy 



(fWi'lesieffetsi^ès ^ns'»<Mt tMms'TèeMieï 

iMrlaveele^ \ymyL femès^ (fik së'pd^y Mo!Fr HS 
hriiiCçsltéKtés ^«bMê^'^ui^Ws Ibi^'fi'âlâMlës 
qnititsuirt' {immuables et Mb ''^àii^Mt' i'^^^ 
ïfiMsipmiBln^ëi*yX)mtès'fmmsiez d\)nè himies 

eafibéfouivtoasit R^ràur homme I gtie né suiJ{^m| 
bdz-ivDUfinsclus réxcés de votre science ï '!!fàf?*aupÎT 
jeilouwëîidteiix pag^^, ét^riidcë quë^elVs': ^ 
s^iÉiBibuiiBmë est >uïi^'pbéfàoin[^e''^bnt ïnal^eu- 
rèusetpeilt nous ti'avdnsqùe des observkibhs très-) 
insxaotes, qnoiqifil mt A îlésfiréf'que' nô^^^ 
eussions des notions ^prèéises / ft bau^e àe^'im 
imip^rUm€e"p0Wr la sdhtee.' Oéjpelidd^t') sans "en | 
a¥dir dest Adnnées certaines l[éc6utezt) on pétù 
reléguer pefrmS les /h&fe* tbùi M faîts merveilleux ^ 
et extraordinaires q[u'})n- ^adiiife'''dey'Wmnam- 
bules. Il n*est pas donné à un somnambule 
d'escalader les murs, etc. d Ah I monsieur^ que 
vous raisonnez donc sagement ! et que vous au- 
riez bien fait, avant d'écrire, de savoir un peu ce 
que vous pensez t 

Les observateurs philosophes qui nous enten- 
dent, savent que certains faits de la vie de l'âme 
sont complètement inexplicables dans Thypothése 
matérialiste, et que ces faits ^ rigoureusement 
Constatés^ peuvent à eux seuls renverser son gros- 
ftier échafaudage^ Sans qu'il soit nécessaire d'in« 



PERSO^qAUTg PB L'iVE. W 

• 

sister ici sur oet aspççt do 1^ qwstion^ il e^t avam 
tageux pour notre victoire de fUre remarqnep 
qu'il est impo^ible 4'admettre que rflme sait id 
produit chimique ou le mouvement mëcaïuque 
qu on nous oppose, lorsqu'on sait qu'elle manifeste 
en certains cas une personnalité distincte, una 
nature incorporelle et des facultés indépaidantes^» 
Donc, pour en revenir •i.ux coQclu$iana.préeéM 
dentés : contradiction entre Tunitë de Tâme et lai 
multiplicité des mpuvements cérébraux ; oçntra-M 
diction entre l'identité permanattie de Tâme éi 'lal 
^ mutabilité incessante des parties constitutives doi 
ceneau; contradiction ei^tre Texistencei réelle: 4e 
notre moi et l'assimilation de l'âme à une iMropviété • 
du cerveau ; contradiction entre, le. caractère dymHi 
mique de Tâme et de prétendues sécrétion» orga* • 
niques; contradictions, contradictions toi^oiArsl Si> 
nos adversaires trouvent qu'elles ne sont fMissuffi<-'> 
santés, l'établissement des faits de la vojlûntè.va . 
leur en offrir un nouveau choix. 



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LA VOLONTÉ DE L'HOMME ' 

j/BiJWBiÉ»«t réfutation ^/^çttepBeppsUjçih^ t^.^wfi*l^ig«ï«^^? *• 

ri^omme. i — S'il est vrai que la volonté et rindividualite*ne . 
^^'Meiit qu'illusion. — S'il est vrai que là'teiïsdl6t(éè«,' Ife jti|îe- 
p'p qoent dépend^pt de la ijpurriti^'e. ^x^,flpJl^ Jhistopiji|ipf^|te 

4oer^iquç3 volontés fauiqaines et des grands caractères. — Du 
«^^'boûragé/dela' persévérance et deHa v^rlu/^iQtJÊUeBlteuUés 
^gjiB|.eUeçti|^lles et.|nor«to n'appartiennewt , pas jk la QhflWff,- 

Divagations curieuses débitées sur les bords du Rnm. In- 
'^ «iftténéc ded légiimes sur les progi^ ^^j^iritiiels^âè IttUniébité^'- 
5)MPfe M liberté niorale. -|- I)e& fispira^ion^ ,et 4^ affect^om. inié- 

pendautes de la matière. — L'esprit et le corps. 

.^^i, ^ Un 4es pripcippw pl^stacle^ qui .^mp êç/ie^ jps 

j.M|Jpmçipit„et ft^ssi. çouraïûiï^enl (juç (i'autres ^a- 
n^jops,, disait ,?e],tjar a GoethfiS concilie ep u^ç,gêpe 
j.^çi la. langpe qifi répuUe en^ granc|p psirtie de. ce 
,jgu'il9,çpnsomjwent beaucoup de végétaux et fi'ali- 
mentsgras. II e§t^,vr9ique,npuSin*,ay9ns,pas a.ïjilre 

1 '^ ^ 1 



RAPPORTS ENTRE L'ALIMENTATION ET L'INTELLIGENCE. MS 

chose dans ce pays*ci ; mais la modération et la 
prudence peuvent faire et corriger beaucoup de 
choses. » 

C'est par cette remarqueque Moleschott ouvreson 
grand chapitre intitulé {a Matière gouverne P Homme y 
sans s*apercevoir que la seconde phrase dje ce para- 
graphe porte en elle la condamnation du système 
qu'il ya étayer sur les rj^pports de Falimentation à 
Téta t physique et intellectuel de Thomme. Lorsque le 
vieux compusnou de Gœlhe lui observe que < la 
modération et la prudence peuvent faire et corriger 
beaucoup de choses, » il prouve par cela même 
qu'à s^ Pf*oprès yeux Thomme n'est psts seulemeht 
W 'Composé de matière, mais encoDe une force 
/^ehtale capable de, tirer de soi des résolntkms 
:^X)Btraires<attx tendances de.la matière. Nous allons 
cuivre, ep effet rargumentation des matérialistes, 
-qoî.pèche ici comme partout par sa propre basé, et 
qui ne se souti^^nt que par une sorte d'équilibre 
instable, qu'une chiquenaude d'enfant suffit pbur 
içenverser. L'adversaire de Liebig prétend dèmon- 
' Irer que ïâ matière gouverne rftomme, en élâblis- 
^ ■ si'àt quetatimehtatîon agit sur rorgahi^itté. CbmAie 
' (A)]el de physiologie, ces faits sdht ïntéressartt^ kl 
^instructifs, et nous sommes' hetireut que l'occàSiin 
' 'de les résumer se présente ici ; mais comme oVjei 
|dé phîlôfeophie, c'est tout ce qu'il y a au mondieâe 
*|^tts incomplet. Jugeons-én plûtet. * ' ' '^^ 

Le cadre de ce chapitre offrira par sa propre na« 
tare un à&isJbl^ aspect. Sur le Irerso, dessinë*$dr la 
physiologie contemporaine, nous remarquerons 

• 18 



Tj^tioa phy8Î<iua de9 atimeote' ^ns l'oi||^i9inc(. 
humain. Sm^ le recto, nous observerons. que /cettçtf 
action est loin de constituer l'bomme tout entier,, 
et que l'être humain réside en une puissapcesupé^: 
nenre aux iransformatÎMs de la bile et du cbjle^. 
l^ueUe puissance gouverne latU^atière, loin d'ét^, 
SQ|i esclave, i > 

Ou invoque d'abord la4i|Tér^pce d'action du. ré*, 
gimc^ajhimeBtaîre, selon qu'il estvégétaltou^niKQal. 
I4es légumes, les herbes potagères renferment, 
benucQiip d'Oauy peu de gnùsse, et quarante fois, 
mi^ins d'albuœîne que la viande, fin < analysant, Jçf. 
s£p|^ qui se trouvent dans ces sub3tances;qi)|K)6é€|s«', 
opia trouvé 4{ue le régime de la viande fait pr^oni 
miner les phosphates dans le sang, et qu'au coo,-. 
tniire le r^ime végétal fait dominer les carbonate* > 
D^, pluS) les substances albuminoides des parti^, 
liertes.des plantes ne sont pas de lalbumine ni.dO) 
la fibrine : il faut donc (qu'elles subissent cettç.pirff.- 
mjére transformation avant de ladre partie du (saogn 
De même les graisses végétale^ ne sont pas de.vét 
rîtables graisses, mais seulement des. adipogèpf^Sy 
&'e9^à-dire des éléments qui donjient «aissançf^ii 
la grasse : il leur faut égalemei^t subir une prer 
mière transformation. On a raison 4e dire que la, 
djiffërenfïei d^ l'action do la viande commence é se 
faire sentir^ non pas pour la première foi3 daus le 
sang tout formé, mais déjà dans la sauguijiiQationf 
d^uQS la digestion. Ces aliments se digèrent d'j^utanl 
plu3 focilement qj^e leurs parties constitutives, sc^ 
r:94Mt^ocbent( davantage de celles du sang^,Il résulte: 



RAPPORTS KNTRE L'AUlBNTiTIM BT i*IRTELLI6ENGB MB 

delà tqne h vlaîtdé cMvient k la smgulficatiôn' 
• rtiièax que le pain et surtout mieux que les léM^ 
giimës. Là longueoi* des inteMius^est en tappôirt' 
avec ce procédé de' digestion selon les substaneeà 
et eh donne une image. Chez les ehanves-sourîs, ' 
qmse riodrrissent de sang mâme, laldngueurdu' 
canal intestinal n'est que le triple de celle dti' 
corpi. Che2 Thomine, dont le régime est à la fois 
camirore et herbivore (comme on le yoit également 
par son système dentaire, composé de canines et' 
d'incisives), la longueur du canal intestinal est de' 
sit'fois là hauteur de son corps. Cher le mouton, 
dont Falimentationest exclusivement végétale, l'in- 
testin est vingt-huit fois plus long que son corps. La 
même divèr^té corrélative se trouve dans la struc- 
ture de Testomac. Les animaux carnassiers n'ont 
qu\in petit estomac. Celui de l'homme a la forme' 
d^un réservoir couché en travers dans la cavité 
abdominale, et pourvu d'un cul-de-sac plus grand 
que chez les précédents. Les ruminants qui gar- 
dent des provisions de fourrages ont un estomac 
dt quatre compartiments. L'homme est construit* 
omnivore. Pour le dire en passant, les prescriptions 
anciennes et pythagoriciennes et les propositions 
modernes de J.-/. Rousseau en faveur du régime* 
exclusivement végétal, et d'Helvétius en faveur du 
régime animal, doivent être rejetées comme en^ 
désaccord avec la nature. 
''Si les plantes sont moins nutritives que les aiû« 
maux, le pain occupe une position intermédiaire. 
Danà le gluten qui le compose on distingue deux 



corps albummoïaé's ';''é^^^'mé'IAWè>%âMfe>'Hia$ùi 
liible et de la colle végétklé.''Ce!(ytibstyiH&s'éi{IHRint ■ 
de l'a'iibrine de ïa chair'ét âdivëhf;'^n'4éhtlàdig«ii' 
tipn, se dissoudre dans les SticsVll ^'if.'ÉM&j# 
graisse dans le pain que dà1às' la vialufe; 'iÂ<i!i^*iI<f 
a d0s adipogènes, dé l'amidoi/ e^'dii i^k1Mil,'iqiii'lM{) 
TOii^se changer en grajss'è'àp^'^Von^pël^Afinââi^ 
parlie de leur pxygé'neV n'ré^ûttédë'cei'-^Véifelé 
comparaisons que. (e san'i^, 'et àVéb M'Sèb ifiih^^,' 
les nerfs, les cTiairs',' td\ië réVfièsi!ifi, ît^reiiUtNellèH^ 
plus rapidémenit avec d^' la 4iàm qfFémM^^ 
çt qu'avec dés'lé^mes?. '■'"■'■'•/ "'"'-^ »"o;{nBfn 
^ 'On en conclut que; 'p^^uéf<lè'(iàft^'d(MM«>fl«l!S^ 
paiicè aux^iissAs' aux séëfétïôM^ M'abi'««ât«i«ll^ 
du corps, et' p'uisqà'il'sé hiôâè1ëlMi<>M'i[ibti!«ftiA« 
pfise 'par l'^ominé, ia dilTérénée ](ifi^^ièi^ PelVitt 
n!inarc|ue entre le régihië'vè^tèfi'ef !ët^iné>i(fili^ 
mal doit étendre son ïntfùéliée stl^ tdbsIè^irflSliOi 
. mèpésdelavîe. " '" '•"""--'■/ -..ii-.hm 

Si Ton' s'arrêtait à dette coiiciusion, htklf'A^ i 
rions, rïea à objectera ISfoufe disons ^Vec^îhtM'4n{&^ 
^pjfiistes c(u'ori apaise ten^^éÛi] â[\iii Kdmite'WÉ 
ayep àe la viande eî jamais^ avec dié' là slilà^t ^hà 
oonsènto^^^^ ràtes'^dTI^itfm J 

j^hasseûrs btfrerii iinè' fôi*ce clé Ufïùsclilsflg^étfâà^, 
\aWis,^ue insulaires dé fbcéari'j^ëîfiljfaë'ïnd* 
à ieur siei^iiee iiie deé' miifeelëé- diSM!é3i'<5^fctW 




bïi^es'ei 'de 'fruftsi'lïfôuk i^ôtrèëddh^'épjiiriëjit^ 
la 'mollesse et" lie nisihque Aë èak^adèrë di°^'HindUés 



RAPPORTS EHTRB L'4|^|NTA1^It,^T L'IKTELUGBRCB. M7 

tiçpffpi^fjp p^^ jçfjjipçie d'herbep dont ib,yivent ; 



4«»t'«wrtïfle9 JR«>^,aV r^g>«ne ;»égélal;'-^ que, par 
i^IiQlÇfe^,c(^^'^^e,|fUjRe: division de J'arn^ée à. lii- 
«WPB/|raiW^f;t«îPîlii . Yinérmé, piçndant 'la ' guefiAi? 
<JfePÎW'^j^t(ité^^tpiiUe de..:, diarrhée (pafdcJii' 
4^^V4w»ge|.,iflBiçJ(Ç,çjl,^)f d^ainaigrfsse'ipéqt et 'c^i^ 
C%WPWfti ^TinÇfl m]die ayçiit éfé 'fo^e.penaanï 
Wi«t(.jMjiisç,,4e ï^çi^ jjivri^ qijCj àe viande, tf^ù^j'ac-j 
m^m '««««fP. '«»Ç. , W [Indiens île l'Orégon né 
mangent guère pendant une grand^ partie dé 

ltedilefi,rsHBiqe$,,qiii ne mûrissent que successive^ 
JMijfcjJSqp*. prpyflp? yoloutiers que la croyahpe a là 
métempsycose existe .encore au Malabar. q^''il y ait 
4wh<toii«WiI«Wi:fiÇ^b)Çtes,etqu>nyn^rns5p^ 

^SS-SWflWSeçfipifp qpeles l^Iandaîs,^ les KamtsïHk- 
^ÏS)»f^ Ipis^Oja? p^|l?^f ,^ue i^artw de 1 a^^^^ 

m)l)pqpvi^fep| qwe dç çhai r d,? ))i'son. Eyfin noi^s'atf. 
itiVdi»sra»8^,SCfPPWe.e^spnsdennanderde^ 
i|«li^«9()^,fti,'.uja,t(oji^ri!iç, « mangie de la marmeiadre 

-fipehl«ft.%.««W .^vî^went^njoinp^ ,C»':f ,,q".e !"^ 



Ar?gl4^ r^ce qui .prouve qu'il se CQUsoioin^ti 
Londres . six tois plus de viande qu!ii Paris .-*r e| 
pour finir y nous jie voulons paj^ .voir d'inconvënîe»^ 
à ce que les jolies promeneuses sentent, plus; fofe) 
quemment que les passants vulgaires l'avantog^ 
q^'i^ yauraît à augmeater Içs petits nu>nuD9e&ts 
l^blips de I Paris, , ou du qioins k\ew^ flcjioutAFft 
une variété. Oui, messieurs, nous vous clonnooa^ 
ou plutôt no.us;y(^ lais^sous .prendi^ à .pleines 
mains tout ce que vous . deno9Qcle^i m ,>lqimn 
l^gie. Mais je» vérité qu^'iest -î<ie que. tout ce^ 
prouve sur .la persoanajité de.,rftme humain^ 
Franchement, quelle lumière ces expérience^ jetf 
tçnfrelles.sur.çe çujet,? .Quel Tapppjct j a+#2 où 
y,9yft?-^ous que cette Qbimî^ démontre la npnp^ 
ieflce de Tâqie? Oue faites-vous donc de la métliodj^ 
scientifique qui recommande de ne procéder qu^ 
par linductions pu déductions ? Comment vous mé- 
salliez-^vous ain^i à la scolastique de nos aîeulesji 
Çerjtçs,,nousnesavonslequelestleplussurprepaçtde 
l'iaiid^i^e df^ ces physiojogistes pp delei|ir.errçu^'Ilfi 
nous conduisent au bord d'un abimçjet.f^qii^^^'if^^tj; 
Sautj^ I. CijQien^-ils ^dpnp î(voiiî je^l^ up pp^t ayec 
q^elq^e toilçs d'arajgnées ? Vraiment, il fi|pt <çf i^g 
regardent Jesprit tuim^iin comme un a^p^glefOi^ 
BÇWî'Pf^ten4re, Vçndormir sur de pfirçil^prpçédèy 
Et, en effet, qui ne s'étonnera de savoir que, comme 
conclusion des faits plus ou çaolos iocompletfqui 
précèdent, on nous présente pompeuseiiiént la , dé- 
claration suivante 



f Si 



RAPPORTS ENTRE L'AUMBlifTiTION BT tiNTELUGENGE. iH 

--^ U est Certain^ comme le prouvent les obserta- 
tioi^ nombreuses et les expérienoes faites sur iiné 
grande échelle, que Phomme doit en partie le ran^ 
|>rivilégié qu'il occupe par rapport aux bêles, à Isî 
faculté qu'il a tantAt de ne se nourrir que de végé- 
taux, tantôt de ne vivre que de viandes ^ < ' 

Et ces autres : ^^ La matière est la base de toute 
force spirituelle, de toute grandeur humaine d 
tenrestre*. ' 

Le mot d*âme exprime, considéré anatomique- 
ment, l*ensemble'des fonctions du cerveau et de là 
moelle épiniére; et, considéré phydologiquementj 
Tensemble des fonctions de fat sensibilité encéphai 
lique». ^^ 

-'•-^ranalyse ne trouve dans la cotiscience, dani 
cetaugttste instinct et cette voix immortelle, qu*uii 
mécanisme très-simple, qii 'elle démonte comme 
un ressort*. 

De telles affirmations ne manquent pas de hari 
diesse. Mais après tout, lorsqu'on a Iti dans le cha- 
pitre précédent les déclarations faites dans le bu^ 
de démontrer que nous n'existons pas, on n*a plu4 
à s'étonner de rien . . ' ' ' \ 

S'îlestvrai que lés épices favoi^isent la diges- 
tion, dit Moleschott, si le pain de recoupe, les 
fruits, et en particulier quelques figues, aprè^ 
lesquels on boit le matin à jeun de Teau frôidej 

' * WcUmm éé la vie, II,. 09. 
' Fprc^ et Matière^ ch. v. ... | 

^ Dictionnaire des àciencesmédicaléi. 
^ U. Tsiiney FMlawphesfrençaiê» 



3#^ ^ 'lW*» tut! ^i/km/' w 

léi^'pôi'reàu^;'(a tMill^, éxcilem'ilpvplteiTioleidtil 
ai^pëtits Mensuels/; si le ^in, i^^ihéletAetMhxukhh 
cent Iefi!tf' ettipire sur rëtat dwxeenteativâLefltdfaoi 
rmiritré que 'là n^âtiëre goiivenie l(hoinnb..<iioini/oq 

^'Noùs neti6us eniéfioii$ ]âiti(MS'dà]térSarBè»wnsn 
ce quiltBuVhiteptAA-sitqû^W 
imh^Gt de hoik iû â^amei(îâ^^'elifcoifaiofrid)siibf^il 
laf'parole dêpen'delAt, pâràtt^ily^da^iiMnrveaiièiij^^ 
mÂscfeè; do là ryttï ;* il faut ■pnèfèreQr'au jréglméf cl'atbu 
iriettts gras uri régime' végétal;'''' J > n /trvn ub noiî 

VortilezWoUs* ' une preove ^isofivainDahte qHfiqbi 
pensée et la itiatière'ëont eiseiHMeirieaticbnrëèfn 
tivés? Regardez ^U flfnd^ de viHre'taEse àiîmféblkq 
céK% cô'itVme ^e^4sf(èati' à-^iapéur 'etile (télégeq^l 
électrique, met'eneft*ctilfttioii>ude sériel éetpesnf 
s6e^/ dt)i1nê M^îssMcé & uik''cèfm*aiUi'd'i^Mviide'i 
fantaisies^' ' d entreprises ^«1 ' nous i iefupcMrte[>lûQai 
aVècluii^U est- m8rtrifesteM[}ueHlé;imoii) artèi dinmï 
affihité^'êTebHv& de iW^âMitéi^Ui^ leioafàlé 
tHë; est dè^etii^ d'ïiMâm pïu$ évident et^liisigépèb 
râtVqàë^^^ è^d^ëntéë'intôlieétddlestifépriâèep pirj 
la cîViîféaft6ii!se^'oht'plU8/^ccnfesc>H'»L/r(] ^iiichoo 
^ 'Voiîéi '4në6rë''t(n''!aumr Ml i^meokippoDtsmtfe 
capitale. Les Kamtschadales elles Tongâii^i$:'jQQifl 
virent' atec' ktir ^guatic rouget, et il/paraijf qu8iîes 
ddmëstic^ies q\!ti tëulehtéprouven jcs inu^mof effoifi 
ne*dédéignent pas de béire l'ulnne àeÀeÈn-tmSibft 
très. — Donc la matière- goiïiecnerhénweiiMfriM 
ëltit spirituellèmetit *$!. Moieschettv m f ') louihûil 

Diins Uti tel s^sfètÀe^^il est elàir^ ooBUPMf {i«m)^ 



DE L'INlilIKVGE m MW^^. Z^, . 

hahiaiiier est i^>ioiiléllMiQii( aMmti^v^o)?^c(i^ j 
dédare;)1lioii>is6uleitieiit jl'air que nqu^jf^pir^A^. 
todil) teoifaent der notre y'w mQ^Ui^ H'i^i^, d^x^f ^,.^ 
poumons, ehangeflk awg?Pfeinevx/9i^dî(ng wl^ljçj^, 
nea^eevteHientiiîIbn^w^rpbosc), J€is,,^^uscle^, ,^ 

ciOApfsé'e^jttmipctSitmmi^ le WAfcl^ ^i^j/çepH^i/jt^^o 
h}|KyîanthiMMrle>tiseupc|«ijla.ff^te f^ jjfjpojç^ifih^fl^jj 

uHl6/*HrBh9*ngB/aimitii4ottt<jnni)^^ . 

tion du cerveau et desft^tfe^L'ftir fl^P^^ije 9fiV\h 
rdpmiis'ijshange/itotis JLQi^/jquiSn^itol^.pfjÇy ^e 

pad Ie»faième«au.*id09$tt3 4e ïfian fP^ j}wr le^f in9j(y;| 
ta^g%(B^èIîift'efctj'paft/lçj ,flft*i[^gf:^fl, A»a# ^'ji^, tq^j:^ 

relatioiuf^rioilliuftiitouir.idfi ç^^ig, jfo^l€\,j^s^i|^ 
mooVeflAettf < qui » ^^iWpiiMqw cwpi^pnwpt ^ .TT^rj 
'Eontcb e6B propoéitionarf(ont.vff^iesn ÇU^^Ipi^pvçjp^ 
qrielKhdininâ ostw «ifti^'iWiniffpde ^ ^'jiïifll^içfn^^ 
déqùi^I^il'Qst»s0iimi»; «Uies pI;q^Yel9f,plç^tfêtI:q (^| 
cw^ qiiè^le[4ibpefclifbiUieinîe?t|>^,^wjEysj çjjpojjijijfliji^ 

certains psychologws !8nthai|si38les j'^fl,V?XW?Ç ni 
dl!fB>iii6qiprouiieûl pba qWfJaijypl99^^j,J^H9?3V*® 

g^ouq> tes fmatëmaU^t^a > ne ippMBf^^ f a^3 Vi^xf^-^ 
ttieité jwquià ^nneiî qa^ .l'bpi«iW{ J>'* (^P< ÇflBb 
sditencindelsoù estèterlce :$t.qDlU n'ia |^g^yf^r)(fi§^ 
hP4tt)^it((nM ÈesidètfffipHifttiQp^ # de^qe^acli^ 
Bûchner est moUj8ifeKa^él*nlîi^lW,rfljao(R?i?iVf^j}^^ 
4ii#4'b<mnie eaf iftBelm'tf dej^ Yva.tune^ q^P ^^^tf^^ 



323 UTRE m. ^ L'ANE. 

sonne, ses actions, sa pensée et même sa Tolontë, 
sont soumises aux lois qui régissent Funiters. hesr^ 
actions et la conduite des individus dépendBnt 
sans contredit de leur éducation, du caractère^ des' 
mœurs et du jugement du peuple ou de la natioft- 
dont il est membre, et cette nation est à mi certaint^ 
degré le produit des rapports extérieurs dans les^^ 
quels elle vit, et dans lesquels elle s'est développée.' 
Oh peut par exemple remarquer avec Desor que le 
type américain s'est développé depuis les premiers 
colons anglais, il y a deux siècles et demi. Ce résni-l 
tat peut être attribué principalement à Finfluenee 
du climat. Le type américain se distingue par le peu 
d'embonpoint, par le coti allongé, par le tempé-^ 
ranient actif et toujours fiévreux. Le peu de déve-' 
loppement du système glandulaire, qui donne aux 
femmes américaines cette expression tendre et 
éthérée, Tépaisseur, la longueur et la sécheresse 
des cheveux, peuvent provenir de la sécheresse de 
Tair. On croit avoir remarqué que l'agitation des 
Américains augmente beaucoup avec le vent du 
nord-est. Il résulte de ces faits que le développe- 
ment grandiose et rapide de TAmérique serait un 
peu le résultat de rapports physiques. De même 
qu'en Amérique, les Anglais ont aussi donné nais- 
sance à un nouveau typé en Australie, notamment 
dans la Nouvelle-Galle méridionale. Les hommes y 
sont très-grands, maigres et musculeux , les fem- 
mes d'une grande beauté, mais très-passagère. 
Les nouveaux colons leur donnent le sobriquet de 
Comstalks (brins de paille). Le caractère de l*An* 



r DE LINFLUENGE DES HILIEUI. SS9 

^îs porte l*empreiat6 du ciel sombre et nébuleux, 
d^ Fair pesant, des limites étroites de son pays 
natal. Lltalien, au contraire, nous rappelle dans 
Ipute son individualité le ciel éternellement beau 
et ^e soleil ardent de son climat. (Cependant les, 
Romains ont bien changé depuis deux miUe ans.) 
Les idées et les contes fantastiques des Orientaux 
SQfit en raj^ort intime avec la luxuriance d^ la\ 
végétation qui les entoure. La zone glaciale ne, 
produit que de faibles arbustes, des arbres rabob^ 
gris et une race d'hommes petits, peu ou point, 
a^çcessibles à la civilisation. Les habitants dé la 
zone torride sont de même peu propres à une cuï^ 
ture supérieure. Il n'y a que dans les pays où le cli- 
n^at, le sol et les rapports extérieurs de la superficie . 
terrestre offrent une certaine mesure et un terme , 
moyen, que Thomme puisse acquérir le degré de 
culture intellectuelle qui lui donne une si grande 
pr^ndérance sur les êtres qui l'entourent. , 
Toutes ces observations ne prouvent pas que la, 
matière gouverne l'homme, et que la volonté ne 
soit qu'une illusion, comme notre individualité. 
Nous devons même faire remarquer à Fauteur de 
Force et Matière^ que ce sont plutôt les individus- 
qjiii font les nations, que les nations qui créent les 
ii^dividus. Comme l'écrivait Stuart MilL le mérite 
d^^n Etat se trouve, à la longue, n'être que le mé- 
rite des individus qui le composent. Ce ne sont ni 
les institutions, ni les lois, ni les gouvernements^ 
qui* constituent la grandeur des nations; mais la 
valeur et la conduite des citoyens. C'est donc de 



334 LIVRE UI. - L'AME. 

l'individualité des hommes que dépendent les pro- 
grès des peuples, et non pas des conditions géné- 
rales de ces peuples. En vain dira-t-on que cette 
individualité n'est rien autre chose que le résultat 
nécessairedes dispositions corporelles : Téducation, 
l'instruction, l'exemple, la position, la fortune, le 
sexe, la nationalité, le climat, le sol, Tépoque, etc., 
il y a dans Tètre humain une force bien supé- 
rieure à toutes celles-là, une force que ces néga- 
teurs ne veulent point voir, et cherchent à déro- 
ber sous le brouillard de leurs paroles. De même 
que la plante, disent-ils, dépend du sol où elle 
a pris racine, non-seulement par rapport à son 
existence, mais encore par rapport à sa gran- 
deur, sa forme et sa beauté ; de même que l'a- 
nimal est petit ou grand, apprivoisé ou sauvage, 
beau ou laid, selon ses rapports extérieurs, de 
même l'homme dans son être physique et intel- 
lectuel n'est pas moins le produit des mêmes * 
rapports extérieurs, des mêmes accidents. Mes 
mêmes dispositions, et n'est pas par conséqueiit 
l'être spirituel, indépendant et libre, que les mo- 
ralistes dépeignent... Ces messieurs se défendent 
extraordinairement d'être spiritueUy et nous som- 
mes vraiment trop aimables d'insister. Mais, sans 
faire une application particulière en leur faveur, 
nous avons droit de soutenir la spiritualité de 
l'homme, et d'effacer, par l'exemple lumineux des 
grandes volontés, cette théorie crépusculaire qui 
fait des résolutions humaines une fonction du ba- 
romètre. 



SI LA MATIERE GOUVERNE I/HOMUE. S85 

Il faut fermer volontairement les yeux sur les 
faits les plus beaux et les plus respectables de 
l'hisloire de Thumanité, il faut préférer de tristes 
abstractions à de glorieuses vérités, il faut sacri- 
fier les plus vénérables monuments de la pensée hu- 
maine à la chimère d'une idée fixe, pour oser nier 
la puissance de la volonté, la valeur de son éner- 
gie, l'indépendance de sa résolution, les miracles 
mêmes de sa persistance, et mettre à sa place une 
ombre vague et diffuse qui dépend de la position 
dun soleil de théâtre. Et en vérité, nous ne 
voyons pas l'avantage que Ton puisse retirer de 
cette substitution. C'est méconnaître la grandeur 
de Thomme, que de persister à affirmer qu'il ne 
possède aucune force individuelle et que toutes 
ses actions ne sont que la résultante nécessaire et 
fatale de ses inclinations physiques, de ses ten- 
dances organiques, de ses penchants matériels* 
C'est abaisser sa dignité au-dessous du niveau de 
la moyenne intelligence, et c'est se mettre en con- 
tradiction avec les exemples les plus éclatants et 
les plus admirables, qui constellent le front de 
l'humanité, et le couronnent d'une gloire impé- 
rissable. Ouvrons à chaque phase les annales de 
Tesprit humain, consultons surtout les pages de 
notre siècle, si grand déjà par les invention.s fé- 
condes et par les puissances qu'il a révélées, et nous 
resterons convaincus que le génie n'est pas seule- 
ment une résultante des conditions matérielles, et 
surtout une maladie nerveuse ; mais qu'il s'affirme 
au contraire comme une force supérieure à ces con- 

^ 19 



sou^ 

!S. Loin de consentir â regarder 
m êlre inerte, dont les œuvres 
efTet de l'instinct, des habi- 
des désirs, des prédispositions 
proclamons avec l'autorité du 
nce goueerne la matière, et que 
ime consiste précisément dans 
ns celte souveraineté de l'in- 

tle proposition, et pour-Tenver- 
niême l'affinnatiDn tristement 
hampions de la matière, jetons 
le panorama des intelligences 
■ntons en môme temps par ces 
à fous ceux qui sentent leur 
e patriotisme de l'humanité, à 
ji, jeunes et indécis, pénétrant 
a vie, seraient tentés d'écouter 
igères du matérialisme et pré- 
L ruine inévitable de leur di< 
eur le tableau si satisfaisant 
its, si utile pour hos vues, si 
. aspirations, des hommes éner- 
igs les plus infimes se sont éle- 
force à la conquête du monde, 
ée souveraine. 

Te, dont le titre exotique n'est 
isez captivant, mais qui devrait 
ins de toute la jeunesse fran- 
Il Caractère, conduite et perse- 



. SI LÀ MATIÈRE GOUVERNE L'HOMME. 527 

vérance^ illusirés à laide de biographies)^ un homme 
de bien, Samuel Smiles, a réuni les exemples de 
ces hommes au cœur vaillant, qui se sont rendus 
maîtres de toutes les difficultés et qui furent une 
réfutation vivante de cette singulière théorie qui 
fend à rabaisser l'homme au lieu de Télever. C'est 
par de tels exemples que l'on élève l'âme vers la 
vérité de son idéal. Nous nous faisons un devoir 
de saluer ce panthéon autobiographique de ces 
hommes exemplaires, dont le panégyrique devrait 
êfre bercé sur ïlaile cfes quatre vents du ciel. 

Les faits généraux ou particuliers qui suivent et 
les considérations qu'ils inspirent, sont offerts à 
ceux qui déclarent avec MM. Bûchner, Moleschott 
et compagnie, que : l'homme suit ses penchants, 
et que la réflexion ne peut rien aux inclinations et 
aux dispositions naturelles ou acquises. 

Savants, littérateurs, artistes, ceux qui se dé* 
vouent à l'apostolat des plus hautes vérités, et 
ceux dont la noblesse est tout entière dans la vail* 
lance de leur cœur, n'ont jamais appartenu en 
propre à aucune classe, à aucun degré de la hiérar- 
chie sociale. Ils sont sortis indifféremment de 
toutes les classes, de tous les rangs, de l'atelier et 
dejia ferme, de la chaumière et du château. Les 
plus pauvres ont quelquefois pris les places les 
plus élevées, et il n'est pas de difficultés, quelque 
insurmontables qu'elles fussent en apparence, qui 
aient pu leur barrer le chemin. Ces difficultés 
mêmes, dans bien des cas, semblent avoir été 
leurs meilleurs auxiliaires, car elles les ont for^* 



U VOLONTÉ HUMAINE. — EXEMPLES. 329 

pharmacien; Faraday, ouvrier relieur; Franklin, 
apprenti imprimeur, Diderot, fils d'un coutelier 
de Langres ; Cuvier, Geoffroy Saint-IIilaire et cent 
autres ; le physicien de Hautefeuille, fils d un bou- 
langer d'Orléans; Gassendi, pauvre paysan des 
Basses-Alpes; Haùy, le minéralogiste, fils d'un 
tisserand; Buffon, qui se faisait verser de Teau 
glacée sur la poitrine pour se réveiller de meilleure 
heure et combattre son indolence (sa santé le ser- 
vit peu, quoiqu'en disent nos adversaires, et ses 
plus grands travaux furent accomplis pendant sa 
longue et cruelle maladie) ; le chimiste Yauquelin, 
paysan de Saint-André d'Hébertot (Calvados) qui, 
après avoir servi comme garçon de laboratoire 
chez un apothicaire de campagne arriva à Paris 
n'ayant que son havre-sac sur le dos et un écu 
dans sa .poche. En quoi Tazote ou le phosphore en- 
traient-ils dans la sécrétion de la volonté de ces 
savants illustres, et de quelle façon le carbone 
s'y prit-il pour les conduire au faite de la sphère 
intellectuelle? Malgré les circonstances défavora- 
bles contre lesquelles ils eurent à lutter dès leurs 
premiers pas dans la vie, ces hommes éminents 
se firent par le seul exercice de leurs facultés une 
réputation aussi durable que solide et que toutes les 
richesses du monde n'auraient pu payer. 

Citerons-nous maintenant les chirurgiens John 
Hunier, Ambroise Paré et Dupuytren nés en de 
si humbles conditions. On raconte de Dupuytren 
qu'à l'époque où il étudiait au collège de la 
Marche, il occupait avec un camarade d'école une 



«0 IITBB m. — L'AIE. 

:hambre dont tout le mobilier consistait en trois 
chaises, une table et une espèce de lit dans te- 
|uel, à tour de rôle, les deux jeunes gensrepin 
oient. Leurs ressources étaient si minces, que 
lien souvent ils se virent réduits à ne vivre que 
te pain et d'eau. Dupuytren se mettait à l'ouvrage 
lès quatre heures du malin. On sait assez qu'il 
ievint le plus grand chirurgien de son temps. Ci- 
erons-nous encore Joseph Fourrier, fils d'un tail- 
eur d'Auxerre ; Conrad Gesner, le naturaliste, fils 
l'un corroyeur de Zurich. Citerons-nous Pierre 
lamus, Shakespeare, Voltaire, Rousseau, Molière, 
teaumarchais, grands ouvriers de la pensée, qui 
enversèrent, par leur seule force mentale, les 
larriéres que les castes sociales avaient étendues 
ur le peuple? 

II nous serait facile de présenter un nombre 
nfini d'esemples de ce genre. Dans toutes les 
iranches de l'activité humaine, sciences, beauï- 
rts, littérature, affaires, ils sont réellement si 
lombreux, qu'on se trouve en présence d'un 
éritable embarras de richesses, et qu'il est très- 
lifficile de faire un choix parmi cette foule 
l'hommes remarquables qui ont dû leur succès k 
Bur ardeur au travail et à leurs patients efïorls'. 
1 suffit, par exemple, de jeter un coup d'œit sur le 

• V. Plammiirioa, let Biroi da Travail, discours d'omerture 
e la fondation de l'Assoclaiion polytechnique de la Haute-Mame 
1866), et conféreiiw laiie ï l'Asile impérial lie Vincennes. — Ou 
jmprend que nous ne puissions ici qu'appeler l'allenlion sur 
:s faits importants, et les opposer simplement aux t 
-latérialistes 



LA YOLONTË HUMAINE. — EXEMPLES. 331 

domaine de la géographie, pour y remarquer parmi 
les auteurs de grandes découvertes Christophe Co- 
lomb, fils d'un cardeur de laine de Gènes ; Cook, 
qui fut garçon de boutique chez un mercier du 
Yorkshire ; etLivingstone, qui fut ouvrier dans une 
filature de coton, près deGlascow. Parmi les papes, 
Grégoire VII eut pour père un charpentier; Sixte- 
Quint, un berger, et Adrien VI, un pauvre canotier. 
Dans sa jeunesse, Adrien, trop pauvre pour ache- 
ter seulement une misérable chandelle, avait cou- 
tume de préparer ses leçons à la lumière des ré- 
verbères. L'influence de l'oxygène ne se montre 
point dans ces volontés persistantes. 

Ce n'est que par le libre exercice de ses propres 
facultés qu'un homme peut acquérir le savoir et 
Texpérience dont l'union produit la sagesse, et, 
comme le disait Franklin, il est tout aussi futile 
d*espérer qu'on arrivera sans travail et sans peine 
à la possession de ces biens, que de compter sur 
une moisson là où nul grain n'a été semé. Deux 
frères auront beau descendre de la même souche, 
recevoir la même éducation, avoir la même li- 
berté d'action, vivre ensemble, se nourrir du 
même air et du même pain, des mêmes mets, 
rien n'empêchera que l'un reste inconnu tandis 
que l'autre devient illustre. A combien de fa- 
milles pourrait-on rattacher ces paroles de l'ancien 
évoque de Lincoln à son frère, homme indolent, 
qui était venu le prier de faire de lui un grand 
homme. « Je puis bien, si ta charrue est cassée, la 
faire raccommoder, et si tu perds un de tes bœufs, 



5* LIVRE lU. - L'AME, 

encontrer nulle pari, un objet de culte et de dé- 
ouement. Pourquoi se dire avec tant d'amertume 
[ue, dans le monde constitué comme il l'est, ii 
l'y a pas d'air pour toutes les poitrines, pas d'em- 
ploi pour toutes les intelligences? L'étude sérieuse 
t calme n'egt-elle pas là? et n'y a-t-il pas en 
:11e un refuge, une espérance, une carrière à la 
lortée de chacun de nous? Avec elle, on traverse 
es mauvais jours sans en sentir le poids ; on se 
ait à soi-même sa destinée, on use noblemenlsa 
ie. Voilà ce que j'ai fait et ce que je ferais encore si 
'avais à recommencer ma route; je prendrais 
elle qui m'a conduit où je suis. Aveugle et souf- 
rant, je puis rendre ce témoignage, qui de ma 
lart ne sera pas suspect : il y a au monde quelque 
liosc qui vaut mieux que les jouissances malé- 
ielles, mieux que la fortune, mieux que la santé 
Ue-méme, c'est le dévouement à la science- » 
lous préférons de tels sentiments à la chimie de 
inlelligence. 

Nous nous étendons avec confiance sur ces 
xemples parce qu'ils témoignent plus que tout 
aisonnement du vérilable caractère de l'homme 
upérieur et de l'absurdité des matérialistes qui 
sent réduire ce caractère à une simple affection 
e la matière, à une simple disposition naturelle 
u cerveau. Nous ne voulons pas clore ces utiles 
rotestations sans parler de Bernard Palissy, 
homme dont la vie proteste le plus fermement 
onlre l'hypothèse de nos adversaires. 

Rappelons d'abord que Bernard Palissy, né vers 



CARACTÈRE — VOLONTÉ — PÉRSÈTÉRAMCI. S55 
15i0, était fils d'un pauvre verrier delà Chapelle- ' 
Biron, qu'il ne reçut pas la moindre éducation, et 
qu'il n'eut jamais, comme il le ^'" ' ' " 
« d'autre livre que le ciel et la terre, q 
à tous de connaître et de lire. » A 1 
huit ans , très-pauvre , établi dans u 
hutte à Saintes, comme peintre sur v 
leur, marié et père de plusieurs enfa 
sistance desquels.it ne pouvait subvei 
l'idée fixe de faire de la faïence et < 
dellQ Robia. Dans l'impossibilité de fi 
d'Italie pour apprendre le procédé, i 
gner â le chercher en tâtonnant ds 
obscur où il se mouvait. 

II ne put d'abord que se livrer à àt 
au sujet des matières qui entraient dt 
sition de l'émail, fit de longues expi 
s'assurer de ce qu'elles étaient réellen: 
bla les substances qu'il jugeait pouvot 
cette composition, acheta des pots t 
mune, les mit en pièces, en recouvrit 
des divers enduits qu'il avait préparés 
àla chaleurd'un fourneau qu'il avait c 
effet.llnerëussitpoint dans ses tentât 
mier résultat qu'il obtint fut une grs 
de pots cassés et une perte considérât 
chauffage, de substances chimiques, 
de travail. 

Au milieu des plaintes de sa femm 
ses enfants et de l'ironie de ses voisin 
ses tentatives. Sa compagne ne voyait 



CARACTÈRE — VOLONTÉ — PEBSÈVÉRAHCE. 337 

sa femme lui porta sa part du maigre déjeuner de 
la famille. Il n'aurait pour rien au monde quitté 
le four dans lequel il jetait avec désespoir sa pro- 
vision de bois. Mais le second jour se passa sans 
que rémail fondît. Le soleil se coucha ; Palissy, 
lui, ne se couchait point. Pâle, hagard, la barbe 
longue, désespéré, mais ne se rendant pas, il 
restait près de son four, regardant de tous ses yeux 
si enfin Témail ne fondait pas. Un troisième jour 
et une troisième nuit se passèrent; un quatrième, 
un cinquième, un sixième enfin... Pendant six 
longs jours et six longues nuits, l'invincible Palissy, 
malgré la ruine de toutes ses espérances, veilla et 
travailla... Mais Témail ne se fondit point. 

Alors il se mit à emprunter, à acheter d'autres 
pots et d'autre bois, et à préparer une nouvelle 
tentative... Les pots, dûment enduits et soigneuse- 
ment placés dans le four, le feu fut encore une 
fois allumé. Cette tentative était bien la dernière : 
c'était la tentative du désespoir. Palissy fit donc un 
feu flamboyant ; mais, en dépit d'une chaleur in- 
tense, rémail ne fondait pas. Déjà le bois commen- 
çait à manquer. Comment entretenir jusqu'au bout 
ce feu d'enfer? Palissy regarde autour de lui, et ses 
regards tombent sur les palissades du jardin, bois 
sec, et qui brûlera admirablement. Qu'était-ce 
qu'un pareil sacrifice au prix de la grande expé- 
rience dont le succès ne tenait peut-être qu'à quel- 
ques copeaux de bois! Les palissades sont arrra- 
chées et jetées à la fournaise. Vain sacrifice ! L'émail 
ne fond pas encore. Dix minutes et plus de chaleur 



étaient peut-ëlre ce ( 
du bois encore, du b 
ses meubles que de 
expérience t Un fraca; 
la maison, et au miliei 

enfants, qui, cette fois, craignent sérieusement que 
Patissy ne soit tout à fait fou, celui-ci arrive chargé 
de tables et de chaises brisées qu'il jette dans la 
fournaise. Cependant l'émail ne fond pas encorel 
11 ne reste plus que les planchers I . . . Un bruit de 
coups de marteau et de planches brisées se fait 
une seconde fois entendre dans la maison, et bien- 
tôt les ais arrachés suivent dans le feu la route 
qu'a prise le mobilier. Femme et enfants, celle 
fois, se précipitent hors de la maison, et, déses- 
pérés, s'en vont par la ville, criant que le pauvre 
Palissy est devenu fou, et qu'il brûle sa maison 
pour faire cuire ses pots. 

En ce moment l'inventeur était absolument 
épuisé, rendu de fatigue, d'anxiété, de jeûnes et 
de veilles. Endetté et tourné en ridicule, il sem- 
blait tombé au dernier échelon de la ruine. Mais 
il venait de trouver le secret; la dernière bouffée 
de chaleur venait de fondre l'émail. Ses grossiers 
vases de grès brun se trouvèrent transforma en 
belle faïence blanche, que le travailleur, en effet, 
dut trouver singulièrement belle. Désormais Pa- 
lissy pouvait endurer patiemment les reproches, 
les outrages et les mépris. L'homme de génie, grâce 
à la ténacité de son inspiration, avait remporté la 
victoire ; il avait arraché h la nature un de ses se- 



EXEMPLES DE VOLONTÉS ÉDEROIQUES. 
crets, et pouvait à loisir attendre — ^ 
meilleurs lui offrissent l'occasion dt 
sa découverte. 

C'est au bout d'environ setie ang è 
et d'apprentissage.seizeans pendant 
dû tout apprendre seul, qu'il recui 
ses efforts. Mais bientôt, comme i 
matière de religion des opinions 
dantes, il fut dénoncé, et les émissi 
tice abandonnèrent son atelier à 
ignorante et fanatique , qui brisa et 
ses précieuses poteries, pendant q 
même était enlevé et conduit à B 
fut jeté en prison, pour y attendr 
l'échafaud. Il dut sa vie au connétal 
rency, qui s'interposa — non poin 
égard pour ses opinions — mais bi 
ses faïences. 

Il se rendit à Paris, où l'appelaie 
qui lui avaient été commandés pai 
et la reine mère, et, pendant la dur 
vaux, eut un logement aux Tuileries, 
incessante qu'il faisait aux adeptes i 
de l'alchimie, de la sorcellerie le : 
dénoncer comme hérétique. Il f« 
arrêté, resta cinq ans enfermé h. h 
mourut en i589, âgé de qualre-vin 
finit et fut récompensé le pauvre « oi 
inventeur de ta poterie émaillée et 
figulines'. » 
' Ce récii est eïlrail en partie de Self-Help, 



'""'^^r-.'. 



340 . LIVRE III. — L'AME. 

Devant cet éloquent exemple du courage et de 
la persévérance, — non pas du courage excité par 
une animation du système nerveux, par la colère 
ou par l'appréhension du danger, par l'odeur de 
la poudre ou par la musique militaire, car dans 
ces cas spontanés, nos adversaires pourraient invo- 
quer la sensation, — mais d'une énergie qui se 
soutint pendant seize ans sans être affaiblie par 
les revers, mais d'une volonté qui surmonta tous les 
obstacles, et domina la matière comme elle avait 
dominé le corps de Palissy Tui-même et toutes les 
affections du sang; devant ces exemples, disons- 
nous ; devant toutes les gloires de notre famille 
pensante , devant les héros de la pensée, devant 
tous ces flambeaux qui se consumèrent en brillant 
sur la tête des générations, devant les palpitations 
du cœur de l'humanité et devant les hauts témoi- 
gnages de sa conscience, de quel front vient-on 
accuser la volonté d'être une illusion et la force 
morale d'être une esclave? De quel droit ose-t-on 
nier l'énergie indépendante et le caractère domi- 
nateur de ces âmes bien trempées ? Sous quel pré- 
texte réduit-on la puissance de ces grands cœurs 
aux conditions physiologiques de l'être corporel 
ou à l'impulsion des circonstances? Et comment 
pousse-t-on la fantaisie jusqu'à poser en principe 
« que nos résolutions varient avec le baromètre? » 

dier. Un grand nombre d'autres types pourraient être présenlés 
en faveur de l'indépendance et de la force de la volonté. Nous 
nous sommes étendu sur la vie de l'alissy, parce qu'elle est l'un 
des plus éloquents exemples à opposer à la théorie de nos adver- 
saires. 



LES MANIFESTATIONS DE L'ANE. 341 

Objectera-t-on que l'illuslre potier dont nous ve- 
nons de rappeler la figure est un fou et une excep- 
tion dans rhistoire de l'humanité? Mais une telle 
excuse ne peut provenir que de l'ignorance absolue 
et du manque de toute espèce d'observation. Il est 
des noms plus illustres, à d'autres titres, que celui 
de Palissy, chez lesquels nous admirons la même 
persévérance, la même obstination, Buffon a écrit 
que le génie c'est la patiwice. Parlerons-nous de 
Kepler, cherchant pendant dix-sept ans les trois lois 
immortelles qui portèrent son nom à la postérité, et 
qui régissent le système du monde aussi bien dans 
les profondeurs lointaines des cieux où se bercent 
les étoiles doubles que dans le mouvement de la 
Lune autour de la Terre? Parlerons-nous de 
Newton , répondant modestement à celui qui lui 
demandait comment il avait trouvé l'attraction : 
«C'est en y pensant toujours. » Présenterons-nous 
tous ces savants illustres que l'esprit seul soutint 
dans les combats de la matière ? Rappellerons-nous 
les travaux solitaires d'Harvey, Charles Bonnet, 
de Jenner*. Raconterons-nous les difficultés invin- 



' La manière dont fut reçue la découverte de la vaccine est un 
exemple particulier des obstacles qui généralement s'élèvent de- 
vant toutes les idées nouvelles et tendent à rebuter les savants et 
les inventeurs. cOn ne manqua pas, dit Smiles, de faire des cari- 
catures sur sa découverte, de le représenter comme aspirant à bes - 
Haliser ses semblables, en introduisant dans leur système des 
matières putrides empruntées au pis des vaches malades. La vac- 
cine fut dénoncée du haut de la chaire comme diabolique. On 
alla jusqu'à assurer que les enfants vaccinés prenaient en gran- 
dissant une face bovine, que des abcès se déclaraient sur leur 
tète indiquant la place des cornes^ et que toute la physionomie se 



LITRE 111. — L'AHE. 
ijue durent vaincre pourtant les inventeurs 
; du feu sacré qui s'appelaient James Walt, 
rd, Girard, Fulton, Stephenson? Dirons- 
quels travaux intellectuels nous devons nos 
is de Ter, nos bateaux à vapeur el nos tèlè- 
s, magnifiques inventions dans lesquelles 
l'acclamons pas la matière, mais Tespril? 
lerons-nous les ardeurs des artistes que l'on 
les noms de Michel-Ânge, le Titien, Claude 
i, Jacques Callot, Benvenuto Cellini, Nicolas 
], Flaxman? Rapporterons-nous cette parole 
le, écrivant de Milan, en 1820, sur un Ira- 
r nommé Meyerbeer : «r C'est un homme de 
e talent, mais sans génie; il vit comme un 
e, et travaille quinze heures par jour. «Mars 
voulions faire l'histoire des rudes épreuves 
aillirent les génies les plus puissants, nous 
13 descendre jusqu'aux noms inconnus de 
ui sont tombés dans cette mer orageuse, 
s du sort, mais non de leur courage, en se 
it le front comme Chénier au pied de l'écha- 
isedébattantcommeGilbertcontrerëgoisme 
lel. Nous devrions faire comparaître ceux 
iccorabèrent glorieusement , les Jordano 
qui préféra la mort à une rétractation et se 
pûler vif pour ses doctrines astronomiques el 
ises; Campanella, qui subit sept fois la tor- 
spt fois versa son sang et succomba corpo- 
snt sous la douleur, et sept fois recommença 



U MATIÈRE NE GOUVER^tE PAS L'IIOHHE. 

ses amères satires contre tes inquisiteurs; J 
d'Arc, qui sauva la France; Socrate, qui sa 
philosophie et préféra la mort à une simple i 
talion; Christophe Colomb emprisonné, me 
dans le démlment et le chagrin ; le vieux ] 
Banius, égorgé à la Saint-Barthélémy, don 
broise Paré devait être également victime si 
les IX n'avait pris soin de l'épargner pour se 
vices personnels ; tous les martyrs de la scienct 
les martyrs du progrès, tous les anciens mart' 
la religion qui tombèrentau cirque romain S 
dent des lions etdesligresen priant Dieu pour 
frères. A quelque croyance qu'elles appartier 
ces victimes sacrifiées a la cause qu'elles ( 
daient, quelle que soit également la valeurrét 
cette cause, elles ont droitànoire respect prof< 
nos hommages immortels. Elles nous montrei 
l'homme n'est pas seulement une masse de m 
organisée, et que l'énergie, la persévérance, Ii 
rage, la vertu, la foi, ne sont pas des proprié 
la composition chimique du cerveau. Elles 
clament du fond de leur tombe que les préti 
savants qui osent identifier l'homme à la m: 
inerte ne se doutant pas de la valeur de l'hoi 
, et qu'ils gisent dans l'ignorance ta plus ténëb 
sur les vérités qui font à 1% fois la gloire et k 
beur des intelligences. 

Et pensez-vous qu'il soit nécessaire d'inter 
larenomméeetrhisloire pour répondre pard' 
irrésistibles exemples à cette prétention aveuf 
nier les faits de l'ordre purement intellectu 



544 LIVRE III. — L'AME. 

de faire aussi légèrement justice de la morale et de 
la spiritualité ? Non, ce n'est pas seulement dans 
les hautes sphères que l'observateur admire ces 
touchants exemples. Dans tous les rangs de la 
société, depuis le prince de la science jusqu'à 
l'ignorant, et depuis le trône jusqu'à la chaumière, 
la vie quotidienne offre dans le sanctuaire de la 
famille ces mêmes faits d'abnégation ou de cou- 
rage, de patience ou de grandeur d'âme, de puis- 
sance ou de vertu, qui, de cequ'ilsrestent inconnus, 
n'en sont pas moins, en valeur absolue, aussi mé- 
ritoires, aussi éloquents que les précédents. Com- 
bien d'âmes souffrent dans le mystère, n'osant 
révéler à nul confident leur douleur, courbant leur 
volonté sous Tinjustice, victimes du sort et decetle 
fatalité impénétrable qui pèse sur tant d'êtres bons 
et justes? Combien de grands cœurs battent silen- 
cieusement de ces palpitations qui seraient capa- 
bles d'enflammer la parole et de soulever tout un 
monde, si, au lieu de s'évanouir dans l'ombre, ils 
se faisaient entendre au soleil de la renommée? 
Combien de génies ignorés dorment dans l'isole- 
ment infécond? Combien d'œuvres sublimes sont 
opérées par des mains inconnues? Combien d'âmes 
saintes et pures se consacrent sans réserve à une 
vie tout entière d'abnégation, de charité et d'a- 
mour? Et combien ne reçoivent d'autre récompense 
de la vertu la plus éprouvée, des sacrifices les plus 
persévérants, de la patience la plus humble et de 
la sollicitude la plus touchante, que la dureté ou 
l'ingratitude de ceux qu'elles aiment, et que le 



l^.'Vi* 



L'ESPRIT, BfAITRE DE LA MATIÈRE. 345 

sourire des passants qui ne comprennent ni la 
grandeur de pareils dévouements, ni le langage 
de pareils exemples ! 

Le dernier refuge de nos adversaires est de 
se retirer dans le syslème des dispositions natu- 
relles, yA de déclarer que tous ces faits de Tordre 
mental ne sont que la résultante des inclinations 
des esprits chez lesquels nous les admirons. Si 
Palissy s'est obstiné pendant seizer ans à la re- 
cherche de rémail, c'est parce qu'il y était poussé 
par une inclination spéciale. Si Christophe Colomb 
ne s'est pas laissé décourager par le scepticisme 
de ses contemporains et par les révoltes de son 
équipage, c'est que la tendance de son cerveau 
était irrévocablement dirigée vers le nouveau 
inonde. Si Dante a terminé I9 Divine Comédie 
jusque dans les fers et dans l'exil, c*est parce que 
le souvenir de Béatrix et les guerres civiles de 
ritalie remuaient sa fibre poétique. Si Galilée, 
septuagénaire, se vit contraint de s'agenouiller, 
de rétracter ses plus intimes croyances, de réciter 
et de signer une déclaration inique et de se sou- 
mettre à la sentence insensée qui défendait à la 
Terre de tourner, il n'a pas autant souffert que 
nous le croyons d'une semblable humiliation: il a 
seulement senti que ses inclinations naturelles 
subissaient une légère contrariété. Si Charlotte 
Cordny est partie de son pays pour venir poignarder 
Marat à Paris, ce n'était point là une persuasion 
intime de sauver la patrie de son prétendu sau- 
veur, mais une simple exaltation du cerveau. Si, 



546 LIVRE ÏIÎ. — L'AME. 

pendant les scènes monstrueuses de la Terreur, on 
a vu des femmes demander au bourreau le bonheur 
de mourir avee leurs époux, et gravir avec fermeté 
les marches de Téchafaud; si à toutes les époques 
de Thistoire on a vu des victimes' volontaires s'of- 
frir à la mort pour sauver ceux qu'elles aimaient 
ou descendre avec eux dans la tombe; c'était encore 
une inclination naturelle ou uif résultat de cer- 
tains mouvements cérébraux. En un mot, les actes 
les plus sublimes de vertu, de piété filiale, d'a- 
mour, de grandeur d*âme, de dévouement pas- 
sionné, sont dus à des dispositions organiques ou 
à quelque égarement subit des fonctions normales 
du cerveau. Si le Christ est monté au Calvaire, 
ce n'est pas là le sacrifice sublime d'un être divin, 
mais le mouvement révolutionnaire de» quelques 
molécules imprudentes... C'est à ces misérables 
strass que Ton réduit les plus riches diamants de 
la couronne de l'humanité. 

Sfais l'humanité ne se laisse pas ainsi voler, cl 
ce n'est pas sur son front qu'elle permettra qu'une 
main profane lui ravisse sa couronne. Pour soute- 
nir ces actes sublimes d'énergie et de courage, il 
faut autre chose qu'une aggrégation d'atomes de 
carbone ou de fer, il faut autre chose qu'une com- 
binaison moléculaire. Arrière I négateurs insensés 
qui prétendez réduire à ces explications invalides 
la valeur et la virilité de l'intelligence. Prédispo- 
sitions organiques, inclinations naturelles, facultés 
du cerveau, éducation même, qu'est-ce que tous 
ees motS) si Ton se borne aux manifestations de 



L'ESPRIT, MAITRE DE LA MATIERE. 541 

la matière brute et aveugle et si Ton nie l'exis- 
tence de Tesprit? Qu'est-ce que la chimie, la phy- 
sique, la mécanique devant la volonté qui fait plier 
le monde sous sa loi et qui dirige à son gré la 
matière obéissante? Ose-t-on soutenir que la va- 
leur morale, la puissance intellectuelle, Taflection 
profonde des cœurs, Tenthousiasme des âmes 
ferventes, l'immensité du regard de l'intelli- 
gence, les investigations de la pensée qui scrute 
l'espace et fait resplendir les lois organisatrices de 
l'univers, ose-t-on soutenir que les contemplations, 
les découvertes et les chefs-d'œuvre de la science 
et de la poésie sont explicables par des transfor- 
mations chimiques — et chimériques — de la ma- 
tière en la pensée? Est-ce que, pour supporter 
cette énergie de l'âme, il ne faut pas qu'une force 
souveraine, supérieure aux changements de la 
substance, capable de dominer tous les obstacles, 
et dont la portée s'étende bien au delà de l'œil phy- 
sique, soit la base même de cette force mentale, 
son substratum, son soutien, et la condition de sa 
puissance ? Est-ce que la vertu réside ailleurs que 
dans Tâme? dans l'âme indépendante que les ter- 
giversations du monde matériel ne touchent pas ; 
dans Vâme épirituelle^ qui entend la voix de la 
vérité, et qui marche droitement à son but idéal, 
quels que soient les obstacles qui traversent sa 
roule, quelles que soient les difficultés que l'on 
oppose à sa marche triomphante ? 

L'humanité tout entière proteste contre ces 
folles allégations, et elle proteste, non pas de ce 



iS LIVRE III. — L'AIE. 

Ligement basé sur l'observation des sens, qui peut 
e tromper comme elle l'a fait pour le mouTement 
u ciel, mais de ce jugement intime, basé sur 
aMrmalion de notre conscience même. La natio- 
lalité, te climat, la nature des aliments, l'éduca- 
ion ne suffisent pas pour constituer des volonlés 
ntelligentes et insurmontables I Dans le caractère 
lumain, l'énergie est véritablement la puissance 
ivotale, l'axe de la roue, le centre de gravité. 
'est elle seule qui donne l'impulsion à ses actes, 
âme à ses efforts. Cette force mentale est la base 
nême et la condition de toute espérance légitime, 
I s'il est vrai que l'espérance soit le parfum de la 
ie, la puissance mentale est bien la racine de 
etle plante aimée. Lors même que les espérances 
ont déçues et que l'homme succombe en ses ef- 
irls, c'est encore une grande satisfaction pour lui 
e savoir qu'il a travaillé pour réussir, et surtout 
ue loin d'être l'esclave de la puissance maté- 
ielle, il est resté dans les règles parfois ardues 
mposées par l'honnôtelé. Est-il un spectacle plus 
eau et plus digne d'éloges que celui de voir un 
omme lutter énergiquement dans l'adversité, 
lonlrer par son exemple qu'une force impéris- 
able vit dans sa poitrine, opposer la patience à la 
ouleur, triompher par la grandeur de son carac- 
ire, et, « quand ses pieds saignent et que ses 
enoux fléchissent, marcher encore, soutenu par 
>n courage! u 
Dans un ordre moins général que celui des 
rands faits qui précèdent, on a vu des exemples 



L'ESPRIT, MAITRE DE U MATIÈRE. 549 

particuliers de volontés puissantes effectuant des 
mirjicles. Nos désirs ne sont souvent que les avant- 
coureurs des desseins que nous avons la faculté 
d'exécuter, et parfois il suffit d'une intense aspi- 
ration pour transformer la possibilité en réalité. 
Si d'un côté les volontés de Richelieu, de Napo- 
léon rayent du dictionnaire le mot impossible, à 
Topposé, les esprits vacillants trouvent tout im- 
possible, (c Sachez vouloir fortement, disait La- 
mennais à une âme malade, fixez votre vie flot- 
tante, et ne la laissez plus emporter à tous les 
souffles comme le brin d'herbe séchée. » Nous 
avons personnellement connu des personnes fer- 
ventes, arrivées au bord de l'autre vie, qui déjà 
avaient un pied dans la tombe, et qui, se reculant 
d'effroi en contemplant Téclat séduisant de la vie 
qu'elles allaient quitter, résolurent de garder cette 
vie — et la gardèrent. Ces exemples sont rares, 
puisqu'ils ne sont possibles que lorsque le corps 
n'est pas encore touché par la main de la mort, 
mais ils existent. Un écrivain anglais, Walker, 
auteur de VOrigind (et qui ne manqua pas de 
prouver une certaine originalité par cette déter- 
mination), résolut un jour de dominer la maladie 
qui l'abattait, et de se bien porter, ce qu'il fiî 
dorénavant. Les fastes militaires nous offrent 
l'exemple de plusieurs chefs qui, vieux ou ma- 
lades, apprenant, au moment décisif de la bataille, 
que leurs soldats lâchaient pied, se jetaient hors 
de leurs tentes, les ralliaient, les conduisaient à 
la victoirCt et, aussitôt après, tombaient parfois 

20 



LIVItE II!. — L'AME, 

rendaient le dernier soupir. L'histoire a 
un nombre éloquent de ces traits ^eTna^ 
(on-seulement la volonté, mais l'imagi- 
-même domine la matière, contredit le 
i des sens et cause parfois des illusions 
t étrangères au domaine physique. Que 
[ue comment un homme peut mourir 
;s médecins lui ayant faiblement piqué 
lui font croire que son sang coule et 
1. (Ce fait et d'analogues sont judiciai- 
nslatés.) Que l'on explique commeni 
on se crée un inonde de chimères qui 
t activement sur l'organisme et la santé? 
[us, la volonté est si forte et si indépen- 
intluences qui nous entourent suffisent 
■ expliquer la marche de notre vie intel- 
[ue la plupart du temps ces influences 
mt pas cette vie, et, qu'au contraire, 
9ns avec une puissance d'autant plus 
ue les obstacles a surmonter sont plus 
les. Tous ceux qui travailleni des la- 
1 pensée diront avec nous que l'époque 
rrière pendant laquelle ils ont le plus 
t précisément celle où ils avaient le 
licultés à vaincre, et que, si nos voion- 
e les fleuves, suivent, lorsqu'elles le 
lorsqu'elles les distinguent, les passages 
eur "cours, elles n'obéissent pas pour 
gués qui leur sont imposées, s'irritent 
deviennent d'autant plus puissantes que 
: {(u'on prétend leur opposer est plus 



L'ESPRIT, MAITRE DE LA MATIÈRE. 551 

haute et plus solide. Lorsque le succès et la gloire 
sont venus couronner nos travaux,' lorsque, après 
l'action longuement soutenue, la réaction vient 
nous inviter au repos, nous bercer et parfois nous 
assoupir, bien souvent nous nous laissons effémi- 
iier dans les délices de Capoue, et l'ardeur avant- 
courrière de l'inspiration ne lève plus son aurore 
sur noire front. Le travail personnel de la volonté 
est la condition même de notre développement. 

Dans une discussion sur l'existence de la vo- 
lonté, la question si longuement et si vainement 
controversée du libre arbitre ne peut manquer de 
poser son point d'interrogation. Nos adversaires 
nient absolument le libre arbitre, et proclament, 
comme nous l'avons déjà suffisamment apprécié, 
que toutes les œuvres humaines sont le résultat 
nécessaire des causes ou des occasions qui les ont 
amenées, sans que la réflexion puisse en rien 
changer leur cours. La pensée n'est qu'un mou- 
vement matériel de la substance cérébrale; ce 
mouvement provient du système nerveux qui a été 
affecté par un mouvement extérieur; le mouve- 
ment-pensée, à son tour, réagit sur les nerfs, les 
muscles, et produit nos actions. Dans toute cette 
succession, il n'y a que des mouvements matériels 
transmis. Je m'imagine volontiers qu'un chrétien 
rencontre un holbachiste dans l'arrière-boutique 
d'une de ces officines dont l'atrium est protégé 
par la classique statuette d'Hippocrate, et qu'ils se 
tiennent à peu près le langage suivant : 



DU LIBRE ARBITRE. 355 

d'un imbécile; mais quant au choix du genre de 
morl, n*aurais-je pas pu choisir de me pendre, de 
rae noyer, de m'asphyxier, de m'empoisonner, de 
me jeter du haut d'une tour, de me laisser mou- 
rir de faim, de me faire sauter la cervelle, de 
m ouvrir les quatre veines dans un bain, etc., etc., 
aussi bien que de me mettre en travers d'un rail? 
N'ai-je pas eu au moins la liberté de choisir ? 

— Pas le moins du monde. Si vous vous êtes 
décidé pour Técrasement, c'est que vous demeu- 
riez à proximité d'une voie ferrée, ou que vous 
pensiez pouvoir y rendre Tâme plus tranquillement, 
ou que les autres genres de mort vous répugnaient, 
ou, etc. 

— Mais enfin, je constate que j'ai choisi... 

— Du tout I Certains mouvements se sont opérés 
dans Torgane de votre réflexion. Celui-ci était 
causé par l'aspect d'un pendu, celui-là par la 
morgue, cet autre par un crâne fracassé, cet autre 
par les douleurs d'un coup de pistolet à demi 
manqué, cet autre par les angoisses de la faim, etc. 
Et c'est le mouvement qui représentait l'écrase- 
ment par un wagon, qui vous sembla le moins 
désagréable, domina tous les autres, et finalement 
a décidé de votre sort. 

— Mais si au lieu de me placer moi-même en 
travers du rail, j'avais eu des griefs contre mon 
frère ou ma sœur, et que ces griefs, déterminant 
ce même mouvement dans mon cerveau, a/ec cette 
légère variété de signifier homicide au lieu de 
suicide, i'avais porté pendant la nuit srir le rail 



354 LIVRE III. — L'AHB. 

le corps de cette sœur ou de ce frère, aurais-je été 
libre et serais-je coupable? 

— N'entrons pas dans ces petits détails de juris- 
consultes, je vous prie. 

— Ah ! très-bien, je suis fixé. Or, pour en re- 
venir à notre suicide, vous dites que celui qui 
choisit un genre de mort s'est déterminé par 
quelque cause. C'est clair, car autrement, et à 
parler clairement, choisir sans cause déterminante 
serait stupide. Mais comment ces causes forcent- 
elles matériellement? 

— Par un revers soudain de la fortune, vous 
avez subitement perdu votre aisance et votre bien- 
être. Accoutumé à bien manger, bien boire et bien 
dormir, vous vous trouvez tout d'un coup dans la 
misère. La déception de votre organisme agit sur 
votre cerveau qui, se sentant dans la perspective 
de succomber, préfère succomber de suite. Ce sont 
toujours là des mouvements physiques. 

— Mais si ce sont des chagrins de famille, des 
peines de cœur, la crainte d'un déshonneur, enun 
mot, des causes de l'ordre moral? 

— U ordre moral n'existe pas. 

— Nous nous attendions à cette réponse. Et 
vous avez Taudace de prétendre que vous n'af- 
firmez rien sans preuves, et que vous vous conten- 
tez d'interpréter fidèlement l'enseignement de la 
science? Prenons un dernier exemple. Tenez! 
Voici ma main droite à l'état de repos. Rien ne 
me force à la lever. Je le veux pourtant. Je la 
lève. Est-ce là une action libre 



1 



mfjf*'umM-^ 



on LIBRE ARBITRE. 



— Non. Vous la levez pour une raison : pour me 
eonTaincre que vous êtes libre. Ce désir de me 
convaincre vient de notre conversation précéder 
Celle-ci des faits qui l'ont précédée. Et ainsi 
suite jusqu'à votre naissance. La vie ment 
comme la vie physique, ou pour mieui dire 
seule vie, n'est qu'une succession nécessaire 
causes et d'effets s' enchaînant naturellement. 

-- Voyez encore : ma main est levée. Je rami 
par un mouveiment curviligne l'intérieur de ci 
main vers mon visage, et je la renvoie par le 
tour du même mouvement curviligne appliquer 
surface extérieure sur votie joue. Vous recevez 
soufflet. Vous rougissez, vous vous fâchez, vos y< 
s'enflamment, vous allez vous exclamer. Degrâi 
Qu'avez-vous ? De quoi vous étonnez-vous? Étai; 
donc libre de vous donner un soufQet? Ëtcettecla( 
n'est-eile pas la suite inévitable du mouvement 
mamaio, de la fantaisie du lobe cérébral < 
fonctionne au-dessus de mon oreille, vers les 
gions que protègent l'apophyse mastoide et 
suture occipito-pariêlale, etc., etc., et ne 
raonte-t-elle pas de proche en proche jusqu 
commencement du monde?... 

— Monsieur, vous avez vraiment des exemj 
frappants, et vous me touchez fort par votre p 
cédé. H est bien évident pour moi que tout c 
n'est qu'une suite nécessaire du mouvement 
dipotasshydorylhydroxamine dans votre lobe fr 
tal,ets'ilarrivaitque,parsuitedecesmouvemer 
vous preniez votre couteau pour m'écorcher ■> 



j'aurais mauvaise grâce à m'en formaliser. Vais 
pour en linir avec cette discussion, car je me sens 
le besoin de me retirer, ne croyez-vous pas avec 
Spinosa que notre prétendue liberté n'est qu'une 
apparence, e( que « si nous avons conscience de 
nos actes, nous n'avons pas conscience de la cause 
de nos acfes? » N'admetlez-vous pas avec Hume 
que « l'homme a conscience, non du principe de 
ses actes, mais seulement de ses actes même, en 
tant que purs phénomènes? » Tout mouvement 
du cerveau vient du dehors, par les sens, etl'exci- 
taUon du cerveau, la pensée, est un phénomène 
matériel comme le mouvement lui-même. € La 
volonté est l'expression nécessaire d*un état du 
cerveau produit par des influences extérieures. 
Il n'y a pas de volonté libre; il n'y a pas de fait 
de volonté qui soit indépendant de la somme des 
influences qui , à chaque moment, déterminent 
l'homme, et posent, autour même des plus puis- 
sants, les Hmites qu'ils ne peuvent franchir. » 

Ainsi parlerait, et ainsi parlent en réalité les 
disciples d'Holbach. Selon celui-ci * : « La liberté 
n'est que la nécessité renfermée au dedans de 
nous-mêmes. Il n'y a aucune différence entre un 
homme qu'on jette par la fenêtre et un homme 
qui s'y jette lui-même, sinon que l'impulsion qui 
agit sur le premier vient du dehors, et que l'im* 
pubion qui détermine ta chute du second vient 
du dedans de sa propre machine. » Il y a des cas 

* Si/tlème de la nature, part. I, cliap. xi, p. SSJ. 



DU LIBRE ARBITRE. 357 

péremptoîres où nous croyons constater le libre 
arbitre, par exemple, dans l'action d'un homme 
qui, altéré d'une grande soif, au moment de por- 
ter le verre à ses lèvres, s'arrête lorsqu'on lui ; 
nonce que l'eau est empoisonnée. Nous avons t( 
paraitrait-il, de croire que cet homme s'arrête 
brement. « La volonté ou plutôt le cerveau, 
trouve alors dans l'état d'une boule qui, qu 
qu'elle ait reçu une impulsion qui la poursuit 
droite 'ligne, est dérangée de sa direction 
qu'une force plus grande que la première l'obi 
à en changer. » 

Holbach nous a offert une formule arithmétic 
de la liberté : a Les actions de l'homme sont U 
jours en raison composée de sa propre énergie 
de celle des êtres qui agissent sur lui et qui 
modifient'. » 



* Il est clair que sans liLertë il n'y a plu( ni vertu ni nior 
iprès aroir parlé de» fiimt tnaîtrettet, des leii indetlructi 
qai emiraiptent, H. Taine ajoute : Qui es^«e qui s'indigii 
contre la géométrie ; surtout qui est-ce i^ui s'indignera coi 
nue géométrie TiTanteî 

Ailleurs, l'auleur demande, b propos d'un passage de lord Bj 
sur les amours d'Haydée, comment on peut refuser de recoma 
le diiin, non-seulement dans ta conscience et dens l'aclion, t 
danslajouissancel « Qui a lu les amours d'Haydâe, s'écrie-t-i 
a eu d'autre pensée que de l'envier et de la plaindre? (Juiee 
qui peut, en présence de la magnifique nature, qui leur lO 
et les accueille, imaginer pour eux autre cbose que la sensai 
qui les unit I...1 

Bayte admet par une autre Toie que nos vertus ont la mj 
origine que nos vices : la Torce des passions. 11 ajoute ï celte i 
nière de voir, le eaila ett qnam nemo rogaât, etc. La femmi 
plus vertueuse est plus arrêtée par la mauvaise réputation que 
le ftoil défendu. — Sous aimons k penser que la vertu est | 
Hdide que cea théories. 



'JVTf 



^^^ 



558 LIVRE III. — L'ÂUE. 

Nous répondons à cette négation complète de la 
liberté par une doctrine qui, sans nous investir 
d une liberté absolue, puisque les influences exté- 
rieures agissent constamment pour amoindrir cei 
absolu, ne nous donne pas moins une liberté 
réelle, une responsabilité intime, un libre arbitre 
incontestable. Le sujet est plus complexe qu'il ne 
le parait aux profanes, et nous avons une mani- 
festation permanente de sa difficulté dans la suc- 
cession séculaire des croyances religieuses qui 
ballottent entre le fatalisme et la grâce divine. 
Mahomet arbore le drapeau du fatalisme. Calvin 
ne voit que la prédestination. Luther proclame l'ab- 
solu libre arbitre. Il semble qu'entre les deux ex- 
trêmes réside la vérité. Le nombre des livres théo- 
logiques écrits sur les variétés de la grâce divine 
ne pourrait être compté, et Ton comprend à notre 
époque que c'est un temps perdu que celui qu'on 
prête à ces sortes de scrutations. Mais il peut être 
utile de savoir à quoi s'en tenir sur la liberté. 
C'est du moins ce que nous pensons avec Spuri- 
heim, qui a écrit sur ce sujet quelques pages 
judicieuses, et qui raisonne comme il suit sur ce 
sujet si controversé ^ 

Le mot de liberté est employé dans un sens plus 
ou moins étendu. Il y a des philosophes qui 
donnent à l'homme une liberté illimitée; selon 
eux, l'homme crée, pour ainsi dire, sa propre na- 
ture ; il se donne les facultés qu'il désire, et il 

* Essai philosophique sur la nature morale et intellectuelle di 
V homme» 



JDU LIBRE ARBITRE. 559 

agit indépendamment de toute loi. Une telle liberté 
jest en contradiction avec un être créé. Tout ce 
Iqu'on peut dire en sa faveur se réduit à des décla- 
mations emphatiques, vides de sens et dépourvues 
de vérité. 

D'autres admettent une liberté absolue en vertu 
de laquelle l'homme agit sans motif. Mais c'est 
supposer un effet sans cause, ou exempter Thomme 
delà loi de la causalité. Cette liberté serait con- 
tradictoire en elle-même, car l'homme pourrait, 
dans un cas donné, agir raisonnablement ou dé- 
raisonnablement, bien ou mal, mais toujours sans 
motif. Enfin toutes les institutions qui ont pour 
but le bien de la société et de l'individu seraient 
inutiles. A quoi serviraient les lois, la religion, 
les punitions, les récompenses, si rien ne déter- 
minait l'homme? Pourquoi attendrions-nous de 
quelqu'un de l'amitié et de la fidélité plutôt que 
de la haine et de la perfidie? Des promesses, des 
serments, des vœux seraient sans effet. Une telle 
liberté n'a donc rien de réel, elle n'est que spé- 
culative et absurde. 

Il faut au contraire reconnaître l'existence d'une 
liberté qui est d'accord avec la nature de l'homme, 
une liberté que la législation suppose, une liberté 
d'après des motifs. 

La vraie liberté est fondée sur trois conditions. 
Il faut d'abord que l'être libre puisse choisir entre' 
plusieurs motifs. En suivant le motif le plus puis- 
sant, ou en agissant par contentement seul, on 
n'agit plus avec liberté. Le contentement n'est 



560 LIVRE III. — L'AME. 

qu*me fausse apparence de la liberté. La brabis 
qui brou(e Iberbe avec plaisir ne fait pp. une 
action de liberté, et l'animal ou Thomme qMi^^uit 
le désir le plus énergique n'est pas libre Bon 
plus. La principale condition de la liberté e$t l'iiif 
telligence ou la faculté de connaître les motifs et de 
choisir parmi eux. Plus Tintelligence est active^ 
plus la liberté est grande. Les idiots de naissance^ 
les enfants avant un certain âge, possèdent giiel- 
qjo^efois dés désirs très-énergiques, maisilsneseoit 
pas considérés comme libres, puisqu'ils n'ont pas 
assez d'intelligence pour distinguer le y^qi du/§ux. 
Les hommes qui ont reçu une bonne éducaliûQ| oq 
qui sont doués d'une haute intelligence , sont plus 
l)lâmables pour leurs fautes que les gens igfiQ^ots 
et stupides. A mesure que les animaux, s'èléyenl 
plus haut dans la série des facultés intellectueiles, 
ils sont plus libres et modifient plus persofinçlle* 
ment leurs actions d'après les circonstances exté- 
rieures et les leçons de leur expérience préa- 
lable. Si l'on emploie la violence pour empocher 
un chien de poursuivre un lièvre, il se souvient des 
coups qui lattendent^ et quoique l'ardeur de son 
désir lui cause des tremblements, il ne se hasar- 
dera plus à sa poursuite. L'homme, supérieur à 
tous ses aines de l'échelle zoologique, est par sa 
nature même Tètre qui jouit de la liberté dan^ le 
plus éminent degré ; lui seul cherche l'enchaîne- 
ment des causes et des effets, il sait mijeux corn* 
pa.rer le présent avec le passé et en tirer çle3, coji; 
clusions pour l'avenir ; il pèse la valeur aes motifs 






DE LA LIBERTt. 361 

ei fixe son attention sur ceux qui paraissent préfé- 
rables; il connaît la tradition ; sa raison décide et 
forme la volonté éclairée, qui est souvent en con- 
tradiction avec les désirs. 

Une dernière condition de la liberté est Tin- 
fluence de la volonté sur les instruments qui doivent 
opérer ses ordres personnels. L'homme n'est pas 
responsable de ses désirs, ou de ses facultés affec- 
tives, qui ne dépendent pas de lui. La responsabilité 
de l'individu commence avec la réflexion et avec la 
puissance qui lui est donnée d'agir volontairement. 
Dans Pétat de santé, les instruments des actions 
sont sous Tinfluence de la volonté. La faim est invo- 
lontaire y mais si ayant faim je ne mange pas , 
j'exerce l'influence de ma volonté sur les instru- 
ments du mouvement volontaire. La colère est invo- 
lontaire, mais je ne suis pas forcé de battre ou de 
maltraiter ceux qui m'ont fâché, parce que la vo- 
lonté a de r influence sur les bras et sur les pieds. 
Si cette influence de la volonté est perdue, Thomme 
n*est plus libre. C'est ce qui arrive souvent chez 
des aliénés, qui éprouvent des désirs, reconnais- 
sent leur inconvenance, et les blâment par leur 
raison ; mais ils ne se sentent pas la force de res- 
treindre leurs mouvements volontaires, et ils de- 
mandent même quelquefois qu'on les empêche de 
s y livrer. 

La liberté morale est la base même de la société, 
et si cette liberté n'est qu'une illusion, le genre 
humain tout entier, aussi bien les nations infé- 
rieures qui s'ouvrent seulement à la connaissance 

^ 21 



«.'» 



302 LIVRE III. — L'AME. 

du vrai que les civilisations les plus avancées, qui 
cultivent les sciences et gouvernent la matière^ 
aussi bien les peuples qui. vécurent il y a des mil- 
liers d'années que ceux dont nous sommes con- 
temporains, le genre humain tout entier, disons- 
nous, est dupe de Terreur la plus colossale qui 
fut jamais, et engagé dans la voie la plus fausse 
et la plus injuste qu'on puisse imaginer. Que 
disons-nous : injuste? Ce mot lui-même n'exprime 
plus rien dans ce système, et puisque le bon et le 
mauvais n'existent plus, puisqu'il n'y a pas d'ordre 
moral, il est clair que tous les mots qui se rat- 
tachent à la description de cet ordre, toutes les 
pensées, tous les jugements n'ont plus aucune 
raison d'être. Mais à moins de faire abstraction de 
sa conscience, on ne peut consentir à de pareilles 
(conclusions. « Quelles que spient les conclusions 
théoriques auxquelles les logiciens arrivent sur la 
question du libre arbitre, disait Samuel Smiles,nous 
sentons tous parfaitement que nous sommes prati- 
quement libres dechoisirentrelebienetle mal ; que 
nous ne sommes point comme la bûche qui, jetée au 
torrent, ne peut qu'indiquer en le suivant le cours 
de l'eau, mais que nous avons en nous les jres- 
sources du nageur, et que nous pouvons choisir la 
direction qui nous convient, lutter contre les 
vagues et, en dépit du courant, aller à peu près 
où il nous plaît. Aucune contrainte absolue ne pèse 
sur notre volonté^ et nous sentons et savons qu'en 
ce qui concerne nos actions, nous ne sommes en- 
chaînés j^^r aucune sorte de magie. Toutes nos 



DE LA LIBERTÉ. 563 

aspirations vers le beau et le bien seraient para- 
lysées, si nous pensions différemment. Toutes les 
affaires et toute la conduite de la vie, nos règle- 
ments domestiques, nos arrangements sociaux, nos 
institutions publiques, sont basés sur la notion 
pratique du libre arbitre. Où serait sans cela la 
responsabilité ? Et à quoi servirait-il d'enseigner, 
de conseiller, de prêcher, de réprimander et de 
punir? A quoi bon les lois, si ce n'était la croyance 
universelle, comme c'est le fait universel qu'il dé- 
pend des hommes et de leur détermination indivi- 
duelle de s'y conformer ou non? » L'homme qui 
manifeste la plus haute valeur morale est celui 
qui s'observe lui-môme, dirige ses passions, vit 
selon la loi qu'il s'est imposée, étudie ses aptitudes 
et ses défauts. Voilà véritablement l'homme : la 
liberté est sa grandeur. Mais si l'homme n'était 
pas libre, il ne lui serait pas permis d*avoir faim 
ni soif sans manger et sans boire, ni de maîtriser 
en rien les tendances de son corps ! L'ordre social 
ne serait pas constitué. Mais nous n'avons besoin 
d'aucune preuve extérieure pour affirmer notre 
liberté. Personne ne le sait mieux que notre 
propre conscience. C'est la seule chose qui soit 
complètement nôtre, et la direction bonne ou 
mauvaise que nous lui donnons ne dépend en défi- 
nitive que de nous. Nos habitudes et nos tenta- 
tions ne sont pas nos maîtresses, mais nos ser- 
vantes. Même lorsque nous cédons, notre con- 
science nous dit que nous pourrions résister, et 
que pour l'emporter dans ce conflit, il ne faut pas 



'■ ,,mVC 



rvf 



364 LIVRE m; -. L'AME. 

) 

une réso^utioa plus forte que celle que Jaav3 im^^ 
savons parfaitement capables de prendre, si nous 
voulons faire acte de volonté. C'est par Je lihr^ 
usage de notre raison que nous nous faisons ca: 
que nous sommes. Si elle ne tend qu'aux joui»' 
sances sensuelles, une forte volonté est un démon 
dont l'intelligence devient la vile esclave; maisdi:-. 
rigèe phrlebieh, cette même volonté estunejFei|i§| 
qui a pour ministres nos facultés inteUe;ctujçnas.e^| 
qui, çi leur tête, pjqésid^ au développement Je pltts 
élevé dont la nature humaine soit capable. 
' Cet athéisme prétendu scientifique s'est dopnè^ 
pour mission de rabaisser et dp détruire toiisM: 
caractères de la grandeur humaing.. Mais il nepeut 
faire que Tâme n'affirme sa valeur^ qu'elle m^ 
domine la matière, qu'elle ne se fasse à ellerOi^mei 
avec énergie son milieu et son cliniat. II n^ *^a?; 
perçoit pas que si la personnalité de l'homme était 
le résultat des influences.falalies de la nature, TeQ-' 
fant et le sauvage, qvie cep influences gouviçrnent ■ 
plus exclusivement, seraierit plus hommes^. ph^( 
coniplets, ^ue le savant, le penseur, l'artiste. Dne . 
telle conséquence ruine à elle seule le principe ^e.| 
nos adversaires. ; » 

Moleschott se rit inconsidérément du spirituel et 
spirilualiste chin^iste Liebig, parce que ce savapt;, 
penseur ^ écrit la [^irase suivante - ^ L'hommea up < 
certain nombre de besoins qup prennent leur. savfP€ 
dans sa nature spirituelle et qui ne peuvent être satis? . 
faits parles forces^ de la nature physique,;- çeiSiier: 
soins sont les diverses Qojnditioxis de sei^fonc^OA^. . 




STJRSUH COUDA. 365 

mtdlectttellès. » ïl est clair, riposte M'oleschott, que 
ea mots n'otit aucun sens. L'ambition humaine 
peat-elle imaginer un but plus orgueilleux que la 
prétention de s*élever à des besoins qui ne peuvent 
être satisfaits par les forces de la nature? 
' Sans doute Fauteur de la Circulation de lavien'^ 
jamais senti ces aspirations supérieures à la nature 
physique et aux forces qui la régissent; il n'aja-, 
mais contemplé Tidêal du bien et du beau; il n'est 
jamais sorti du cercle des fonctions corporelles î 
assimilation et dêsassimilation animales. Si cela 
est \rai, nous l'en plaignons, et nous nous attris- 
tons de salvoîr qu'il y a dans l'humanité pensante ' 
(fes êtres pour lesquels le monde intellectuel est 
entièrement fermé. Mais je m'adresse à vbûs^ es- 
prit pensif (fui lisez ces lignes, qui que vous soyez, 
homme ou femme, vieillard du enfant, jeune 
homme ou jeune fille : Êtes-vous d'avis que tous ' 
le» besoins de Tâme, tous les sentiments du cœur, 
toutes les aspirations de la pensée ne tendent pas 
à un but étranger et supérieur aux transformations ' 
matérielles de la nature ? Croyez-vous que toutes 
les tendances de notre personne humaine soient ren- 
fermées dans le cercle de la sensation et du sen- 
sualisme? Si vous avez aimé, aux hepires charmantes 
dé raufore de la vie ; si les rêves de votre printemps 
ont bercé sur leurs ailes un être idéal que votre âme 
ait entouré de ses embrassements ; si le ciel de vos 
jeuties années vous a laissé entrevoir, ne serait-ce 
qtfto instante une étoile Vraiment céleste dans'son 

l 1 * ' 4 

atf^édlé^ktlràctiVé :' pehsèz-vou's qu'il soit vrai de 



I 
i 



SOB LITRE ni- — L'iMB. 

prendre le mot de Stendhal comme l'expression de 
la réalité, et que-l'amour ne soit autre choeequ'ua 
« contact de deux épidermes? w Si vous avez étudié 
les œuvres de la nature, le Ciel, dont les mondes 
innombrables gravitent harmonieusement au sein 
de la lumière et de la \\i ; la Terre, qui voit suc- 
céder k sa surface les brillants concerts des mani- 
festations de la force vitale; l'atmosphère, doatles 
lois périodiques gouvernent le régime général; 
les plantes, parure et parfum de la terre, base de 
l'édifice des existences ; les êtres vivants, dont la 
construction montre à chaque pas la merveilleuse 
adaptation des fonctions aux organes ; si vousatei 
étudié les grandes lois et le mécanisme généra! de 
cette nature si riche et si féconde, vous étes-vous 
refusés à saluer du fond de votre âme l'iatelligence 
suprême qui se manifeste si impérieusement sous 
le voile de la matière^ Si pendant le silence élo- 
quent des nuits étoilées, votre âme s'est laissée 
emporter dans un essor immense vers ces lointains 
foyers d'une vie inconnue, si vous vous êtes de- 
mandé parfois quelles peuvent être les formes delà 
vie future, et si vous avez senti que l'idéal de nos 
aspirations ne se trouve pas réalisé en ce monde, 
n'avez-vous pas tressailli à l'idée de l'infini et de 
l'éternité qui nous attendent? Si vous avei été 
témoins des œuvres sublimes de dévouement et de 
charité qui répandent le baume de la consolation 
sur le cœur de ceux qui souffrent , qui font 
espérer aux proscrits de la terre une justice dans 
le ciel, qui soutiennent les pas chancelants du 



SflK8UM OOKDA. 367 

bl^sé, qui 86 consacrent aYec la passion dé ramour 
au soulagement des terrestres misses ; n'avez-vouà 
pas avoué que le sensualisme et Findifférence 
égoïste ne renferment pas le cœar de Thomme? 
Si vous avez senti quelque soir Tivresse de fat 
musique, en abandonnant votre âme au berce« 
ment de ces chefs-d'œuvre dont les maîtres illus* 
très ont charmé te voyage de la barque humainei 
n'avez-vous pas pensé qu'il est des •paroles , qu*il 
est des harmonies que l'oreille n'a point enten^- 
dues, et dont les mélodies terrestres ne sont qu'un 
écho bien affaiWi ? Si vous avei vécu de la vie* de 
lame, enfin , de cette vie entrecoupée d'extases et 
de souffrances, de cette vie à la fois sensible et.do*- 
minatriœ, qui se laisse troubler par les peines du 
cœur et qui pouitant sait auj^i fouler à ses pieds 
les préjugés vulgaires et dominer glorieusement 
les riens matériels; si vous avez marché là tête 
haute et le front levé vers le ciel, n^avez-vous pas 
compris qu'il est vrai de dire que l'intelligence 
voit plus loin que la matière, que l'ftme. a d'au^ 
très besoins que le corps, et que notre dignité 
morale ne connaît point la poussière des places 
publiques, où les saltimbanques amusent un 
peuple de badauds par des tours de physique ainu*- 
santé? ^ 

Si, comme nous l'avons vu, la science du mondé 
physique perd, dans l'hypothèse de la non-existenùe 
de Dieu, à la fois sa base et sa lumière, et tombe 
dans l'incapacité absolue d'expliquer la construc- 
tion intelligente de l'uriivèrs, là sdence du monde 




5C8 LIVRE m. — L'AME. 

întelléctiiel perd plus cbmpléfeihent éncoré' sa^îe 
et son existence. Le vrai, lé beau, le bîeù sont éva- 
nouis. Dans quelles ténèbres s'enfoncent alors les 
antiques principes de la philosophie, de Testhè- 
lîque, de la morale? La contemplation des vérités 
éternelles n'est plus qu'un songe. Le savant, le 
penseur, l'artiste trébuchent dans Tombre et le 
chaos? En vain prétendra-t-oh que Yart n'a d'ajàtre 
objet ni d'autre but que la représentation des formes 
agréables, et que la sculpture, la peinturé, la 
musique n'ont d'autres raisons d'être que de chap 
m^r nos sens. Erreur, erreur profonde I Quelïeesl 
la beauté que Pâme contemple dans les chefs- 
d'œuvre de la statuaire, du dessin, de l'harmôniel 
quelle est la beauté qui nous attire à travers tes 
lumiières et les ombres des essais périssables? 
N'est-ce pas la beauté idéale, la vérité mystérieu- 
sement cachée dont notre être a soif et qu'il 
cherche en toutes les images? n'est-ce pas l'Idéal 
pur, ineffable, translucide, souverain, aimant irré- 
sistible, tout-puissant séducteur des intelligeiiiieîs? 
E'hiimanité ne s'est élevée au-dessus des autres 
espèces terrestres ^que par sa permanente ascension 
viérs l'idéal, vers la vérité spirituelle. L'art serait 
Un mythe, une écorce, un jeu, un néant, si sa 
source né résidait pas dans la beauté suprême. Cest 
id, c'est ici surtout, queThomme se traduit pardes 
caractères qui n*appartiennent pas à la matière, 
et qui touchent â la sphéré deTinfini ; c'est ici sur- 
tout qu'il est en êommunion avtecles spïehdeurs 
Impérissables et qti'iriés fixe à jamais en d'immor- 



-VIT' r - ' ■" 

« . ■ .! 



pu BB4U. S($9 

|çb çhjefs:4,'œ\iyi;e.,. J'ai devait .moî 1^ ppu$8ière 
vîfo,la mati^FQ inanimée, un hiorceaiu d*argile. 
Mon âme inspirée a conçu le type visible d'une 
yeftu surhumaine, la manifestation de Théroïsme, 
du dévouement, de l'amour, de Tadoration. Argile, 
terrç ramasséje en quelque fosse humide, en toi je 
^ai^tr^nsfusjer Tinspiration d^ mon âinel en .toi 
mis. intelligence va s'incarner I en toi le type 
si^Êlinie (jue mon esprit contemple, va manifester 
Sfivisil)lQ splendeur! en toi vont tressaillir les pal- 
pitatioBs de ma pensée \ et tandis que ma dépouille 
miséWble, tombée en une ignominie sans noni, 
sm. depijis longtemps disparue du royaume de^ 
viyajnts, tandis que mon nom peut-être sera 
dejpuis lobgtemps effacé de rhisloire des généra- 
tiôifSI, dans quarante siècles encore, les yeux qui te 
cop{en[ipleront , contempleront ma pensée!, diés 
millions 4^ cœurs auront battu et battront encore 

" lin J ; . 

àl'vinjsson^u mien I et devjant toi les âmes sMnclf- 
nerftut, pour saluer la vertu divine dont un rayon 
forma ton auréole impérissable ! * 

. .. t^^jpanage le plus glorieux de la nature humaijK^ 
p^jSi^rait plus qu'un leurre, dans la théorie raéca- 
j^çpiç ^fl lunivera. Lé Vrai et le Bien disparaissejit 
pQmme le Bçau,.En vain nos adversaires nous op- 

(losentrils.Ieuj: conduite exemplaire et inattaquable, 
jnej^'agit pas ici des inconséquences de leur n^a- 
Hière.Àç vivre, mais des conséquences de Iqur docr 
irjixie. Eh bien, logiquement, sans contredire . son^ 
pjç})j)jrejP;rincipe, l'athéisme ne peut pas constituer 
*^SiïflR''8^*.^ jLe njatérialisme, dit judirieusempu^ 



MTBB lU. — L'Aire. 

Larroque, n'est boa à rien qu'à Aler à la vie 
le tout sérieux et toute valeur... et qu'à don- 
son b ces hommes, les plus méprisables de 
ni font consister l'habileté à exploiter te plus 
int possible les misères et les déraillances 
s de leurs semblables. » 
i voulons bien croire que tous les matn'ia- 
\e sont pas pour cela des hommes corrom- 
nous ne nous faisons fias l'écho de ceui qui 
isent de vivre « plongés dans l'ivresse de la 
he. » Nous connaissons des hommes et des 
ï dont la vie honnête et sans reproche est 
lèle de moralité, quoiqu'ils ne croient ni en 
nce de Dieu ni en l'eiistence de l'âme. Mais 
e pouvons nous empêcher d'avouer que dans 
opre système, cette honnêteté n'est qu'une 
de tempérament, et que s'ils sont justes et 
i'ils ont de la conscience, s'ils sont bien- 
s et affeclueux, s'ils résistent à certaines 
s désastreuses, s'ils soulagent la misère, 

sacrifient pas au veau d'or, s'ils préfèrenl 
ité et la pureté aux richesses équivoque- 
cquîses, ce n'est pas à leur système qu'ils 

cette valeur morale, mais à une coniic- 
ime, qui les guide à leur insu, et qui pro- 
mtre leurs paroles et leur philosophie. Ils 

pas moraux parce qu'ils sont sceptiques; 
nt quoique sceptiques. Et en vérité, qu'est- 
ine moralité sans base, sans raison el sans 

s, nous croyons à une morale ûidépendatite 



DU VRAI ET m BIEWJ 571 

du catholieisme^ du christianisme ^éro^ £.ti^ 
général de toute foime- religieuse ;. maiçnou&.n^ 
croyons pas à une morale ijadépendante de l'idée 
même de Dieu. Si les vérités de Tordre physiquq 
existaient seules, si les mérités que nous tenons 
pour appartenir à l'ordre moral n'étaiejat que de^ 
mythes, nous avouons qu'à nos yeux la morale 
elle-même serait une utopie, et l'hoflinêteté unq 
naïve sottise. 

Mais il y a d'autres affections que celles de la 
matière, «r L'homme qui passe ses jours dans un.e 
condition supportable, ou plutôt qui. ne conçum^ 
pas tout son temps à pourvoir à son existence phy- 
sique, dit un grand astronome \ éprouve des; be^ 
soins où les sens n'interviennent pas ; il éprouvé 
des peines, des jouissances qui. n'ont rien de com,- 
mun avec les misères de la vie. El si une fois ces 
peines, ces jouissances se sont manifestées avec unp 
certaine force, il ne peut plus les confondre avep 
celles que donnent les appétits animaux. : il seqt 
qu'elles sont d'une autre espèce, qu'elles appar- 
tiennent à un ordre plus élevé. Ce n'est pjis tqu^. 
L'homme n'est pas seulement sensible aux jeux d^ 
l'imagination, aux douceurs des habitudes sociales, 
il est de sa nature spéculatif. Il ne co»teniplç pas 
ce monde, les objets qui l'entourent avec un froid 
étonnement, comrpe une série de phpnomènes aux- 
quels il ne s'intéresse q-ue par les rapports qu'ils 



■'! ' :.• ,< '.■> 



* Discourse m the study of natural philosaphy, by J.T*.W. 
HcrscheL » 



i^^ srvéc'bt-dreet d«Ei3ein. L'hai'Aiotiicdilésttï- 
es, \A sagacité des combinaisons lui causent r«d- 
liration là plus vive. Il est ainsi amena bl'id^ 
'une puissante,- d'une intelligence sapêri^reà 
1 sienne, capaMe 'êe ptodtiite, de^cmoévcnr'ItJtn'fe 
u'il voit dans la 'Hatufe. il ipbiil ippdW^eéHe 
trissàncë ihfinie, puisqu'il n'aperçait ^siiebotoes 
ux'teovrës par lesquelles éUe'se'Manffe^êl'tAln 
e là : plus il examine, plus' i1'=éElea<d' SéS i^- 
ïlibi'rs, pllïâ il dÊËotrvré de mBgBi&yHe£f,''iilus 
''discerte dégi'antdeur. "'''' '' l'"!!''!! 

' (( Il voit qile'tont ce qnela plùs'loilgè*'**e'«'la 
lus forte intbllïgeilce peuvent Itli ^ermètti<é)*fdl- 
ïuïrîrpiarsès propres recherchesio^ hit d'oah^fle 
sihps pour profiter de' celle d'ftliti'uiV le (iflti*(#E4i 
lus slii' les litniles'déla science: Dfrt^ilëtt)'Ai¥Jilt^tt%i 
tré ainsicortslilùé aceuèîHe Û'aMpdl'eSpoîr,' aiWe 
nsùîte'âia'coû'victtoii que soïi Iprincîpèlnl^recMfel 
ésuivi-a pas les'chances derenVèJot^qui le*ù- 
irme, quBÏ'Hinne'firiil'apas quand rBiltt-é'aëâR- 
îUdfa? Estilétbnnatilqu'il se persuade quë'WiD 
e s'éleîndré', il pfissera ù une notivelle' tlri,'Wi, 
brêdë'tefemîfle entravés qtii'*ïfStertt's!iib'eisè, 
bbé de' senâ [jlus subtils, de {tltis hatlteit fâcAR;^, 

piiisefà à celle souitè dé éagesSé'ddiilît'étitftli 
Ilérééiti^ ïa-térrè? »■■ ■' ■ ■ ■. "■ '■ '-■ ''"'"" 

C'hypbtHêsc matérialiste excluitoules CësgWfi- 
curs ■morales, ■■toùlés''cé^ ' aspir^lloins' SliivSi^, 
lûtes ces hautes espérances. Mais nos adversaires 
[i prennent facilement leur paffi; % fàlastl^^ 



.(iraetioiitr4tH<}: auteur, de Fofc^ et lfa(Gân?,.de toute 
^ttpstion>4ejiQ0i!a)e et duiiUté, la nature n'e^û^te 
ni pour la religioo, ni pour la nu)raley ni pour 
teQ ;homme6, .Ne. sorions-nou3 . pas ridicules — 
écouter I '-^ ne 9erion3-nou$ pas ridicuIeS] si nous 
.variions pleurer comme des enfant» parce que nos 
^ \^i\mi ne sont pas asses beurrées ? )» 
> .'Co^innaent trouvez-vous la... .tartina? SHous 
j|i(VOuûfts ae pas bien compreat^re la plaÂsantople 
(fcitti, ua sMîêt de cette importaooe. ., .• 

. Pqvimt^lecr grands faits de Tordre moral eA intel- 
lectuel, il nous semble qu'il faut avoir .perdm.tqut 
. scpili^poeat dp !védriii|è pour assej^vir ces. yartps^ ces 
<^.yîprtuïe^.j».aux,mwvemeutS:de la malicre. Çom- 
m^Qt^aoïis) Iwr élo4uente .4oa9ination, psert^oir 
•battmtier siyec Moleschott, que a Thommei doit ^n 
ilWtio.^ei.i'aPg privilégié qu'il roqcupo par.rapjv^t 
.^UK.bé^à la faculté qui) a tantôt.de.ne se n,our- 
ir!ir,.que 4e végétaux, tantôt de ne vivre que A^ 
. yiandQ? » Autajpt dire avec Helvétius que « Thom^e 
jfici doit qu'à la coijiformation de sesmain^ sa supé- 
li^citè.sur les bètes« » Comment approuveraitron 
jBûcb]^r de prêcher que la matière e^t la baçe 
^ dôlpirfe fprce spirituelle, de ., toute r graudfiur hç- 
ma^no'i et terrestre, — que celui qu^ a reqonfiu 
iT^^lité de la matière et de l'esprit par^ge Tep- 
f housiasme sur la dignité de cette ipatière^ -Tt.et 

.$^x;e^t à. lui que rhumanil^ doit ^^^dmf^. 



574 LIVRE m. ^ L'AMK. 

Comment s'unirait-on à Herbert Spencer dans lès 
^déclarations suivantes : «c Ce que nous appelons 
quantité de conscience est déterminé par les élé' 
' ments constitutifs du sang ; on le voit clairement 
dans l'exaltation qui survient quand on a introduit 
dans la circulation certains composés chimiques, 
tels que Talcool et les alcaloïdes végétaux. » 
Comment partagerait-on ropinion de Littré, dé* 
clarant que « la volonté est inhérente à la sub- 
stance cérébrale comme la contractililé aux mus- 
cles, et que le libre arbitre n'est pas autre chose 
qu'un mode d'activité cérébrale * ? » Comment ré- 
duit-on aux proportions de la chimie et de la physi- 
que des corps, aux phénomènes de la nutrition et de 
Tassimilation, ces œuvres gigantesques delà vertu 
et du génie? En terminant ce chapitre, reportons* 
nous aux vues qui l'ont ouvert, et constatons Fio- 
cônséquence de ces philosophes qui s'imaginent 
fièrement avoir jeté un pont entre la matière et 
l'esprit, et qui ne s'aperçoivent pas qu'ils n'ont fait 
que jeter des cailloux dans l'abîme. Ils décrivent 
les mouvements atomiques des substances, les raé- 
taraorphoses de combinaisons, les procédés d'assi- 
milation et de désassimilation, et prétendent que 
ces transformations qui font passer une molécule de 
fer du poumon dans le cerveau expliquent claire- 
ment la formation de la pensée. Et puis ils ne 
craignent pas d'ajouter : « Nous avons de ces vérités 
des preuves si sûres, qu'une profession de foi ma- 

é 

* Dictionnaire de Nysten, article Volonté. 



L'ESPRIT ET LE CORPS. 375 

téftaliste ne peut pas être considérée comme un . 
pressentiment d'une grande portée, ni comme une 
prophétie hardie, mais comme Veffet d^une convic- 
tion profondément enracinée^. » 

Voilà qui est hardiment posé, Ainçi, sachez, 
tous, ô moralistes et philosophes 1 que Thomme 
est le résultat de sa nutrition, de sa paternité,, 
de son climat, de sa terre, de son éducation ; et 
si vous êtes animés du noble désir de préparer 
un progrès dans Thumanité, ce n'est pas précisé- 
ment d'élever le degré moral et intellectuel de 
chaque individu que vous deviez vous piréoccu!- 
per, mais de voir comment il vit et de quels at 
ments il se nourrit : s^il y a assez de fer (car le 
défaut de fer est un des signes fâcheux de notre 
temps, et les jeunes filles en ont grand besoin — 
Lett. XI) ; s'il y a assez de phosphore (car le sang, 
le cerveau, les œufs et le sperme, en un mot toutes 
les parties du corps qui occupent les rangs les 
plus élevés dans l'échelle de la vie, doivent à la 
graisse phosphorée * leur caractère le plus essentiel 
-- Lett. XI) ; s'il y a assez de sel dans Tesprit et 
de sucre dans le cœur» La question fondamentale 
est de bien se nourrir et d'établir une harmonie 
convenable entre le régime animal et le régime 
végétal. Choisissons dans les éléments de ce dep- 

* Moleschott, Circulation de la vie^ t. II, p. 57. 

' A propos de cette exaltation des aliments phosphores, nous 
demanderons â ceux qui les préconisent avec tarit d'enthousiasme, 
s'ils pensent que les pêcheurs qui habitent les côtes de la Picar- 
die, de la Normandie et de la Bretagne, et qui se nourrissent de 
poissons» brillent par une intelligence exceptionnële. 



376 LITRE III. — L'AME. 




dance du' phosphore. Il ne fëùarail!'pl)btlâk'p 
aller aux extrêmes et avaler des èfîliîbiëfies ^ 
mïqués.lMais â la pomme de terre,'' aii''Hij*'Wx 
carottes, aux navets, aux oignons, /aui''feal^ê| 
aux àsipèrgès,' aux artichauts, . âùf' èlïè^^^^ 
choux-fleurs, préférons c( ték Pois\ les ËûèiiéÛ^n 
tes Lentilles'. » Voilà les troîsr ïéstdurateui^s ie '\W 
prit humain ! et c'est avec une joie sâ^ÀWjpëJèM 
que roïi fait iWlîcïe pouf ces' troié éxciéilèiitslé 
gûhïesJ Dbrinôns-rious le pïaisiif 'à'iSdouy#ffi^H! 
tarit là tîriiâ'e :<( LesTots^ les^ Éàrîcoi's %ÏWWi 
Mes çôïitîriuent â fleurir sous nos jjeM?të]ToL 
ysH(ir\c^ts et les teniilles toviûm^^^ 
tîvemeiit autant d'albumirie (ïè^^umine) .qtlç'fiïiîFS 
skng, et deùr bu trois ïoik pWs dé mâtt'êi^fe s[(i¥ 
pogènes que de léguminë ; hiett Wilfe c(imeHtt3fi2 
cher, et que ieùri^ ptépàràtions soient pliife'dïMn- 
âféùsés.tes J^ôis, îi?5 'HàHbr^ et llW'E^tîfif^ïéw- 
nent à meilleur compte que Wpômmes'^^^^^^ 
Ils éont eh état de' pi^odûirè un sang âe' HçA^é^Ma- 
lîtié' et de ' fortifier lés muscles et le cèi^vi^u; lire 
ïlôïnm^s de W ne' 1^'peuvéht pas; -iès^Âftl^^ 
Bmcots aies Lentitlès, à cause de' ïeûrk^du/"^*" 
nutritiveis, sbiit à nieîîleur marèhé qiiëlès pi 
de terre, démênie^ué lé fer est â ràeîlïéur ii 
que le bois ,' quand 11 s'^agîf de 'ftiiré déè raîÊ^ pi 
U èheiïiihs Aé ter! ta' P^i^;'W'BarîlÉs ''M 
I^riK/ï^ dbfmènt dé la Mce pourïé ^tel^llè ii 
gagnent eux-mêmes, tandis qu'un rédme de 



.-î^ïÉSlâ^A: i 



L'ESPhIT ^T LE CORPS. . 377 

■ ••.'■• ' ■ ■ : '•<•:}■• [": " ■•• /'"'in 
pornines déterre soutenu entraîne infailUbIçmefi|, 

après lui la fqiibless^ e\ le dé{)érissement. L'homjpoi^ 
qui, durant quinze jours^ ne vit absolument qu^e 
de pommes de terre, n'est plus en état de les ga- 
gner lui-même ^» 

L'orateur doit avoir signé un traité avec un jar- 
dinier (ou peut-être un restaurant) exclusivemei^^ 
voué à ces omnipotents légumes. Puisséat-ils luj^ 
porter bonheur I ' i 

Sous ce nouveau panégyrique des substance^ 
aliinentaires en question, Ip matériaiisipe seglis^ô 
doucement et s'insinue sans bi^uit. Ou le compa-j 
rait un jour (mais, nous n'en voulons rien croir<3J[ 
à la chose dont parle don Bazilo : un bruit iQ^er^ 
rasant le sol comme Thirondelle avant l'orag^^ 
qui, pianissimo, murmure et file, et sème, en 
courant, le trait empoisonné... 

Qjiel que soit Teffet produit par les magiqÙQS^ 
farineux, ce n'est pas là que nous chercherons le^ 
manifestations de Tesprit humain. 

Lorsqu'on ajoute enfin que Pinflu^pce inoonte;^ 
table et incontestée du régime alimentaire siff) 
l'état physique et moral de l'individu suffit pou?; 
justifier cette proposition absolue : la matière gou^' 
verneF homme; on tombe dans l'excès des sy^é-^ 
matiques, qui nient tout ce qui est en dehors, de^ 
leur système et torturent les faits pour les fairç^ 
entrer dans leur moule étrçit. S^i ces affirn^s^teuré^ 
se donnaient la peine de r^gardçr, il? fle saiir^iQU^ 



. » . ■ / . . » ... .1 



1 



Molescbott, loc, cit„ conclus., t II, p. 225. 



STS LITHE 10. — L'AHB. 

(Mmtinuer à soutenir de pareilles erreurs. Qudsque 
soient le caractère, le but, le soutien des grandes 
volontés dont nous avons parlé, leur exemple est 
à opposera ces affirmations insensées. Voiciie 
là ap6tre des Indes, François Xavier. Suivons- 
ir le bateau envoyé par Jean lU dans les Mis 
ugaises, descendant le Tage, vêtu d'unesouluie 
Ècée, et n'ayant pour tout bagage queaonbrë- 
e, car ce généreux gentilhomme, d'une illustre 
lie, savant et déjà (22 ans) professeur de phi- 
f>hie à l'université de Paris, avait toutaban- 
lé pour suivre un ami. Le jour, il travaille 
les matelots et les soigne; la nuit, il dort 
le pont, se faisant un oreiller d'un rouleau de- 
e. Il arrive à Goa au milieu d'une misérable 
ilation et n'a d'autre ambition que de la lirer 
a misère physique et morale. Plus tard,ponT- 
tnt sa mission d'abnégation, il descend le long 
I cAte de Comorin, et va fonder une église au 
Plus tard encore, on le retrouve à Jlalacca et 
apon, en présence de nouvelles races et de 
reanx climats. On sait que sa vie entière fut 
suite de souffrances corporelles et d'oeuvre 
taelles. La faim, ta soif, la nudité, les vio> 
Bs meurtrières, barrèrent le chemin à ce vail- 
soldat de la foi. Mais il marchait, poussé en 
t par une indomptable résolution : « Quelle 
soit la mort ou la torture qui m'attend, di- 
il, je suis prêt à la souffrir mille fois pour le 
t d'une seule âme. » La mort, précédée parla 
e, l'arrêta sur la frontière de la Chine. — Que 



L*ESPHIT ET LE CORPS. 97» 

devient devant ces sortes d'exemples l'argumeMa'* 
tien physiologique qui précède sur les pois, les 
haricots et les lentilles? En quoi le régime alimen- 
taire de Xavier gouverna-t-il son âme? Trouva-l-il 
en ces régions inconnues cette balance méthodique 
que Ton propose au citadin, et que le rentier pa- 
resseux peut commander à sonYatel? Quel rapport 
Brillât-Savarin et Grimod de la Reynière ont-ils 
aveeJgnace de Loyola, François Xavier ou Vincent 
de Paul? Les grands voyageurs, à la tète desquels 
brillent les noms de Dumont-*d'Ur ville, Cook, 
Livingstone, tous ces hommes auxquels le lect;eui^ 
peut en ajouter beaucoup d'autres, n'ont-ils pas 
suivi le but de leur ambition dans les conditions 
physiques les plus variées, les plus opposées? 
Peut-on soutenir qu'en changeant de sol-, de nour- 
riture, de climats, de société, do nation, d'élè^ 
ments, en changeant même de corps en vertu de 
la transformation incessante des molécules, peut- 
on soutenir qu'ils aient changé d'âme, de foi,» 
d'espérance^ de courage, de volonté? et n'ont-ils 
pas poursuivi leur but idéal à travers les vicis* 
sitndes les plus profondes, dominant les. ob^ 
slacles les plus puissants*? En vérité, insister 



* M. Moleschott continue de professer les mêmes opinions qu'en 
1852, et ne s'aperçoit pas encore de son erreur. l\ ferait bien de 
suivre jusqu'au bout Texemple de Cabanis. Après les exemples 
que nous venons de citer, conçoit-on qu'un observateur de bonne 
foi pose encore la proposition suivante en principe général : «Dans 
toute la série animale, nous voyons les fonctions multiples de la 
vie cérébrale correspondre aux phases diverses de la croissance 
et de la décroissance du cerveau ; nous voyons la sensibilité, le 



580 UYRE m. ^ vhm. 

Serait faire jnjure au Icctem:. A part no$3j$Mîina- 
jîques adversaires, nul esprit sain ne doute que 
la maUère et l'esprit soient deux choses difr* 
^inctes; nul n'ignore que si l'assimilatipn corpo- 
relle agit sur notre pensée^ comme la beauté ou 
la tristesse du jour agit sur la sérénité dejaotm 
ame, elle n'empêche pas que cette âme soit ua 
être personpel, qui parfois pleure quand, les ci* 
seaux chantent et quand les fleurs ouvrent leur$ 
parfums, et qui parfois s'abandonne tranquille- 
riiént aux captivantes études de la science, tandis 
qu'un ciel orageux fait retentir Téclat de la foudre 
eï déchire l'atmosphère par les suions enflojnmés 
éi lies lugubres tempêtes ^ 

Qu'on nous comprenne bien,, et que Içs adver- 
saires du spiritualisme ne viennent pas interpréter 
faussement nos allégations. Nousi ne disons pas 
que la matière ne soit douée d'aucune influencesur 
l'esprit; nous ne disons pas que l'âme humaine soit 
absolument indépendante de l'organisme, et (\ous 
ne nous unissons même pas à Platon, prélendaot 
que l'esprit est étranger au corps et qu'il y a anti- 
pathie entre les deux pjincip.es. Certes, qui doute 
qu'un homme qui meurt de faim ne soit pas dis- 
posé à chanter? Qui doute qu'aux, heures de fatigue 

fuffément, là ebn$eiencey le courage et l'amour changer avec la 
noiurritrure et avec l'état de santé. j> Cours de 1865àrDi)mrsité 
de Zurich. 

^ La philèsopliie ne se laisse pas dominer par de tels mystères. 
c Q,Tit^philosoj[)hia duxl disait Cicéron (Tu$c, qumsl.). vi^ 
tutfs indagatrix èxpullrixque viliorum. — Tu urbes peperisti; tu 
inrentripc iegusn, ta magii^lra morum et diècSpIinfie ftiiétl :- atf te 
«OI]^^^mu5,^tçppolppeJi^^$^^^ . ^ .. i, •.!,; 



L'ESPftrf ET iu CORt>S. $81 



oùf on tombe kccàbîé dé sommeil, ori'h'a guère ïfij 
fantaisie de danser? Ne savons-nous pas tous que 
notte âme est impressionnée par les aspects exté- 
rieurs, qu'un jour luriiineux et splendide verse la 
gaieté dans notre sein, qu'une matinée sombre; 
et pluvieuse nous attriste, que la sérénité des beaux 
soîrsnôus pénètre intérieurement et nous procure 
de calmes jouissances? Est*ce que les rêveries 
profondes de la musique, ces délicieuses sympho- 
nies, ces sonates qui parlent avec tant de passion,^ 
C€8 Bercements ou ces transports de la pensée 
chantante n'ont jamais produit la moindre ^ctiou 
sur vos nerfs? Est-ce que dans vos dîsposîtîqnà 
habifuelles, aussi bien que dans lès songes qui 
viennent peupler vos nuits vous n'avez pas éprouvé 
lés effets divers de votre nourriture et de votre 
g^re de vie ? Est-ce que la manière dont vous 
avez terminé votre soirée n'influe pas sur vos.\ 
rêves?Ert un niot, est-il possible à l'observateur 
de nier l'influence permanente et variable que le ' 
m'otode extérieur, la société, les relations, ,ïes' 
repas, là chaleur, le froid, la lumière, rôbscurité, * 
laf ville ou la campagne, et riiillé autres causes 



l 



Hi) 



indépentfahtes de nous exercent* sur l'état de notre 
espfk, sur nos impressions et sur nos pensées? ' 
Non. Ces influences sont réelles. Nous lea admet** ^ 
tons et nous les indiquons. Montesquieu, dopt b .,' 
déclaration est moins exclusive qu'on oe le sup-' 
pose, a écrit : « Dans les pays froids on aura peu' * 
de sensibilité pour les plaisirs; elle sera plus- ' 
grande dans les pays tempérés; dans les pays " 



S82 LIVRE HI. — L'ÂME 

chauds elle sera eitrême. J'ai vu les opéras d'An- 
gleterre et d'Italie; la même musique produit des 
effets si différents sur les deux nations, Tune est si 
calme et l'autre si transportée, que cela parait in- 
concevable. Il en sera de même de la douleur... 
Les grands corps et les fibres grossières des peu* 
pies du Nord sont moins capables de dérangement 
que les fibres délicates des peuples des pays 
chauds ; Tâme y est donc moins sensible à la dou- 
leur* Il faut écordier un Moscovite pour lui don- 
ner du sentiment. » Mais il ajoute plus loin que 
parmi les choses qui gouvernent Tbomme, il faut 
distinguer <x la religion, les lois, les maximes, les 
exemples. » Nous ferons avec l'auteur de TEspn! 
déchois la part de chaque influence ; nous admet- 
tons celles de l'extérieur ; mais de là à consentir 
qu'elles seules produisent l'homme, il y a loin. 
Autre chose est de dire que Tftme est impression- 
née par des causes situées en dehors d'elle, et de 
dire que cette Ame n'existe pas. Nous nous deman- 
dons même comment nos adversaires s'entendent 
pour concilier ces deux propositions, et au fond 
ils pensent que Tâme n'existe pas et que nos pen- 
sées ne soilt que des produits de la substance eé- 
rébrale, produits variables selon lesdites impres- 
sions. Et voilà à quoi se réduit l'homme ! 

A défaut de toutes les preuves accumulées pré- 
cédemment, l'affirmation de notre liberté viendrai! 
donc encore à la fm protester en faveur delà force 
pemsantequi nous anime. — Le panthéisme, en fai- 
sant de l'âme une partie de la substance d$ Dieu, 



L'ESPRIT ET LE CORPS. 983 

la rend esclave de là volonté divine et mène iné- 
vitablement au fatalisme absolu. — L'athéisme^ en 
niant l'existence de l'esprit, £ait de Tàme l'esclave 
de la matière et mène par une autre voie au £ata' 
lisme. — Nous pourrions donc procéder par élimi* 
nation, et, montrant l'invalidité de ces doctrines^ 
contraindre à recevoir la nôtre comme la seule qup 
concilie les diverses convictions de notre con* 
science. Ainsi le sort a voulu que nos adversaires 
fussent battus dans tous les sens, et que leur né^ 
gation de notre personnalité soit gardée au pilori 
par tous les éléments de notre certitude. 

Affirmons-le en terminant ce plaidoyer sur l'exis^ 
tence de l'âme : La dignité humaine ne permet pas 
leur attentat contre sa plus haute lumière; EJle psu* 
teste contre ces tendances exagérée. Les infkiences 
extérieures agissent plus ou moins sur nous, seloi» 
notre sensibilité nerveuse, mais pas plus que la 
composition chimique du cerveau elles ne constin 
tuent notre valeur mwale et intellectuelle* Pour ren^ 
verser cette hypothèse comme la précédente, il suffit 
de réfléchir à la puissance de notre vigueur mear, 
taie. Nous pouvons, par notre seule force mentale,i 
afrrontertoutescesinfluaices,etpasserdédaigneux, 
la tête haute, au milieu des actions et des réactions^ 
du monde extérieur. Quand notre âme est accablée 
sous le poids d'une profonde douleur, nous ne nous 
préoccupons guère de l'état du ciel, et qu'il pleuve, 
ou qu'il vente, ce nous est fort indifférent. Lorsque^ 
cette même âme s'abandonne à l'ivresse de cer- 
taines joies intimes, nous ne pensons guère au.. 



381 LIVRE m. — L'âHE. 

mois, ni & l'aDDée. Lorsque des études laborieuses 
ubsorbeot notre attention, nous oublions l'heure 
du dîner et celle du sommeil. Lorsque la liberté 
remplit de ses fanfares la ville retentissante, nous 
n'examinons pas si c'est février ou juillet qui 
sonne au cadran du ciel. Lorsque la patrie est en 
danger, le drapeau français ne s'informe pas de 
la date ou de la girouette. La volonté virile me- 
omnalt ces prétendues causes. Les émotions pro- 
fondes du cœur n'en f^nt'ipa^ plus grand cas. Si 
la santé est une excellente condition pour le tra- 
vail et pour les affections de l'âme, elle ne con- 
sUtûa ^ad. 'poùrl o^ 4'ètat Ué^. bétt^' àdofe/ IH^^ 
dans la vie des heures plus délicieuses ef plus 
charmantes que celles des banquets les plus suc- 
culents,"' des heures où l'on oublie ces mets gros* 
siers qui font la délectation des palais insatiables, 
oïl l'on oublie les appartements somptueux, les pa- 
rures éclatantes, la vaniteuse coquetterie, où l'on 
oublie le monde entier pour des jouissances plus 
intimes et plus vives... Ceux qui ont goûté ces 
instants de bonheur sur la Terre savent qu'au- 
dessus de la sphère matérielle il est une région 
inaccessible aux tourmentes inférieures, une région 
où les âmes éprises de l'idéal se rencontrent dans 
la communication avec la Beauté spirituelle et in- 



pupi^lt?*? 



BESHNiHON DES ETRES :ET DES CHOSES 



m.'l ,1 



Xn «ciil in In Kûnit. 



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'if'' ' • î ^ I; j • •■ ' 

388 LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES 

aux jows de soa printemps rAyaienl-ils unevaêue 
conscience de Timportance du règae végèïàlQfde 
la grandeur de son rôle dans le système général aé 
la vie terrestre ? Peut-être 1 Mais à coup §ûr,îls ne 
SQ doutaient pas de 1 opinion que me. tèrnoignaii a 
leur égard Turie.d^ ces enfants charmantes^ lorsque 
m'élant assis prés de leur jeu et m'étahi roisl 
causer avec la plus petite, je lui 4eWndaî^siç|e 
savait â quoi servaient ces gros tilleul^. — i% 
jouer, à cache-cachp quand il fait beâu^ ».raayâji- 
elle répondu ^vec cet accent de franchise que honnie 
toute conviction profonde. Et un instant après, se 
ravisant et complétant sa pensée paf,.un.Deau 
sentiment de petite fille : « Ils servent encore § 
faire de la tisane à maman, » avait-eîlé kioiilé 'leil 
m'ôffrant un petit Bouquet blanc parfumé^ tombe 
des branches. 

Un autre soir, à Pari3, un certain M!. G...^ k qui 
nous parlions de Timmensilé des cieux et âe la 
multitude des Mondes au milieu de Isiqùelle là 
Terre est jperduè comme un atome inéigniWj 
nous répondit par une naïveté moins parclounâblp 
que la précédente, attendu que ce monsieur n est 
pas une petite ftllç : « Vous servez des idées désas- 
treuses en enseignant que la Terre n^êst pas phvi- 
légiee et quelle a est pas supérieure; aux astres, 
elle à fourni le corps divîri de Jésus-ChrisJ él*'(felu| 
âé la sainte Yîerge, et c'est assez pour la'pjiètli^ 
au-dessus de tous les astres, pour affiijmér. qtfé 
tous les astres ont été faits pouf elle *. » ^ 

^'Voir la Bibliographie catholique ^ mars 1860, pi f3S*' 



LES GAU^S FINALES HUMAINES. 380 

Dans le t^m^s, un aplre ex,cellenthorïfme, é^alc* 
fl^é^it^mmédes sènliments les mieuïeurs elles pi lis 
îtioffensifs, M. le Prieur, prétendait' que les maréeç 
sont données à rOcépn pour que les vaisséaujç 
eritrent plue aisément dans les ports*. 

fcé â. quoi Voltaire ajoutait qu'on afurait tort d^ 
prfteii^re que les jamfees fussent faites pour être 
buttées, et les nèz poiir porter des lunettes. Car, rfi- 
sait-il*, pçur {m on pui^e s assurer de la fin \eri- 
We pour iaqiiene ûi^ il faut que cet 

enet' soit rfâ tous les temps"' çt dé tous les lieiw^! 
Ûfn auràîi égâjïement up tort bien naïf ïi remercier 
Dîeuj d^avoir fait passer les grandes riviçrès par les 
griandesviUes', et de feire éçhoueir lés navires aux 
réjjiops polgîre^ pour donner du î)ois de chàuïj 
iagé aut Grpënlandais. Oh sent comliieïi iï Waît 
ridiciile de prétendre que la nature eû,t ltra^fiaill^ 
de tous tçmps pour s'ajuster. ^ aux inventions , de 
noJsjIrts arbitraires; inais il est bien évident que si 
lés i^zn'optj>as été faits pour Tes besicles, ik l'ont 
éfé çpur rodoraf , et qu'il y a des nez depuis qu'il' y 
àjdes hoiïiînes. De niémeles mâiiis n'ayant pas ète 
d'ounées en faveur des gantiers, elles sont vîsiiîlé- 
ment destinées, à tous les* usages aue le métacarpe 
et les phalanges de ^os doigts et les mouvementé 
au ipusçle circulaire du poignet nous procurent. 
'^h^ fe thiéolçigien^ qui, appliquapt la çausal^^^ 
fl[|ale à la justification, de rpxiétence/des ariimaii^ 
pmsiijl^^ .comme à celle des naaladies et. dès 
mnsèfes hùinaines, attribuent tout le poids de ces 

* Spectaçlf de lifi^ure. — ■ Dictionnaire philosi^pMque, ^ 



' 300 LIVRE lV.!—.DGETlKiTieil'DES-tTRES ET DES CHOSES. 

cultes au :péehé originel. Selon tes théologiens 
er et Stiilin'g, tes reptiles nuis^iles-tt les 
ictË9 v£»hneux sont l'eftet de la malâdietion 
ipant la terre avec ses habitantsi Les li»mes 
vent raonstnienses de ces êtres doivent ^r6[rfè- 
ler'l'tinage du pèche etde la perditjoB.' r 
''aoteurdes Lettres à Sophie, M. Ainlà. Me^Id, 
i propose 4^ croire que <i l'IËta'nel, ^âwftDt 
.l'honune'nepoiinrnt pas hatiitér la zbiie-ICT- 
t^ >yi éleva les inoQlagnesi le^ plus hai^du 
klfi: ponr en'^faipe lin ehmat Àgrâable^'k ^ il 
ite {Aus loin a qo'il né pleut pas dànslestieut 
Ibnneuxj parce quelapluie y serait perdue.^ 
ans Iq basse Ndrmandiej on a'-l'ha:lMt!tide de 
\et son petit verre de cogpao dai^son Gité; 
souvent fedt la remarqua que si le bod Dieu a 
)u quel'euu-de-vieisoitphis légère ^fue le café, 
t évidemment afin qu'elle puisse bcûler' Skia 
iibej et donner ainsi à l'excellente. Jnfiision 
iDialfeun arôme de plos<. Il y a eAcdre:-un 
ibre cfwrsidépaljle d'autres' faits ïwm mqns 
idrtants qni font âimerles causés tînales; peut- 
: 'deTOfiS^nous ajouter que tous ne •dMvent |as 
t rap^ortièsàDieUet que^quélques^uns-sontiplu* 
l'àffbïfe du diable, pai* exemple celui dont nous 
tail^pUi* Jour op épicurien de nossmis^lacon- 
sation de la vapeur d'eau silyle verreyla^clle 
densatidn jette le soir un' voile diniret'sutila 
Uèredeivoiturésferméefe.' ' '■■ 

éloa^ Bernat-dÎTi defiaititi-Pierne j les voloans^ètinl 
iours'pjfacés' presses mer*, sotitdetti*é»-à*on- 



V> I LES CÂFSES FINALES HUMAINES. i 89i 

sumèr les nîatiéres corroinpuôs qu'elles cbanrkht, 
et qui risqueraient d'infecter l'air ; le& tempêtes 
ont: la vertu de rafraîchir F atmosphère, etc. Le 
m^e auleur pensait que si les puces ont été 
Wéées noires, c'est afin qu'on pût les distinguer 
sur les bas blancs et sur les chiens blancs. Si 
les éorbeaux furent revêtus da la môme teinte, 
c'est, d'après M. Martin, afin que les perdrix- i et 
ks lièvres dont ces animaux se nourrissent sfins 
doute pendant l'hiver, puissent les apercevoir 
de loin sur la neige. L'éloquent auteur du Gé- 
nie ia ekristiimi$m& dit qu'en voyant le serpent 
fuir en ondoyant comme une petite flamme 
bleuâtre, on reconnaît visiblement que c'est lui 
^i a séduit la première des femmes^ Ir'au/teur 
des Lettres nommées plus haut nous assure (pe 
tons les insectes venimeux sont laids, afin : que 
rhomme s'en méfie. . , 

Vraiment les sentiments religieux et la doctrine 
sur la Providence n'ont pas toujours été bien servis 
par leurs prosélytes. Quand on appuie oea:Senti- 
inçnts sur des raisons aussi pi^riles et aisùssi 
frivoles, on risque iEbrt de compromettre Ja oanse 
apx yeux des derai->savants , c'est-à-dire de^'tla 
majorité des esprits. Ces tentatives .n'ont abwti 
qu'à' la caricature de l'Être suprême^ i preposjde 
certains philosophes compromettants desan t^nips, 
! Buelos disait : « Ces gens-là tinirontpar me faire 
aller à la messe. » A propos des mauvaises raisons 
mises en avant par certains dévots d'aujourd'hui, 
on se fait parfois la réflexion, qiue : « Ces gens-ci 



T. — II(^TtNATU)^ iVESi fim^ SX 9fS CHOSES. 

r npus faire douter; dç. |fi PçayideniKt't.' 
s ont noa -seulement U malheur. 4'-âtr«/, 
ais encore l'impardonnable tort id'itis i' 
EUIes ressemblent aux paysai^s dent pai^ 
li n'imaginant rien au moQdedeiptiM.i 
es robes du dimanche des grandes dap|eB,i, 
lays, en revâteat les ima^^ dp IpVt.q 
Brtains jours de fêles. . , t , . I'h] 

lui-même n'est pas, à l'ajjri de C8.re(r.ii 
oou^ représente par esenuple leiWNi:^ 
jlant expressément le travail et le Tepimi, 
is et nos plaisirs. Grâce à 5<^n nnjuïflini 
ne tA anauel, un seul soleàl, dit*i),,fDili.. 
terre. « S'il était plus grand,,danS;lï^i' 
,ance, il embraserait tout le:miipde;l)i[| 
irait en poudre : si, dans la tnè^ç di^iii 
lait moins grand,, la tei^re serait glacêf!'|, 
ible; si, dans la mâme grand^qr^ilét^ 
lé de nous, nous ne pourrions siibsiïlçF,il 
ibe terrestre, faute de chaleur. Quel coatr.}-. 
e tour ernbrasse le ciel et la terre, qprisiii 
es si justes ''.Cet astre ne fail,jiaS;nioir)^i,i 
la partie dû^iti.il E,'éli;u^Q^.pouri la„t^Pfn. , 
à cdU .doflt il ?!approch.e pour la; favtn ,i 
is rajQçs... Aijisi la nature^ divei^se^fint, ! 
ine tour à tour tant de beau^ Epetft^les,,! 
Jaisse jamais à l'fiomme le lemp^^de $e,h 
le ce qa'A p,ossède, Mais paroaiiesastretty 
aluaeQiiisejnbl^par(ageravecle.so]fiiJt^y 

rliehe GeieJittkafU ■ . ■ •..■■. i !■■ .■ ■■ «^ -. ". ' 



soînqië'flbWéaiafil-élJ.'Bni ^^tai<nit^e^â'iitfirtlVi(jHiiWé' '' 
aVèè't(mf^!ifeeiolièa;(iTia^a-lé' ëolWl est 'ôfeligt' 
d'Ôîfër'*-j(n*énèi''le j6or datisl'atfre'hémisiilièré: »"^ 




fear le fettleil n'esf bonrté qtfé " 
poWt^'lié^kateitfj'é^ffaibM 'eH fe»éfô7gnam'vçW ies'-' 
pôles, et, arrivé là, perd'eiitièrërtieilt' sidri a^plîéa- '' 
«ou 'e»? ia '^ertû- Sî ^ Totf écrit,' dans Hék-^ais; poul- 
glëfeèr ia" Provideiicë, oH' 'lui -rfod ' ^âtfes "sàiis- 'I 
doâM'ffàVolir crgé' 'des -jours de" six 'mois" tef dëâ' ■' 
nuflé'a'gêaffëailrée. Siir Hfertiite à sùif 'NeptUné"' 
ori'tKiûvér^-ègkemenf lé 'scJMl' â là âîstâ'ncë èôri-"" 
veWaWë^oàr lâvîe'ëclbsësbrcés riiyndes' Bari^ '• 
J#fei"'t»ri''l(j{iera1e'C^éatetir d'avoir cî^éé tjuim" 
Iu«», dàïis'Salurfae'oir'le réniérciérà 'd'ùti ahôéàti •* 
qifi'îtfiht l'utile àràgréàblè,'eW"-'"' "-^'■' •'"''' 
"Et! 'pt-ééëncè de téls'argumetit^, il i'y' k pas!' 
lié&te^éfohher que la causalité finale èoit<oinb6ë"l 
dîfifci'lè^aiè'dréaif lé plus complet! Vôilà pdwtdrtf,' '' 
àimi.H: 'Bidt'; vàiïà pouffant où feôridiiit cètlé' 'I 
'nàillë"-atfitnrfd*htii si' cdmmutte ^d'éxpli^èflfe' ■' 
eomàitk''ïe ^àmpidî detmittes les èKo^ës riàtti-''*' 
reBèè5;M'api^1e serttlmënf vâgtie''er îhiiJamitW'a 
l'iiBBfô'ffit-efctéqnletib'às pôuWnseftïëliirèi'l'ehàfcah'' * 
fègîë'fihsiiltf pWioyake'dé là MtÙ^e ïiù'til^^ 
de»fes''lûiniërës,"éf lycrérid ï>ltiè «ù' ttèitt^ fbll'e"!' 
seRilJftû-il -'èSr^^ i>HK'''ori^rtiôiïfe' îgtibi'ajit'.' CÀ"«è''^ 
MfiWfcèriéôW- si^ toré'^ëfïé^ '«tàîéïlt -^tmmH 

* MéUmgei seientifigue* et littérdll^ttj^.Wu. <) ,.'. •s-.,v^.i'> "si'l ' 



V 



894 LITRE IV. — DESTmATlOlf DES ÈTKES RT DES CHOSES. 

j^our ce qu'elles valent; maïs on veut lés faire 
embrasser comme des vérités, comme des articles 
àe foi, et il semble à leurs auteurs que ce soit une 
rmpîété de sentir qu'elles sont absurdes. Il &tit, 
dît Montaigne, se mêler très-sobrement de juger des 
ordonnances divines. « H n'est rien, ajoute4-ili 
qui soit cru si fermement que ce qu'on sait le 
lïroins , ni gens si assurés que ceux qui nous con- 
tent des fables, comme alchimistes, prognosti- 
qûeurs judiciaires, chiromanciens, médecins, xà 
genus omne^ auxquels je joindrais volontiers, si je 
l'osais, un tas de gens interprètes et contrôleurs 
ordinaires des desseins de Dieu, faisant état de 
trouver les causes de chaque accident , et de voir 
dans les secrets de la volonté divine les motifs 
incompréhensibles de ses œuvres; et quoique la 
variété et discordance continuelles des événements 
léS rejette de coin en coin, et d'Orient en Occident, 
ils ne laissent de suivre pourtant leur éteuf, et dti 
mênfie tîrayon peindre le blanc elle noir. » 

Pour être écrites depuis quatre cents ans, ces 
paroles du judicieux vieillard expriment' une 
grande vérité, qui trouve à chaque instant son 
application. Elles sont dignes d'être ajoutées à la 
comparaison que fait le même auteur, de Thoinme 
avec Voie qui se glorifie d'être « le mignon de 
nature j » comparaison que nous avons dévelop- 
pée * à propos de cette même question de la va- 
nité huDÀaine, qui a longtemps bâti Tunivers à sa 

' * ' ' ' ' 1 1 

* Les Mondes imaginaires et les Mondes féeUt part. lY, en V. 



_ . . LES CAUSES FINALES HUMilMËS.,, , . 50« 

fantaisie^ Lorsque rhommese^^aisseentrainer paï 
sa propension . naturelle à tout rapporter à soi^ 
il rapetisse. le monde entier pour le foire enfre^ 
dans son cercle étroit et •mesquin. Le soleil n'est 
plus, que sQi^ très -humble serviteur; les étoiles ne 
sont^pîuç que des ornerjnepts utiles décorant scm 
plafqnd et lui servant à ti^ouver sa route sur les 
mers inexplorées* Si l'attraction luni-solaire soue 
lève deux fois par Jour les eaux de l'océan, c'est 
pour faciliter l'entrée au Havre des navires qui 
viennent de New-York ou du fleuve Jaune. Si 
l'écorce du chêne sécrète le tannin > c'est afin que 
nous soyons chaussés de bon cuir. Si le bondbjf 
file une soie légère dans son cocon ^ c'est poux* 
offrir auie dames l'élément de nouvelles parures. 
Si l'alouette chante à r^urore, et si le rossignol 
célèbre en notes joyeuses les approches du soir, 
c!e$t pour charmer les oreilles qui les entendent^ 
En un mot, la nature entière est créée dans Tin- 
tention de l'homme, et tout entière elle Concourt 
i son avantage et à son bonheur. 

Il est clair que lorsqu'on en vient à qes excea-i 
trkit^s, ou compromet singulièrement la causalité 
finale. Prétendre que tout est créé exprès pour 
Thomme, c'est abuser trop naïvement de notre 
position. Il faut d'abord distinguer la nature en 
deuit parts bien différentes : le Ciel et la Terre. L^ 
Ciel, c'est l'espace infini, c'est la multitude incali 
culabie des mondes, c'est l'ensemble harmonieu?t 
et splendide de la création. La Terre, c'est une 
modeste partie de cet ensemble, une goutte d'eau 






59G LIVRE IT. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

dans la aier^ i^ grain de pouçsjépe, un atome. 
Que le.Cifil soit créé pour l'habilant de la Teirei 
c'est là uiie idée ni plus ni moins qu'absurde; te 
Ciel ne connaît pas la Terre» et I homme ne (sonnait 
pas davantage la plus petite partie du Ciel Les 
étoiles sont autant de soleils, centres de systèo)tç3 
de terres habitées; on les compte par milliops^jt 
Ton constate que notre planète est complétentôi^ 
incpnpue pour ellçs, compléteinent insignifiante^, 
qu'elles occupent dans l'espace des enipires $r 
vastes, que la lumière emploie des millier^ di'aa- 
nées à les traverser, et que si notr^ globe cessait 
aujourd'hui d'exister, sa disparition passerait ma? 
thématiquement inaperçue pour les nxondes ç^* 
lestes. L'atome terrestre tourbillonne avec rapidité 
autour du Soleil^ comme la fronde docile autour du 
géai;it; mille révolutions célestes s^accompliss^ni 
simultanément dans l'infini, à toutes les distances 
imaginables, et bien loin de cet atome* Lors dpne 
que l'homme prétend que . l'immensité opulente 
des cieux fut déployée à son intention dans les dé- 
sert^ du yide, lorsqu'il parle du commencement 
et de la fin du monde comme se rapportant a 
sa personne, il est dans la mépie position qu'une 
fourmi qui prétendrait que la. campagne qui avoi- 
sine sa fourmilière a été dessinée pour lui offrir 
de gracieuses perspectives, que les arbres fleuris- 
sont pour charmer son regard , que la maison 
blanche éclairée là-bas par le soleil lui a été posée 
comme point de repère ; en un mot, que le' pro- 
priétaire de cette campagne n'a eu qu'elle p; 



a#gâni^ê'^ohhabHàèon, ses jardins, sës'Verigèi^^)* 
^s fehàto^èèï s^'!y6ls'ft séri intention ëkpi^ësfeé. ^ 
^^'^-en sètbrid lieu nous nods bornonii à h Terré; 
P8*ée ^ d'ùii but ' dais lia création est ici ' plus ' part 
ffèfflâéré, êir 11 n'y * aura pa^ d -absurtlité de laf 
ârf 'de rhbmme, à prétendre que la Terre a*étèf 
SKte et organisée dans le dessein dPélre le siéfecf 
d'éfevîeèt de rintelligeneë. On peuinàêÉieàjotitet^ 
(Jtié, dans le plan terrestre, rhommé est évidem»- 
ntëht le pretaier d'entre les êtres. Lui seula reçrf 
l^é'àoh' de Vinfellîgence. S^îl disparaissait de là 
Tèiftéi 8 semble que^ce globe resterait sans but 
dàris l'univers, à moins qu- une autre race inlellec-; 
fllèwé en prentre de nouveau possession, ce qiiî 
Milfeôttujoiïrs à là croyance que ce mondé â été 
rait' pour être habité. Nous avons préciséteerit 
(îêmbnfré^ dans ifn ouvrage antérieur, qtic lès 
iStehîles ont été construits pour être habités pat^ 
Pftrtelïigencé. Mais tout m considérant Thomniie' 
câmmé le dernier né' d'entre les êtres terrestres,' 
clSïit* l'apparition successive à Suivi la loi générale 
^u nrogrès, et comme le plus parfait d'entre eux, 
tijùi en se regardant comme le centre final— ou'da 
riibijis' actuel — de révolution de la vie terrestre," 
f kdmrtie né doit pas prêter à Dieu ses idées étroites et 
supposer que ses petites combinaisons domestiqiaeâ 
(îrl( fait partie dg. plan divin et éternel. Ce n'est pas 
èifi dehors dé lui qu il doit chercher la raison dé sa 
g?âltorî-c'estdariâ' son état dislînclitmêrAe.c'^ 
iHlifëM sa kiêuv îfatellébf iiéllé: Sf l^Kbmmê'; j&lr 



23 



SOS LITRE IV. — DESTIXATION DBS ÊTRES ET DES GBOSES. 

• • - 

son intelligence, s'esl approprié' une partie des 
services que peut lui rendre la ns^ture, il ne &ut 
pas non plus confondre cette appropriation avec le 
plan général. L'étoile polaire n'a pas été créée pout 
guider les navires, mais le navigateur a su utiliser 
sa position particulière. Le chêne n'est pas fait 
pour servir au tannage des botteç^ mais le. fab]>> 
cant a eu TinteUigence de découvrir les propriétés, 
du tannin et de transformer la peau en c^ir. La 
pourpre, mollusque gastéropode de la Méditerrar 
née, n'a pas été produite pour colorer le man- 
teau royal des potentats; mais Tindustiie a su 
trouver une brillante couleur dans ses coquilles. 
Le mouton, le ver à soie, le mérinos, les animaus 
à fourrures, les plumes, le duvet, la peau de che- 
vreau; les plantes qui servent aux tissus, le 
cotonnier, le lin, le chanvre; les filons d*or, les 
mines d'argent,, les diamants, les émeraïudes, tes 
topazes, les rubis, les saphirs; les perles, les co* 
qùillages; en un mol tous les êtres et tous les ob- 
jets que les trois règnes de la nature offrent actuel- 
lement à la parure de l'homme n'ont j)as été créés 
et mis au monde dans ce but particulier ; il e^ 
clair que si l'homme s'est successivement appro- 
prié toutes ces conquêtes, il le doit à son intelli- 
gcncc, à ses facultés électives, et non pas à unplan 
primordial et nécessaire qui se serait accompli fa^ 
talement et pour ainsi dire en dehors du choix de 
l'industrie humaine. 

L'homme s'expose à tomber dans une ei^reùir 
grossière^ lorsqu'il, rapporte tout à soi par un pro- 



CAUSES FINALES. ' SOÔ 

cédé incomplet. Maïs c'est toinber dans une erreur 
d'un autre genre que de nier le plan de la création, 
par la raison que ce plan ne se rapporte pas à 
ïhonfime seul. Voltaire déplore, dans de beaux 
wrs, te tremblement de terre de Lisbonne, et de- 
mande avec amertume où est cette puissance amie 
derhomme dont on parle tant. Rousseau lui ré- 
pond que ce malheur est la faute des hommes : 
car pourquoi ont-ils bâti sur ce terrain? Ni Tun ni 
Tautre ne sont dans le vrai. L*homme s'est trompé 
dans son égoïsme : nous raccordons frâncheînent 
et nous prenons même le soin de mettre en évi- 
dence la fantaisie de cette méthode. Mais de ce que 
cette méthode est fausse, ce n'est pas une raison 
, suffisante pour en conclure que l'objet de cette 
méthode n'existe pas et que lé fond dé la doctrine 
est une erreur. 

Or c'est précisément ce que font les matéria- 
listes, sans s'apercevoir qu'ils se laissent séduire par 
une confusion étrange. Certes la causalité finale, la 
connaissance du plan de la création, n'est pas aussi 
simple que des esprits superficiels l'iniaginent ; 
elie est d'une extrême complexité et d'une diffi- 
culté presque insurmontable pour les esprits les 
pluîs clairvoyants. Nous n'avons pas assisté aux 
desseins de Dieu, et nous sommes bien igno- 
rants devant cette grandeur. Mais franchement, 
en quoi notre incapacité touche-t-elle le principe 
des causes? En quoi nos erreurs diminuent-elles 
l'idée de k puissance et de la sagesse créatrice? 
Vous prenez donc l'homme pour un être bien 



W LITRE IV. — DESnsmiO BUMHE!) ET DES CJ10SI3. 

~lDi1ant»'p0ur'p*6eplaiB9i-oè>'ditpintiie-î''c[iïe'tt { 
(ue- gravite, itrs «a pers6mieii|»u qn^le'ol 
jTepoa? Vo^SfnrblksdOiuiivos'pnHeipefiinenKé , 
KAn dédain «rdinJùredeSAspiralious huinatnfi 
If ooiifi imeltre aiosl dftnsl'alternatÎTe detroll^^ 
ItieladeËtinati&D^néraledesélrasconvergeloasi 
r«yilDsvaii&iKilreélrs^:oil4(u'iMif ïWfêUtfOrdré',' 
idB.dessein'daas ranion^niterselle't MtfÎEMHiV 
M'tcoeifitnipià hisser l'homme^ dhn^lâ»^lÈingH 
lajntat^ëHe ipoiirvoaB permettre iHi^eiul'lliâUnt' 1 
rélerèriBU^dessu^ du itàitg zoologiqiie et'^tn* ' 
UreicaévidénoeiMnaspeclsupâdciJir. VouS'lËfter 
pià Idisterdàns l'ombreson oa^aotère Inlèlleti- ' 
lipour'. kriQuller sn seul ^nstailt «ettC' «Iterna'' 
ci Mais commentiiupKqner Volt-é négAtiiki tAts»-' 
:de toUtpl^'dausiâniQtaTvt '' " ' i -' '' l 
i<Aâcxat prétendtie grande explibSlioU, çê^W' \ 
iikroni s'îaiggitie sui^Piin^' loule idée' ^ flesti-- 
îohfgiDéoale ' et: pdrlicu&être . Noue 'dllob^' HttàsHi-' 
queoëUeeipliBatibneâtafisstiyèleque'le^àllè^' 
ionscf«tfdi6£ëlerb^lies4£»i(é»de^)'drdï« ^piK-' 
il»; ett^nç ces «avants homtoès qui ikkù9 actjiMMi ' 
liàqQCi:iiiEt£fnt^de tnardier dinsdé^'hypôlth^e^' 
font en réalité que lesretliplàceri^tif d'autre' 
.*-c(M[n|riiqiiéfes J 'là prinêipalb âiflSf eiWce' ei^ 
tetipotis^ b^ iqu'ils 8*«Ktb(nirbëtlt'd^BS lé^' 
iBarâédàie, (andis''qilQ tioQS tnftfc&'âQS dlrec* 
lentà^iujtefttutiluifeifiéUK;'"' ■'■ '^''in:!.. i.- 
^dialnbel-ïantj>déiHaà'MaUi'gaii<;TikéièiAiéti3it 
ànf id'eTi<Gursiquésa'imaln''df^ill! dâtiteriaîl'iîè 
ités(&al«mté«iiâaldiiiiUt^reé^,^tii'tt^^HbfiVniè3 



«i6m€}IeS;plirapmHégiéfi)y Eaat 8^eBt8|TUé>dôdit^ 

Vll^b^^ifj^rqueioi la.e^nfiarffiili au but nV'èlé^ 

^Âe(qu&.|^.ii|i espirit rëflâdhi^ cpoi 'admire par* 

^fi^$équôlit u2ii.ini,raGk)lc[ufil a: cvééiibiJinéiilie. k' 

ya^ftopetY^vee d'm!la féoôôdîtéi d'une pamiUe p^(h\ 

p<^iUoiA pour > messiebrd.id'oubre^RhiiiiJ hb f^tmiim^ 

tùçi^ lun . kil «bondasit^ qu ils offrirent cemmeire^ 

nq^eiiliiir ifflidgmeliMS'inabdas^ comme isoirffievi' 

aux , i^qfant&^ et' ^ aw^ Yieilltarda^ . mmque kvaixt Atwe/ 

m\\mU à 4Qule$ les pefÇ(»Bes doqt l^appétit es4 ' 

OHYfiçt.de.bpnjpi^bftui^. Cette dédaifalîorrida géhîè 

>^i ^Qjuer^er ( hà lUgfsment isAciiiaive. die riiumanltè. ' 

ûr^iptirô èiStiett luipensiâide Tevdbeiet dâ Ylm-^ 

niQnieip^innie^ ifmrc^ jiomnaage à L-esprôl humiaini;' 

%#WW^^S d'i^nllWiyell•^ gwi^ouwfflit laîfeifie » 

du bon Dieu pour iifowierisotuiprinoîfxer Tital tlansi! 

le, ;Ç€{^a,u, ,f|ç Vb^em haMaiatl de h ierre j Ik^ekt 

clf If j n'^e^tooe. p^ft^* qu(e, sîil y .a- de Pordrc dana Vm¥\ . 

r^MWWWu iBpDde et d!e rinte}ligence daas.l'otV(i 

gaq^UQP 4^3 .^re^) e'e$t à: lîhoiriifxe t^u'onrdoiti 

rajl(^bu6i!).cd(r ^viéemmeat il ne peAty»TD» qiie^ 

lltgi^ipfie^'mlieUî^niidaM runi-ver^ et por^tendrè^^ 

qu',¥UA Dîjeui kii ^is^ipèrienr samt insulte;^ à la • 

dÎBiUé d>i Wçède twma^. \ '•■ ' i - 

.4)ti/s$i, ;éfi26iUtPlis4BS un i îi^stab t Un fdès prind^ <i 

pa^vx^fsurgu^ents' de c^ux ^iti .admeitent' quAs» ta- 

oais^i^ca.^ .la coi^servatipn du mofide 'doivent' ^ 

être attribuées à une ,pui$»a«tCe; lOitèaitirioâ, ^on^W 

ve^fiaift. et, r^a^.t.toi^daiislHiittiYeits; dît Lonfe 

Bùjçjnije]if^.jj^é dfl(tflMt,1emp8-«ti€i5t.«newe la |Kîéhn. 

ten4^^ idpciiTqQ. i^, te' d<M)tim&0 A^ éUressl (dans j 1« > / 



^*^^:% 



403 LIYRE lY. — DESTINATIO!! DES fiîRES ET DES CHOSES. 

nature. Tdute fleur épanouissant aes fieufs écla- 
tantes, tout souffle de vent agitant Viiir, toute 
étoile éclairant la nuit, toute blessitre se guém- ' 
sant, tout son, toute chose dans la nature éditent 
l'admiration des partisans de la destinée des. âtres 
pour la profonde sagesse de cette puissance supé- 
rieure! ia science naturelle de nos jours s'est 
émancipée de ces creuses idées de téléologle qui 
ne s'arrêtent qu'à la superficie des choses, et aban- 
donne ces innocentes études à ceux qui fMrëfèr^t 
considérer la nature ayec les yeux du sentiaieat 
plutôt qu'avec ceux de l'entendement. 

Comment pourrions-nous parler de conformité 
au but, nous objecte~t*on, puisque nous ne con- 
naissons les ôtres que dans cette seule et umqiie 
forme, et n'avons aucun pressentiment de ce qu'ils 
seraient s'ils nous apparaissaient sons une autre. 
Notre esprit n'est pas même contraint à se contea- 
ter de la réalité. Quel serait rarranganent natu- 
rel qui ne pût se figurer d'une manière ou d!iine 
autre, racore^dus conforme au but? Nom avili- 
rons aujourd'hui les êtres, sans penser quelle, in- 
finité d'autres formes, d'organisaticms et de con- 
formités au but la nature a renfermés dans son 
sein, y renferme encore et y renfermera à Tavânir. 
Il ne tient qu'au hasard qu'ils parviennent à leads- 
tence ou non. N'y a-t-il f)as des formes grandioses 
de plantes et d'animaux perdus depuis longtemps, 
et que nous ne .connaissons que par les débris, du 
temps primordial? Toute cette belle nature disposée 
si conformément au but, ajoute4-on, ne sera4-elle 



pas peut-être détruite un jôdjtr pair une rèvolutioArde 
notre globe, et ne fauâra-t41 pas encom une éter 
nitë pour que ces formes d existences ou d'autres 
se développent du limon du monde? 

Lors même qu'elle serait détruite, cela ne prou- 
verait rien coptre notre thèse, Mai& < n'întenron)- 
'poas pas les orateurs, et continuons de prêter une 
oreille attentive aux objections qu^on nouq opposé. 

Tient ensuite le vieil argument des animaux inu- 
tiles ou nuisibles à Thomme, qui ne prouve absb- 
tament rien non plus contre TînteUigence >des or- 
ganisations naturelles et qui tombe devant celte 
térité : que la Terre n'est pas un monde parfait. 
Des animaux très-nuisibles , écrit Fauteur de 
For4e et Matière , par exemple la souris des 
bbamps, eût une telle fécondité, qu^on ne peut 
espérer de les voir diqwirattre; les sauterelles, 
les ramiars voyageurs forment des Tolées q4ii 
obscurcissent le soleil et portent le ravage, la mort 
etdà &mine dans les malheureuses contrées où ils 
s'ièattent dans leur passage... Qui ne cherche que 
sagesse, but, causes finales dansIanature^ditGiebel, 
peat employer sa perspicacité à étudier les vers soli- 
taires* Toute Tactivité de la viede ces animaûxcod- 
siste à produire des œufs propresà se développer^et 
cette activité ne peut s'exercar que par les souf- 
frances des autres animaux ; des millions d'eeufs 
périssent sans but; Tembryon change et se Iraiis- 
forme en un scojex qui ne &it que sucer et engen- 
drer. Dans ee procédé, il n'y a ni beauté ai fsagessè, 
ni conformité aM but, selon l'idée taimaine. A quoi 



» f^ 



ioi LIVRE IV. — DfôïiKAVroNDyÉWÊi^^ DES CHOSES. 

bon, demande-t-on çlhsuife, les maTadies, lè mal 

3 hysique en général : Pourquorce nombre lîïflm 
e (jruàulé$, d'atroéftési '^ùe la |i{ilùrë''côîiiiii'ét| 
chaq^iié jour, chaque' Heure,' ^ur^ii^à' éfêàlUrésî 
Çêtre qui; a 'éonhé.au qhât, â; lyà^ètïm 
cruauté ' ef qui a doue Phoihme, c^ crièlf-fl^ièliVrè 
de ïî^ création, cî^un nâWel'qûi ïè rërid'isotiVeiit'iï 



1 eire Don,e^ Dienyeiuani seion i laee leieoiogique r 
' P^'rce que, l^araï^née prend tes îïiôiicfteiv^^^^ 
çlia^ i^ange les soùns, é(' 4^fe''l*hbmttie*èsféîii5H^ 
assez'inférieur pour se laisser 'doinlrilèr*]|](âi^^e's1i{- . 
stincfs matériels, cela prouvé' qilëWéti^t'mîèîèllàlTiif 
ou qVit'n'exîsle pasr'Poût'' tiHë '«èlîiAtotlôil 
scientifique; û feut avotier qie tëlle-kS ' eSt 'liîéïi 

-'— ficîené. ' ^' ' " ^. -•"■•'» -Uy.i ...; (-.«) 




. On ch'ércliè ensuite dans les eteptîohè, tiM 
iès mbpstrùoâifés * de la ' hatu ie^'étfès 

alrojptiîès qui' subirent un àitêt ;de"diévél6ppéiîièM| 
àes exendplW .ç(*inût'ilî(é'capàb^^ de * rfétôtfriiéir 
tatipntion âe l*oi^d^e "giStiérâï^ ^f dé 'tatà^ 
îabsénçe de loutè jpçiisée irilèlligehte, tomiiie'à 
fluelquès piérifes ,îsolees — ' qliî '^u, rëSt^ ' Wiltfeiit 
éUfis-rnèmea dans ïe plan, 'général^' — ^otivillM 
àélruire là sy riiétrîé de rènsèmblë fetr à'Tflfàiltîf la 
valeur prchitectbnîque de l'édifice, « l'^tlàtômfe 
con^papée, aïéutcj le mêrhé matérialiste, ^^ôiich'pe 
principalemeiit ^ dé U rëcliërche de là confdrnWlé 
dans la structure des dmérentes es]pèces dani- 
jnàux^' ep faisàn|t voir ' dans "chaque' ekpSbe ou 
gerire,Ttè prin^ipe'fôhdàmetitàl^lde' fe6h organisa- 



^,^ OWECTJpljîS ET PIÏjFICp^TÈS. ^ 405 

lipp. ^asée sur ces données, celte science nous 
montre dans chaque ordre d'animaux un grand 
nombre de formes, d'organes, etc., qui leur sont 
tout à fait inutiles, non conformes à leur but, et 
qui ne semblent être que la 'forme primitWe de sa 
conatitution ou les rudinoents d^une disposition 
ou . d une partie du corps, qui a atteint dans une 
autre espèce un développement propre à rendre à 
l'individu qui en est pourvu^ une certaine utilité 
détçrn[iinée^ La colonne vertébrale de l'homme se 
teï;mineen une petite pointe qui ne lui est d'au- 
ci^ne utilité et que bien des anatomistes regardent 
comme le rudiment de la queue des animaux ver- 
tébrés. La structure du Qorps des animaux et des 
pl^ptçs offre une foule d'arrangements non con- 
formes au but. Personne ne sait à quoi servent 
l'^p^endic^ vermiculaire, la glande mammaire de 
l'homme^ Tos claviculajre du chat, les ailes de 
certains oiseaux incapables de voler, les dents de 
la haleine. — Vogt observe qu'il y a des animaux 
qujisont de véritables hermaphrodites; ils ont les 
organe? des deux sexes et ne peuvent pourtant pas 
se ,ï:eproduire eux-mêmes ; il faut pour cet accou- 
plement deux individus. A quoi bon, demande-t-il 
avei3 raison, une telle organisation ? La fécondité 
de certains animaux est telle, qu'abandonnés à 
eux-mêmes, ils rempliraient en peu d'années 
toutes les mers et couvriraient la terre à la hau- 
tfiur d'une liaison, — A quoi une telle, organisa- 
tipn^ sert-elle? L'espace et la matière ne suffisent 
pas à une telle quantité d'animaux. — Dans quel 

25. 



■^ * 

406 LIVRE lY. ^ DESTiNATiON DRS tmm EiT DES CHOSES. 

but la nature fait^elle oroltre une glande mam- 
maire sur l'épaule d*ua homme de 54 ans, phé- 
nomène décrit récemment par le docteur UoU) à 
Vienne? Pourquoi donne-t-elle trois seins complè- 
tement formés à une i^.mme? quatre à une autre? 
A quoi servent dans une ruche des milliers de 
frelons qui n'existent que pour être tués par leurs 
sœur$ ouvrières ? U y a des animaux qui ne nag# 
jamais et dont les pattes sont pourtant pourvues 
de membranes pour la natation, tandis qu'il y a 
des oiseaux aquatiques importants dont les pattes 
n'ont qu'une étroite membrane. L'aiguillon de 
l'abeille^ ou de la guêpe ne sert qu'à causer la mort 
de rinsectQ s'il en fait usage, » etc. Le dessin d'un 
Créateur tou^puissant et souverainement sage, dit 
Tuttle, devrait toujours pouvoir se laisser inter- 
préter d'une manière rationnelle ; donnerait-il des 
organes inutiles aux animaux, s'il était ainsi? 
Dans quel but et de quelle utilité sont les formes 
transitoires du fœtus dans lesquelles les mam- 
mifèrd3 ressemblent aux poisson^ et aux reptile 
ava^t d'atteindre leur forme complète? A quoi 
servant au foetus humain les arcs brojichiaux avec 
leurs ouvÉjrtur^ ? Pourquoi tous les mammifères 
ont-ils dea organes rudimentaires qui ne sont 
développés que dans les reptiles? Pourquoi chez 
les mammifères mâles les organes génitaux de 
l'autre sexe ne sont-ils pas développés, et chez les 
femelles en sens inverse? 

Tuttle ne s'aperçoit pas ici que ces anomalies 
rentrent elles-nrêmes dans le plan général dont la 



DIFPICTJLTÉS. '— LES MOMSTRES.' • . 4Ô7 

loi chi progrès est le principe et lafiil. L^auteiir 
de Force et Matière renchérit ardemment sur 
ces... boniments destinés àdissimùler'Iesaut de 
la coupe... en exhibant sur des tréteaux tous lés 
monstres de terre et de mer. <c Un des faits les 
plus itnportants qui dément les causes finales 
dans la nature, ce sofit les monstres. Le simple bdn 
sens pouvait si peu concilier ces êtres arveo la 
croyance d'un eiéaieur agissant à ses Ims, qu^cm 
les a considérés dans un âge plus rectilé comme 
lés signes delà colère des dieux; et encore denbs 
jours, les ignorants les regardent oôéâime -ûne 
punition du ciel. Nous avons vu dans ïe cabinlet 
d'un vétérinaire une chèvre nouveau-née qtfi étifit 
parfaitement bien formée dans toutes ses'partlefe, 
inaîs elle était née sans tête. Y a-t-il quelque chcise 
de plus absurde et de plus contraire aU' but, qte 
d'achever en toute perfection la forme d'un animal 
dont l'existence est d'avance impossible et depfet- 
mettre qu'il vienne au monde? Le professeur Lùke 
à Gœttingue se surpasse lui-même en lâisant'à 
propos de monstres que lorsqu'un fœtus man- 
que de cerveau, la seule chose conforme au but 
d'une puissance absolue^ serait de suspendre ses 
effets, ne pouvant compernsér ce manque. — Wn 
«iôrps étranger dans la glotte en est peut-être 
rejeté par la toux; mais un corps êfWiiger dahs 
Pœsophage peut par là surexcîtaiîôh des nèifs Au 
larynx causer la suffocation.— Chaque Jour, chSqlie 
heure, le médecin peut se cônvaîncire ^àr lësrtiala- 
dies, lès blessures et les âvôrfeménts ietc., de l'a- 



|9^' LIVRE lY. - DEif l^ATIÔ^ DiS) tMHJfÏT DES CHOSES. 

bëfidoh.dânè' lèqtiél VÉi'niAhU Miisd'se^ ëtlèdtût^','^ 
cft' âé'ies éffôrlè dé guèrisott itWivéïtcàUMtek 
btit èlt sâtifef succèè. A quoi bon les tïifedètf&i^' sîla^ 
niturë ^giàsiaît 'conformément à sontwrt^^feSoûs W 
eitë^étkfionb qoi précèdent^ il y a ^ine këiiik >(»tt-'' 
silErtite, (Jui èfetteinémèïït esl llittte àeû j^ltls^fàMesl 
dîteèwltés qu'on puisse fto^ = oppbëei^J^'Nfrtfel 
2fW)!ci<mS nons^rtémes n'avoir jàtfïaîs ^n d^iriofl^i-'î 
tt^è^îssins^nèUsseiAir gênés dati^ nfos (^li^tt^^^ 
Lé câbirifef S'àiiatëthiôdé Sti^àsbdUPg^,'îsrdtAt ëfl^ 
raonst JNfôs "ôCéiMleia et étt'spédméns et tfà^bl^f 
ri'fiWs é&t particulièï^enient désagréable ^îtipcé*^ittt3 
Quelle fût tâtiië de- icèy foetus arrêtés et «éétoiWiêS^ 
dans lent dêveloppemelnt' normal ?' (Test' 'te ijttei^^ 
tlbh' qtiie ni saint Augtfstiii ni*«saîhtTboïnalsi-fifc* 
nous^' appl»eftirtént à i^ésoiïdîie, «et sui* -la^eHë^ 
stSéhc^ 'ttôtiS'éfeteire peu. Mais ett consîdêt'âttHes 
cHosis klëur juste ^pdnt de. vue', onvèît^qtje ié^ 
«>n«'îà'deË exceptions fort rares qtd riëpètivM' 
iftlfrftië^ i^eheeîgnétntent de rënsémble.' ©fl^iï^ 
plante se boursoufle au-dessus d'un ligament, 
qtié les .Wineè se gonflent lorsqu'on côù^^ilihantj, 
lef bras on s'oppose au retour du sang^qu'utt 
ftèltis '§'3ri*ête où quMn ôfgarté s'atrophie par sti^é' 
d'une particulairité organique : €e& anomalies sonti 
plus apparentes que réelles et toôtttrfeM ' |jd0 lès' 
lois sont générales et que Dieu u^est pas uaipetit; 
éftrë modelant son action suivant les obstacles- 
passagersi apportés par rhomme ou par de$ i»cci' 
rfertfs. fTds 'adversaire^ outre -passetit là borlée d^ 
oes difficultés lorsqu'ils en induisent qu^ Dieu 



n'existe pas, ^t que l'Être suprême devirçiit agir 
salon les idées huioiaines. Insistant plu$ spéda^ 
lement sur Uq monâtrea, nos adversaires nous 
foQ,t remarquer qu^on peut ^n produire artificiel^ 
lement ^n faisant une lésion à l'œuf et au {çeXus^. 
Lajaature n'a pa)$ de remède pour réparer ce mak 
EUie;$uit) au contraire, Timpulsion reçue, conti-^ 
nuQàiagtr dans la fausse direcUon .qu'elle a.;reçue 
etesïgendre ua monstre. « Y a-t-il quelqu'un 
qui pui86€i méconnaître Tabsence totale d!intelli-' 
geoee.et je pur mécanisme dans ce procédé? — 
Peut-on admettre l'idée d'un créateur intelligent 
gouyan^uat la. matière à ses fins;en préisenced'un 
tel phénomène? Serait-^il possible que la main 
crièatriae de cette intelligence se laissât arrêter ou 
égarer par la volonté arbitraire de Thomme ?» 

Ado^iroQS ici jusqu'où l'on ose porter cette si^r 
guJière critique des œuvres de la nature*. Pour 
qwe.ceS' messieurs fussent contents, pour qu'ils 
daignassent reindre justice à Tordre inteUigent qui 

>,*jN-Ous avons déjà wppelé que cette critique est vieille comme 
l^hiondé. a Gomment les flots des éléments créateurs, dit Lucrèce 
(liilliY)ion&î]s. fondé le eiél, la telh^re, crÊu$ê le profoml océan 
6^ dirigéle cours du soleil et des astres ? Je le répète, cet ensemble 
n*èsl point l'œuvre de leur intelligence; les éléments du monde 
n^êut point niôâité l'ordre qui les assujettît; ils n'ont point d'à- 
Y§nçe concerté l'essor et le mouvement qu'ils Rêvaient s'attribuer 
niutuellement ; mais ces éléments infinis en nombre, agités dans 
tdalèsiles directions, a&^ervis depuis l'éternité à des chocs étran- 
g,çrs, entraînés par leur propre po;ds, attirés, réunis en tout 
sens, ont tenté toutes les combinaisons, pris, quitté, repris pen- 
dant d^irniombrables feièdëà, des formeô variées, : est' à force d'as- 
semblages 1^ de mouvements, en s^ coordonnant, ont enfanté 
ces gi*andes masses, devenues, en quelque sorte, la primitive 
ébauche dé la terre, des cieux, des mers et des espèces animées. » 



î ■ fi 



Wé LITRE IV. — D^)!l!(A9tO!9 IJfeft fiTfttS ET DES CHOSES. 

f6^i(léfindA(fe;'il fioludrait qu^^éd ùtA^ sommxti 

"^ ittflexitilë^ ôntottMt les éllres tfli'èe mirasse 

lâ^acier 4rempé* Vous adtniîQi: la ûm teïiure de fe 

jfpeau, Fépiderriie saltiôé, sa blancheur et sô» 

âkquiée sensibilifé au moindre contact. Vousavek 

'^miment tort. €es qualités ne prouvent pds que là 

^àlUrèdh 'agi -avec inlèîHgenèe/et qWélle ffitàJa 

fôis'préplaré les eondhions de santé d'un corps bie» 

cbiistit^è, et les sensations utiles ou agréables q«è 

cëtfe (ft^ &é]nissarité'e$t sifôceptibie 'deressebâi^. 

^Néft; fefes philosophes' eussent préféré 3tt ttiarbfle 

'^ûdâ fi^:ct tainalure afuEait pu fsÀre eii sOiPtè'q^ 

'lés* baltes i^Jailtli^seiit du corjys et que les épéés 

^l^ôtiténtâestfcÀiti^^àtisbleidset^i » ^Gom^^t trôU- 

Ve^^ttu^' cette crîtiq^wf? Voici un petit' eiïfent qui 

ViëKt de naître : vèus lui Coupez la fôte,- <èt oôWe 

tête ne 'repousse pas . Queifte nature stupMe! ^ elle 

'se -léi&sé àri?6tef par la volonté arbitraire ^ 

^-'Fhèi^mei » f&t veulez-voùs connaître en<^ore tfife 

• nouvelle preuve de rinintelligence dé Dieu et ^ 

îa' sottise dé teux qui croient en lui ? la vAci : 

'"prenez-en -nàte, mr elle est irfésislîMe. Il parait 

'^qùéialûfniëifei'donl fe Vitesse est de 77^000 lieues 

^i>ai? seconde, -ne- Va 7^^ asse% vite^ a-h^ Juttiiê^e 

^^\ëhé'si tentttoérif Vtinivërg quil lui faut ik 

'fiiîHibris d'anhêès pou^ parvenir d'une^ étoiteà 

îfaûlïëi Ji qudî bdh eès^ restrictions piu èageis àit\$ 

^îéS-WàffifesWtîbrië à'uée v(àottl* t*éatrî(^^î > 

ç^VèWiS''Và&i^''berhttnaë2,l ô lè6teur:boriié^ eû^uoi {a 

* Bûchner, Force et Mattêi^e, c]i xi. 

* Id., lûco cit. 



Vitesse -^ ott la lenteqp t^ delà iMmitoe dértontw 
l'absence d'uiic volonté «créab^ic»?. Mm$ v4mu4 Pe 
a)mprenez daac pas qoe ces écrivains, s'iiBaginent 
aussi que si Diçu existait, il devrait avoir des fai^ 
taigies semblables aux nôtres; et copioiQ cel^ pour 
.trarie Mj. 'ÇSûchïieF q^we ta; jimnj^ne nei %^$^.(|¥ve 
4,6î}O^O0P li^u^ par p)iwte,ou ît7:,720jOOQliwft5 
à]?heure,il est çlî^ir qu,'eUe:4w<«i^'âp flwrftd?vf^^ 
tage ; puisq^'eUa 3$ traîne tusisi péniUenaent d^n^ 
r^spa^^ le Gréiaiteur n'e^i&teopi^s. M4kiQ4le9;9«9t^^YQ|i3 
po^yQz ]if0us demander quel ejbUTre ferait i4ai^r/6 
. Vi^ute^r d^ cette ^oidlige^te orîûque (il est wecr^B 
€lialdes,$QC^9)9^odeinents>) r Vz-B;*-* i^e^es^flgas^i 
jja^ ;. t<H*t ce qu'il d^irepo^r rii^8itïkn)t,.!ç'e^tdp,.^ 
!^ç,Daarclier plu&vite.-r- Apj?Ô3 itpuii, !n9USrîUH:KM»s 

jBiaiiTaise gr4ce à fn5ms.'for9aa}iser dfi.f^^M^PQ^ 
cfi^te faD'taiâie. Au ^nCr^iia:^. J^j9us;a9iua-u9is§(n^^ 
4e grand cour à ce ne|)la d^sir, et ^us aivciuoi^s 
que nous verrianp^ avec bonkeuf ^^ Is^ lu^^ 
lasîse des- prt)gr^ plus rapides, — , racine içi-rbfS- 
; <!e swt là,; Qa Vmow^\ de§:<?l?jectfpn^,.,?il50ipjf- 
mmf: ridicules. Mais îles diffiwVés iplu^,.3^rjiwsçs 
diepacaissenit ellesrroôinfis J^wqBe Jlbftwq;^^ ; cei^pe 
4o se prendre fiour poÎQt d^coingswraisc^, JEt Çr<^t 
^là, mx deiw)ir^ : jsar il fait luÏTOji^çip.pafjtie^ Aj^^lfp 
jgéftéml qw $'ét^nd,ai*^ wtres iqpfld^ et^àl^^si- 
.mQUâité de. la création/ Si.lei Çid, ?iA.»4roW9»f > 
*^bserveronsrnc*i6.ayec^Wl. g. BefBotSi.Fi^Wai^ït 
poup^se voirt wpi^8^lj&s. par (ÎpBpçiUe,^.Raçiw, 

^ l>u spiritualisme et de la nature. 



r' 



en coûsidérw^ le bjçap rôlçi qu'ils jjouent^^leur. èclaf| 
dominant cdui des autres personnage^, )a préib 
lection du poêle concentrât sur eux-pémes, ils 
diraient sans doute que Corneille, que Racine a eu 
rip^ention d'élever un monument à leuf^gloirp; 
au'iU ont été le but de son travail; quits sentie 
of^ntjr^ de la pièce; que chaque persopnjjge mii 
concourt À l'action n*esl amené sur la scène qv 



d^ns leur pr(^re intérêt... La vérité est. que là 
buti 4^ r auteur est de réaliser le beau dont la y^ 
l^enflamme, ;de traduire dans le langage de 
homn^ l'invisible idéal. Les personnages né soi 
qu« : des , iwAruments. N'est-ce p^s là u.ae jiis}^ 
iaiagie d^ la création? Quel amusant .spçf^acte,^ 
quand on voit quelqu'un de ces acteurb %^M\ 
un mot à , prononcer dans toute la pièce, s[im^- 
gifîbçr que. le théâtre £( été fiait pour lui,, a été c^û^ 
ffjsiv li^ gulJ est dçmeuré, vide jusqu'à. lui, ejtC| 
t LiiUpsÎQn dés ^ns et la vanité s'unissent pou^ 
mo^^induirç en erreur ; le but de la science est aé 
nous en affranchir et xle nous délivrer dç la super^ 
stition^ qui e$it l'ennemie la plus funeste de^ ta 
vérité. Que le? /théologiens cessent 4'înv<>quQrj^ 
ç^us^es finales : on ne peut êtrç.juge et partie, tjf 
monde Qrgjanîsé est une immense barmonip : , )es 
mpnçtres . dont nous parlions plus haut sont def 
térooigpagos .de VunUé de laloi et du plan daniui 
^at^^^e; j§s .élres . iîiuliles où nuisibles à l|homnjie 
çonl dçs.m'^niiesiations de la force créatrice et dès 
étages çu,,dç? djÇgrés. C'est Y ensemble qixlA'^ffu^ 
ÇQUSfdérejrjBt nçnjpas T^ntourage de i'h^in|ne- 



lievànt' cette côrlteihijfètiori tôWieïMès 'ôijéWfidrtS^ 
dérivées d'une étroite application â l^ftoihmè dîspâ-f* 
raiss'erit en fumée. ' ■' ' ' '' "i = •• ' ' »' 

', Concentrons mairiteriaiil èoti^e atfèrttioh ^tir'fa^ 
cfenélrucfion iritèllïgenle des 'di^âhes (Jiiî seNëM^ 
^'tirarismetlre a' la conniaiiésànce dti' cerveau VétëiV 
au ^inonde extérieui*,,sUr tell'é dès senis et particut? 
iierernénf sur celle de l'œil, ta Beauté de Isi corilbri* 
ïiià'tibn optique de l'œil 'ne ^éut être côiiteklêè pa"^ 
nersonné; affirmer qrie tioril est ftiit potit* voir'fef^ 
roréill'ë pour entendre,' cTfest^rcsiitie cômnidl^é 
un 'i>léônâsme." Répéter qtie Pbrgâtiisàtwn^de TœlP 
é^t pltis' pafrfaîte que 'ëélle'aé h'ftnp^^ qi»î*W 
(^Hîînibre nt)irè de photiigràfpfftû oW n^impè*te^ (JuieP 
appareil d'opticien, c*ést éncoref tdmbeï^idànè W bà^ 
n'afité, tant la chose éà évidente. Maî« pout» tMAi 
bàttrfe^'iin adversaire' sur' le même jiièd ^t i5U^'^é[ 
flîièmélërraîrt, il est nécessaire d*entfier 'Un instant 
âKiis les détails et de nous rappeler la déscripSéW 
afaatomîqué de rbeill' ' ' ' ;"=-' ^ ^ "^^" 
^^ li' visioh, dans les jfeai«ei3'hbmitaes*tl'déé'àW2 
ïfa, disait ïîuler, est lii-choéë'lâ pliiS-inerVda^ 
îepsèi la forme 'du^ glôTbe deTiteil ést'eh gênéi^l 
cèile (f une èpïièréel se çompoèe de trbis fèùîllët^î 
1^' membrane la' plus extéWfeuré 'j[)orte le riôrii'tfg 
sclérotique )(blanc de l'œil) , est 0{)àquè;1fés-épaissre 
èlj entoure à peu près' lép ti^ôîs quarts pttstériëù*8 
jdu globe cie rdBiVaî>nt elle donstltiiy 'ïà'fôririë ttff 
soïidit^ : sa partie ânlérieure irffrè une ôùvéiftlVrè 
arrondie dans laquelle est ërlcb'àssée là ébrnëë 



dm UYRD If . ^ BESfllIÀTlM I^ES fiASS fet ]i§S CHOSES. 

trandpareptev ^A^ieetté . nienarbrâii^ s'altechcfnt les 
jnùdoleSidestkiés à mettre -l'œil M^n môuvéïbent. 
« Atibdessoiis. de ^cette première membraHe est Ist eho- 
XOïàe d»a noir tt&Sr(oncë; qui fait de l'œil une vè- 
ntobl&(thaiBbre' obscure et absorbe les rayons qm 
pourraiimt isritek» la fétme : à 19» partie antérieure 
i^leforjde^n^ espèce de cloison diapbragmati^e, 
qui porte le liom^ d'iris, 4is({ae' oiretilâire percé 
4'i]n^0ttvei]|liirë àison o^tre, et coloré de diverses 
^miaAaesjy I dont isaa douce^ atijracttoii^ est ^ parfois im- 
iVeiUài«emei^^piiissdnte. 
I , j(/Mvenlurex[ûe l'on toit au cMtre est lafttpt/I^ 1 
iW<pimiieUe):ion sait que la pupille n'est pasirn ! 
if^tt commeiofi est taité de le croii'e, mslis, an 
tt^qtrairei>/uiie oiiiœrtarë; et cette <HflV€irttir€'se 
Mt{ pltiSi oîi» nuMms gmûde^ sdton la qùatilltë de 
,]iMQpiéirer(|iii ArappeJ'oeil;) car . Viris jouit^de la ^10^ 
pr^ cudfeuJBe de^èconltaoter ou de s'étendre séJon 
]!^l#i;tei qi»ii|iit)fr de lumière,' s^n qùe^roéil M 
n^QpiKajaroâÎB tropiôutcop peu» C'est pàt* cett^oii^ 
^vïxxve^ \ariaUe>del'iriâ que {es rayons lumineoi 
pén^treitfidaasdaciiainbre d>8eùré située derrière! 
j'.,,l}ne laot^lô jbîoènTeie est suspendue là poor 
(ixoiomv .eesi^ rayops t ; c'est le cristallin . ' 
-^ Ibutela pattielps)stérieupe^ depuis isette îeiitiUé 
^visqufau fondée riBi<t, est Remplie d'une massë^ia^ 
tinttise^<diApfaaçey qui reësemblè'àu blanc trakispa^ 
ffiirtd?uni(i3ÎifGru,etqu'on domine l'humeur vriréél 
-I jEnên^ àuifond decette Mumeur et vis-à*vjs fe 
liupSksil^j-fi^a la: m^brane la plus délicate^ 
la plus impértaqte de* toutes^ ($ettè qfui sert d^éc^^ 



leicerveau lui donae la perception c c'.est la HHn^ 
laquelle est un épajfkouîs&eimeiiit du nerf ofilîfiie 
qui Yiant du qeiryeav^ On yoitdoiio que sans méto- 
phore, c'est le c^rvew lui-même qnv vient se met- 
tre k la fenêtre pow voir ia onotade^ extérieur; ^ * i 

jLeproiapg^DQi^nt de la rétiiie iapisse lotite'te 
partie postérieure . et iftierne de l-cmL « • - »:';» 

Le oris^Uiof^ lentille > p«r laquelle passisnt: <Àiis 
le^ rayoqs luiniAeux pour atouCir à la' rëAnëj 
peut avec une facilité merveiileulie modifier 6 
chaque Instant sa courbure, de^laçon à* s'adaf^ter 
«ans cesse à la distance et à porter constamtioêM 
weim^e nette à :1a rétine.Mais comment p^t*o)i 
•concevoir que ce cristal . organique s'enfle letf'se 
désenfle ainsi à volonté? Sans concevoir cettQ ^oë^ 
^bilîté, il faut s- imaginer Une {sfruc^e pl^ 
étonnante . que cet acte Itti^mômé. Il tmt ^voilr 
jfUe ee globule lenticulaire n^est pas iun-solidfe 
d!une seule pièce» mais plutôt uil assemblage de 
^es lamelles transparentes: juxtapeëées, lamelles 
si Arôces qu'il en faut supèirposer xm liiilMer pour 
aafmer^ à Tépaisa^r de l'ongle; et qpttà réailité 
le cristallin en renferme qudque^ chose' eomme 
ânq mUlions^ Maintenant^ cea; lames; sont elles- 
mêmes composées de petits jbragifnéitts èoudés 1^ 
uns à côté des autres» et è^est lejed deiees frag^ 
ment^ qui ciKistitue Texcessite mobititàinterae 
fie cette lentille diaphane^ Ce^o&t Bà de oes ciféa- 
^ions n^erveilleuses qui'pasaeniC £napËa^çiieë>: e^ 
4o»t J!(wvr0 d^e la iiature e$t ifemplito l : ' ' ' < ' 



«6 LITRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

^ ll^ar cette stmclure ingénieuse et inimitable^ de 
PùAly'^M objiéts eltèriefui^'^kssërit du diWkîne 
d^'coi*(^dafïis béitiï déia^pertséô; ib sbtit accès-, 
siiAés à «ùlré ëàpf tt et ëè lalâserit fouchér'èiomimç 
^'hdlte'dîélanèé tieïes sépai'aït de Itii.^é'méca- 
liSih^si&'tdie à toutes leé conditions. De lùi-Wine, 
eP^fr nofre insûj îf s'aldaj^le 'aux variatièfûs de' la 
InWiéfé'oômme â celles de la distâiicé •' et ce que 
mrt tortriiûien! ië peut feîi^é, il bit ifisttVièueVfe 
cèirpàf célestes à d'éb(ïrmeg éigtslncô^' et' fe ^rês! 
nàîcmscbpiquès situés à quelgues centîiiiêtres ^e 
lAî; Ére^^ler a'rai^n de rà]^pèler « la àéhtine^^^ 
gàt^àtlt le pàèsiàgè énlrè les' mondes de la matière 1 
eP^éut flë respVit; par làcjulélle â'échah^ent leurs 
cémwtimcatToïrs.* * 'cl V ' 

•^Hôns bomprenohé qu'après avoir contemplé la 
sfrttcfuredé rtteîl,'Èttlèt se ïîvreà son admiration. 
«'I/i9&iPsùrpaissë doric4nânittietit, dit-il, toutes les 
miK^iflès -qih^. f adtiésse htiiûàiné est capable de 
p]?ttdàîre. les dive)i*seis matières transparentes dont 
il "est éompo^é'brlt non-seulement un degré' a^ 
dettsSté étipâfble! 'de bauéer Aeé réfractîohé ditfé- 
reftlés, inâfeieiir figure est aussi déterminée j *eii 
soWe que tous tes' rayons soriiis d'iin point , de l'ofe- 
jei'^ontexécterhcnt réunis dans un mêmçpoîijt, 
quëîqtie Tobjet 'édit plus ou moins él6ign$, situé 
deVàlit rœil directement ou obïîquérpent!, et que 
seSra^ôhi sôuffif-crit ûhe différente rèfractîpni Au 
mëiifidre chattgèitaetlt ;qu*on ferait dans la nature ' 
etlia'figikre dés 'mâfiôrfe ti*anàparentés, l^œîl per- 
drait d'abord tous les avantages que nous venons 



CONSTRUCTIONS ORGANIQUES, - L'ŒIL, >n 

d^admîrer. Cepend^int, les at^e^ ont la, bardief&^q 
de soutenir qijie les yeux, jaussi.biw que le mQndift 
tout entier,; ne §ont que TQuvjrag^î à'm pwf bas^^r^^»; 
Ils n*y trouvent rien qui mér^e.leuj^ ,a|lentipn,,j[l(^ 
ne reçbnn^is^nt aucune marque cie sagesse 4^fVh 
là. structure d.çs yev^x. Ils crojeiit p^ulLôt aw^ç Çf^i^J 
son^ de sp^ plaindre de leur imperfection, ne, pK^i^l 

vant voir i?i dans l'o))scurité^ .ni, à^tffyçiSiîWjWnf 
raille, m àistingper les plj^s .peilitjçs xluwfesi i^i^, 
le^obJQts.fprt éloigpé.s, Cjijn[in)je da/iS: ls\ Ipf^e çt,^ççh 
autres corps célestes, Ils criqnt hî}\iteç[i^nt.qu0yoeiiUj,| 
n'est pas un ouvrage fait à dessein, qu-il eatifqiwérj 
au hasard, comme un mQrceau;de. JUipon flu'^n^^ 
rencontré dans la campagne, et qu'il .était <^I)$u/;4q ^ 
de.dife que'nous avons de;? yeu^t afîn^flpe^flçutis 
puissions voir; mais que plutôt ^^yapt^ r^v^ \^^ 
membres par hasaiid, nous, pu profUons a^taï^f (çwp ,» 
leur nature le permett II eçt iûulilje diÇ./s'^ftgftgfi^i 
dans. une discute avec ces çfins4à;,\i}s demeju^pnliq 




tes raypns qui transfpetlçnt .à.poJ^^, ç^ye3^J;. 
l'agpect des objets pénètrent di^np .llfi^ifj çi^ .$ifiv^| ^^ 
les lois de la réfraction,, sur ^e^g^^lçjs. Ips.jS^br;]» 
stançe^ de roeil sqnt elles-n^ej:pe$|di$ppsgep.| ViiriS'î) 
re^iijplit dans le g^bç opï^lairq ^l. ppr.r-^jppiçrt j?M>'^^ 
rayon^ iuipine^i?, la fopctio^i jdç^rfiapfWPgnsip^Mni 
faiscejau lumineux c^^\v^] qp,i,.^ï:^\e^§fi l^ipupiîl^u 

Lettres à une princesse d'Altemagne, XU. 



& 



élf ' LIVRE iV. — DESTÏNAtroN DES ÊTRES Ef DES CHOSES. 

8n;iy^ biteniôt sur le crisfaUîn; ces rayons sont 
fortement fripprochés par cette lentille biconvexe, 
mais sans qu'il en résulté de décomposition de 
rayons lùmiheax, d'où naîtrait la coloration prisma- 
tkpie deâ objets. Cet achromatisme parfait, que Ton 
obtient si rarement 'et si dlfTicilement dans la coq* 
stipuotion (ie^ obfedifs, est dû 'aux différences de 
dehsftès offertes par Ifes nombreuses couches con- 
centriques «lôrrt est formé le cristallin. 'Les rayons. 
luÀnnetii, dfeventis fortement convergents en ira- 
teifsant le crîsfàlHn, et rendus plus convergents 
eMCfté pôr FHumeur titrée qu'ils traversent en- ' 
sw(ê, tendent & se réunir en un foyer commun et 
àifortacier une imagé qui va se peindre sur la 
surfaée de ia rétine. * . li 

] L'oâi â^aeeommode tlonc de lui-même aux distan- 
cety BiÂt par là contraction de Tiris, soit par rallon- 
gement 6u te radcourcissement dé Taxe du crîstal- 
lih'f de plus, sa poisitîon Texpôsant à de nombreuses 
altèraliônsV la nature a pris les plus grandes .pré- 
cautions pour Yen garantir; afiù de le soustraire . 
àila trop grande excitation de, lai lumière, elle a 
tendu au-devant de la partie antérieure de cet or- 
gim ies -Tôilés' nlobiles des paupières, dont le 
bord efet' 'garni de cîis ' protecteurs et dont l%té- 
riettr est tapissé par une membrane muqueuse 
duipluè délidat tissii, Itibréflée par les larnaes que 
sedréte une glande située sous la voûte ,de l'orliite, 
et^iii verse son fiqùide par six ou sèjpC petits ca- 
nattr-àTtavràni^u^'Ia pài*tiè supièriéur^^t, externe 
de la f)aupière sup^eu^e ' ' ' = 



Devant la description ai:^atQfnique},t}^.)'((^il^/C]pi6 
nous voudrions pouvoir illustri^f* par 1% r^pnè^enH 
fafion directe de r.œil Ivii-ixiêmiD. mous noms étn 
mandons avec Newton « ^i TœU a pU'ô^re.f|it.8Mfl[ 
aucune connaissance de roptique> » j6tpeu&|?épf^ 
dbhs avec Tillustre pençeur que K^eU^ (Inn^ilite 
démontre sans contestation ^possii^Q l'ej^toncfe 
(fune înielliçence non-sejulemeni; au .çwrart-'Ckrt) 
lois de l'optique, mais encpxie- capable d^.iplier) 
tous les mouyements de la jQ[iatié^e,'S!(^)Li$/^o$(;I«6«l 
n sénible en effet qu'il faudrait ê^e doqé idluwr 
certaine audace pour veniiç, devanAilaïqepiSitriiOhr 
tion admirable dç l'^orgjauç visuel, prétj^ndoe.^pie?. 
la force qui Ta édifiée est, u^e forcç^iav^u^eieL'; 
ignorante, jouet de la matière et éM^ngève à>tMte> 
intelligence. Si la lunette, ^trQWWW[W,.^fi*ëst 
qu^un grossier arrangemeut de* lenÛK^fi^i affîn^OD 
au sens commuu qu'elle fut cpn3truite igi^v un opttr^ 
ciên, comment Tœil humain. lui-nxéfl^e, i^ÔQiiaenfci 
supérieur à tout appareil de Ta^rti pQUif'ait-U fm^R 
pour rœuvre de la metière pu djiji. haftqi^^'^-TTiBJi'j 
bien 1 il est pénible de Tavoua: ; <^'Q$tpi^éc^é(96)ltn 
ce que prétend recolle matéx:iaKste. », "!.;:. )j! .3 >J 

Vœil s^est forrné tout aeuU^C^^ fgjitipfp^rtafttîestH 
désormais acquis à Cette deipi'âcienee^£t«€€^e i^nj 
quisitioh s'est faite en deux phaj^s. : la preipiàirei \ 
phase est celle de Darwin» 1^ seconde, celle de BMfcfit«b 
ner. Celui-ci nous apprend qu'enéçï;i^aï^t.il)'yi*^' 
sept ans qu il n*y a pj^s de,,Diqvii il| neia^çitti^ftajii') 
pas (j^ue ïes|progrès inçes$f^nt3.dei I^jpa}j|fÇ/l#Âfeurn.ii 
Dissent sitôt les preuves « les, plus exacte >i6t 1^9^=» 






«Sb LIVRE IV: 'i^i>Ëè4lâA1Jl<(lfi''JÉ^'Wlffîè''E^bES CHOSES. 




8«ësl"itisehilbléftlerrt déireldpi)é' d'Ua'^^iiiiilé'ftyH 
fehsillfl' M.'î:.. en.sâuti âè']oîël'cà^'W'MtU 
pôiii* Mbut aire cette MôÛe M'piiiikè iH^' W 

ïlt;'i)*r#ft! hii-toèfhtei irèydréisi ïè''rgii'^é* ifëil 
^<«tt^; et isl 'daîis èe'dàs'tiiéthè' i'eipéàtM'W 




^tiéf «il éMAittiMemfehr éiinytrilll i^6tfr'atftt^fS 
flvts m iûttitts' de llîhiièré; pdùi-'ajîîstëi-^te 
d^S'i-a^HS-'^ttiBb 'à 'diffêrfeirtéfe'dlsfâihi^s'SÎ'-^ittyi)| 
en corriger raberration s^hérii[te et' leJW^MM' 
pfeiSàfe -fl'élile ^^Kàûë^ êftctfoii- iÀfii W.' ifierfèii- 
«*ûï-i(Mlé^Wi"à'dit!pôflt< là pf-eiiiJè'W''foié"p le? 
èW«a étaM^ftfttoëbilë ethnie lâ='tëiTfr'teMî1f,'ïe; 
séàè coitiiâinidèélàrà'ae Và^ëla'tliébVte l'alise:' 
'Riùè' léfe thH6s6ii|heS''kvêht bllîir'^^rf'eii'lir'lfé; 
stSeAceohlnépè'ttt'Jahiàis'ise'^er â'û vié'iïx '^èfUS':' 
F*»ï!«>|)iii<, iMa^'jBfèil'lLà raison" hïe'flil ê(MM^ 
(pie éi ttrt péut'démohtrèli'c(tt1l; existe dè'iVoliiii^ttï| 
degrés de tràilaif iàti d'épiiis Tceil ' ié' "'pïâs! par^if 
Éft% plUs complîljué jusqu'à l'œiHeplusjiAtefàit 
et»!fe']JW3 kifiipfe, cMcuh de bes'dè^t-èsïïe p^fefc-' 
tfiJfi'ét^ftïuta^'à'celiiî qui eh jbuit'V sî ■* dêtiliis* 

^'^mTltéoi'tfftn ofipectet bji meam ofnàtural teuetitn 




. U CO.N^T[lUCTIQM DEC ORGiMES. . . ; m 

Xps^l varie quelque^/o^, si peu que ce soit, ^, si ^f 
variatipn?i s'hén^eiit, ce qui peut se prouver par 
^^. faits; si enÇa les Variatipus pu Içs modifiçar 
tions de cet organe ont jamais pa. être de q^eV]Uf 
jL^tij(ité à uu animal plac^ dai^s 4e$ condition^, de vi^ 
^fiai^jg^eantes.; dç^s lors la supposition iqu un qAl 
jgçiïîait et cpmpliq^ué puisse s'être formé par éj^ 
lion. nal^reUe^ tout en.cqnfo^daxit notr^mmiîl^ 
^(Hh, piQut, avec toute rigueux^ être coRs^^r^ 
£;9inpAa vjçaie. Çom^iuq^t un uerX peut-il da^epii; 
sensible à la lumière? C'est un problème. qui dqus 
ili|{^or le : aussi peu c[ue. celui de Torigin^. première 
^ç la vie ejilt-même; Je dois dira s^ulemeat gu^ 
^l^yjsieifrs faits me di§pos!Qnt à croire^ que le^ J^exfy 
^ç^^iblesjau contact peuvent devenir sçn^ibl^ç kX^ 
|ji^pi,ièvç,^ çt de mêmp à ces vibrations mpiw W^ 
lile.^ qui prpduisent ]e çpn. . . . :. . . 

*, M, Darwin a tprl de prétendre que y origine, ^c) 
r(peU nous importe aussi peu que l'origine d^ la vi^ 
el^e-flfiême^ et nous ayrions ajnié savoir si pour 
liji. celte origine élémcJitaire offrait . quelque r^Sr 
semblajicç avec la, sensibilité de Tiode ppur ,1a 
luinièrj^^ avec la plaque du pl\ptographe.. Mais^ 
piiisqu'il^s^ tfût si^r .cette eîjpUc^tion, açlP?<e*tQas[ 
provisoirement la possibilité du faity et écoutons. 
Iç développement de la théorie; du progrès, . 

. iParini les vertébrés vivants, on ne trouve pas, 
une grande yàriéié d'yeiux; mais dansj'ambranr. 
chemeiit des arliculéîs^ on, pi^ut,SjUiyre,.une s^ift: 
d^yeuk, dépuis le simple nerf optique recouvert 
d'une couche de pigment cjui forine quelquefois 



m LIVRE lY. -^ P^STlNATiq^ Û«S ^IfU^ ï,t pi$ CHOSES 

^ne sorte de pupille, mais qui e^t toiyour$ ^ëpfHur't 
vue de lentille, ou de tout autre mépani^me 
optique. Depuis cet œil rudimentaire capable de 
distinguer seulement la lumière de l'obscurité, 
rien de plus , on trouve deux séries parallètes d'or^ 
ganes visuels de plus en plus parfaits, séries, entre 
lesquelles, selon Mùller, il existe .des différences 
fondamentales. L'une est celle des yeux à stem- 
mates, nommés yeux simples y pourvus d'une 
Ijenlllle et d'une cornée ; l'autre est cçUe des yeu 
CQmj/osés^ qui excluent tous les rayons venant de 
tous les points du champ de la vision except^ le 
pinceau lumineux qui arrive sur la rétine, suivant 
une ligne perpendiculaire à son plan » 

Le grand défenseur de la loi d'élection naturelle 
pense qu'en admettant à l'origine des preiQiers 
organismes l'existence d'un nerf sensible à la 
lumière, on peut admettre que la nature, parcelle 
loi organisatrice du progrès, arriva insensibleinent 
9UX appareils optiques, soit coniques, soit lenticu- 
laires les plus parfaits. Les êtres favorisés ^u uer( 
merveilleux s'en sont servis et l'ont perfectionné 
par l'usage, Si Ton réfléchit^ dit-il, combien il 
existe de degrés divers dans la structure des ypux 
de iios crustacés vivants ; et si Ton se rappelle 
combien le nombre des ejBpèces vivantes est .peu de 
qhose par rapport au nombre des espèces étjçinteSf 
jç ne puis trouver de difficulté réelle, je ne puis 
trouver surtout une difficulté plus grande qu'à 
l'égard de tout autre organe, à admettre que l'éîec- 
Uon naturelle a transforn^é u;x simple .appareil} 



rv^ 



im S'EST-IL PAIT LUI-MÉMÊ? 4te 

formé d*tih' nerf optique revêtu de pigtnent e( 
recouvert d'une memtirane transparente, en un 
instrument optique aussi parfait que puisse le pos- 
séder un représentant quelconque de la grande 
famille des articulés. ' 

Il semble tout naturel de comparer Toeil à ui^ 
télescope. Or, nous savons que cet instrument a 
été perfectionné successivement par les efforts 
longtemps continués d'intelligences humaines d'or-' 
dre supérieur; et nous en inférons que Toeil doit 
avoir été formé par un procédé analogue. « Une telle 
induction n'est-elle pas bien présomptueuse? remar- 
que-t-il avec quelque raison. Quel droit avons-nous 
d'affirmer que le Créateur travaille à Taidé des 
mômes facultés intellectuelles queThomme? fe Mal- 
gré cette remarque, Darwin continue à appliquer 
à l'œuvre de Dieu les idées écloses dans soii cer-J 
veau. Et voici comment il expose la formation 
lente dans les espèces vivantes de Finstrumenl 
d'optique qui nous fait voir. C'est une hypothèse 
dans laquelle il n'y a pas mal de suppositions. <t II 
faut nous représenter, dît-il, un nerf sensible â" 
fe lumière placé derrière une épaisse couche de 
tissus transparents renfermant des espaces pleins' 
de Suides, puis nous supposerons que chaque 
partie de cette couche transparente change contî^ 
nuellement et lentement de densité, de manière V 
^ séparer en couches partielles différentes par^ 
leur densité et leur épaisseur, placées à diffé- 
rentes dlsitances les une^ des autres, et dont \éd 
deuicàurfaces changent lentement d^ forme. De? 






'>> 



f 24 LIVnE IV. - I ESTINATION DES ETRES ET DÉS CHOSES. 



nfll^wr^eiUc, pnstamment a raffut de^ toute altération 

M^ideqiell^me»t' produite aans' ^ 

parentes, ppui: c/wmr avec som celles ajentre.ces 

tendre,! produire uçe image plus aisiincterNou^ 
ppuvûns.suprp^^r encore que cetinsiriimèM aet 
multiplié par ui^. million sous énacun de ses etaj 




Chez Ifis êtreè vivants, la varîàmlîtfe prowij^ 
les modificatipns légères de rmslrûméritfaàturçi, 




tout^.;la,faupériprite ai^ les^œrfvfte^auTreiareur 
ont genérmment sur les œuvres deThoinmeT» , 
le$. ob&ervaleurs pewent remarquer dans Te sys- 
teme^.cle Karwipiune réserve en faveur oe TOeiï; 
mais cette réserve . ne convient pais aux émancipa- 
teurs plus absolus de la matière. Son traoucteur 



a n?ll.I#?,SEJSIS SE SONT FORMÉS EUX-VÊMBSt 4» 

français même, mademoiselle Clémence-Âu^uslê 
WfiFi I^ï reprocjie avec quelque vehemencfe dW 
8 arrêter; ei^ si beau cnemm et de" croire ^ncoré 
en rj^xîstencé d'un Être suprême. « M: t)ai*Witf 
ne me semble pas assez hardi, dit-ëlle dans ^ 
préface.|iîst-ce par prudence qu'il ne via pasjiisJ 
qy|,aa tout de sôi^ système, qu'il Vaifrêtè au rtiU' 
fieif/ie ia chaîne . de ses conséqueitëes^ Ùrdif^ê 
f^fs ,çsprits plus ardents, smon plus* logicpies, om 
fprjnulé d^s consèqiierices extrêmes, ïè •mori3è?'pti3 
ntaiÇjpcandalisé de cpquon osât soutenir quTf 
ç||,^psçeMait pas en droite ligne 6e ïà cuisse fié 
fliiejque dieu, û iel,ê lés iaufà, cris,»» été; Céilil 

aemoiselle au Aioms va gusquâu bout, elle hé 

•••■••■•• ^ — i^'^fi 

>îatres^ 

çjDGetp^r^e'le dos à toute manifestation de liljfilte 
|iun|i)ie idée 'religieuse ^t tend léS 'd'eut' hîsîlrife 

à?i ^^l?^'^?^^^^^^^ allêniands; le cùrè Meslïei^/jbÛë 
ûit vîolon'sur soû tohheâii, 'et h 'tfànôè tiiislrcWëï 

merveille. . . . '"' ""^^^ 

'" 'ff"^4;'îJ ai;';,i; V/[;Jà;^ ;îÀfei,* ^^v,*« ik lUwlwUzJ^ 




'V 



m UYRUnt -^ DESTINATION DEi^fiTRIiSiErieS/CBOSES. 

• 

bruyante, ^ tie s'aperçorveiit en aueûfieiafon 
de la* beune qu'ils persbtônt .à garder entre k 
commencement et la fin de leur raisonnemenh 
Leur manière de parla? ressemble à une roule 
tracée sur lin plateau ^evé^ qui serait coupée 
au beau milieu de son trajet. {»r un de ces prot 
fonds abîmes qui séparent bcnsquement deux glaf 
dèîQ. Les deux bouts de k route oei sont pas mû 
tournés et entretenus, mais malheureusement il 
oM impossible d'aller de Tun à Vautre pan ladite 
n»iitey attendu qiie la crevasse insaodablei les. isole 
inetonablentent. C'est qu'à est plus diffieile qu'on 
ne le pense de jeter un pont sur cet abime. 

Dans la pensée des maîtres, il n'y a pas^solidiKHi 
de eonlinuitèy et l'action purement permanente de 
JKeu' reste pour expliquer la' succession coiumË 
i'originè des choses ; mais lès disciples ont la pi!é- 
tewtion de les dépasser et dénaturent les théorieis 
dont ils se disent les défenseurs. Tristes défera 
seurs! Wous ovons vu comment les expérimeata- 
tlenprs iiaisonnenl. Nous devons ajouter ici lopinian 
de Fauteur delà théorie de Tunité de eomposîtion, 
Geoffroy Saint*flilaire. Loin de tendre - aux: nôgar 
tfons qtt^on nous oppose aujourd'hui, le savant 
•physiologiste se fait un devoir d'afi&rmer haute- 
ment qu'il toity au contraîre^ dans cette sueces- 
'sibti des' espèces « une des manifestaftionstka plus 
glorieuse^ dé la puissance eréatrice ethm motjl 
' dé ^luid^admiration^ de gratitude et'à'niàmaefàp 

.. . . ' « 

* Principes de P'hildiffpfHe zûolûgi^ 



>.' ^' :U OOS^^STIHOCnOIf ses- SEm BftQUVfi DKDJY) l 4S7 

• 

• {)ièon&-ledon&avâe fermeté* En admettant laoémâ 
$àns réservelous les faits invoqué) par les vdsilë* 
rialistest, en se Tahgéant de' plus ayeo Darwin^ 
Owen^ Lamarck, G. SainttHîlaire, etiavecced 
savants surtout (c^r il est des gens plus. royalistes 
quq le roi)^ en supposant que Uœtt, tea sensi^ les 
hdoime^ les anîinBux, lesplaate^, lefi>:âtr@$.^^ 
Vants, en nn mot^ se soient formés sous Id puisr 
Bance permanente dune force naturelle^ o^bb sil 
pTouverajt pas que IHeu n'existé pab^ -oetf^rpr^u^ 
vmit que Di^eKÎste. Seulement iauiUeH! de Hmtf 
apparaître sôus l'idée de maçon, îl.SMm^bpparaii- 
tra sous» Tidée d'architecte. • Nou^ m voyops pas 
q«'il y perde beaucoup. 

Nous avons déjà assista à oette imétamorpbose de 
ridée de Dieu dans notre ^ étude {éoirate ^(iliv;..!!, 
eh. h) sur la force et la matière. Au point dô vue dis 
la destination des êtres et des choses, riâéeicqrpô- 
lative subit la môme progression ; loin d'4ffaiblir 
Tantique beauté du plan de la oréatifOir^ ^1}^ h 
développe et Tagrandit en dlmiia&e^ses.prAppç- 
tions; ^Rous supposons' qu'au li^ d>u.9Qip§iin 
construisant le prototype deieHique^spèç^oYll- 
igétate et aniniale,; q est une':&ree.iintimfi|)<W^- 
née ik lia nïatîère < : en iquol .e^ie,. i»i(|itifi(;9^ 
éétruit-eUe'la -ctaviction d-un^ ii)t^Ui|!Bn9e'oi*éa- 
tifiçe él d'un but dans.;.la,iî€rèatipA.Î I*ô,:f^ut-il 
* pas s se ! fermer tout exprès lesi y^uxj ^ Tenten- 
^defruMÉ peut reûiser- de. yoiir:sdhn$, cette force 
intime de la nature l'effet d'une pensée intelli- 
gente? Ne faut-il pas être aveugle pour mécon- 



\ 



42% LIVRE lY. — DBgnf^^MPÏOt^ lî^^^^^^T I>ES CHOSES. 

Que 5i.l'op prôtentlqM» la- qafpsfl^ejEpffgfftj^^lSq 

dans ' we flirectipn tFjermanp^. ^c^r^ ,^§if,ç^^l)5'| 

sans <3es5ô ipbï3) pftriiaijtSf . <fif>t jSkYfflj^eKj è, ÛmHWf 
cettô, naturel! est r4iirig^,y^,-fi^ j^lp.flafi,Bfi§lj 

cause. ( inifelligewte* ' Gf) wn wt. J» \. ^k^im^m^^\ 

la foïwie(:yég«a4eVftïWJWtef{iliW»^ 

ces organes qui constî|tfeqtil'êt^iÇ)[»?#i4l€^)^o 

ces a,p|itîr«»tei pigr Je^ijnetei i{êlf(^r;^i^fttj Bsti^j^o^bq 
rauntortion iperfi*4Ai^*ft fti?efi. toif h(^§ ^ift ii^^d 
pasliri îflwr qije4Ieh^awprî^d^iifisaBc^ 9iE^m?. 

qiû, *ul,ijiigaîetciopa»îtM;GWPrnftPti:^ fei^MiS^^ 
soient SitWw îCWfitf^itft? ;)P^?fl» lfli»fcipft^4Sîr[ 
appdfeila!»HltTHsfiré*fs«fe>;i^[ijftnT|i^ iTOfHfiS 9ft| 
raa»quèî2 liCckïamairt ^le^i ftrg^nispiiÇfi n lYWaAjg ^ 

géûï^$ii^tfeg|)èic^,sf^ejftîpi}^^^ I^iï^ihl^#) 
huKlftini {teUtTijl 'étfiWW/d^r^a§s^^^ 
dans.i:eii$ôi|li>i^4eç,^lWft? ^nwjiçjfjJk. g^fki^l ^^^ 

y reconiOTs«»pn9r4rqg^fiallP9Hf^¥C^'i^ 
n'erffelli3pî|&^ftf€Jpf?o*,^;;i}09fit^03^^,§?il^^^ 

relié. Oâ é>.plîqiHft|tWfi lPSiprc^l?}ABîç%pi^[f ép^^ 
que la jMI©«e^e$tipop^a/y8gsj»niaîp[r^ 



et tend sans cesse à la réalisation des forniès^'te^O 
pWy ïfe'fftiMésVltfëîs celle! t«ndrtncft','cé^pvigrôs«!6l- 
sttVét», fefe hëéMn de grandir : 'qu'e«imî*?i sfR^^i 
Tftbt^^ff une "forde xi/rfVêrsl[»Ul& qui ^dirigei • le' fwoftdôb 
vé*ëU'jaèal.^Qù;'èst*«e^tt'é' cette tttarbhe ^imuttante?. 
dë^ Wué^lès'êffës Versitt' pe'rfec!ïMi/'Sin«îi'/fl«'rAiiaj 

lé?^W^fetf^WMfn^#' elte* le 'Wé«iè,''el^iltrriid'ïrcN« 

icfflte'^ife 'ibqueîte'Ifif rliatifere ser^aè h>'jamai8u'feiel 

opfffô*eif^lè*W<M*idi^ob^àc!ë? '• ' »':' n :. ^n 

^ Që'é[\ië hoùi vènowsf dedilrer d ir méosiifistiiei de Vmi? 

c^ftfFëi' tf^è&t pa^' moins adfnifabl^mei^tdOonstruifaT 
sëMtf 4èf^ i6}M& Vkààii^i^ixi^^fie le premier œlenq 
les^lëfe^dlé^l*ôjitîqde;Nous poni^riqttii p0nt^»êtTO«^ 
cbitiit (ài^ 1e$ 'igtiôrantsv <}di' n^))t jOYfiraÎB'dbservèi 
d^^^«iws/'et qui hë^eé>TihnlaifeËént âiiicu»è iloli'de.ftai 
I^^i(ïtië'à^èil« te-«àt>tafste de ttbiveqmVkAÎi Weiâ 
pH& felt jpoûr iWJr'ni^ l-orèitte ^lir èrrtendfév Mapj^î 
(fiSd dfeà^'hkymm^ë InstruitsV'iqiii'ontleBfu^œsBeii»^ 
sDïi^lëttàt' ^slcëljpicl et I ^i > t)m ^bhséï^ lést^ > ipatfapleq 
ef ^nfMWWfe eonsttticliôhj^vkfnneAl lettselgndr 'quai 
cfeTJàfékrièS';S<ih<l le-pitJdlîit de^^tof^'- ïnij^teW^i 
gëiite.^'-c^éSt^ îà 'tine pcrvdifsteW d^esiprit'dîffidto*! 
jlfetiBéh- \N'â^rt)i{t-i()tt'' Tù "q^'anie !c<»réCPuelioh^«ob 

sê?Mï^Uté$àftté''t)iot#^ëk^ei^4^éè]^lft èlj Idi'^MH 
rètfÀftîirfKrè re^fetefnèi d'Wn^ééttttidièfl^auîéoapaiït) 

dariS 'son' esprit ' et - daft* iàr ^pùiiiiûeÀ^èiiÈàeme «et 



I»* 



430 LIVRE IV. — DESTU^ AWN ' PES £TR66 ET DES CHOSES. 

l'émotion éclatée, en admirant le mècanUme de 
Touïe. L'oreille extérieure, dont les graôeuses on«» 
dulations amènent les ondes sonores, jusqu'à leur 
centre, n'est ^utre chose qu'un pavillon destiné à 
diriger ces ondes vers le conduit auditif. Ce cou- 
duil,, portai le son de Touverture de Tpreilleiila 
membranje du lyn^pan, le traja^eldansso^iaië* 
grité au nerf qui doit effectuer la sensation; il est 
tapissé d'une substance muqueuse, où 4es glandes 
sécrètent une humeur destinée à modérer Timpce^ 
slon trop irritante de Tair et à interdire auxcoarpsi * 
étrangers rentrée de Torgane de l'oule. En amère 
de la membrane du tympan est une petite chambre 
dans ^aqui^Ile d«ux fenêtres, l'une ronde, ;I!aQ,tre; 
ovale, situées à l'opposé du tympan, communiquent 
avec l'ofeille interne* CçUe^ci se tcompose d'abord- 
d'une cayUéf osf euse cpntoijiniéeen spirale^ appelée 
lima^n,Iipis de trois cavités en demi*cercle, enfin 
d'une cavité centrale remplie d'un liquide aquauxi 
dans lequel baigpe le nerf accustiqtie qui y vient 
aboutir* f^es vibrations sonores arrivent aux ine«h 
branes de la fenêtre ovale et de la fenétiie ronde, 
passent par la rsaupe du limaçon et de là par le§ 
canauxde^i^circulaires, ^ arrivent enfin à la (Sa- 
vite centrale remplie du liquide qui transmet au 
nerf acoustique ces vibrations. Celui-ci est ébranlé, 
et c'est seulement cette impression traiismise au 
cerveau qui constitue l'audition* Tel est dans son 
ensemble le mécanisme dû sens de l'ouïe. Nous 
n'entrons pas dans les détails^ parce que c'esf suf- 
fisamment compliqué' comme cela. Or en se . bor-. 



ïiaat ï»ême à* cette simple descrifltiion,' c[uel est 
Fôsprît cultivé ifûî =osera sérieusement prétendre 
que ce mécanisme ne preuve pas cfue celui qui Ta 
eorxstrtrit savait (|uë le son cdnsiste en vibrations, 
que^esvibr&lions né pouvaient se transmettre que 
par Gèrtalnsi i^ïterlnédiâireâ, et que pour rendre le 
son -înlégralement pércieiptible au cerveau,' il fallait 
en appareil d'acoustique en avant du herf? Quel 
est l'homme de bonseAs qtiî admettra que cet 
instrument s'est construit ôeul, par hasard, sous 
Fimjpulëiôn de je ne sais quelle force brutei et sans 
àucan <teëseîn arrêté pour sa construction*? Et si 
ne nous bornant pas à Taspéct" physique de Tétre 
peAsantf nous; faisions à nos advîersaîres Tembar- 
liassant homieur d'^trér dans le caractère intime 
à&ià pensée; si nous leur demaiidions cbrnment 
un son parle à l'esprit et comnient l'esprit réjiônd 
à Poreille; si nous les mvîtîons en uii mot à dé- 
ïôdntrer qyé Phomine n'est pas une intelligowe 
^einoie par Mes organes, nouà' ' doutons ^folt qu'ils 
pi^^ssent ^ tirer de leur poîsiticin ttêgâtiVe antre- 
ifiéni que pai^ les feux-fuyante à Fabrî desquels 
s^êéquiventlefe teatiVai^ éortibattaïrtsi '' " î '• ' 
:Mais lors mêiSae que l'on serait datiè' lé VrSi sur 



I B » m- 



\l 



> Voltaire rid pouvait s'empôohôi^ «dé* tliimî^w i^n^ ét^ynhement 
snf les né^teur^ dç la causalité .g^nét^ale;. a Én.p^ilpsopbie, 
cnt-il (Dict: phil.f Dieu), Lùcrécê me paraît, je l'avoue, fort au- 
deP86U& d'il» pmrtier: de CDllëge. et d'un bedeau de^pai^isse.' Alfir- 
mejf que ni l'œil n'est tait pour 'voif , ni f'oreiWç pouf entendre, ni 
l'feôiôimac pbur digérer, n'est-ce pas là la plus énorme des absur^ 
dHéSf là plus ràY(»lt«mtetf9Ueqiâ:s»Hja^iaii^'tdRibëe<da^^ l'esprit 
Umnain? Tout doùjteur qfn^ jç, pm,. çetU^ 4^^ fne^paraît éyi-^ 
dente fet je iVàis.'i * ' " " > r ^^ 






432 LIVRE nr. ^ DESTINÂTlOr) DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

le rapport entre les organes et les fonctions, lors 
même qu'il serait prouvé que les organes sont dé- 
veloppés, constitués par le jeu des fonctions, il 
resterait encore un fait bien plus général et plus 
considérable que celui-là à expliquer. Par quelle 
fonction expliquerait-on Torganisation de la vie ter- 
restre tout entière? Voyez ces masses floconneuses 
suspendues dans l'azur comme des édifices dV- 
gent vaporeux, ces nuages dont Tombre tempère 
l'accablante chaleur du jour. Ils viennent des mers 
et, portés sur les vagues de Talmosphère, ils sont 
. dirigés par les vents du ciel vers les continents et 
les terres habitées. Qu'arriverait-il si, sous Faction 
d'une force aveugle, ils refusaient de verser la . 
pluie fécondante sur les champs et les prairies*/ 
Bientôt une immense sécheresse crevasserait le sol, 
la verdure des plantes se fanerait, la vie cesserait 
de couler dans les canaux de la sève. Si l'organisa- 
tion générale de la planète n'est pas réglée par un 
esprit supérieur, osera-t-on prétendre, que c'est à 
force de rouler dans l'espace que la Terre a succes- 
sivement acquis la faculté de vivre et de renouve- 
ler sans cesse le progrès de son existence? — Ici 
encore nous opposons aux négations de nos igno- 
rants ou systématiques adversaires le témoignage 
des explorateurs du monde physique, de ceux qui 
ont découvert les lois des courants aériens et ma- 
ritimes. « Après la constatation si évidente de Tor- 
dre qui préside à l'économie physique de notre 
planète, dit le commandant Maury, on pourrait 
aussi bien admettre que les rouages et les ressorts 



9 

t 



.^vyUr.^S^ '^. 



LES ORGANES ET LES FONCTIONS 453 

d'une montre ont été construits et assemblés par 
le hasard, que de donner à ce même hasard une 
direction dans les phénomènes de la nature. Tout 
obéit à des lois conformes au but suprême si clai- 
rement indiqué par le Créateur, qui a voulu faire 
de la terre une habitation pour l'homme ^. » 

Le spectacle des œavres de la nature, dont la 
beauté est d'une éloquence si irrésistible, ne parle 
ni à leur esprit ni à leur cœur. Après l'avoir con- 
templé, ils déclarent sans façon que « les faits 
démontrent que dans les formations organiques et 



^ Nous ne pouvoi)? nous empêcher de signaler à ce propos, la 
profession de foi d'un capitaine de navire au commandant Maury : 
« Vos découvertes, lui écrit-il, ne nous apprennent pas seulement 
à suivre les routes les plus sûres et les plus directes sur l'Océan, 
mais encore à connaître les meilleures manifestations de la 
sagesse et de la bonté du Tout*Puissant , par lesquelles nous 
sommes continuellement entourés. Je commande un navire de- 
puis longtemps, et je n'ai jamais été insensible aux spectacles de 
la nature ; j'ai cependant senti que, jusqu'au jour où j'ai connu 
vos travaux, je traversais l'Océan comme un aveugle. Je ne voyais 
pas, je ne concevais pas la magnifique harmonie des œuvres de 
celui que vous appelez si justement la grande Pensée première. 
Je sens, bien au-dessus de toute satisfaction des bénéfices dus 
à vos travaux, que ces travaux ont fait de moi un homme meil- 
leur. Vous m'avez appris à regarder partout autour de moi, et à 
reconnaître la Providence dans tous les éléments dont je suit 
entouré. » (Géographie physique ^, 

Nous ajouterons, avec deux autres officiers de marine, MM. Zur- 
cher et HargoUé que l'étude des œuvres de Haury fait ressortir 
l'élévation de ses vues, sa foi religieuse, et le rapproche jus- 
tement des génies qui, comme Œrsted, Herschel, Geoffroy Saint- 
llilaire. Ampère, Gœthe, nous révèlent la suprême sagesse en nous 
dévoilant la magnificence des œuvres divines, Herschel disait : 
« Plus le champ de la science s'élaf git , plus les démonstrations 
de r existence éternelle d'une intelligence créatrice et toute -puis- 
sante deviennent nombreuses et irrécusables. Géologues, mathé- 
maticiens, astronomes, naturalistes, tous ont apporté leur pierre 
à ce grand temple de la science, temple élevé à Dieu lui-même.» 

25 



434 LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES 

inorganiques qui se renouvellent sans cesse sur la 
Terre, il ne peut y avoir l'action directe d'aucune 
intelligence. Vinstinct de la nature de créer lui est 
prescrit formellement, ajoutent-ils * sans s'aperce- 
voir que leurs expressions mêmes laissent entre- 
voir la nécessité où nous sommes d'admettre une 
loi et une ordonnance dans la nature. 

Au surplus, ils rejettent loin d'eux toute demande 
d'explication sur le plan de la nature. Les idées de 
finalité doivent être rejetées comme du levain aigri, 
disait déjà G. Forster, et Tauteur de Lehreder Nah- 
rungsmittel fur das Volk renchérissant encore sur 
cette déclaration, ajoute que « plus on a pris 
l'habitude de les combattre, plus il faut craindre 
les tentatives qu'on fait sourdement pour introduire 
dans la science l'idée d'une finalité, afin d'éclairer 
les phénomènes de la nature. » 

Voilà en un mot leur grande crainte : la lumière. 
Plus le labyrinthe est obscur, plus il y a débrouil- 
lard, plus les Allemands sont heureux. 

Si nous voulions presser la défense de notre 
cause jusqu'en ses retranchements, nous sommes 
dans une position si bien gagnée d'avance que nos 
interrogations tomberaient dans le ridicule. E)ipli- 
quez-nous, par exemple, ô savants juges ! pourquoi 
les yeux ne nous ont pas poussé sous les pieds, et les 
oreilles aux jarrets? C'est un effet de la moelle épi* 
nière, répondez-vous. Allons donc! Est-ce que la 
moelle épinière sait ce qu'elle fait ? Dites-nous seu- 

^ Forée et Matière, eh. vu 



LES ORGANES ET LES FONCTIONS. 4^5 

lement pourquoi nos paupières et nos sourcils n'ont 
pas la forme d'un pavillon d'oreille, et pourquoi nos 
oreilles ne se ferment pas par des paupières cligno- 
tantes. Vous souriez I je crois. A la bonne heure ! 
C'est la réponse la plus spirituelle que vous nous 
ayez faite jusqu'à présent : vous vous répondez à 
vous-mêmes... 

Le fait de l'adaptation des organes aux fonctions 
qu'ils doivent remplir, et l'état organique de l'être 
suivant sa fonction dans l'économie générale, sont 
des exemples si évidents du plan de la nature, 
qu'il faut se borner à une observation très-incom- 
plète pour ne pas en tirer la conclusion en faveur 
de notre thèse. Quel que soit l'aspect sous lequel 
nous envisagions les êtres vivants, ce plan est par- 
tout écrit en lisibles caractères. Sans l'idée géné- 
rale de la destination, le physiologiste ne pourrait 
déterminer le jeu d'aucun organe, et la science se 
stériliserait. Et si, nous élevant des faits particu- 
liers aux faits généraux, nous considérions non 
plus un organe spécial, mais un être vivant dans 
sa personne entière, suivajit sa fonction dans la 
nature, par exemple suivant son sexe, nous recon- 
naîtrions que tout dans cette personne concourt au 
but de la nature. Il ne nous est pas nécessaire de 
nous étendre sur cet aspect délicat de la question, 
quoique nous soyons assuré d'avance de la vio 
toire, surtout si nous prenions pour type cette moi- 
tié du genre humain qui diffère très-sensiblement 
de la nôtre depuis son caractère anatomique jus*- 
qu'à sa tournure d'esprit. En vérité, le plan du 



436 LIVRE IV. . DESTINATION DES ÉTUES ET DES CHOSES 

Créateur est si universellement marque, que Rabe- 
lais pourrait prouver Texistence de Dieu par rim- 
moralité de certaines descriptions... Hais c'est 
assez sur ce sujet. 

L'antique problème de l'origine des espèces est 
d'un intérêt plus général encore que celui de l'ap- 
propriation des organes à leurs fins. Nous avons vu 
que Texistence de la vie à la surface du globe ne 
s'explique pas sans cause première. Au point de 
vue des causes finales, parlons seulement ici de 
Y organisation des espèces selon les climats et les 
lieux où elles vivent, et de Ténigme de leur trans- 
formation selon les âges géologiques. Ceux qui 
nient Texistence d'un pouvoir intelligent dans la 
direction du monde, prétendent que les espèces 
peuvent se transformer les unes dans les autres, 
en commençant au bas de l'échelle zoologique, 
sous l'action des milieux et des circonstances do- 
minantes. Cette hypothèse se plaçant immédiate- 
ment dans le nœud même du problème, explique 
entièrement l'adaptation des êtres animés à leur 
lieu d'habitation, puisqu'elle enseigne que ces 
êtres sont le résultat de ce lieu. Voyez, par exem- 
ple, cette girafe : si elle a un long cou, c'est parce 
que l'espèce primitive qui lui a donné naissance 
s'est trouvée en des pays où il n'y avait pas de 
feuilles basses aux arbres. Obligée de tendre con- 
stamment la tête en haut, le cou s'est successive- 
ment allongé jusqu'au point où nous le voyons au- 
jourd'hui. Le cou n'a donc pas été donné à la 
girafe en vue de son genre de nourriture ; mais il 



LES ORGANES ET LES FONCTIONS. 457 

est le résultat définitif de ce genre même. Un aigle 
Tend l'espace de son vol rapide. Vous admirez la 
construction ingénieuse' (et encore inimitable) de 
ee complexe appareil qui donne aux oiseaux l'em- 
pire des airs. Eh bieni les ailes n'ont pas été don- 
nées à Toiseau pour voler ; mais il vole parce qu'il 
a des ailes. Comment les ailes lui sont-elles ve- 
nues ? Une première espèce aura commencé à sau- 
ter, et se sera bien trouvée de cette innovation. 
Elle aura d'abord fait de petits sauts. Puis, en 
s'exerçant, elle aura donné plus de développement 
aux membres antérieurs. En continuant ainsi pen- 
dant quelques millions d'années, elle se sera peu 
à peu trouvée munie d'une transformation radi- 
cale dans ses organes antérieurs. Et voilà comment 
les ailes sont le résultat du vol. Ces messieurs 
mettent le Créateur dans un certain embarras. 
Car enfin, le bon Dieu a cru bien faire de donner 
des ailes aux oiseaux pour voler, et voilà que pré- 
cisément, parce que ces ailes sont parfaitement 
adaptées à leur usage, on vient dire qu'elles ne 
prouvent pas du tout Tintelligence de cdui qui les 
a faites ; au contraire 1 De bonne foi, messieurs, 
vouliez-vous donc qu'il fît voler les oies avec vos 
robes de chambre?... Continuons un instant 
encore. 

Comme la mer a recouvert jadis toutes les con- 
trées du globe, il est naturel de penser que toutes. 
les espèces vivantes, végétales et animales (l'homme 
compris), ont commencé par l'état de poisson. 
Est-ce que cette transformation de poissons en 



458 LIYBE lY. — DESTINAnON DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

chevaux et en hommes vous étonne? Vous avez 
tort de vous étonner pour si peu : il y a bien d'au- 
tres faits merveilleux dans la nature. Faites-nous 
au moins l'honneur de prêter un peu d'attention à 
l'éditeur responjable de cette théorie, feu M. de 
Maillet. 11 n'y a aucun animal marchant, volant 
ou rampant, dont la mer ne renferme des espèces 
semblables ou approchant, et dont le passage ^'un 
de ces éléments à l'autre ne soit possible, proba- 
ble, même soutenu d'un grand nombre d^exem- 
ples. Nous ne parlons pas seulement des animaux 
amphibies, des serpents, des crocodiles, des lou- 
tres, des divers genres de phoques et d'un grand 
nombre d'autres qui vivent également dans la mer 
on dans l'air, ou en partie dans les eaux et sur la 
terre, mais encore de ceux qui ne peuvent vivre 
que dans l'air. Nous savons que les animaux que 
la mer produit sont de deux genres. L'un voyage 
dans le sein des eaux, nage, se promène et fait ses 
chasses ; l'autre rampe au fond, ne s'en sépare 
pas. Ou très-rarement, et n'a point de dispo- 
sition à nager. Qui peut douter que, du genre 
volatil des poissons, ne soient venus nos oiseaux 
qiii s'élèvent dans les airs ; et que, de ceux qui 
rampent dans le fond de la mer, ne proviennent 
nos animaux terrestres qui n'ont ni disposition à 
voler, ni l'art de s'élever au-dessus de la terre? 

Pour se convaincre que les uns et les autres ont 
passé de l'état marin au terrestre, il suffît d'exami- 
ner leur figure, leurs dispositions et leurs incli- 
nations réciproques, et de le9 confronter ensemble. 



8TST£llB DE U HÉTAHORPHOSE DES ORGUES. 
Pour commencer par le genre volatiU faites ; 
tioi), s'il V0U8 plaît, non-seulement h la fon 
toutes les espèces de nos oiseaux, mais enc 
la diversité de leur plumage et à leurs ini 
lions : \ous n'en trouverez aucune que voi 
rencontriez dans la mer. 

Observez encore que le passage du séjoii 
eaux à celui de l'air est beaucoup plus ni 
qu'on ne se le persuade communément. L'aii 
la lerre est environnée est mâle de beaucoup di 
ties d'eau. L'eau est un air chargé de parties 
coup plus grossières, plus humides et plus pe£ 
que ce fluide supérieur auquel nous avons ai 
le nom d'air, quoique Tun et l'autre ne fasseni 
lement qu'une même chose pour les besoins 
théorie de Telliamed. U est donc facile de coni 
que des animaux, accoutumés au séjour des 
aient pu conserver la vie eh respirant un s 
celte qualité. « L'air inférieur n'est qu'un 
étendue. Il est humide à cause qu'il vient de 
et il est ekaud parce qu' il n^esl pas si froid qu'H 
rait être en retournant en eau. » 11 ajoute 
bas : « 11 y a dans la mer des poissons de pr 
toutes les figures, des animaux terrestres, i 
des oiseaux. Elle renferme desplantes et des fl 
et quelques fruits : l'ortie, la rose, l'œillet, l 
Ion, le raisin, y trouvent leurs semblables. » 

Ajoutons à ces réflexions les dispositions f: 
blés qui peuvent se rencontrer en certaines ri 
pour le passage des animaux aquatiques du s 
des eaux à celui de Pair ; la nécessité même 



HO LIVRE IT. — DESTIHATIOn DES ÊTRES ET DES CHOSES. 
passage, en quelques circonstances, par exemple, 
h cause que la mer les aura abandonnés dans des 
lacs dont les eaux auronl enfin diminué à tel point 
qu'ils auront été forcés de s'accoutumer a mte 
sur la terre, ou même par quelques-uns de ces ac- 
cidents qu'on ne peut regarder comme fort eitra- 
ordinaires, il peut arriver que les poissons ailés et 
volants, chassant ou étant chassés dans la mer, 
emportés du désir de la proie ou de la crainte de 
la mort, ou bien poussés peut-être à quelques pas 
du rivage par les vagues qu'excitait une tempête, 
soient tombés dans des roseaux ou dans des her 
bages, d'où ensuite il ne leur fut pas possible de 
reprendre vers la mer l'effort qui les en avait ti- 
rés, et qu'en cet état ils aient contracté une plus 
grande faculté de voler. Dans ce cas, leurs nageoi- 
res n'étant plus baignées des eaux de la mer, se 
fendirent et se déjetèrent par la sécheresse. Tandjs 
qu'ils trouvèrent dans les roseaux et les herbages 
dans lesquels ils étaient tombés quelques aliments 
pour se' soutenir, les tuyaux de leurs nageoires, 
séparés les uns des autres, se prolongèrent el se 
revêtirent de plumes, ou, pour parler plus juste, 
les membranes qui auparavant les avaient tenus 
collés les uns aux autres se métamorphosèrent, la 
barbe formée de ces pellicules déjetées" s'allongea 
elle-même^ la peau de ces animaux se revêtit in- 
sensiblement d'un duvet de la même couleur dont 
elle était peinte, et ce duvet grandit. Les petits fli- 
krons qu'ils avaient sous le ventre, et qui, comme 
leurs nageoires, leur avaient aidé à se promener 



SYSTÈME DE LA MÉTAMORPHOSE DES ORGANES. 4it 

dans la mer, devinrent des pieds et leur servirent 
à marcher sur la terre. 11 se fit encore d* autres pe- 
tits changements dans leur figure. Le bec et le col 
des uns s'allongèrent, ceux des autres se raccour- 
cirent ; il en fut de même du reste du corps. Ce- 
pendant la conformité de la première figure sub- 
siste dans le total, et elle est et sera toujours facile 
à reconnaître. 

A regard des animaux rampants ou marchant 
sur la terre, leur passage du séjour de Teau à ce- 
lui de la terre est encore plus aisé à concevoir. 11 
n'est pas difficile à croire, par exemple, que les ser- 
pents et les reptiles puissent également vivre dans 
l'un et l'autre élément; l'expérience ne nous per- 
met pas d'en douter. 

Quant aux animaux à quatre pieds, nous ne trou- 
vons pas seulement dans la mer des espèces de leur 
figure et de leurs mêmes inclinations, vivant dans 
le sein des flots des mêmes aliments dont ils se 
nourrissaient sur la terre, nous avons encore cent 
exemples de ces espèces vivant également dans 
l'air et dans les eaux. Les singes marins n'ont-ils 
pas toute la figure des singes de terre? Il y en a de 
même de plusieurs espèces. 

Le lion, le cheyal, le bœuf, le porc, le loup, le 
chameau, le chat, le chien, la chèvre, le mouton, 
ont de même leurs semblables dans la mer. 

L'histoire romaine fait mention de phoques ap- 
privoises et montrés au peuple dans les spectacles, 
saluant de leur tète et de leur cri, et faisant au 
commandement de leur maître tout ce qu'on ap- 

25. 



m UTRE IT. — DESTINATIOn DES &TRES ET DES CHOSES 

prend chez nousà divers animaui, qu'on dresse et 

qu'on instruit à certain manège. N'en a-l-on pas 

EifTectionner à ceux qui en prenaient soin, 

le les cliiens s'attachent à ceux qui les élè- 

conçoit que ce que l'art opère dans ces pho- 
la nature peut le faire d'elle-même, et que, 
certaines occasions, ces' animaux ayant bien 
plusieurs jours hors de l'eau, il n'est pas m- 
île qu'ils s'accoutument à y vivre toujours 
la suite, par l'impossibilité même d'j ^elou^ 
"est ainsi, sans doute, que tous les animaui 
itres ont passé du séjour des eaux à la respi- 
I de l'air, et ont contracté la faculté de mugir, 
rier, d'aboyer et de se faire entendre, qu'ils 
ient point dans la mer, ou qu'ils n'avaient du 
} que fort imparfaitement '. 
js n'écouterons pas plus loin cet écrivain, 
^lèbre par les railleries de Voltaire que par 
hilosophe indien. 11 continue par une inter- 
!)le série d'histoires et de contes plus ou moins 
ntiques d'hommes marins de toutes formeset 
ites couleurs, d'hommes sauvages, d'hommes 
ue, d'hommes sans barbe, d'hommes d'une 
i et d'une main, de noirs, de géants, de 
, etc., et par la transmigration des singes el 
ommes marins sur la terre ferme. Le plus il- 
} des géologues, Cuvier, a consigné dans la 
ration suivante son jugement absolu sur celle 

lismed ou Entrelien if un p^ct^e indien avec tm »if 



^ iT»t* 



ERREUR DES APPLICATIONS PARTICULIÈRES. 445 

théorie renouvelée des Grecs, et que nos contem- 
porains nous proposent aujourd'hui sous une fi- 
gure peu différente : « Des naturalistes, matériels 
dans leurs idées, sont demeurés humbles secta- 
teurs de Maillet ; voyant que le plus ou moins 
d'usage d'un membre en augmente ou en dimi- 
nue quelquefois la force et le volume, ils se sont 
imaginés que des habitudes et des influences 
extérieures longtemps combinées ont pu chan- 
ger par degrés les formes des animaux, au point 
de les faire arriver successivement à toutes celles 
que montrent maintenant les différentes espèces ; 
idée peut-être la plus superficielle et la plus vaine 
de toutes celles que nous avons déjà eu à réfuter. 
On y considère en quelque sorte les corps organi- 
sés comme une simple masse de pâte ou d'argile 
qui se laisserait mouler entre les doigts. Aussi, du 
moment où ces auteurs ont voulu entrer dans le 
détail, ils sont tombés dans le ridicule. Quiconque 
ose avancer sérieusement qu'un poisson, à force 
de se tenir au sec, pourrait voir ses écailles se fen- 
diller et se changer en plumes, et devenir lui-même 
un oiseau, ou qu'un quadrupède, à force de péné- 
trer dans des voies étroites, de repasser à la filière, 
pourrait se changer en serpent, ne fait autre chose 
que prouver la plus profonde ignorance de.l'ana- 
tonnie. » 

Cette théorie, contre laquelle tant de difficultés 
s^ élèvent, suppose que tous les êtres descendent 
d'un type primordial par une série de transfor- 
mations successives constituant Tunitë organique. 



•'•C ' *v*v «^1 




444 LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

L'œil, Toreille, ne sont qu'un nerf sensible dé- 
veloppé par l'exercice; le front et le crâne se 
sont moulés sur le cerveau ; le cerveau n'est que 
Y épanouissement de la moelle épinière. Mais, répon- 
drons-nous avec M, Paul Janet, « comment l'habi- 
tude a-t-elle pu opérer une pareille métamorphose 
et changer la vertèbre supérieure de la colonne 
vertébrale en une cavité capable de contenir Ten- 
céphale? Voici ce qu'il faudrait supposer : c'est 
qu'un animal qui n'aurait qu une moelle épinière, 
à force de Texercer, a réussi à produire cette ei- 
pansion de matière nerveuse que nous appelons le 
cerveau ; qu'à mesure que cette partie supérieure 
s'élargissait, elle refoulait les parois d'abord molles 
qui la recouvrent, jusqu'à ce qu'elle les eût forcées 
à prendre sa propre forme, celle de la boîte crâ- 
nienne : mais que d'hypothèses dans cette hypo- 
thèse! D'abord il faudrait imaginer des animaux qui 
eussent une moelle épinière sans cerveau, car autre- 
ment il est tout aussi plausible de considérer la moelle 
épinière comme un prolongement du cerveau, que 
le cerveau comme un épanouissement de la moelle 
épinière. Ce qui semble l'indiquer, c'est qu'on 
trouve déjà l'analogue du cerveau même dans les 
animaux qui n'ont pas de moelle épinière, dans 
les mollusques et les articulés. Or, si le cerveau 
préexiste dans les animaux vertébrés, le crâne pré- 
existe : il n'est donc pas le produit de l'habitude. 
Ajoutez qu'on comprend difficilement rexercice 
et l'habitude se produisant sans cerveau : ce sont 
des faits qui résultent de la volonté, et il semble 



L'UNITÉ DE PLAN. 449 

bien que le cerveau soit l'organe de la volonté. 
Ajoutez enfin qu'il faudrait encore admettre que 
la matière osseuse eût d'abord été cartilagineuse, 
afin de se prêter aux élargissements successifs né- 
cessités par le progrés du système nerveux, ce qui 
impliquerait une remarquable accommodation 
dans cette souplesse primitive de la matière os- 
seuse, sans laquelle le développement du système 
nerveux eût été impossible, n — Les organes et les 
fonctions se sont parallèlement manifestés suivant 
le plan général. La causalité nous parait si évi- 
dente que vraiment nos adversaires mériteraient 
que la nature les privât quelque temps de certains 
muscles (par exemple du sphincter I) et les forçât 
ainsi à avouer que les moindres organes ont un 
but à remplir. 

Nous ne voulons pas reprendre dans ce chapitre 
la question primitive de l'origine de la vie à la sur- 
face du globe, ni de son entretien et de sa progres- 
sion sous la puissance des lois providentielles. 
Nous avons examiné cette question sous tous ses 
aspects dans notre chapitre sur VOrigine des êtresj 
^et nous avons tiré la conclusion inattaquable que 
(v. p. 233) la vie terrestre est constituée par une 
farce, unique et centrale pour chacun des êtres, 
qui dispose la matière suivant un type dont l'in- 
dividu doit être Texpression physique. Nous avons 
vu que la loi du progrès chez les êtres organisés, 
depuis la plante jusqu'à Tesprit humain, affirme 
rintelligence divine et montre la présence continue 
de Dieu dans la nature, loin de tendre, au con- 



146 LITRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

traire, à la négation de la puissance créatrice. Dans 
notre cas particulier (Plan de la nature — con- 
struction des êtres vivants), nous avons une affir- 
mation plus directe encore de l'action intelligente 
dans l'organisation merveilleuse des corps animés, 
attendu que cette action intelligente est également 
nécessaire dans le cas où les espèces se seraient 
successivement transformées suivant Fascension 
zoologique (hypothèse qui est loin d'être admise), 
et dans le cas où le premier couple de chaque es- 
pèce serait le produit d^une force particulière qu'il 
ne nous est pas donné d'apprécier. Nous avons 
donc le droit de clore cette discussion de l'adap- 
tation de chaque espèce à son genre de vie par 
la déclaration qu'en supposant même une progres- 
sion naturelle, instinctive, lente et insensible, une 
plasticité normale de l'organisme, une obéissance 
inconsciente de chaque espèce aux forces domi- 
nantes, Fhypothèse matérialiste ne gagne rien 
pour cela. Cette appropriation de la matière orga- 
nisée aux causes extérieures démontrerait simple- 
ment une grande sagesse dans la pensée et dans 
l'acte du créateur. 

Si, comme on le demandait plus haut, les êtres 
étaient de marbre ou de fer, certaines critiques 
pourraient sans doute être satisfaites. Mais qu'ar- 
riverait-il? Tout changement de climat, de tempé- 
rature, de milieu, de nourriture, d'altitude, serait 
un arrêt de mort pour ces espèces inflexibles. Le 
roseau plie, mais le chêne est déraciné par l'aqui- 
lon. 



L'UNITÉ DE PLÀII. 447 

Loin donc de voir l'absence de pensée et de des- 
sein dans cette flexibilité merveilleuse de l'orga- 
nisme vivant, dans celte faculté impérissable de 
tirer le meilleur parti des circonstances le" "'— 
- fâcheuses, de vaincre les obstacles et de ] 
quand même Tétendard de la vie sur te sol 
abrupt et le plus ingrat ; nous reconnaissoi 
cette puissance le témoignage irrécusable 
cause 'omnipotente qui, dés les premiers i 
aimé que les mondes harmonieusement 
dans l'étendue, fussent enveloppés des care 
la vie. 

L'intelligence créatrice et organisatric 
nous appelons Dieu demeure donc la loi [ 
diale et éternelle, la force intime et uni^ 
qui constitue l'unité vivante du monde. Toi 
fîculté disparaît en substituant l'idée de p 
néral à la causalité humaine. Organes el 
lions, individus et espèces, sont emportéE 
même direction. L'univers est le dévelopj 
d'une même pensée, et l'unité de type est s 
sous toutes les formes particulières de la ' 
restre. Vers quelle direction nous emporte 
îéè éternelle? C'est ce que nous allons i 
d'entrevoir en terminant cette étude sur la 
nation des êtres et des choses. 



Il 



PLAN DE LA NATURE — INSTINCT ET INTELLIGENCE 



Des lois qui présUîoiit à la conservation des espèces. — Faculté» 
instinctives spéciales. — L'instinct n'est pas expliqué par la «up- 
position d'habitudes héréditaires. — Distinction fondamentale 
entre les faits instiactifs et les faits raisonnes. — Du dessein 
dans les œuvres de la nature. — Ordre général et harmonies 
universelles. — Quelle est la destination générale du monde?— 

•> Grandeur du problème. — Insuffisance de la raison humaine 



La construction lente et progressive des êtres 
vivants, la formation des espèces durables, établit 
la présence permanente de la cause créatrice, et 
proclame éloquemment sa sagesse et son intelli- 
gence. Si maintenant, laissant l'organisation des 

individus pour étudier celle des familles, nous pé- 
nétrons dans les mystères de l'instinct, nousdécou- 
vrirons ici encore le plan du Créateur écrit en bril- 
lants caractères. 

On a beaucoup discuté sur l'âme animale, depuis 
Descartes et Leibnitz ; et depuis Réaumur on s'est 
donné la peine d'observer directement dans la na- 



i 



DE L'ANE DANS LE RÈGNE ANIMAL. 449 

ture la vie et les mœurs des animaux. C'est surtout 
par l'observation directe que Ton peut personnel- 
lement s'instruire sur celte précieuse qualité don- 
née aux espèces vivantes pour assurer leur conser- 
vation, et il suffit d'avoir constaté les marques 
touchantes de cette loi universelle pour juger de 
sa valeur au point de vue du dessein de la créa- 
tion. 

Il importe avant tout de distinguer Yintelligence 
de Vinstinct. Les animaux ont à la fois de Tintelli- 
gence et de Tinstinct : ce sont là deux facultés bien 
distinctes. Dans la première, ils pensent, réflé- 
chissent, comprennent, choisissent, se décident, 
se souviennent, acquièrent de l'expérience, aiment, 
haïssent, jugent, suivant des procédés analogues à 
ceux de Tintelligence humaine. Par la seconde, 
ils agissent suivant une impulsion intime, sans 
avoir appris, sans connaître, sans même avoir con- 
science du motif ni du résultat de leurs actions. 
Quelques exemples sont nécessaires pour bien 
définir ces caractères. 

BufTon parle dans les termes suivants d'un jeune 
orang-outang qu'il avait observé : « J'ai vu, dit-il, 
cet animal présenter sa main pour reeonduire les 
gens qui venaient le visiter, se promener grave- 
ment avec eux et comme de compagnie ; je l'ai vu 
s'asseoir à table, déployer sa serviette, s'en essuyer 
les lèvres, se servir de la cuiller et de la fourchette 
pour porter à sa bouche, verser lui-même sa bois- 
son dans un verre, le choquer lorsqu'il y était 
invité, aller prendre une tasse et une soucoupe, 



LITRE lY. -- DESTINATION DES ÊTaES ET DES CHOSES 

rapporter sur la table, y mettre du sucre, y verser 
du thé, le laisser refroidir pour le boire, et tout 
cela sans autre instigation que les signes ou la pa- 
role de son maître et souvent de lui-même. 11 ne 
faisait de mal à personne, s^approchait même avec 
circonspection, et se présentait comme pour de- 
mander des caresses, » etc. M. Flourens ajoute 
qu'il y avait au Jardin des Plantes un orang-outang 
aussi remarquable par son intelligence. II était 
fort doux, aimait singulièrement les caresses, 
particulièrement celles des petits enfants, jouait 
avec eux, cherchait à imiter tout ce qu'on faisait 
devant lui, etc. Il savait très-bien prendre la clef 
de la chambre où on Favait mis, renfoncer dans 
la serrure, ouvrir la porte. On mettait quelquefois 
cette clef sur la cheminée, Ugrimpait alors sur la 
cheminée au moyen d une corde suspendue au 
plancher, et qui lui servait ordinairement pour se 
balancer. On fit un nœud à cette corde pour la 
rendre plus courte. Il défit aussitôt ce nœud. 

Comme celui de Buffon, il n'avait pas Timpa- 
tience, la pétulance des autres singes ; son air 
était triste, sa démarche grave, ses mouvements 
mesurés. 

Le professeur alla un jour le visiter avec un 
illustre vieillard, observateur fin et profond. Un 
costume un peu singulier, une démarche lente et 
débile, un corps voûté, fixèrent, dès leur arrivée, 
Tattention du jeune animal.. Il se prêta avec com- 
plaisance à tout ce qu'on exigea de lui, Toeil tou- 
jours attaché sur l'objet de sa curiosité. On allait 



DE L'IKTELLIGENCB DES AlflHAUX. ISl 

se retirer, lorsqu'il s'approcha de son nouveau vi- 
siteur, prit, avec douceur et malice, le bâton qu'il 
tenait à la main, et feignant de s'appuyer d 
courbant son dos, ralentissant ses pas, il fil 
le tour de la pièce oi!i ils étaient, imitant la [ 
la marche du vieillard. Il rapporta ensuite 
ton, de lui-même. Il était facile de s'aper 
que lui aussi savait observer. 

F. Cuvier observa également des faits non i 
curieui. Son jeune orang-outang se plai: 
grimper sur les arbres et à s'y tenir perch 
fit un jour semblant de vouloir monter à l'i 
ces arbres pour aller l'y prendre, mais ausf 
se mit à secouer l'arbre. U agit ainsi toutes li 
qu'on voulut l'aller prendre sur l'arbre. « De 
que manière, dit F. Cuvier, que l'on envisage 
action, il ne sera guère possible de n'y point i 
résultat d'une combinaison d'idées, et de i 
reconnaître dans l'animal qui en est capable' 
culte de généraliser. » En effet, l'orang-oi 
concluait évidemment, ici, de lui aux autres ; 
d*une fois l'agitation violentedes corps sur les 
il s'était trouvé placé, l'avait effrayé; il coni 
donc de la crainte qu'il avait éprouvée à la ci 
qu'éprouveraient les autres, ou, en d'autres 
mes,' et comme le dit F. Cuvier, a d'une ci 
stance particulière, il se faisait une règle 
raie. » 

M. Flourens rapporte un esemple d'un eu 
trait d'intelligence observé au Jardin des Pis 
On avait plusieurs ours ; on en avait trop. On 



4S3 LITRE IT. — DESTINATION DES CTRES ET DES CHO^ 

de se défaire de deux d'entre eux ; et l'on ima- 
L de se servir, pour cela, de Vadde pnmqae. 
rersa donc quelques gouttes de cet acide dans 
>etits gâteaui. A la vue des gâteaux, les ours 
lient dressés sar les pieds de derrière; ils ou- 
ent la bouche : on réussit à faire tomber quel- 
i gâteaux dans leur bouche ouverte ; mais ans- 
t ils les rejetèrent et se prirent à fuir. On 
vait croire qu'ils ne seraient plus tentés d'y tou- 
['.Cependant, on vit bientôt les deux ours pous- 
avec leurs pattes les gâteaux dans le bassin de 
' fosse; là, les agiter dans l'eau ; puis les flai- 
)vec attention ; et, à mesure que le poison s'é- 
trait, s'empresser de les manger. Ils mangè- 
. ainsi tous les gâteaux très-impunément : ils 
ent montré trop d'esprit pour que la décision 
&t pas changée; on leur fît grâce. 
lutarque assure avoir vu un chien « jeter de 
ts cailloux dedans une cruche qui n'était pas 
Du( pleine d'huile, m'ébahissani, dit>il, comme 
iuvail faire ce discours en son entendement, 
l'huile monterait par force, quand les cailtoui, 
étaient trop pesants, seraient descendus au fond 
t cruche, et que l'huile qui était plus légère, 
aurait cédé la place, a 

[iflbn a écrit de très-belles paroles sur l'intel- 
ice du chien ; mais il ne l'a pas encore com- 
s à sa haute valeur. Il est dans l'histoire de la 
canine, des exemptes d'intelligence, d'hali- 
de raisonnement, de jugement, et des exem- 
d'affection, de dévouement, de reconnais- 



0£ L'INTELLIGENCE DES ANUIAUX. 455 

sance, de bonté, digne d'être offerts en modèle à 
une partie notable du genre humain. 

On pourrait écrire une série de volumes sur les 
preuves de Tintelligence des animaux , particulier 
ment le chien , sans épuiser le sujet. D ailleurs, 
nos adversaires admettent ces faits avec nous. Nous 
citerons même un intéressant exemple d'une dé- 
libération d'hirondelles rapportée par l'auteur de . 
Force et Matière. « Un couple d'hirondelles, dit-il, 
avait commencé à bâtir son nid sous le faite d'une 
maison. Un jour il arriva tine foule d'autres hiron- 
delles, et une longue discussion s'entama entre 
celles-ci et les propriétaires du nid. Toutes sur le 
toit de la maison et non loin du nid commencé, 
elles jetèrent de hauts cris et gazouillèrent à gorge 
déployée. Après que cette délibération eut duré 
quelque temps, pendant que quelques hirondelles 
se détachaient de la troupe pour inspecter le nid, 
l'assemblée se sépara. Le résultat fut, que le 
couple abandonna le nid commencé, et se mit à 
en bâtir un autre à un endroit mieux choisi, d 

Un fait plus remarquable encore a été rapporté 
récemment. Aux environs d'une ferme dans le vil- 
lage de Weddendorg, près de Magdebourg, des ci- 
gognes, après une délibération sérieuse, ont jugé 
une cigogne adultère. Son mari et les autres cigo- 
gnes la tuèrent à coups de bec et la jetèrent hors 
du nid ^ 

^ Nous possédons un gr&nd nombre dedocuments sur les preuves 
de Fintelligence des animaux ; mais nous ne pouvons insister ici 
trop longuement sur ce point. Ajoutons à l'exemple précédent 



•54 LIVRE iV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

Agassiz exalte plus que nul autre les facultés in- 
tellectuelles des animaux. Après avoir montré les 
difficultés qui empêchent encore d'établir une 
comparaison scientifique des instincts et des facul- 
tés des animaux et de l'homme, il expose les idées 
suivantes : « Le développement des passions chez 
Panimal est aussi étendu que dans l'esprit hu- 
main, et je serais fort embarrassé de saisir des dif- 
férences dans leurs natures, quoiqu'il y en ait de 
grandes dans les degrés de leurs manifestations et 
dans la forme de leur expression. De plus, la gra- 
dation des facultés morales entre les animaux et 



que, si Ton en croit les observations de certains bateleurs anglais, 
appelés punters, les canards sauvages ont des réunions parle- 
mentaires et votent. Ces oiseaux ont, comme toutes les bêtes, des 
expressions spéciales pour marquer leurs sensations de joie, de 
douleur, de faim, d'amour, de crainte , de jalousie, etc., et cer- 
tains punters expérimentés les comprennent quand ils parlent de 
départ, de repos, de danger, de colère, etc. Ces termes varient 
même selon les espèces. Avant chaque départ matinal, une dis- 
cussion très-bruyante et très-vive a lieu pendant dix à vingt mi- 
nutes, et ce n'est qu'après celte délibération qu'on procède au 
départ. On rapporte aussi qu'une oie, tombée malade en couvant, 
ae rendit chez une autre et lui parla à sa façon ; par suite de 
cette conversation , la dernière remplaça la malade, celle-ci prit 
place à côté d'elle et mourut une heure après. D'après E. W. Gru- 
tier le renard a dans la voix des inflexions et des intonations très- 
différentes. Le chien joyeux aboie autrement que lorsqu'il est en 
colère. Le langage de geste et de son des insectes (abeilles, four- 
mis, scarabées, etc.), par le moyen des antennes et par les mou- 
vements divers des ailes, etc., est, comme on sait, très-riche et 
très-varié. Mous n'allons pas jusqu'à le traduire en français avec 
Dupont de Nemours; mais on ne peut nier que les animaux se ma- 
nifestent mutellement leurs impressions. — Ils ont même sur nous 
ce privilège de comprendre nos paroles tandis que nous ne com- 
prenons pas les leurs, et de se comprendre en quelque pays qu'ils 
se rencontrent, tandis qu'un Français ne comprend pas un Alle- 
mand ou un Chinois. 



AME Et INTELLIGENCE CHEZ LÈS ANIMAUX. 455 

l'homme est si imperceptible, que ce serait certai- 
nement en exagérer la différence que de refuser aux 
premiers un certain sentiment de responsabilité et 
de conscience. Il y a d'ailleurs chez eux, et dans 
les limites de leurs capacités respectives, des in- 
dividualités aussi définies que chez Thomme ; tous 
les amateurs de chevaux, tous les gardiens de mé- 
nagerie, tous les fermiers ou bergers, tous les gens 
enfin qui ont la grande expérience des animaux 
sauvages, apprivoisés ou domestiques, sont là pour 
Taffirmer, Cest là un argument des plus forts fin 
faveur de l'existence chez tous les animaux d'un 
principe immatériel, analogue à celui dont Pexcel- 
lence et les facultés supérieures mettent l'homme 
tant au-dessus des animaux. La plupart des argu- 
ments de la philosophie, en faveur de Timmorta- 
lité de l'homme, s'appliquent également à Tin- 
destructibilité de ce principe chez d'autres êtres 
vivants*. » 

Qui songerait aujourd'hui à révoquer en doute 
les faits de l'intelligence animale ? Un craintif es- 
prit de système, redoutant les conséquences de 
cette constatation au point de vue de certaines 
croyances, peut seul se refuser à cette évidence. 
Nous tenions à constater d'abord cette vérité afin 
de parler plus librement de l'instinct, et de renverser 
les arguments de nos contradicteurs qui prétendent 
que V instinct n'existe pas? 

• 

^ Contributions to the naturat Èist9ri of the United States ef 
Narth America^ toI. 1, 1'* partie. 



-.--SJ^Ill 



4ÎK( LIVUE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

Il y a certes une grande différence entre les actes 
inslinctifs et les actes raisonnes. Mon pas que ces 
deux caractères de la force vivante soient isolés (il 
n'y a rien d*isolé dans la nature) ; mais ils ne sont 
pas situés sur le même degré, et ne peuvent pas 
être confondus. Nous ne devons pas insister davan- 
tage ici sur les faits de Tordre intellectuel. Mais 
nous allons leur comparer des faits appartenant au 
domaine de Tinstinct, qui révèlent l'existence d'une 
providence universelle, présidant à la conservation 
de la vie générale, et qui ne s'expliquent enaucune 
façon par Tinstruction, la réflexion ou le jugement 
des animaux chez lesquels on les observe. 

On désigne sous le nom d'instinct Tensembledes 
directions qui font agir les animaux suivant une 
nécessité constante. L'instinct est inné, agit sans 
instruction, sans expérience , reste invariable, ne 
fait aucune espèce de progrès. C'est en tout Top- 
posé de rintelligence. Les phénomènes de l'instinct 
sont d'autant plus remarquables, qu'ils semblent 
tout à fait indépendants de la volonté. c( On ne peut 
se faire une idée claire de l'instinct, disait Georges 
Cuvier, qu'en admettant que les animaux .sont sou- 
mis à des images ou sensations innées constantes, 
qui les déterminent à agir comme le feraient des 
sensations accidentelles. C'est une sorte de rêve ou 
de vision qui les poursuit sans cesse, et, dans tout 
ce qui a rapport à l'instinct, on peut regarder 
les animaux comme des espèces de somnani- 
bules. )» 

Frédéric Cuvier a consacré une partie de sa vie à 



•^"^js^^V; 



DISTINCTION ENTRE L'INTELLIGENCE ET L'INSTINCT. 457 

découvrir la limite qui sépare Tinstinct de Tintel- 
ligence. On peut dire, sans paradoxe, qu'il n'y a 
pas de limites dans la nature. Mais il ne s'agit pas 
de mélaphysique ici. Contentons-nous donc d'écou- 
ter le rapport de M. Flourens sur les observations 
du laborieux naturaliste ^ 

Le castor est un mammifère de l'ordre des ron- 
geurs, c'est-à-dire de Tordre même qui a le moins 
d'intelligence , mais il a un instinct merveilleux, 
celui de se construire une cabane, de la bâtir dans 
l'eau , de faire des chaussées, d'établir des digues, 
et tout cela avec une industrie qui supposerait, en 
effet, une intelligence très-élevée dans cet animal, 
si cette industrie dépendait de Pintelligence. 

Le point essentiel était donc de prouver qu'elle 
n'en dépend pas ; et c'est ce qu'a fait F. Cuvier. Il 
a pris des castors très-jeunes; et ces castors, élevés 
loin de leurs parents, et qui par conséquent n'en 
ont rien appris ; ces castors, isolés, solitaires ; ces 
castors, qu'on avait placés dans une cage, tout ex- 
près pour qu'ils n'eussent pas besoin de bâtir ; ces 
castors ont bâti, poussés* par une force machinale 
et aveugle, en un mot, par un pur instinct. 

L'opgosition la plus complète sépare l'instinct 
de l'intelligence. Tout, dans l'instinct, est aveugle, 
nécessaire et invariable; tout, dans l'intelligence, 
est élevé, conditionnel et modifiable. Le castor qui 
se bâtit une cabane, l'oiseau qui se construit un 
nid, n'agissent que par imtinct. Le chien, le che- 



* De Vin$ttnct et de VintelUgence âe$ afUmaux. 

26 



ihS LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

val , qui apprennent jusqu'à la signification de 
plusieurs de nos mots et qui nous obéissent, font 
cela par intelligence. 

Tout, dans Vinstinct, est inné : le castor bâtit 
sans ravoir appris. Tout y est fatal : le castor en 
construisant sa hutte est dirigé par une force con- 
stante et irrésistible. 

Tout, dans Vintelligence^ résulte de rexpérience 
et de l'instruction : le chien n'obéit que parcequ'il 
l'a appris ; tout y est libre : le chien n'obéit que 
parce qu'il le veut. 

Enfin, tout, dans Yinstinct^ est particulier ; cette 
industrie si admirable que le castor met à bâtir sa 
cabane, il ne peut l'employer qu'à bâtir sa cabane ; 
et tout, dans Y intelligence j est général : car cette 
même flexibilité d'attention et de conception que le 
chien meta obéir, il pourrait s'en servir pour faire 
toute autre chose. 

Celte distinction était nécessaire. Il importe, 
dans l'histoire de la nature, de reconnaître à cha- 
cun ce qui lui appartient, ^et exactement tout ce qui 
lui appartient, sans restriction systématique, sans 
considération intéressée. Déscartes et Buffon 
(celui-ci se contredit parfois), refusent aux ani- 
maux toute intelligence. Condillac et G. Leroy, au 
contraire, leur accordent jusqu'aux opérations in- 
tellectuelles les plus élevées. Double erreur. Les 
animaux ne sont ni des plantes ni des hommes. 

L'instinct et l'intelligence existent l'un et l'autre. 
Weinland a donc tort de prétendre que ce que 
l'on désigne sous ce mot n'est « qu'une paresse 



d'esprit, pour nous épargner les efforts que ré- 
clame l'étude pénible de l'âme animale; » et 
Sachus d'ajouter n qu'il n'y a pas de nécessité 
Fmmédiate réâullant de l'organisalion intellec- 
tuelle, ni de penchant aveugle et arbitraire qui 
fassent agir les animaux. » Nous n'hésilons pas 
à reconnaître que cette question, comme tous 
les grands problèmes de la nature, est difiicile 
à résoudre, et nous peosons que bien souvent, ici 
comme ailleurs, l'homme s'est payé de mois au lieu 
d'idées. Lorsqu'on ne comprend pas un fait intel- 
lectuel observé chez un animal, il est facile de se 
tirer d'embarras en jetant sur ce fait le mot d'in- 
stinct comme un voile sur on objet qu'on ne veut 
'pas examiner; mais, à part ce procédé illusoire, 
il reste certainement des faits qui ne sont le ré- 
sultat ni de la réflexion ni du jugement. En vain 
M, Darwin affîrme-t-il avec Lamarck que l'instinct 
- est une habUude héréditaire, cette explication ne 
transporte pas l'instinct dans le domaine de l'in- 
telligence, et encore moins dans le domaine du ma- 
térialisme pur. Aussi bien, il n'est même pas dé- 
montré que l'instinct soit une habitude héréditaire. 
Voici des papillons qui vivent dans le royaume de 
l'air. Arrivés à la troisième phase de leur merveil- 
leuse existence, ils s'ouvrent aux baisers de la lu- 
mière et aux rayons de l'amour. Bientât ils dépo- 
seront en cercles concentriques de petits œufs 
blancs sur des brins d'herbe ou sur des feuilles. 
Ces œufs n'écloreront qu'à la saison prochaine, et 
donneront naissance à de petites chenilles, alors 



460 UVRE IV. - DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES 

que, depuis bien des matins, les papillons seront 
endormis dans la poussière de la mort. Quelle voix 
apprit à ces papillons que les chenilles futures de- 
vront trouver en sortant de leur œuf telle et telle 
nourriture? Qui leur montre les herbes ou les 
feuilles sur lesquelles ils doivent déposer leurs 
œufs? Leurs parents? Ils ne les ont point connus. 
Leur souvenir d'être nés sur ces feuilles? Mais quel 
souvenir? ils ont vécu trois existences depuis cette 
époque lointaine, et ont substitué aux aliments in- 
férieurs les mets plus délicats des corolles parfu- 
mées. Mais voici d'autres espèces qui protestent 
plus vivement contre les explications humaines. 
Les nécrophores (nom lugubre!) meurent aussitôt 
après la ponte, et les générations ne se connaissent 
jamais. Nul être, dans cette espèce, n'a vu sa mère 
et ne verra ses fils. Cependant les mères ont grand 
soin de placer des cadavi^es à côté de leurs œufs, 
afin que leurs petits trouvent leur nourriture im- 
médiatement après leur naissance. Sur quel livre 
les nécrophores ont-elles appris que leurs œufs 
renfermaient le germe d'insectes semblablefs à el- 
les-mêmes? Il est d'autres espèces où le régime ali- 
mentaire est radicalement opposé entre les larves 
et les ressuscites. Chez les pompilles, les mères 
sont herbivores, tandis'que les enfants sont carni- 
vores. En pondant leurs œufs sur des cadavres, 
elles sont donc en contradiction directe avec leurs 
habitudes. Et Ton ne peut admettre ici ni le ha- 
sard, ni une habitude lentement acquise. Une es- 
pèce qui ne se serait pas comportée exactement 



L'INSTINCT. 461 

d'après cette loi, n'aurait pu subsister, puisque les 
rejetons seraient morts de faim en venant au 
monde. Nous pouvons ajouter à ces insectes les 
odynères et les sphex. Les larves de ces derniers 
sont carnassières, et leur nid doit être approvi- 
sionné de viande fraîche. Pour remplir ces condi- 
tions, la femelle qui va devenir mère se met en 
quête d'une proie convenable, mais ne tue pas sa 
victime ; elle se borne à la frapper d'une paralysie 
incurable, puis entasse au-dessus de chacun de ses 
œufs un certain nombre de ces malades, devenus 
incapables de se défendre contre les attaques de la 
larve qui doit s'en repaître, mais assez vivants pour 
que leur corps ne se corrompe pas, et', en cer- 
taines familles, elle a encore soin d'ajouter une 
nourriture destinée à nourrir sa proie jusqu'à 
Téclosion de la larve. 

Les éléments de notre plaidoyer sont si nom- 
breux, qu'il est impossible de les rassembler tous. 
Nous ne pouvons que citer quelques exemples d'in- 
stinct, et inviter nos lecteurs à traverser la lettre 
pour aller à l'esprit. Parmi ces exemples, parlons 
encore de l'abeille perce-bois ou xylocope, dont 
M. Milne Edwards entretenait dernièrement* les 
auditeurs des soirées scientifiques de la Sorbonne. 
Cette abeille, que l'on voit voltiger au printemps, 
qui vit solitaire et meurt presque aussitôt après la 
ponte de ses œufs, n'a jamais vu ses parents, et ne 
vivra pas assez longtemps pour voir naître ses pe- 

« 9 décembre i864 

26. 



462 LIVRE I¥. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

tites larves vermiformes, dépourvues de pattes, 
incapables non-seulement de se protéger, mais 
'même de chercher leur nourriture. Cependant 
elles doivent pouvoir vivre en repos pendant près 
d^un an dans une habitation bien close, sans quoi 
Vespèce s'éteindrait. 

Comment s'imaginer que la jeune mère, avant 
de pondre son premier œuf, ait pu deviner quels 
seront les besoins de la famille future, et ce quelle 
doit faire pour en assurer le bien-être? Eût-elle 
rintelligence humaine en partage, elle ne pourrait 
rien savoir de tout cela, car tout raisonnement sup- 
pose des prémisses. Cet insecte n'a pu rien ap- 
prendre ; cependant il prépare tout , agit sans hé- 
sitation, comme si l'avenir était ouverte ses regards, 
comme si une raison prévoyante lui servait de 
guide. A peine ses ailes sont-elles déployées, et 
déjà l'abeille xylocope se met à l'œuvre pour con- 
struire la demeure de ses enfants. Avec ses man- 
dibules, elle taraude une pièce de bois exposée 
au soleil, elle y creuse une longue galerie, puis 
elle va au loin chercher sur les fleurs du pollen et 
des liquides sucrés, qu'elle dépose au fond de sa 
galerie. C'est l'aliment de son premier-né ; il lui 
suffira exactement pour bien vivre jusqu'au prin- 
temps prochain. 

Aussitôt le magasin préparé, elle y place un œuf, 
et ramassant à terre la sciure de bois prudemment 
mise de côté, elle en forme une espèce de mortier 
pour murer le berceau, de telle sorte que le pla 
fond dp cette première cellule devient le planche 



LiNSTINCT. 465 

d'un second magasin de vivres, berceau de la larve 
qui naîtra d'un autre œuf. Elle édifie ainsi une habi- 
tation à plusieurs étages, dont chaque chambre loge 
un œuf et servira plus tard à la larve que produira 
cet œuf. 

On doit s'étonner, remarque M. Milne Edwards, 
qu'en présence de faits si significatifs et si nomr 
breux , il puisse se trouver « des hommes qui 
viennept vous dire que toutes les merveilles de la 
nature ne sont que des effets du hasard, ou bien 
encore des conséquences des propriétés générales 
de la matière, de cette nature qui forme la sub- 
stance du bois ou la substance d'une pierre ; que 
les instincts de l'abeille, de même que la concep- 
tion la plus élevée du génie de l'homme, ne sont que 
le résultat du jeu de ces forces physiques ou chimi- 
ques qui déterminent la congélation de l'eau, la 
combustion du charbon ou la chute des corps; ces 
vaines hypothèses, ou plutôt ces aberrations de 
l'esprit que l'oij déguise parfois sous le nom de 
science positive, sont repoussées par la vraie science. 
Le naturaliste ne saurait y croire. Pour peu que 
Ton pénètre dans Tun de ces réduits obscurs où se 
cache le faible insecte, on entend distinctement la 

ë 

voix de la Providence dictant à ses enfants les rè- 
gles de leur conduite journalière. » Dans toute la 
république de la vie, ajouterons-nous, la main du 
Créateur intelligent et prévoyant apparaît aux yeux 
qui voient justement; et quand le doute vient trou- 
hler notre esprit, nous ne saurions mieux faire 
que d'étudier attentivement la nature; car, pour 



î 



. '». 



464 LIVRE IV:— DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

les hommes qui ont en eux le sentiment du beau et 
du vrai, le spectacle splendide de la création dissi- 
pera bientôt les nuages et ramènera la lumière. 
Pendant que j'écris ces lignes (dans un modeste 
petit bois dont les oiseaux me connaissent), j'ai 
devant moi un nid de rossignols. Quatre petits, 
nus et tremblants, sont là serrés les uns sur les 
autres, si pressés qu'on distingue à peine seule- 
ment leurs grosses têtes et leurs yeux noirs, plus 
gros encore. Ils sont éclos d'avant-hier et d'hier, 
ne voient rien et ne savent pas encore s'il y a des 
arbres et de la lumière. Ils périraient bien vite 
s'ils étaient abandonnés. Mais le cœur de leurs 
jeunes parents bat pour eux d'une tendresse vrai- 
ment maternelle. Ils sont là tous les deux, le père 
et la mère, debout sur les bords du nid, tout au- 
près l'un et l'autre. Ils penchent leur bec vers les 
quatre grands becs ouverts des petits; il faut voir 
avec quel nerf déjà ceux-ci allongent le cou. Et le 
père et la mère, qui ont fait des provisions dans 
leur gorge, leur versent ainsi depuis plusieurs mi- 
nutes la première nourriture, le miel et le lait de 
leur alimentation future. Quelle charmante fa- 
mille, et comme ils aiment la vie tous les six I Les 
rayons du soleil pleuvent à travers les branches et 
les parfums s'élèvent de la vallée ; c'est la vie se 
jouant dans la lumière, dans la douce chaleur de 
mai. Parfois le petit père et la petite mère sus- 
pendent leur distribution et contemplent leurs 
nouveau-nés avec cet air de contentement et ces 
gentils mouvements de tète que l'on connaît aux 



PRÉVOYANCE MATERNELLE DE LA NATURE. 465 

oiseaux. Ils se regardent aussi tous les deux en 
silence, et leurs tètes charmantes s'approchent en- 
core Tune de l'autre. Ils confondent leurs becs 
comme dans un baiser d'amour. Puis voilà iqa^Is 
se consultent. Un nuage rafraîchit l'atmosphère. 
Le père s'est envolé ; la jeune mère est doucement 
descendue, en pliant ses pattes, sur les petits qui 
tremblaient ; elle les couvre de ses ailes et remplit 
le nid à elle toute seule, comme une petite fille 
qui étale sa belle robe. Toutefois sa tète est assez 
haute pour qu'elle puisse voir par«dessus le bord 
du nid et observer les environs. Mais je vois le ros- 
signol qui revient. Il se pose encore comme tout 
à l'heure sur le bord du nid. Il penche son bec 
vers celui de sa compagne. C'est maintenant le 
diner de la couveuse. Il lui apporte les mets qu'elle 
préfère ; elle n'a pas besoin de se déranger. Il pa- 
rait qu'elle ne déteste pas cette manière de vivre, 
car elle aspire avec une sorte d'ivresse le trésor 
qu^on lui destine ; ses ailes tremblent ; tout son 
petit corps palpite. L'époux va et revient vite, et 
lui apporte ainsi dans son bec un diner complet. 
Ils ont beaucoup à travailler tous les deux pour 
soigner leur jeune famille. Aussi sont-ils sérieux 
maintenant. Il y a quinze jours encore, ils passaient 
la journée entière à jouer, à sauter de branche en 
branche, à se poursuivre, à chanter, à s'aimer. 
Maintenant on ne joue plus, on ne danse plus, on 
ne chante plus, on ne s'aime plus de la même 
façon, on est père de famille ; on est chargé d'une 
génération nouvelle. Tant que ces chers petits se- 



466 LITRE lY. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES 

ront privés de plumes, il faudra leur mettre dans 
le bec ce qui convient à leur âge. On est inquiet sur 
la destinée qui les attend. On les aime, et peut-être 
ceux-ci ne comprcndront^ils pas cette affection de 
leur mère. Peut-être s'envoleront-ils aussitôt que 
cette môme mère leur aura appris à se servir de 
leurs ailes, et Tabandonneront-ils dans une subite 
solitude sans se souvenir de leur enfance, a L'af- 
fection, comme les fleuves, descend et ne remonte 
pas. » A quoi pensent aujourd'hui ce rossignol et 
sa compagne? Sans doute, ils n'ont pas devant leur 
inquiétude rétablissement futur de leurs fils et de 
leurs filles, les professions sociales, les principes 
de l'honneur qui doivent diriger toute carrière. 
Sans doute ils ne sont pas tourmentés par les cal- 
culs d'intérêt qui préoccupent souvent faussement 
les pensées humaines. Mais à ceux qui nient l'ins- 
tinct, nous demanderons à quelle école l'épouse qui 
n'est pas encore mère a appris l'élégante construc- 
tion du nid où elle déposera ses œufs. Elle est âgée 
d'un an et n'a point couvé encore. Qui lui a enseigné 
qu'elle devait construire ce nid tel qu'il est et non 
autrement? Qui lui a parlé de la chaleur d'incuba- 
tion nécessaire à Féclosion de l'œuf fécondé, et qui 
lui a dit qu'en restant quinze jours couchée sur ces 
œufs, elle les ferait éclore? Position fatigante, 
malgré le soulageinent qu'elle en ressent, et in- 
supportable pour sa vivacité, si un ordre instinc- 
tif ne la soutenait. , Et quand les œufs, furent 
éclos, qui lui a dit qu'elle devait se retirer du nid, 
et que ces petits êtres étant vivants et devant vivre, 



PRÉVOYANCE MATERNELLE DE LA NATURE. 4tt7 

il fallait leur chercher la nourriture convenable? 
Qui Ta forcée à passer quinze nuits encore les ailes 
étendues sur le nid dans la position la plus fati- 
gante qu'on puisse imaginer pour un oiseau qui 
doit dormir sur ses pattes? Nous pourrions ajouter " 
mille autres questions à celles-ci. Répondra-t-on 
que la première espèce a appris ces choses par 
l'habitiide, et que €es tendances se sont trans- 
mises par l'hérédité? Mais c'est retomber dans 
le mystère des générations, et ce n'est d'ailleurs 
que reculer le problème à la première espèce 
ou plus loin encore, si Ton veut, aux premiers types 
d'où l'on suppose descendues toutes les variétés. Or 
en admettant môme contre toute probabilité que 
la construction des nids des oiseaux, l'incubation, 
les premiers soins des nouveau-nés, soient une 
affaire d'intelligence et non d'instinct, et que les 
espèces aient successivement appris à se conduire 
ainsi (ce qui encore une fois nous parait inadmis- 
sible), comment résoudra-t-on les questions qui 
dérivent de la formation du jeune être dans l'œuf? 
Qui construisit Tœuf, berceau d'une génération 
future? Qui créa le germe et le plaça au centre de 
cet œuf? Par une puissance mystérieuse , un être 
de même nature que lé père et la mèrp va se mou- 
voir dans ce fluide; le jaune.d'œuf va subir la 
plus merveilleuse des métamorphoses : il devien- 
dra vivant I Lorsque la transformation sera ac- 
complie, un petit oiseau sera là. Il est encore - 
trop faible pour être exposé au dehors, aussi ne 
sort-il pas encore. En attendant, voici le blanc 



1 



468 LIVRE Vf. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

â*œuf qui rentoure, et cette albumine est précisé- 
ment la nourriture qui lui convient en attendant 
sa naissance. Il se nourrit du blanc d*œuf. Peu à 
peu, il se forme entièrement ; les ailes et les pattes 
sont dessoudées, la tète se relève de la poitrine; il 
ne demande plus qu'à sortir de sa prison. Or son 
bec se revêt pour cela d'un émail qui tombera 
après l'éclosion ; de ce bec il se met à casser la 
coquille et le voilà qui en vient à bout et passe 
sa tête. Il s'aide des ailes et se délivre tout à 
fait. Eh bien I que nos adversaires s'engagent à 
ce sujet dans les plus vastes et les plus inter- 
minables théories; qu'ils entassent hypothèses 
sur hypothèses ; qu'ils refusent de donner le nom 
d'instinct aux actes du petit comme à ceux de la 
mère; qu'ils enveloppent le sujet d'explications 
tortueuses et confuses : Voilà le fait simple et 
éloquent de la nature ; ils ne le renverseront 
pas. Celui qui a créé le rossignol a voulu que 
sa note restât dans les chants du soir. Celui 
qui a créé le monde lui a donné les lois de sa 
conservation. Nulle idée n'est plus simple ni 
plus majestueuse que celle-ci; nulle ne satisfait 
mieux notre besoin de connaître. Nier les lois con- 
servatrices de la vie, c'est nier la nature entière ; 
il nous semble quq pour en venir là, il faut être 
la dupe d'une perversion d'esprit. Combien la vé- 
ritable science est loin de ces négations ! Il serait 
bien malheureux et bien bizarre en effet que le 
résultat du savoir fût Tanéantissement des lois 
profondes qui régissent l'univers et constituentsa 



J 



PRÉVOYANCE «ATËRNELLE DE U NATURE. 469' 

vivante unité. Pourquoi donc, devant des faits 
aussi irrésistibles que ceux de l'instinct animal, 
ne pas avouer une vérité à la fois si belle et si 
touchante? Est-ce précisément parce qu'elle est 
belle et touchante qu'on refuse de l'admettre ? 
Nous serions presque porté à le croire, car dans 
ces théories matérielles, il suffit qu'une chose soit 
agréable aux bons esprits pour qu'on la repousse 
immédiatement. Mais ce n'est vraiment pas là une 
raison suflîsante de rejet. Pour nous, au contraire, 
nous contemplons la nature sous tous ses aspects. La 
vérité ne peut manquer d'être belle, et ce n'est pas 
Platon seul qui pense que a le beau c'est la splen- 
deur du vrai. » La nature est vraiment belle; loin 
de détourner les yeux toutes les fois que nous ren- 
controns une forme sensible de la beauté éternelle, 
admirons-la et reconnaissons-la aussi sincèrement 
que la vérité mathématique. La nature n'est-elle 
pas notre mère? Avons-nous jamais passé d'heures 
plus délicieuses et plus instructives que celles de 
nos entretiens intimes avec elle, au sein des bois 
silencieux? 

Contemplez dans sa merveilleuse harmonie la 
loi de la continuité de l'espèce humaine; cherchez 
à approfondir l'ordre mystérieux qui préside à notre 
génération et à notre enfance. De quelle habileté la 
nature n'a-t-elle pas fait preuve en enveloppant 
chaque sexe de cette indéfinissable attraction qui 
le rend doucement esclave de ses vues souveraines*^ 
De quelle science n'a-t-elle pas donné le témoi- 
gnage, en organisantsursesbasessévèresla vieca-» 



470 LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

chéede l'être en voie de formation qui, jusqu aujour 
de son éveil à la lumière extérieure, est doué d une 
existence radicalement étrangère à 'celle de tous 
^les êtres vivants? Quelle prévoyance ne monlre- 
t'*ellepas en créant pourla nutritiondu trésorcachë, 
des organes différents de ceux qui lui serviront 
dans la vie atmosphérique, et en préparant pour 
les premiers temps de son existence l'ambroisie la 
plus pure? Demandez aux jeunes mères de quelle 
protection, de quelle vigilance doivent être entou- 
rés ces nouveau-nés, frêles et tremblants. Mais la 
nature ne fut-elle pas la plus vigilante des mèresî 
Quelle est l'affection la plus tendre, quel est Ta- 
mour le plus caressant, le dévouement le plus pas- 
sionné d'une mère ; quelle est l'intelligence la plus 
clairvoyante, la science la plus efficace d'un père, 
qui pourraient rivaliser avec les soins incessants 
et universels que la nature, tendresse infinie ! dé- 
ploie avec une profusion infatigable dans sa pro- 
tection personnelle et active pour chacun de ses 
enfants ? 

Nous pourrions écrire de gros in-folio sur les 
preuves de la prévoyance de la nature. Nous pour- 
rions demander si c'est par hasard et sans but que 
les espèces animales les plus faibles et les plus expo- 
sées à la mort sont précisément les plus fécondes, que 
les gallinacés, les perdrix, les poules, pondent par 
dizaines leurs œufs fécondés et laissent après Tan- 
née des centaines de rejetons, tandis que les oiseaux 
de proie, les condors, les aigles, sont comparati- 
vement stériles. Nous pourrions aussi demander si 



Dtî BUT PANS LA NATURE. 471 

c'est aveuglément que la nature décore d'un charme 
particulier les petits êtres sans soutien et sans force 
et appelle notre intérêt et notre affection \ers les 
blondes têtes de Tenfance qui, privées d'assistance, 
s'endormiraient dans leur berceau d'un sommeil 
sans réveil. Nous pourrions invoquer ici le specta- 
cle tout entier de la création vivante, mais nous 
sommes intimement persuadé de l'adhésion conà- 
plète de nos lecteurs sur ce'point, et nous n'insiste- 
rons pas inutilement. 

Il nous semble que ces éminents travailleurs ont 
fiiit avec enthousiasme la plus grande partie du che- 
min, et que, ne jouissant pas d une vue télescopi- 
que capable de distinguer le but, ils oublient que la 
marche progressive des sciences, a véritablement 
un but, et s'arrêtent dans l'inertie après avoir fait 
preuve d'une incontestable puissance. De ce qu'ils 
ont reconnu que les causes finales imaginées par la 
vanité humaine et qui lui servent depuis si long- 
temps d'escarpolette pour- bercer avec coquetterie 
sa nonchalance, — de ce qu'ils ont reconnu que 
les dieux-esclaves de l'orgueil, les créations de la 
fantaisie et les illusoires théories d'une pensée mes- 
quine ne sont autre chose que des^ simulacres sans 
réalité, que des ombres, des fantômes, qu'un rayon 
du soleil des sciences suffit pour faire évanouir ; ils 
en ont conclu qu'il n'y avait dans la création ni loi 
directrice, ni but final. De ce que l'homme s'eart; 
trompé dans la solution d'un problème, ils en ont 
iécidé que cette solution et ce problème lui-même 
n'existent pas. Confondant d'une façon inexplicable 



472 LIVRE lY. — DESTINATION DES ÉTKES ET DES CUOSES. 

la vérité avec la notion que nous en pouvons avoir, 
confondant semblablement la grandeur réelle d uni 
œuvre avec l'idée que nous nous en formons, de 
même que les théologiens du moyen âge confon 
dent ridée religieuse en elle-même avec la forme 
catholique particulière, ils proclament que la dé- 
monstration de la fausseté d^ nos notions indivi- 
duelles entraîne la ruine de l'objet même de ces 
notions. Vraiment, pour des esprits accoutumés 
aux rigueurs du raisonnement ; po.ur des hommes 
savants, qui paraissent chercher avec le plus absolu 
désintéressement la vérité si longtemps dissimulée, 
ils ne font preuve ici ni d'une excellence de juge- 
ment ni d'une supériorité dans l'ensemble de leurs 
vues. Au contraire, ils mettent directement en évi- 
dence Tétroitesse de la sphère qu'ils habitent , ils 
semblent déterminés à refuser tout agrandisse- 
ment de cette sphère, et décidément obstinés à en 
refuser Pàccès à toute lumière, comme s'ils crai- 
gnaient que cette lumière ne vienne répandre une 
clarté révélatrice sur leur horizon et reculer trop 
au delà de leur portée les limites de leur univers. 
Nos contradicteurs prétendent qu'ils font de la 
science en déclarant que l'organisation des être? 
ne nous enseigne pas la présence d'un dessein dans 
la nature. Au lieu de science, il font id du pur 
système, de l'arbitraire au grand complet, et noir:: 
accusation n'est pas plus difficile à justifier ici 
qu'ailleurs. En effet, en quoi consiste la méthode 
scientifique? En astronomie, en physique, en chimie, 
qu'est-ce qu'une théorie? -* Nous observons les 



DU BUT DANS U NATURE. 473 

faits, et quand nous possédons un ensemble suffi- 
sant d'observations, nous cherchons à les relier 
muluellement entre eux par une loi. Voyons-nous 
la loi ? jamais. Nous la devinons par la discussion 
des faits, et peut-être, le nom que nous luidonnons 
n'est'il pas toujours celui qui lui conviendrait le 
mieux. Cette théorie, par laquelle notre esprit insa- 
tiable éprouve le besoin d'expliquer les choses, 
n'est d'abord qu'une hypothèse, dont la valeus con- 
siste principalement dans la satisfaction qu'elle nous 
donne sur l'explication naturelle des faits étudiés. 
Elle n'est longtemps qu'une hypothèse, fragile et 
légère, qu'un vent peut emporter, et ne s'élève au 
rang de théorie qu'au jour où elle est suffisamment 
confirmée par l'étude, sinon elle tombe dans le 
champ des erreurs de l'imagination. Soit, par exem- 
ple, • les mouvements des corps célestes. Nous ob- 
servons qu'ils décrivent des ellipses dont le soleil 
occupe l'un des foyers; que les surfaces parcou- 
rues sont proportionnelles aux temps; que les temps 
des révolutions, multipliés par eux-mêmes, sont 
entre eux comme les grands axes multipliés trois 
fois par eux-mêmes. Pour expliquer les mouve- 
ments de la mécanique céleste, on émet l'hypo- 
thèse que les corps s attirent en raison directe des 
masses et en raison inverse du carré des distances. 
Énoncer cette hypothèse, c'est simplement dire que 
les choses se passent commesi les astres s'attiraient. 
Puis, cette hypothèse expliquant parfaitement tous 
les faits observés et rendant compte de toutes les 
circonstances du problème, devient une théorie. 



474 LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

Enfin cette loi se trouvant universellement démon- 
trée, aussi bien dans le bercement des étoiles ju- 
melles au fond des cieux que dans la chute d'une 
pomme dans un verger terrestre, on affirme quels 
loi appelée la gravitation représente effectivement 
la force régulatrice dés mondes. 

Or c'est identiquement le même procédé que 
nous employons, lorsque nous déclarons que les 
organes des êtres vivants sont construits comme 
si la cause, quelle qu'elle soit, qui les a formés, 
avait eu en vue la destination de ces organes à 
l'existence particulière de chaque être aussi bien 
qu'à l'existence générale de tous les êtres ensemble. 
Les vraies causes finales sont donc un résultat de 
l'observation scientifique ; la méthode est la même, 
et, comme l'a dit M. Flourens, il faut aller non pas 
des causes finales aux faits, mais des faits aux cau- 
ses finales. Procéder du connu à l'inconnu, c'estla 
seule méthode positive. Or le résultat de cette mé- 
thode, quel qu'il soit, a le droit d'être proclamé au 
nom de la science. 11 peut se faire que la révélation 
d'un plan et d'un but, dans la nature, ne soit pas 
agréable à MM. Y ou Z ; ce désagrément nous im- 
porte peu. Wi. Y ou Z sont dans l'erreur la plus 
fausse lorsqu'ils nous accusent de ne pas agir selon 
la science expérimentale, et dans l'illusion la plus 
fatale, lorsqu'ils s'imaginent agir eux-mêmes selon 
cette science. Ils renversent les rôles en leur faveur, 
ce qui n'est pas rare. Mais la vérité méconnaît leurs 
tendances et demeure inallérablement la même, 
sans se préoccuper des prismes au travers desquels 



LES CAUSES FINALES. 475 

la regardent des yeux intéressés à la voir au-dessous 
de sa position réelle. 

Bizarrerie inexplicable pour des hommes judi- 
cieux, ils prétendent qu'en admettant Texistence 
de Dieu, on est forcé d'admettre l'arbitraire dans la 
nature I Comme si la volonté suprême n'était pas 
nécessairement infiniment sage, et par conséquent 
universellement régulière, « Quiconque ne voit 
dans tous les mouvements de là nature que des 
moyens pour atteindre un but, dit Moleschott, ar- 
rive d'une façon toute logique à la notion d'une per- 
sonnalité qui, dans ce but, confère à la matière 
ses propriétés. Cette personnalité désignera aussi 
le but. SU en est ainsi, si une personnalité désigne- 
le but et choisit les moyens, la loi de la nécessité 
disparait de la nature. Chaque phénomène devient 
le partage du jeu du hasard et d'un arbitraire sans 
fin.*» 

J. B. Biot était mieux inspiré lorsqu'il concluait 
dans les termes suivants de l'examen de la nature : 
« Pour moi, disait-il *, plus je considère Tordre de 
l'univers, son immensité et toutes les merveilles 
de la création, plus j'admire cet arrangement ad- 
mirable, mais moins je me crois en état de l'expli- 
quer; et j'oserai môme dire, pour en avoir fait 
bien souvent l'épreuve, que ces explications impar- 
faites, ces rapports faux ou vagues que quelques 
écrivains modernes veulent nous donner comme 
des harmonies sublimes, ne paraissent jamais plus 

* J. B. Biot, Mélanges sctenti figues et littéraires f t. II. 



476 LIVRE lY. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES aiOSES. 

téméraires et plus futiles qu en présence de la na- 
ture. Quand on a eu le bonheur de connaître et de 
sentir les véritables beautés qu'elle présente, on 
est tenté de regarder comme des profanateurs et 
comme des impies ceux qui la défigurent par d'in- 
dignes travestissements. Tous les êtres organisés 
ont ainsi en eux leurs moyens propres de vie, 
aussi nombreux, aussi multipliés dans les varia- 
tions de leur mécanisme que les étoiles du ciel. 
Et encore n'en apercevons-nous que ce qui parait 
au dehors; le plus merveilleux nous est caché. 
Qui a jamais pu comprendre les actions chimiques 
des membranes vivantes, la cause des mouvements 
volontaires çt involontaires, que dis-je, le vol 
d'une mouche, les Jeux d^un papillon? Quand notre 
entendement peut tout au plus arriver jusqu'à re- 
connaître les dispositions extérieures de Torga- 
nisme, et à saisir les relations intentionnelles 
qu'ont entre elles quelques-unes des pièces qui 
le composent, il y aurait, ce me semble, une con- 
tradiction logique è ne pas voir au fond de cet en- 
semble, le principe intelligent lui-même ayant 
tout ordonné et réglé. Pour moi, je veux du moins 
avoir la philosophie de mon ignorance. » 

L'ordre que nous constatons dans les faits non 
produits par l'homme, observerons-nous encore 
avec un écrivain distingué % nous montre que les 

* J. M. de la Godre, ieê Desseins de Dieu, Gel essai de philoso- 
phie religieuse et pratique caractérise Tune des heureuses ten- 
dances de noire époque contre Tenvahissement de l'atliéisme. Les 
arguments développés dans cet ouvrage se résument comme il suit: 

L'impossible n'est pas, il y a de Tordre dans l'univers, et 



LES CAUSES FINALES 477 

È 

corrélations dont le monde matériel présente le 
spectacle, résultent d'actions et de réactions qui, 
combinées les unes par les autres, sont régies par 
des lois. Nous savons par rexpériencecontinuelle de 
notre vie, que toujours les corrélations, les har- 

>?ordre ne peut émaner que d'une intelligence ; l'univers est donc 
Tœuvre d'une intelligence. Cet ordre résulte de rexécution d'une 
loi ou de plusieurs concertées ensemble; les lois sont toujours et 
nécessairement l'œuvre d'une volonté intelligente. 

L'auteur de l'univers , Dieu , étant une intelligence, a eu cer- 
tainement un but en créant cet univers. Ce but a été de faif e des 
heureui; nos aspirations, nosfaculiés, dans ce qu'elles ont de 
plus élevé, nous l'affirment. Tous les êtres doués de sensibilité 
sont donc appelés au bonheur. Pious voyons effectivement qu'ils 
sont tous heureux dans une certaine mesure, puisque tous aiment 
la vie, qu'ils assurent sa durée, qu'ils la défendent jusqu'à la 
dernière extrémité. Mais le bonheur n'est pas semblable pour 
tous ces êtres vivants; il y a notamment une différence tranchée 
entrele bonheur qui est dévolu aux animaux et celui qui est attribué 
à l'homme. L'un est un bonheur renfermé dans d'étroites limites^ 
un simple bonheur dorme; l'autre prend de plus vastes propor- 
tions et revêt un autre caractère, c'est un bonheur mérité. 

On comprendra facilement cette distinction, dit l'auteiur, en 
observant les faits, en comparant les plaisirs rares et incomplets 
qui sont le partage de l'être purement sensitif, aux jouissances 
sereines, inûnies que l'âme humaine obtient par l'accomplisse- 
ment des devoirs, la piété, l'es doux sentiments de la famille. 

La plupart de nos souffrances surviennent lorsque, par in- 
docilité ou par ignorance, nous avons contrevenu aux lois jdu 
Créateur. 

De ces faits que l'homme aspire à un bonheur complet et inaé- 
fini; qu'il est capable de perfectionner ses facultés morales, 
comme d'accroître ses connaissances; que ce bonheur désiré ne 
peut exister pour lui sur la terre, on doit conclure qu'il ne périra 
pas sur ce globe avec son enveloppe corporelle. 

A cette forme d'argumentation nous pouvons ajouter la sui- 
vante, que l'auteur nous a présentée dans une lettre particulière 

« La nature est le laboratoire de Dieu en même temps que son 
ouvrier, comme rofûcioe, munie d'un préparateur, est le labo- 
ratoire du chimiste et du physicien; autant les produits que 
fait éclore la nature sont supérieurs à ceux qui se fabriquent 
dans les officines, autant l'intelligence et la puissance divines 
l'emportent sur celles du savant : celui-ci, avec les matériaux qu'il 

27. 



478 LIVRE IV. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

monies, les lois, sont l'œuvre d'une intelligence 
dont le pouvoir est proportionné à l'étendue et à 
la perfection des faits et des harmonies coordon- 
nées. Nous tenons donc pour évident que l'uni- 
vers est gouverné par une intelligence. 

Ces corrélations, ces harmonies sont en rapport 
avec les propriétés intrinsèques de la matière et 
s'y rattachent de telle sorte qu'elles n'exisloraient 
pas si ces propriétés substantielles étaient autres 
qu'elles ne sont. 

Nous en concluons que la matière et ses proprié- 
tés intrinsèques sont aussi l'œuvre de Fintelligence 
qui a établi les lois. Le bon sens déclare impérieu- 
sement, malgré les allégations contraires, qu'on ne 
peut attribuer à une circonstance fortuite des mo- 
lécules, l'attraction, l'électricité, le calorique, la 

trouve dans la nature, ne parvient pas à faire ce que £ait You- 
vrière de Dieu sous sa direction. 

D ; H : : N : 

< Dieu est à l'homme, comme les produits de la nature sont à 
ceux de l'oificine. 

. D : N : : H : B 

c Dieu agit sur la nature, comme la volonté de l'homme, gruidée 
par son intelligence, agit sur ses yeux et sur ses bras/ » 

Dans un chapitre des Desseins de Dieu, consacré à la. Pluralité 
des Mondes habités^ l'auteur oppose à notre opinion delà variété 
des organismes dans l'univers, l'idée d'une ressemblance néces- 
saire entre toutes les humanités ; il se base sur cette objection : 
que si les habitants des autres mondes n'ont pas la ibrme humaine 
terrestre , et si nous sommes destinés à revivre sur ces autres 
îerres, nous ne pourrons reconnaître nos amis les plqs chers. 
L'objection est plus sentimentale que scientifique. Ce n'est pas 
ici le lieu de la discuter. Mais nous pouvons répéter qu'en raison 
de la diversité d'action des forces naturelles sur les autres pla- 
nètes, il est à peu près certain que la série toologique a dû s'y 
construire sur un type tout d fférent de la série terrestre 



LES CAUSES FINALES. — DIFFICULTÉS. 479 

composition de Fair, faits cosmiques parfaitement 
appropriés à la végétation des plantes, à la vie des 
animaux, de même qu'il serait invraisemblable de 
croire que des milliers de caractères d'imprimerie, 
jetés au hasard, aient produit Y Iliade ou la Jéru- 
^alem délivrée; si, pour échapper à la conclusion, 
on disait que ces qualités sont Veffet de dispositions 
inhérentes, la nécessité logique d'une intervention 
suprême et intelligente ne serait pas évitée. 

Ajoutons à cette image un aphorisme peu dis- 
cutable : Toute fin suppose une intention ; toute 
intention une conscience; toute conscience une 
personne. 

La question des causes finales, répétons-le, est 
plus compliquée et plus difficile à résoudre qu'elle 
ne le parait aux imaginations légères. Elle se tra- 
duit, comme auraient dit les anciens, plutôt en 
puissance qu'en acte. Le fait général la décide; les 
faits particuliers s'en esquivent. Pour la bien sai- 
sir, il faut que l'esprit s'astreigne à un examen 
sévère, et que d'un coup d'œil il embrasse la tota- 
lité ou au moins la majorité des choses connues, 
au double point de vue du temps et de l'espace. Le 
premier effet de cette étude rigoureuse et critique 
est précisément de l'éloigner de toute croyance, et 
de le tenir en garde contre ces mesquines interpré- 
tations de l'homme, qui rapporte tout à soi comme 
au centré de l'œuvre. On se rit alors des illusions 
de la vanité et des tentatives insensées de l'orgueil. 
Et c'est là le premier résultat de l'étude générale 
des. êtres. Mais lorsqu'on poursuit ses invesliga- 



480 LIVRE lY. — DESTINATION DES ÊTRES ET Ï»ES CHOSES. 

tions jusqu'à la perception des forces inlimes qui' 
soutiennent chaque être créé, et jusqu'à la décou- 
verte des lois universelles qui régissent à la fois 
et rédifice de la vie tout entière, et chaque partie 
de cet édifice immense, alors on distingue les traces 
d'un plan général, on aperçoit ici et là des lignes 
de solidarité qui relient au même dessein les corps 
les plus éloignés, on reconnaît l'unité de la pensée 
qui a présidé (ou plutôt qui préside éternellement 
et sans temps) à l'arrangement universel, et qui 
gouverne sur la route de l'infini le char colossal 
de la création. Enfin en s'accoutumant à ces con- 
templations essentielles, on arrive à trouver encore 
que cette notion de la divinité est trop humaine 
pour être vraie; que cette force permanente qui 
(Soutient le monde, cette puissance qui le fait vivre, 
cette sagesse qui le guide, cette volonté qui lui 
propose éternellement une perfection inaccessible, 
cette unité de pensée qui se rèv^e sous les formes 
transitoires de la matière n'est pas une force, une 
puissance, une sagesse, une volonté humaines; 
mais qu'elle appartient à un être innommé, in- 
compréhensible, inconnu, sur la nature duquel 
nous ne pouvons que nous taire, et dont la con- 
naissance nous est scientifiquement inabordable. 
Ce résultat final de la direction des recherches 
positives explique comment, dans cette discussion, 
nous paraissons tendre la main gauche à. Berlin 
et la main droite à Rome. A cette observation par- 
ticulière, nous pouvons répondre que ce n'est ici 
qu'un fait géographique, résultant de notre ten- 



LES CàUSES FIHALES. — DIFFICULTÉS. 481 

dance à toujours regarder TOrient. Sans doute, 
cette position nous fait qualifier du titre d'héré- 
tique par les docteurs qui se prélassent dans leur 
fauteuil séculaire, car leurs yeux appesantis pré- 
fèrent depuis longtemps les douces lueurs du cré- 
puscule aux lièches enflammées de Taurore; mais 
la sincérité nous oblige à proclamer que l'exagé- 
ration dogmatique est aussi fausse que le scepti- 
cisme systématique, et que le sentier du penseur 
oscille à égale distance de ces extrêmes. Oui, il 
oscille. Ceux qui se prétendent le plus solidement 
affermis sur le sol terrestre sont ceux dont la chute 
est la plus prochaine. Pour l'esprit qui étudie, il 
n'y a rien de définitif ici-bas; plus l'homme avance 
dans la science, et phis il s'aperçoit qu'il ignore; 
s'arrêter, c'est mourir; marcher, même en revenant 
parfois sur nos pas, c'est accomplir le but de notre 
existence. En philosophie comme en mécanique, 
l'équilibre de la nature n'est jamiais qu'un équilibre 
instable. ^ 

Dans sa tendance à tout rapporter à sa personne 
comme à un centre exclusif, l'homme rapetisse les 
faits et les idées. Nous avons vu que sa théorie de 
la causalité en est un des exemples les plus fameux. 
Lorsqu'il prétend que les poulets ont été faits pour 
êke mis à la broche, il est un peu trop personnel 
dans son affirmation. On peut dire, il est vrai, puis- 
que l'homme est omnivore, et que sa constitution 
organique doit être soutenue par une alimentation 
aussi bien animale que végétale, que les animaux 
et les végétaux qui le nourrissent sont effectivement 



48S LIVRE lY. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

destinés à servir à son existence, et que sans eux- 
Tespëce humaine s'éteindrait immédiatement. Maif 
descendre aux détails particuliers, avancer que les 
perdrix sont créées et mises aii monde pour se ma- 
rier avec les choux à rofficine de Yatel ; s'abaisser 
jusqu'à dire que les bœufs sont principalement des- 
tinés au potage gras, à la couronne de pommes de 
terre frites du beefteack, ou à la sauce-carottes 
dite à la mode ; que les gigots de mouton et les rô- 
tis de veau ont été le but de la formation de la gent 
ovine et bovine; que les haricots ne serviraient de 
rien s'ils n'étaient assaisonnés au gras ou au mai- 
gre, et que les mirabelles ont été dorées par le so- 
leil soit pour être goûtées fraîches, soit pour être 
transformées en confitures ou en pruneaux, etc.; 
tomber dans ces détails vulgaires, c'est oublier le 
système général de la nature et croire que l'homme 
seul vit dans l'univers. 

Aussi, terminerons-nous en rappelant notre pro- 
position de substituer à l'idée de causalité parti- 
culière, ridée de plan général. 

Nous ne prenons parti ni pour ni contre la théo- 
rie de la transformation des espèces ; mais nous 
concluons que sans le principe de la destination 
des êtres et des astres, il n'est plus possible de 
rien expliquer, depuis l'anatomie jusqu'à la méca- 
nique céleste : aucune cause extérieure, aucune 
influence de milieux n'exclut cette grande loi. La 
théorie de l'élection naturelle remplace simple- 
ment l'intervention miraculeuse de la cause créa- 
trice pour chaque espèce par une loi intelligente 



LE «RAKD PROBLiïE. 48S 

universelle. Elle laisse dans ta nature la pensée 
organisRtrice du inonde, sensible au commence- 
ment, au milieu comme à la fin des choses.' Cette 
conception plus positive, plus scientifique, du dé- 
veloppement du monde organique, ne sacrifie ni 
au hasard ni à L'arbitraire. Elle nous présente l'u- 
nivers comme une unité vivante, dont l'existence 
se développe conforméEnentàl'idée primordiale, et 
s'élève éternellement vers son idéal inaccessible. 
L'origine et la fin existent simultanément dans 
l'actuel. Du minéral a l'organisme, de l'organisme 
à la vie, de la vie à l'intelligence, c'est un circulas 
de la matière et une ascension de la pensée, sui- 
vant une raison dominatrice. Le monde n'est pas 
un jeu de coq-à-l'âne, c'est un poëme au sein du- 
quel nous ne sommes que d'humbles comparses, 
et dont l'auteur invisible nous enveloppe de son 
rayonnement immense, comme ces grains de pous- 
sière que l'on voit flotter dans un rayon de soleil 
Osons l'avouer 1 c'est un problème acfuelleraeni 
insoluble que celui de la destinée absolue des être! 
dans la nature, un pr-oblèrae qui se creuse insen- 
siblement comme un abimc lorsque l'œil du son- 
deur cherche à en distinguer les prBfondeurs. . . Un 
soir, è Paris, avant le coucher du soleil , je con- 
templais la Seine de la balustrade du pont de l'In- 
stitut, d'oîi la vue est parfois extraordinaire. Lf 
couchant empourpré versait une lumière rosèt 
sur les nuages moutonneux qui parsemaient l'azur 
et cette lumière venant baigner l'atmosphère de 
la grande ville colorait d'un aspect magique le: 



484 MYRE IV. — DESTINATION DBS ÊTRES ET DES CHOSES. 

édifices silencieux. Le fleuve, comme un. large 
raban, descendait lentement vers Touest, allant 
se perdre dans le vague lointain où se mariaient 
la lumière et l-ombre. A ma gauche, le dôme 
ombré surplombait les édifices, et plus loin, deux 
flèches gothiques perçaient le ciel. A ma droite, 
les fenêtres du Louvre, enflammées d*une illumi- 
nation féerique, donnaient à Fantique édifice 
une étendue démesurée ; \p bois sombre des Tui- 
leries et les hauteurs vaporeuses d uoe colline plus 
éloignée allongeaient la perspective jusqu'aux 
brumes de Thorizon. Ce panorama présentait un 
double sens : c'était la grande idée de la nature 
planant sur le grand fait d'une ville humaine. Peu 
à peu, je me trouvai identifié à cette apparition de 
l'existence simultanée de la nature et de la ville, 
existence permanente et déjà vieille, mais dont le 
contraste ne m'avait pas encore frappé aussi vive- 
ment. Et comme je contemplais ce double specta- 
cle, je suivais les mouvements apparents et réels 
de la nature. Le soleil descendait lentement der- 
rière les collines, les nuées- se coloraient d'une 
teinte plus rose, le fleuve coulait doucement vers la 
mer lointaine, l'air rafraîchi était traversé d'une 
brise semblable à une respiration : or ce mouve- 
ment général m'impressionnait, car il s'étendait 
dans ma pensée à la nature entière et me dévelop- 
pait la circulation générale de la vie sur la Terre. 
Mais la cause principale de mon attention était la 
pensée que tout ce vaste mouvement s'accomplis- 
sait comme «i l'homme n'était pas là. Au milieu de 



LE GRAND PROBLÈME. 485 

Paris, rhomme me parut un zéro dans la nature. 
Les promeneurs qui passaient derrière moi sur ce 
même pont, n'admiraient certainement pas ce beau 

.. coucher de soleil. Les gens d'affaires vaquaient 
aux obligations de leur genre de vie. Les deux 

"' millions d'individus qui fourmillent dans l'en- 
ceinte des fortifications ne me représentaient rien 
autre chose qu'un tourbillon .passager à la surface 
de ce point du globe. Et je me. disais : la Terre 
roule ainsi sur son orbite, présentant tour à tour 
chaque pays du monde à la fécondation solaire; 
les nuages parcourent Tatmosphère ; les plantes 
suivent le cycle des saisons ; les fleuves descendent 
à la mer; les jours et les nuits se succèdent; l'har- 
monie terrestre suit son cours régulier et perpé- 
tuel : — mais pourquoi cela existe-t-il ? Les insectes 
déchirent de leurs mandibules les pétales des 
fleurs, les petits oiseaux becquètent les insectes, 
l'épervier ouvre le ventre des oiseaux, les lions 
rugissent dans les déserts, et les baleines se font la 
chasse dans l'immensité des mers : — mais powr- 
quoï cela existe-t-il? Les sources limpides posent 
dans la solitude des bois de charmants miroirs en- 
cadrés de pervenches; les ruisseaux gazouillants 
descendent en chantant ia colline ; les rivières ar- 
gentées abandonnent leurs flots aux grands fleuves 
pour tomber avec eux dans Tabime des océans et 

, y perdre leur nom et leur existence ; de riches et 
magnifiques bouquets naissent et meurent au fond 
obscur des mers, visités seulement par les madré- 
porcs ou le corail, et sous Tattraction céleste, le 



486 LITRE lY. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CHOSES. 

flux et le reflux des mers balancent d'un continent 
à l'autre leur masse lourde et insondée: — mais à 
quoi tout cela sert-il ? Cette vaste nature marche 
impassiblement comme un mécanisme colossal, les 
choses se renouvellent sans cesse, Thomme lui- 
même n'est qu'un atome éphémère qui parait et 
disparaît aussi vite.. De cet immense univers, 
l'homme ne connaît presque rien, quoique croyant 
connaître tout, et d'ailleurs il emploie sa vie à de 
bien autres préoccupations. Avant la création de 
l'homme, toutes ces harmonies se faisaient enten- 
dre comme aujourd'hui : Pour quelles oreilles? 
Tout cela existait avant lui! Tout cela existerait 
peut-être sans luil Tout cela existera après lui! 
Pourquoi cette création est^Ile ici? Pourquoi ma 
pensée, - sondant cette profondeur, n'admet-elle 
aucune réponse? Pourquoi Dieu a-t-il créé cette 
terre et la multitude infinie des autres mondes? 
Et pourquoi, voyant Pinquiétude de mon âme, la 
laisse-t-il se perdre dans Pabîme de l'ignorance, 
comme si le Créateur ne connaissait pas plus cette 
pensée que le grain de poussière emporté par le 
vent, ou que la goutte d'eau perdue dans le fleuve 
à mes pieds ? Pourquoi cela existe-t-il ? à quoi cela 
sert-il? Qu'est-ce que cela peut faire à Dieu qu'il y 
ait un monde , cent milliards ou rien? Quel est le 
but de cette œuvre? Encore une fois, à qui et à quoi 
sert-elle, et pourquoi, ô Dieu ! pourquoi la création 
existe-t-elle?... Ce formidable ensemble a un but 
pourtant... Ce voile cache un problème immense 
qui nous enveloppe nous-mêmê et nous anéantit. 



LE GRAND PROBLÈME. 487 

Ce jour-là, je m'éloignai silencieux, les yeux 
aveuglés et incapables de rien \oir. Le soleil se 
coucha, la Seine continua silencieusement son 
cours, le manteau du soir s'étendit sur la grande 
ville, et je me perdis bientôt dans les bruits qui 
avaient un instant cessé de se faire entendre pour 
moi. Depuis, bien souvent les mêmes réflexions 
sont venues m'assaîllir; bien souvent je me suis 
senti arrêté sur mon chemin par cette insondable 
interrogation : Pourquoi le monde existe-t-ilî Et 
toujours le vide et le silence sont tombés dans 
mon âme. Hélas! si je l'avouais, je pourrais encore 
ajouter qu'une question bien plus terrible et bien 
plus inquiétante a parfois succédé à la précédente. 
En suivant ce mouvement impassible de la nature, 
mon'âme parfois devança les temps, et se demanda 
où elle serait dans cent ans d*ici. Et poursuivant 
son regard en avant, elle se demanda avec un in- 
définissable sentiment de terreur où elle sera dans 
mille ans. Et perpétuant son essor, elle vit que 
dans cent mille ans elle existera encore, et se de- 
manda ce qu'elle sera à cette époque. Et sondant 
l'abîme plus loin et plus loin, elle se porta, infati- 
gable, à un million d'années. Et au delà de cette 
ligne, au delà de ce point déjà inaccessible pour la 
pensée même, elle imagina une nouvelle ligne de 
même longueur ; puis au second million d'années, 
elle en vit succéder un troisième, un quatrième, un 
dixième, un centième. Et déjà dans l'éternité, elle 
s'aperçut que le temps n'existe pas, et que Téternité ^ 
est immobile... Dois-jedire que parfois cette der- 



188 LIVRE lY. — DESTINATION DES ÊTRES ET DES CROSES. 

nière pensée devenait si effrayante devant l'i- 
nexorable destinée qui nous attend, qu'elle faisait 
disparaître eh moi le sentiment de ma propre 
personnalité, comme si vraiment ce tableau insou- 
tenable nous invitait à espérer le repos dans la 
mort, ou comme si cette contemplation, étant trop 
vaste pour un cerveau d'homme, avait brisé ce 
cerveau et m'avait rayé du nombre des intelligents. 

Peut-être ai-je tort de vous entretenir ainsi de 
mes impressions personnelles. Mais au fond ce 
n'est pas ici une question de personnalité, c'est 
une étude analogue àcelle de l'anatomiste qui sonde 
profondément une plaie inconnue. Et si l'astronome 
se fonde sur ses propres observations pour fixer son 
système, si le chimiste parle d'après le témoignage 
de son creuset et suivant ses analyses particulières, 
si le physicien examine la nature par l'expérience 
de ses propres yeux, n'est-il pas naturel que le pen- 
seur rapporte comme eux le résultat de ses ré- 
flexions individuelles, et que parfois il confie à celui 
qui l'écoute les inquiétudes et les labeurs de son 
âme? Du moins, c'est ici l'acte d'une profonde sin- 
cérité, et le gage d'une parole indépendante qui 
n'est l'écho d'aucun parti, d'aucun système. 

Oui, ce problème immense de la destination gé- 
nérale du monde nous enveloppe dans ses profon- 
deurs, et nous ne pouvons ni le juger ni le ré- 
soudre. Nous sommes emportés par lui, comme 
l'infusoire microscopique perdu au sein des mers, 
et qui tenterait de se rendre compte du flux et du 
reflux des eaux. 



LIVRE 



DIEU 



La Religion par la Science. 



DIEU 



Dieu dans la nature, force vivante et personnelle, cause des mou- 
vements atomiques, loi des phénomènes, ordonnateur de l'har- 
monie, vertu et soutien du monda. — L'homme créant Dreu à 
. $on image. — Erreur de l'anthropomorphisme. Le philosophe 
grec Xénophane il y a 2400 ans. -^ La nature de Dieu est in- 
connaissable. — Nul système humain ne peut le définir. — Diffé- 
rentes formes de l'idée de Dieu selon les hommes. — Le Dieu 
de la science. — Dernières vues sur la doctrine. — Gonclivion 
générale. — Épilogue. 



Les vues par lesquelles nous nous permet- 
trons de clore notre démonstration générale en 
sont plutôt la synthèse que la péroraison, et s'il 
est vrai que la science et la poésie soient intime- 
ment associées dans la contemplation de la nature, 
nous ne pouvons judicieusement interdire au sen- 
timent poétique de se manifester en ces dernières 
impressions du spectacle du monde sur notre 
pensée. 

A peine nous serait-il nécessaire maintenant de 
consacrer une étude spéciale à la cause de Dieu, 
car nous a^ons combattu pour cette cause dès les 
premières pages de ce plaidoyer, et toutes nos con- 
clusions particulières ont abouti à ce but suprême. 



40S LlYRfi V. - DIEU. 

Cependant il est bon de les couronner par une 
conclusion générale. De même que le naturaliste, 
le botanisle, le géomètre, l'arpenteur, Tartiste ou 
le poêle, après avoir examiné les détails d un pay- 
sage el gravi la colline dont le versant domine les 
sites étudiés, se retourne pour contempler, sous 
un même regard, Tensemble de ce paysage et em- 
brasser dans sa grandeur la distribution générale, 
le plan et la beauté du panorama ; de même, après 
les études particulières sur les lois de la matière 
et sur celles de la vie, il est bon de se retourner 
et d'admirer avec calme. Le regard de l'âme aime 
s'abreuver du rayonnement céleste dont la nature 
est inondée. Ici ce n'est plus la discussion, mais la 
confemplation recueillie de la lumière et de la vie 
qui resplendissent dans l'atmosphère, brillent dans 
l'éclat des fleurs, chatoient dans leurs nuance^, cir- 
culent sous le feuillage des bois, embrassent d'un 
universel baiser les êtres innombrables qui s'agi- 
tent dans le sein de la nature. Après la puissance, 
après la sagesse, après l'esprit, c'est la bonté inef- 
fable qui se laisse pressentir; c'est l'universelle 
tendresse d'un être toujours mystérieux, faisant 
succéder à la surface du monde les formes innom- 
brables d'une vie qui se perpétue par l'amour et 
ne s'éteint pas. 

La corrélation des forces physiques nous a mon- 
tré l'unité de Dieu sous toutes les formes passa- 
gères du mouvement; par la synthèse, l'esprit 
s'élève à la notion d'une loi unique, d'une loi et 
d'une force universelles, qui rie sont autres que 



DIEU. CAUSE DU HOUYENENT. 405 

l'action de la pensée divine. Lumière, chaleur, ëlec* 
. (ricité, magnclisme, attraction, affinité, vie végé- 
tale, instinct, intelligence, prennent leur source 
en Dieu. Le sentiment du beau, l'esthétique des 
sciences, Tharmonie mathématique, la géométrie, 
illuminent ces forces multiples d'une attrayante 
clarté et les revêtent du parfum de Tidéal. Sous 
quelque aspect que l'esprit méditatif observe la 
nature, il trouve une voie aboutissant à Dieu, force 
* vivante, dont on croit sentir les palpitations sous 
toutes les formes de l'œuvre universelle, depuis le 
tressaillement de la sensitive jusqu'au chant ca- 
dencé de l'alouette matinale. Tout est nombre, 
rapport, harmonie, révélation* d'une cause intelli- 
gente agissant universellement et éternellement. 
Dieu n'est donc pas, comme disait Luther, « un 
tableau vide sur lequel il n'y a d'autre inscription 
que celle que nous y mettons nous-mêmes. x> Il 
est, au contraire, la force intelligente, universelle 
et invisible, qui construit sans cesse l'œuvre de 
la nature. C'est en sentant l'éternelle présence de 
ce Dieu que nous comprenons les paroles de 
Leibnitz : oc II y a de la métaphysique, de la géo- 
métrie, de la morale partout; » et l'antique apho- 
risme de Platon *■ que nous pouvons traduire : 
« Dieu est le géomètre éternellement agissant. » 
C'est en dehors des agitations de la société hu- 
maine, dans le recueillement des solitudes pro- 
fondes, qu'il est permis à l'âme de contempler en 



28 



é04 LIVRE V. — DIEU. 

face la gloire de Tinvisible manifestée par le vi- 
sible. C'est dans cette entrevue de la présence de 
Dieu sur la Terre que Tâme s'élève dans la no- 
tion du vrai^. Le bruit lointain de Focéan, le 
paysage solitaire, les eaux qui sourient silen- 
cieusement, les forêts qui soupirent dans des 
sommeils anxieux, les orgueilleuses et vigilantes 
montagnes qui regardent tout d'en haut, sont des 
manifestations sensibles de la force qui veille au 
fond des choses. Je me suis parfois abandonné à 
votre douce contemplation, b vivantes splendeurs 
de la nature, et j'ai toujours senti qu'une ineffable 
poésie vous enveloppait de ses caresses. Lorsque 
mon âme se laissait séduire par la magie de votre 
beauté, elle entendait des accords inconnu^ s'é- 
chapper de votre concert. Ombres du soir qui flot- 
tez sur le versant des montagnes, parfums qui 
descendez des bois, fleurs penchées qui fermez vos 
lèvres, bruits sourds de l'océan dont la voix ne 
s'éteint pas, calme prafond des nuits étoilées ! vous 
m'avez entretenu de Dieu avec une éloquence 
plus intime et .plus irrésistible que les livres des 
hommes. En vous, mon âme a trouvé la tendresse 
d'une mère et la pureté candide de l'innocence, et 
lorsqu'elle s'est endormie sur votre sein, elle s'est 
réveillée dans la joie et dans le bonheur. Colora- 
tions splendides des crépuscules! ravissements 
des dernières clartés! recueillements des avenues 
solitaires! vous gardez à ceux qui vous aiment de 

* Ascensio mentis in Beum per scalas rerum crettanun Bel- 
larmin. 



y 



DIEU, ORDONNATEUR DE L'HARMONIE. 495 

délicieux instants d*ivressel Le lis s'ouvre el boit 
avec extase la lumière descendue des cieux I En 
ces heures de contemplation, l'âme devient une 
fleur qui aspire avec avidité le rayonnement céleste. 
L'atmosphère n'est plus seulement un mélange de 
gaz ; les plantes ne sont plus seulement des agré- 
gations d'atomes de carbone ou d'hydrogène ; les 
parfums ne sont plus seulement des molécules in- 
saisissables se répandant le soir pour préserver les 
fleurs du froid; ]a brise embaumée n'est plus 
seulement un courant d'air; les nuages ne sont 
plus seulement des vésicules de vapeur aqueuse ; 
la nature n'est plus seulement un laboratoire de 
chimie ou un cabinet de physique : on sent une 
loi souveraine d'harmonie, d'ordre, de beauté, qui 
gouverne la marche simultanée de toutes choses, 
qui entoure les plus petits êtres d'une vigilance 
instinctive, qui garde précieusement le trésor de 
la vie dans toute sa richesse, qui, par son rajeu- 
nissement éternel, déploie dans une immuable 
puissance la fécondité créée. Dans cette nature 
tout entière, il y a une sorte de beauté universelle, 
que Ton respire et que l'âme s'identifie, comme si 
cette beauté tout idéale appartenait uniquement 
au domaine de l'intelligence. Étoile avant-courrière 
de la nuit! char du septentrion I magnificences 
constellées I perspectives mystérieuses de l'inson- 
dable abîme I Quel est Tœil instruit de vos richesses 
qui pourrait vous regarder avec indifférence? Com- 
bien de regards rêveurs se sont perdus parmi vos 
désertSi ô solitudes de l'espace ! Combien de pen- 



4M LITRE V — DIEU. 

sées anxieuses ont voyagé d'une lie à l'autre de vo- 
tre étincelanl archipel ! Et dans les heures de l'ab- 
sence et des mélancoliques attitudes, combien de 
paupières humides se sont abaissées sur des yeux 
fixés vers une étoile préférée I 

C'est que la nature a de douces paroles sur ses 
lèvres, des trésors d'amour dans ses regards, des 
sentiments d'exquise affection en son cœur; c'est 
qu'elle ne consiste pas seulement dans une orga- 
nisation corporelle, mais encore dans sa vie et dans 
son âme. Celui qui n'a jamais entrevu que son as- 
pect matériel ne la connaît qu'à depii. La beauté 
intimer des choses est aussi vraie et aussi positive 
que leur composition chimique. L'harmonie du 
monde n'est pas moins digne d'attention que son 
mouvement mécanique. La direction intelligente 
de l'univers doit être constatée au même titre que 
la formule mathématique des lois. S'obstiner à ne 
considérer la créature qu'avec les yeux du corps, 
et jamais avec les yeux de Tesprit, c'est s arrêter 
volontairement à la surface. Nous savons bien que 
nos adversaires vont nous objecter que l'esprit n'a 
pas d'yeux, que c'est un aveugle-né, et que toute 
affirmation qui n'est pas donnée pal* l'<Bil corporel 
n'a aucune espèce de valeur. Mais c'est là une supr 
position arbitraire fort mal fondée elle-même. 
Nous avons vu que l'on ne peut de bonne foi révo- 
quer en doute les vérités de l'ordre intellectuel, et 
que c'est dans notre jugement même que s'établit 
là certitude de toute vérité. Nous franchirons donc 
sans trouble ces tristes objections. Pour nous, la 



DIEU, VERTU ET SOUTIEN DU MONDE. 497 

nature est un être vivant et animé ; elle est plus 
encore : une amie; toujours présente, elle nous 
parle par ses couleurs, par ses formes, par ses 
sons, par ses mouvements ; elle a des sourires pour 
toutes nos joies, des soupirs pour toutes nos tris- 
tesses, des sympathies pour toutes nos aspirations. 
Fils de la Terre, notre organisme est en vibration 
avec tous les mouvements qui constituent la vie de 
la nature : il les comprend, les partage et en 
laisse dans notre être un retentissement pro- 
fond lorsque Tartifice ne nous a pas atrophiés. 
Fille du principe de la création, notre flme re- 
trouve l'infini dans la nature. Pour la science 
spiritualiste il n'y a plus, en face l'un de l'autre,, 
un mécanisme automate et un Dieu retiré dans 
son absolue immobilité ; Dieu est la puissance et 
Tacte de la ^ nature ; il vit en elle, et elle en lui ; 
Tesprit se fait pressentir à travers les formes 
changeantes de la matière. Oui, la nature a des 
harmonies pour l'âme. Oui, elle a des tableaux 
pour la pensée. Oui, elle a des biens pour les am- 
bitions de l'esprit. Oui, elle a des tendresses pour 
les aspirations du cœur. Car elle ne nous est pas 
étrangère, elle n'est pas séparée de nous; mais 
nous ne faisons qu'un avec elle. 

Or la force vivante de la nature, cette vie 
mentale qui réside en elle, cette organisation 
de la destinée des êtres, cette sagesse et cette 
toute-puissance dans Tentretien de la création, 
cette communication intime d'un esprit univer- 
sel entre tous les ôirôs : qu'est-ce autre chose, 

28. 



m LIVRE V. — DIEU 

sinon la révélation de Texistence de Dieu? Qu'est- 
ce, sinon la manifestation de la pensée créa- 
trice, éternelle et imnfiense? Qu'est-ce que la fa- 
culté élective des plantes, l'instinct inexplicable 
des animaux, le génie de l'homme? Qu'est-ce que 
le gouvernement de la vie terrestre, sa direction 
autour du foyer de sa lumière et de sa chaleur, 
les révolutions célestes des soleils dans l'espace, le 
mouvement universel des mondes - innombrables 
qui gravitent ensemble dans l'infini, sinon la dé- 
monstration vivante et impérieuse de la volonté 
inaccessible qui tient le monde entier dans sa puis- 
sance et toutes nos obscurités dans sa lumière? 
Qu'est-ce que l'aspect spirituel de la nature, sinon 
le pâle rayonnement de la beauté éternelle? splen- 
deur inconnue que nos yeux dévoyés par les fausses 
clartés de la terre peuvent à peine entrevoir aux 
heures saintes et bénies où l'Être divin nous per- 
met de sentir sa présence. 

Les lois de la nature nous ont prouvé l'existence 
d*une Intelligence ordonnatrice. Elles sont non- 
seulement constantes, dit sir John Hérschel *, mais 
concordantes, intelligibles. Il est facile de les saisir 
à l'aide de quelques recherches plus propres à 
piquer qu'à éteindre la curiosité; si nous appar- 
tenions à une autre planète, et *]ue, transportés 
tout à coup dans une de nos sociétés, nous nous 
missions à observer ce qui s'y passe, nous serions 
d'abord embarrassés de dire si cette société est 

* On the study of thô nalural philosopby. 



DIEU, LOI DES PHÉNOMÈNES. 409 

soumise à des lois. Si, parvenus à découvrir qu'elle 
prétend en avoir, nous essayions de rechercher, 
d'après la conduite et les conséquences qu'elle en- 
traine, quelles sont ces lois, dans quel esprit elles 
ont été conçues, nous n'éprouverions pas peut-être 
de grandes difficultés à découvrir des règles ap- 
plicables à des cas particuliers ; mais si nous vou- 
lions généraliser, si nous tentions de saisir quel- 
ques principes saillants, la masse des absurdités, 
des contradictions qui jailliraient de toutes parts 
nous détournerait bientôt d'un plus ample exa- 
men, ou nous convaincrait que ce que nous cher- 
chons n'existe pas. C'est tout le contraire dans la 
nature. On n'y trouve pas de dissonnance, de con- 
tradiction, on n'y rencontre qu'harmonie. On n'a 
jamais besoin d'oublier ce que Ton sait une fois. 
Lorsque les règles se généralisent, les exceptions 
apparentes deviennent régulières. Une équivoque 
dans sa sublime législation est aussi inouïe qu'un 
acte mal entendu. 

Les grands faits de la science moderne ont donc 
transformé l'idée de Dieu et la présentent désor- 
mais sous un aspect bien différent de celui qu'elle 
offrait jusqu'à nos jours. Cet aspect nouveau est à 
la fois plus immense et plus difficile à saisir. 
Cependant, nous pouvons au moins concevoir, si- 
non esquisser, l'ensemble de cette métamorphose 

progressive. 

L'ignorance avait humanisé Dieu ; la science le 
divinise, — si ce pléonasme n'effarouche pas les 
oreilles grammaticales. Jadis, Dieu fut homme; 



500 * LIVRE V. - DIEU. 

maintenant il est Dieu. La foi du charbonnier, si 
vantée naguère encore, n'est plus la véritable foi. 
Le Credo qma absurdum est une double absurdité. 
L'Être suprême, créé à l'image de Thomme, voit 
actueUement cette image s'effacer peu à peu pour 
laisser à sa place sa réalité sans forme. Car la forme, 
la définition, le temps, la durée, la mesure, le de- 
gré de puissance ou d'activité, la description, la 
connaissance, ne s appliquent plus à Dieu ; oncom- 
mence seulement à s'en apercevoir. Le nom même 
cache une idée incomplète, et il faudrait pouvoir 
parler de Dieu sans le nommer. Autrefois Jupiter 
tenait la foudre dans sa main, Apollon conduisait 
lé Sojeil, Neptune régnait sur TOcéan. Dans l'ido- 
lâtrie des bouddhistes. Dieu ressuscitait un mort 
sur la tombe d'un ëaint, faisait parler un muet, 
entendre un sourd, croître un chêne dans une seule 
nuit, voltiger un noyé à la surface ,de l'eau, décou- 
vrait les régions du troisième ciel à un extatique, 
gardait sain et sauf un martyr au milieu des flam- 
mes, portait un prédicateur à cent lieues en un clin 
d'œil, et dérogeait à chaque instante ses lois éter- 
nelles. Aujourd'hui encore, loin d'ici, au Thibet, on 
adore Mailreva : lai main de ce dieu met un frein à 
la fureur des flots, bénit une armée et maudit sa 
rivale, dirige la pluie vers des pays où des proces- 
sions la demandent, et, comme celle d'un habile 
jardinier, arrose ceci, ombrage cela, échauffe cette 
autre plante, élague une branche, marie deux 
fleurs, greffe une famille sur une autre, et tient un 
registre héraldique de tous les noms et de toutes 



L'HOMME GRÉANT DIEU \ SON IMAGE. 501 

m 

les dates, la majorité de ceux qui croient. en Dieu 
se représentent cet être inconnu comme un homme 
supérieur assis quelque part au-dessus de nos têtes, 
qui de là-haut préside aux actions terrestres, est 
doué d'une excellente \ue, d'une ouïe non moins 
parfaite, tient les rênes du monde, et, dans le cas 
où le besoin s'en fait sentir, appelle un ^ ange de 
service pour l'envoyer remonter quelque méca- 
nisme un peu rouillé. Si Ton en cîoit même les 
traditions du Dhammapadam et les inscriptions 
d'Aschoka, Bouddha a un fils, Bodhisattva, média- 
teur assis à sa droite, et une troisième personne, 
Bouddha-Manouschi, «t la réalisation de Dieu par 
Thomme. » Ils vivent dans les hauteurs du Nirvana 
éternel, entourés d'esprits, de thrônes, d'apôtres, 
de martyrs, de pontifes, de confesseurs, de domina- 
tions, de puissances, des mages du cuhe précur- 
seur, des voyants de la philosophie sankhya qui 
furent purifiés, etc., le tout éternellement disposé 
par gradins, chacun selon le mérite d'une vie 
éphémère. 

L'histoire de l'idée de Dieu chez les hommes nous 
montre que cette idée fut relative à l'état intellec- 
tuel des nations et de leurs législateurs, aux mou- 
vements de la civilisation, à la poésie des climats, 
à la race des habitants, à la date des temps où fleu- 
rirent les différents peuples, aux progrès de l'esprit 
humain; et en descendant 4e cours des âges, nous 
assistons successivement aux défaillances et aux 
tergiversations de cette idée impérissable qui, par- 
fois brillante et parfois éclipsée, peut néanmoins 



502 LIVRE y. — DIEU. 

toujours être discernée dans l'histoire de Thuma- 
nité. Et nous observons que cette idée relative dif- 
fère du seul absolu sans lequel on puisse désor- 
mais concevoir la personne divine. 

Cet absolu, — il importe de l'affirmer en ces 
dernières pages, — cet absolu, nous ne le connais-' 
sons pas. Ce n'est ni le Yarouna des Aryas, ni 
rÉiim des Égyptiens, ni le Tien des Chinois, ni 
l'Ahoura-Mazda des Perses, ni le Brahma ou le 
Bouddha des Indiens, ni le Jéhovah des Hébreux, 
ni le Zeus des Grecs, ni le Jupiter des Latiiis, ni 
celui que les peintres du moyen âge ont assis sur 
un trône au sommet des cieux. Notre Dieu est 
encore inconnu, comme il Tétait pour les Yédas, 
comme il l'était pour les sages de l'aréopage d'A- 
thènes. La notion de quelques éminents pères de 
l'Église chrétienne et de quelques théologiens mo- 
dernes éclairés se rapproche plus que nulle autre 
de ce Dieu inconnu ; mais saurait-elle le compren- 
dre, lorsque nul esprit créé, ni les hommes, ni les 
anges (s'il y a des anges) ne peuvent le comprendre? 

Nous n'avons pas à nous entretenir ici des ré- 
sidences imaginées pour la personne de Dieu; 
nous ne parlerons pas du ciel poétique des Grecs, 
peuplé de figures idéales, où les dieux tou- 
jours jeunes et toujours beaux, s'amusent, rient, 
combattent comme les hommes, et trouvent leur 
plus grand bonheur à prendre part aux destinées 
ïiumaines ; ni du sombre et irascible Jéhovah des 
Juifs, qui punit jusqu'à la troisième et quatrième 
génération. Nous ne dirons rien également du ciel 



L'HOMME CRÉANT DIEU A SON IMAGE. 503 

des Orientaux qui promet aux fidèles de nombreu-^ 
ses houris, belles au milieu d'une fraîcheur perpé- 
tuelle, et la jouissance éternelle des sens ; du ciel 
des Groënlendais, où le plus grand bonheur con- 
siste dans une grande quantité de poissons et d'huile 
de baleine ; de celui de l'Indien chasseur, récom- 
pensé par une chasse éterneltement abondante, du 
Germain qui boit au Walhalla de l'hydromel dans 
le crâne d'un de ses ennemis, etc. 

Si le simple bon sens de l'homme n'a pu se faire 
une idée pure et abstraite de l'absolu, les tentatives 
de la philosophie n'ont guère été plus heureuses. 
Qui se donnerait la peine de rassembler toutes les 
idées que l'on s'est faites sur Dieu, sur l'absolu, ou 
sur ce que les philosophes appellent l'âme du 
monde, serait étonné du nombre des différents 
systèmes qui depuis l'origine des temps historiques 
jusqu'à nos jours, et malgré les progrès des scien- 
ces, offrent peu de raisonnements nouveaux, et 
sont rarement raisonnables. 

Les hommes traitent Dieu, disait Goethe.S comme si 
l'Être suprême, l'Être incompréhensible, indéfinis- 
sable, n'était guère autre chose que leur semblable ; 
autrement ils ne diraient pas : « Le Seigneur Dieu, 
notre Dieu, le bon Dieu . » Il devient pour eux ; surtout 
pour les gens d'église qui ont toujours son nom à la 
bouche, un simple vocable, un mot d'habitude sous 
lequel ils n'émettent pas la moindre idée. Mais s'ils 
étaient pénétrés de la grandeur de Dieu, ils garde-* 

^ Entretient d& Gœthe et (FEekermann, l, 8. 



504 LIVRE Y. — DIEU. 

raient le silence et, par respect, il s'abstiendraient 
de le nommer. 

Virchow n'est pas à côté du vrai lorsqu'il dit 
que rhomme ne peut rien concevoir de ce qui est 
en dehors de lui, et que tout ce qui est en dehors 
de lui est transcendental . 

L'homme se dépeint dans ses dieux, dit encore 
Schiller. 

La nature de Dieu est en question, comme son 
existence même, en notre siècle, aussi rigoureuse- 
ment qu'aux premiers jours de la philosophie. On 
a déjà pu observer dans la conduite générale de cet 
ouvrage, que notre but est sensiblement le mime 
aujourd'hui que celui de Xéf^ophanej 'six cents ans 
avant notre ère : opposer une conviction pure 
et raisonnée aux deux erreurs contraires de Ta- 
théisme absolu et de Tanthropomorphisme. Il y a 
longtemps* que ce philosophe, fondateur de Técole 
d'Élée, protesta judicieusement contre ces deux 
illusions funestes, a Ce sont les hommes qui sem- 
blent avoir produit les dieux çt leur avoir donné 
leur sentiment, leur voix, leur air, dit-il*. Si les 
bœufs ou les lions avaient des mains, s'ils savaient 
peindre avec les mains et faire des ouvrages comme 
les hommes, les chevaux se serviraient des che» 
vaux et les bœufs des bœufs pour représenter leurs 
dieux, et ils leur donneraient des corps tels que 
ceux qu'ils ont eux-mêmes. » Il réfuta les super- 



• V.Clém. Alex., Strom, V; — Eusèbe. Prasp, Evang., XIIL 

* Théodor., De affect, curât. 1 111. 



XÉNdPHANE, CONTRE L'ANTHROPOMORPHISME. SOC 

stitions qui consistaient à prêter aux dieux sa.propre 
couleur; par exemple, celle des Éthiopiens qui,! 
étant noirs et camus, représentaient leurs dieux\ 
Gomme eux; — des Thraces qui, ayant les yeuxl 
bleus et les cheveux rouges, agissaient de même ; i 
des Mèdes et des Perses qui modelaient leurs dieux 
sur eux-mêmes, et des Égyptiens qui donnaient à 
leurs divinités la même forme que la leur. 

Il existe un seul Dieu, supérieur aux dieux et aux hommes^ 
Et qui ne ressemble aux mortels ni par la figure, ni par l'esprit. 

Clément d'Alexandrie, qui nous a conservé ces 
vers, les caractérise fort bien en disant que Xéno- 
phane y enseigne l'unité et la spiritualité de Dieu. 
Où trouverait-on dans un philosophe ionien, avant 
Anaxagore, une pensée analogue à celle-ci : « Sans 
connaître la fatigue, il dirige tout par la puissance 
de l'intelligence. » 

Aristote, Simplicius et Théophraste nous ont 
conservé le corps de Targumentation par laquelle 
Xénophane démontrait que Dieu n'a pas eu de com- 
mencement et n'a pas pu naître. Il est impossible, 
dit V. Cousin S de ne pas éprouver une impression 
profonde et presque solennelle, en présence de celte 
argumentation, quand on se dit que c'est là peut- 
être la première fois que, dans la Grèce au moins, 
Tesprit humain a tenté de se rendre compte de 
sa foi et de convertir ses croyances en théories. 
Il est naturel, ajoute le philosophe éclectique, 

* Fragments de philosophie andeniêe, 

29 



506 LIVRE V. — DIEU. 

quand on a le sentiment de la vie et de cette exis- 
tence si variée et si grande dont nous faisons par- 
tie, quand on considère l'étendue de ce monde 
visible et en même temps l'harmonie qui y règne, 
et la beauté qui y reluit de toutes parts, de s'arrêter 
où s'arrêtent les sens et l'imagination, de supposer 
que les êtres dont se compose ce monde sont les 
seuls qui existent, que ce grand tout si harmonieux 
et si un est le vrai sujet et la dernière application 
de ridée de Tunité, qu'en un mot ce tout est Dieu. 
Exprimez ce résultat en langue grecque, et voilà le 
panthéisme. Le panthéisme est la conception du 
tout comme Dieu unique. D un autre côté, lors- 
qu'on découvre que l'apparente unité du tout n'est 
qu'une harmonie qui admet une variété infinie, 
laquelle ressemble fort à une guerre et à une révo- 
lution constituée, il n'est pas moins naturel alors 
de détacher de ce monde l'idée de l'unité, qui est 
indestructible en nous, et, ainsi détachée du modèle 
imparfait de ce monde visible, de la rapporter à 
un être invisible, type sacré de Tunité absolue, 
au delà de laquelle il n'y a plus rien à concevoir 
et à chercher. 

Ces deux solutions exchisives du problème fon-- 
damental sont sans cesse revenues à toutes les 
grandes époques de l'histoire de la philosophie, 
avec les modifications que le progrès des temps 
leur apporta, mais au fond toujours les mêmes, 
et l'on peut dire avec vérité que l'histoire de leur 
lutte perpétuelle et de la domination alternative de 
l'une et de l'autre a été jusqu'ici l'histoire môme 



XÉNOPHANE, contre L'ANTHROPOMORPHISME. 50l 

de la philosophie. C'est parce que ces deux solu- 
tions tiennent au fond de la pensée, qu'elle les re- 
produit sans cesse, dans une impuissance égale de 
se séparer de Tune et de lautre, et de s'en con- 
tenter. 

Nous voyons par les documents d'Aristote que la 
grande préoccupation de Xénophane fut de ne 
point identifier Dieu avec le monde, et cepen- 
dant de n'en pas faire une abstraction. L'idée 
d'un être infini et qui serait en dehors du mou- 
vement, lui paraissait une idée purement né- 
gative, qu'il craignait d'appliquer à Dieu, en 
même temps qu'il lui répugnait, comme pythago- 
ricien, d'en faire un être fini, mobile, et uni- 
quement doué des qualités de ce monde. Sim- 
plicius a rappelé de ce philosophe deux vers 
qui semblent admettre l'immobilité du premier 
principe : a II reste toujours en lui-même sans 
aucun changement, il ne se transporte pas 
d'un lieu à un autre, car il est identique à lui- 
même, j» Xénophane s'est principalement occupé 
du monde extérieur, mais n'étant pas resté étran- 
ger aux spéculations pythagoriciennes, il sut voir 
dans ce monde de l'intelligence, de l'harmonie et 
de l'unité, et appela Dieu cette unités telle qu'il la 
voyait et la sentait, c'est-à-dire en rapport intime 
avec le monde, ne niant pas qu'elle en soit essen- 
tiellement distincte, mais ne l'affirmant pas non 
plus. 

Tous les historiens s'accordent à attribuer à 
Xénophane l'invention du scepticisme universel^ 



*7K- 



508 LIVRE T. — DIEU. 

en même temps qu'ils Taccusent de panthéisme. 
Il est peut-être particulièrement nécessaire de 
faire observer ici que c'est une accusation bizarre 
que de commencer par prêter à un homme un dog- 
matisme outré, pour finir par lui reprocher d'avoir 
introduit dans la philosophie la doctrine de Pin- 
compréhensibilité de toutes choses. Sextus cite à 
l'appui de cette opinion un texte de Xénophaue : 
« Nul homme n*asu, nul homme ne saura rien de 
certain sur les dieux et sur tout ce dont je parle. 
Et celui qui en parle le mieux, n'en sait rien, et 
l'opinion règne sur tout (§6koç t' ItA %Sm TéTuxTai).» 

Le philosophe ne s'explique-t-il pas clairement 
lui-même, et ne dit-il pas qu'il s'agit ici des dieux, 
de ces dieux auxquels on sait qu'il faisait une 
guerre acharnée? Le lien qui le rattachait aux deux 
écoles dont il participait était le scepticisme, et 
dans ces écoles c*était comme une formule conve- 
nue que la croyance aux dieux était en dehors de 
la science. Nous sommes exactement dans le même 
cas aujourd'hui : il y a encore des dieux humains 
à démasquer, et un vrai Dieu à annoncer. 

Aujourd'hui encore, comme au temps de Xéno- 
phane, il importe de combattre ces tendances de 
l'homme à tout rapporter à soi et à transporter ses 
idées imparfaites dans le domaine du Créateur. La 
science iconoclaste renverse nos puériles images. 
La science, il est vrai, ne s'occupe pas directe- 
ment de ces croyances ; nul ne doute qu'elle ait 
d'autres sujets d'étude, moins insaisissables et plus 
positifs que ceux-là. Mais par ses conquêtes dans le 



DANGERS DE L'ILLUSION THÉOLOGIQUE. 509 

raonde physique et par son esprit d'examen, elle 
modifie nécessairement notre manière de voir, et 
nous ne pouvons plus concilier le caractère de Tes- 
prit scientifique avec ces incarnations d'idées en- 
fantines et indignes de Pabsolu. C'est en cela préci- 
sément que consiste sa tendance générale. Et ici, 
comme pour les causes finales, nous avons la tris- 
tesse d'observer qu'un certain nombre d'hommes 
scientifiques, reconnaissant les erreurs humaines, 
dont nous venons de signaler quelques types, ont 
abandonné à la fois et ces erreurs et toute croyance ; 
comme si l'illusion et l'incapacité de notre misère 
entraînaient la chute de la cause première qu'elles 
ont défiguré I Au surplus, puisque l'occasion s'en 
présente, ajoutons que cette exagération de scepti- 
cisme ne doit pas être rigoureusement imputée à 
la résolution même de ceux qui sont tombés aussi 
bas : ils y furent parfois engagés par une sorte de 
revanche contre l'exagération opposée. La princi- 
pale force de l'athéisme vient certainement des 
excès mêmes du spiritualisme, excès qui appellent 
une inévitable et légitime correction. Comment les 
spiritual] stes imprudents ont-ils traités l'immense 
Nature? Ils ont admis une éternité d'inaction, 
une création spontanée de l'univers : dans le vide 
infini, une volonté arbitraire pose la succession de 
la durée et de retendue. Le monde est sans racines 
dans le passé, et nous apparaît comme un pur ac- 
cident. Mais il est dans le spiritualisme exclusif 
des imaginationsplus téméraires encore : c'est la né- 
gation de la matière, que nous avons déjà entrevue 



MO LIVRE V. — DIEU. 

au livre I (p. 84). Berkeley {Princ. eonn. hum) 
n'a-t-il pas posé Taffirmation suivante : a II y a des 
vérités si près de nous et si faciles à saisir, qu'il 
suffit d'ouvrir les yeux pour les apercevoir ; et, au 
nombre des plus importantes, me semble être celle- 
ci, que la voûte éclatante des cieux, que la terre 
et tout ce qui pare son sein, en un mot, que tous 
les corps dont l'assemblage compose ce magnifique 
univers rCexistent point hors de nos esprits. » 
AvouonS'le, pousser le paradoxe à ce point, c'est 
appeler l'excès contraire, lequel ne tarde pas à ré- 
pondre, et se présente violemment sous la forme 
d'athéisme. 11 est d'autres fanatiques qui, non-seu- 
lement croient fermement aux absurdités les plus 
criantes, mais qui sont de plus convaincus d'élre 
en relation directe avec Dieu lui-même et se déli- 
vrent en raison de cette grâce spéciale, un brevet 
d'infaillibilité. Ces esprits obscurs s'imaginent naï- 
vement que le fantôme qu'ils se sont forgé est le 
Dieu véritable, le créateur du ciel et de la terre, et, 
au moindre prétexte, ils traitent doctoralement 
d'impies et d'athées tous ceux qui ne pensent pas 
comme eux*. A les entendre, il faut croire à leurs 



* Si le spirituaUsme ne domine pas le monde aujourd'hui, et 
s'il y a encore, même (oupeut-êire surtout) parmi les savants, 
des athées et des matérialistes de bonne loi, la faute en est aux 
spiritualistes eux-mêmes , qui se sont généralement livrés à la 
méthode dialectique, au lieu de saisir en mains la méthode expé- 
rimentale. Ils raisonnent encore par les mots, au lieu de raison- 
ner parles faits. Qu'ils soient Allemands, Anglais ou même Fran- 
çais, ils sont souvent obscurs. Le spiritualisme n'a pas été aussi 
bien servi que le matérialisme. Aujourd'hui encore, ceux qui 
combattent aux premiers rangs de notre armée jasent comme au 



DANGERS DE L'ILLUSION THÈOLOGIQDE. Ml 

sornettes ou ne croire à rien. Pas de milieu. Tout 
esprit religieux qui ne revêt par leur costume est 
anathème. Us déclarent même qu'ils préfèrent Tin- 



temps d'Aristote ou des péripatéticiens. Jeux de mots, discussions de 
termes, cercles vicieux, pétitions de principes, syllogismes cap- 
tieux, preuves insuffisantes ; ils ont encore ces vieux déiauts-là, 
tandis que nos adversaires s'en sont corrigés. Pourquoi donc les 
spiritualistes ne seraient- ils pas mécaniciens, mathématiciens, 
géomètres, astronomes, chimistes, géologues, naturalistes? Pour- 
quoi persistent-ils à jouer sur les mots, et s'enfoncent-ils si sou- 
vent dans les profondeurs inaccessibles d'une métaphysique 
obscure? Il est tel ouvrage, d'ailleurs, écrit en d'excellentes in- 
tentions, destiné à démontrer l'existence de Dieu et de l'ftme, et 
dont la lecture est si fatigante, que le peu de lecteurs qu'ils 
obtiennent s'arrêtent dès les premières propositions. Ce n'est 
pas à nous à citer ces auteurs (qui, d'ailleurs, sont de nos amis, 
et combattent à l'aile droite de notre armée), mais nous ne pou- 
vons nous empêcher d'avouer qu'il est très-f&cheux pour notre 
cause d'être servie par des capitaines dont les armes datent des 
Grecs et des Carthaginois. 

Si cette remarque < d'un ami » servait à dissuader MU. les 
professeurs et les agrégés de philosophie, de ces tendances rétro- 
grades, nous en serions heureux pour le succès de notre cause. 
Ceux qui vivent isolés dans le monde solitaire de la métaphysique 
et s'entourent d'un cercle infranchissable interceptant toute com- 
munication avec le monde extérieur, perdent (ou ne gagnent 
pas) la rigueur de raisonnement absolument nécessaire en notre 
ère de science pure ou appliquée. Lentement accoutumés aux 
termes dont ils ont fait choix et qu'ils ont même parfois détournés 
à leur insu de leur sens primitif ou généra], ils finissent par cau- 
ser seuls, et d'une façon inintelligible. Nous les avons quelquefois 
involontairement comparés à ces crieurs des rues , qui ont com- 
mencé par bien prononcer les quelques mois de leur enseigne 
verbale, et finissent par articuler des sons inintelligibles, dont on 
ne devinerait jamais le sens si l'on ne voyait leur hotte de vitrier 
ou leurs voitures de fruits. N'insistons pas sur cette comparaison 
trop vulgaire. Tous les métaphysiciens de profession se ressemblent 
un peu à ce point de vue. Et pourtant nous ne pouvons nous em- 
pêcher d'avouer que plusieiu's brochures que nous avons sous 
les yeux, entre autres une intitulée : Force et Matière ^ ou Réfu- 
tation des doctrines de cet ouvrage, ne servent pas merveilleu- 
sement par leur style les excellentes intentions de leurs auteurs. 
Vos adversaires doivent vraiment rire parfois de nos réfuta- 



5I« LIVRE V. — DIEU, 

crédule le plus forcené à l'homme religieux qui 
n'est pas de leur opinion. Ils ne savent pas distin- 
guer la forme du fond. Si, par exemple, nous écri- 



lions. Peut-être continuent-ils de rire sous cape après avoir lu la 
nôtre. Us disent à leurs voisins que nos raisons ne signifient rien 
Us en ont le droit, car ils ne feraient en cela qu'user de réci- 
procité. 

Comment Hegel explique-t -il la nature de Dieu? C'est ce que tous 
êtes priés de comprendre par le passage suivant .«L'idée logique, 
parvenue à sa dernière limile, se produit. Vintuitiotit c'est-à-dire 
l'idée absolue arrivée à cette limite regarde au delà rt hors d'elle, 
et ce regard amène et constitue le premier moment, le moment 
le plus abstrait de l'extériorité, ou l'espace. L'espace est, suivant 
Kant, la condition et le substrat de toute intuition, ce qui est 
vi'ai. Seulement, Kant n'a saisi que le côté subjectif et psycholo- 
gique de l'espace. Ce qu'il faut dire de l'espace, c'est que par 
cela même qu'il est la condition de toute intuition , il est lui- 
même l'intuition en soi, l'intuition en puissance, ou si l'on veut, 
la possibilité môme de toute intuition, — VinluiMlité, s'il était 
permis d'employer cette expression, — comme il est la possibilité 
des formes les plus abstraites de l'intuition, ses formes géomé- 
triques, voulons-nous dire. L'espace est, par conséquent, le mo- 
ment le plus abstrait et le plus indéterminé de l'intuition et de 
Textérioi^ité, et, comme tel, il forme le premier moment de la 
nature, ei le passage de la logique à la nature. » [Philosophie de 
la nature jVaXvoà..) 

Voilà donc qui est bien entendu! s'écrie après cette citation 
M. Magy, dont le livre de la Science et de la Nature n'est 
qu'un seul paragraphe. Tant mieux pour ceux qui comprennent. 
Si quelques-uns d'entre vous n'avaient pas clairement saisi la 
marche de la démonstration précédente, voici le commentaire 
explicatif de M. Véra, le plus fervent disciple de Hegel, qui est 
regardé par les métaphysiciens comme possédant « l'art d'expri- 
mer la pensée du maître avec une clarté toute française.» Écou- 
tons cette explication si claire : 

« Dans l'idée logique qui est pour soi, et qui est considérée 
comme ne faisant qu'un avec elle-même, est Vintuitiorif et l'idée 
qui possède V intuition est là nature, Cependant, si on la consi- 
dère en tant qu'intuition, l'idée ne sera posée que par la réflexion 
extérieure avec la détermination exclusive d'un état immédiat 
bu d'une négation. Mais l'absolue liberté de l'idée consiste en ce 
que non -seulement elle se pose comme vie, et qu'eUe laisse appa- 
raître en elle la connaissance lixée.^mais en ce que, dans l'absolue 



LÀ METAMORPHOSE DE L'IDEE DE DIEU^ 513 

Yons la profession de foi suivante : <c Nous croyons 
du fond de notre cœur à Texistence de Dieu ; mais . 
nous ne connaissons pas Y Être mystérieux que l'on 



vérité qu'elle possède d'elle-même, elle se décide à tirer libre- 
ment d'elle-même le moment de son existence particulière ou de 
sa première détermination, à se séparer d'elle-même, et à appa- 
raître de nouveau sous la forme d'idée immédiate, à se poser, en 
un mot, comme nature, d 

Imaginez-vous condamnés à lire cinq cents pages sur ce ton-là... 
De même que ces raisonnements ne terrassent pas par la puissance 
de leur éloquence, de même les arguments purement métaphysi- 
ques ne peuvent pas autant que l'imaginent ceux qui les exposent. 
Considérant par exemple l'argument célèbre par lequel on conclut 
de la contingence du monde à l'existence d'une cause nécessaire : 

Tout contingent suppose une cause nécessaire. 

Or, le monde est contingent; 

Donc le monde suppose ime cause nécessaire. 

Qu'est-ce que vous avez prouvé après avoir formulé ce syllo- 
gisme ? Rien du tout. Comme cela revient à dire que le monde est 
contingent, il faut d'abord le démontrer. Batailles de mots que 
tout cela. 

U en est de même de l'argument qui conclut de l'ordre du , 
monde à une cause ordonnatrice : 

Tout ordre contingent, c'est-à-dire qui ne procède pas naturel- 
lement des éléments coordonnés, suppose une cause ordonnatrice ; 

Or, l'ordre sensible de la nature est un ordre contingent, et qui ne 
procède pas naturellement des propriétés des éléments coordonnés. 

Donc cet ordre suppose une cause ordonnatrice et qui n'est 
autre que Dieu même. 

Que prouve ce syllogisme? pas davantage que le précédent, 
car si la majeure est un axiome, la mineure est une pétition de 
principe. Il faudrait d'abord démontrer que l'ordre de la nature 
ne procède pas des propriétés données aux éléments ; et ce n'est 
pas la fausse éloquence des avocats qui est capable d'arriver à 
celte démonstration. 

La preuve dynamique de Texîstence de Dieu, pour le triomphe 
de laquelle M. Magy vient d'écrire l'in-octavo dont nous parlions 
tout à l'heure, ne nous paraît pas gagner beaucoup à être pré- 
sentée sous le costume de la rhétorique. En voici l'énoncé : 

« Des substances numériquement distinctes, et pourtant douées 
de propriétés harmoniques, supposent une cause commune qui 

les a créées, 
c Or, les forces élémentaires, qui constituent la nature des 

29. 



Si4 LIVRE Y. * DIEU. 

nomme ainsi, et nous pensons qu'il est impossible 
à l'homme de le comprendre, » nous sommes per- 
suadés que les prétendus gardiens de la religion el 



choses, sont des substances numériquement distinctes, et joat- 
tant douées de propriéiés harmoniques . 

< Donc , ces forces supposent une cause commune qui les 
erééeS; et qui n'est autre chose que Dieu même, v 

C'est là sans doute une forme très-méthodique ; mais la mé- 
thode même ne doit plus être aujourd'hui ce qu'elle était à la 
révolution de Descartes. 

Le siècle de Molière est passé. Au lieu de cette trinité de phrases 
péniblement construite, nous aimons mieux la simple remarque 
dont l'auteur les fait sui>Te : < Car si les éléments de la matière 
sont des forces substantiellement distinctes comme cela résulte 
de notre théorie, et si d'un autre côté, comme l'expérience nous 
l'apprend, toutes ces forces s'influencent mutuellement suivant 
des lois rationnelles, comment expliquer leur accord et leur har- 
monie, si ce n'est par l'action d'une cause commune et créatrice, 
à moins de recourir soit au hasard d'Épicure et des athées , qai 
n'est qu'un mot vide de sens, soit à l'hypothèse d'une force uni- 
que, dont tous les êtres de l'univers seraient autant de modes 
^ ou d'émanations nécessaires ? Fiction enfantine, bien qu'elle pa- 
raisse à quelques-uns le dernier mot de la raison, et d'ailleurs 
contradictoire à l'essence de la force qui est absolument indi- 
visible. » 

Les hégéliens, qui identifient la pensée et l'être, les idéalistes, 
pour lesquels les rapports des choses ne sont que des rapports 
entre les idées , ne s'aperçoivent pas que la logique et la force 
physique sont deux éléments différents. La résistance que nous 
éprouvons à soutenir une pierre n'est pas la même que celle que 
nous ressentons en contredisant une vérité géométrique. C'est 
encore là une bataille de mots qui n'amène à rien. Quel jour la 
déclaration suivante jette-t-elle sur les problèmes : n Quand nous 
disons qu'il y a dans la terre une force qui attire la pierre, cela 
signifie que la terre et la pierre se trouvant en présence, il est 
nécessaire que la pierre tombe vers la terre. » H. de la Palisse n^ 
jamais enfoncé que des portes ouvertes. 

Oui, les métaphysiques sont restées stériles devant les grands 
problèmes de la force, de la vie, de l'âme , de Dieu. Élevées pour 
l'éternité, elles se sont successivement écroulées sous le poids de 
quelques faibles années. Le temps est passé pour nous de. prêter 
l'oreille à tous ces systèmes qui se placent par leur nature même 
en dehors delà méthode positive. Vais, affîrmons-le, tout n'est 



I 



U MËTAMOftPHOSE DE LIDËE DE DIEU. 515 

de la morale dont nous parlons, vont immédiate- 
ment crier au blasphème, à l'iniquité, et défendre 
a leurs- ouailles la lecture de ce livre. Si môme 
nous ne nous interdisions pas toute personnalité^ 
nous pourrions inscrire ici d'avance le titre des 
journaux et le nojp des écrivains qui nous traite- 
ront de blasphémateur. On rencontre de ces esprits 



pas à dédaignerldans les métaphysiques. En elles il y a au contraire 
un élément éminemment nécessaire à sauvegarder : cet élément, 
c'est la métaphysique. La plupart des représentants de la science 
moderne ne s'aperçoivent pas que cet élément leur manque, et 
qu'ils ne peuvent rien construire sans son aide. Cependant» c'est 
à lui que les Nev^ton, les Descartes, les Leibnitz doivent leur 
grandeur; leur siècle n'avait pas encore appris à se borner à la 
superficie des phénomènes. 

la métaphysique réside tout entière dans la méthode intime de 
l'esprit: elle ne se montre pas, elle ne s'exprime pas dans une 
éloquence d'avocats. Efforçons-nous de fixer au fond de notre ju- 
gement cette méthode sûre. Quant aux métaphysiques, quant 
aux sytèmes, ne nous en embarrassons point. Les conceptions 
métaphysiques se sont toujours moulées sur l'état de la science, 
c Cette servitude involontaire, dit M. Laugel, se fait sentir dans 
toutes les philosophies, et aucun système n'y a échappé. L'inanité, 
le vide et la stérilité s'y trahissent partout, sous le luxe des images 
et la confusion verbeuse des raisonnements, dès qu'on les étudie 
à la lueur de la science moderne. Qu'il faut de patience pour 
suivre même les plus beaux génies dans le dédale de tant d'erreurs 
grossières : on souffre de les voir s'épuiser dans leur lut le cpntre 
un inconnu qui les domine et les écrase. L'orgueil de leur pen- 
sée trouve son châtiment dans l'obscurité du langage. IvTes et 
repues de mots, ballottées entre ciel et terre et ne trouvant à se 
fixer nulle part, les métaphysiques ne peuvent même arriver à se 
détruire mutuellement : sous des noms nouveaux , un siècle les 
porte à l'autre, toujours aussi insaisissables, au&ii enflées de 
chimères et de contradictions. La science positive n'aurait garde 
d'entreprendre contre tant de systèmes oubliés ou dont le souve- 
nir est seulement conservé par quelques érudits, une guerre en 
règle qui serait sans but et sans gloire. Elle se montre et ils dispa- 
raissent, comme les étoiles palissent aux rayons de Taube rougis- 
sante. Elle n'est pas toute la vérité, mais elle est la vérité : l'er- 
reur peut la défier, elle n'a pas besoin de défier l'errem\ • 



M« IIVRE V. — DIEU. 

étroits dans toutes les croyances et dans tous les 
|k dogmes; catholiques ou protestants d'Irlande ou 
«d'Allemagne, juifs ou musulmans du Caire ou de. 
': Constantinople : tout drapeau a ses imprudents. 

Mais la recherche indépendante de la vérité ex- 
clut de son domaine Fexagératipn fanatique aussi 
bien que l'exagération sceptique ; elle poursuit la- 
borieusement son étude féconde et exposé sincère- 
ment l'enseignement fourni par ses découvertes 
successives. 

n résulte des progrès généraux des sciences, di- 
sions-nous, que ridée vulgaire sur Dieu est en re- 
tard, et qu'en comparaison du résultat philosophi- 
que de ces immenses progrès , elle est devenue 
mesquine et inacceptable. A mesure que la con- 
naissance de la nature se développe, à mesure doit 
se développer la conception de son Auteur. Ce sont 
deux notions parallèles, qui participent nécessaire- 
ment aux mêmes mouvements. De même qu'il n'y 
a rien d'absolu dans notre connaissance de la 
création, de même il n'y a rien d'absolu dans 
notre idée sur le Créateur. Et la science, loin d'a- 
néantir ridée antique de l'existence de Dieu» la 
développe et la rend de moins en moins indigne de 
la majesté qu'elle représente. 

Aussi ce n'est pas un être humain, ce n'est plus 
un personnage royal que l'œil instruit découvre au 
sommet de la création; nos idées les plus hautes 
de hiérarchie, de souveraineté, de sceptres et de 
trônes, ont perdu toute faculté de comparaison, 
nos sentiïients les plus élevés de sainteté, de gran- 



u 



NOTRE IMPUISSANCE DEVANT LA CONNAISSANCE DE DIEU 517 

deur, de puissance, de bonté, de justice, tombent 
stériles au pied de Têtre inconnu ; lorsque nous 
prononçons le nom d'iwj^ni, nous parlons d'un at- 
tribut dont nous ignorons complètement le carac- 
tère. La somme entière de nos pensées ne pèse pas 
une obole devant l'absolu. Comparées à la réalité 
de cet absolu, elles en sont infiniment plus éloignées 
que les idées d'un obscur poisson du fond des mers 
ne sont éloignées des nôtres. C'est là ce que les 
révélations de la science nous invitent à croire : 
en agrandissant la sphère de nos contemplations 
et en répandant une lumière instructive sur la dis- 
position générale de Tunivers, elles ont éclairé et 
agrandi notre intime notion dé la divinité. Or la 
science ne nous aurait-elle rendu d'autre service 
que celui-là, que son influence serait encore 
immense, car en irenversant les échafaudages 
antiques pour faire apparaître à leur place l'édi- 
fice idéal de la vérité contemplée, elle change le 
pivot sur lequel roule le monde et renouvelle la 
face delà terre intellectuelle : c'est à l'esprit scien- 
tifique que s'adresse désormais le R^novabis fa^ 
ùiern terrx. 

Passant du domaine des êtres créés dans celui 
de l'esprit pur, la notion de Dieu subit une méta- 
morphose corrélative à la notion des forces de la 
nature. Ces forces ne sont plus des liens matériels 
ni même des fluides ; Dieu nous apparaît sous l'idée 
d'un esprit permanent qui demeure au fond des 
choses. Il n'est plus le souverain gouvernant du 
haut des cieux, maisla loi invisibledes phénomènes. 



518 LIVRE ¥. — DIEU. 

Il n'habite pas un paradis d'anges et d'élus, mais 
l'immensité infinie est occupée par sa présence, 
ubiquité immobile, tout entière en chaque point 
de l'espace, tout entière en chaque instantdu temps, 
ou, pour mieux dire éternellement infinie, pour la- 
quelle n'existent ni le temps ni l'espace ni aucun 
ordre de succession. Le passé et l'avenir existent 
pour nous, êtres dont la durée se mesure, mais ils 
n'existentpas pour l'Eternel. L'espace nousoffredes 
grandeurs variées, mais il n'en a pas pour l'Inâni. 
Et ce ne sont pas ici des affirmations métaphysiques 
dont on puisse révoquer en doute la solidité : ce sont 
des déductions inévitables résultant des données 
mêmes de la science sur la relativité des mouve* 
ments et sur l'universalité des lois. 

L'ordre universel qui règne dans la nature, Tin- 
telligence révélée dans la construction de chaque 
être, la sagesse répandue sur tout l'ensemble 
comme la lumière de l'aurore, et surtout l'unité 
du plan général, régie par la loi harmonieose de 
la perfectibilité incessante, nous représente désor- 
mais la toute-puissance divine comme lé soutien 
invisible de la nature^ comme sa loi organisatricey 
comme la force essentielle de laquelle toutes les 
forces physiques dérivent et dont elles sont autant 
de manifestations particulières. On pefut donc re- 
garder Dieu comme une pensée immanente, rési- 
dant inattaquable dans l'essence même des choses, 
soutenant et organisant elle-même les plus hum- 
bles créatures comme les plus vastes systèmes de 
soleils, car les lois de la nature ne seraient plus 



OI£U, INCONNAISSABLE ET INDEFINISSABLE. 519 

en dehors de cette pensée : elles n*en seraient que 
l'expression éternelle. 

Cette conviction nous est acquise par l'examen 
et Tanalyse des phénomènes de la nature. Pour 
nous, Dieu n'est pas en dehors dumonde^ni sa per- 
sonnalité n'est pas confondue dans Tordre phy- 
sique des choses. Il est la pensée inconnais- 
sable dont les lois directrices du monde sont 
une forme d'activité. Essayer de définir cette 
pensée .et d'expliquer son moide d'action, pré- 
tendre discuter ses qualités ou rechercher ses 
caractères, creuser Tablme de l'infini dans l'espé- 
rance de satisfaire notre avidité de connaître, serait 
à notre avis une entreprise non-seulement insensée, 
mais encore ridicule. Un pareil essai montrerait que 
celui qui l'entreprend n'a pas compris la jlistinc- 
tion essentielle qui sépare l'infini durfini. Il y a en- 
tre ces deux termes une distance sur laquelle aucun 
pont ne peut être jeté. Dieu est par sa nature même 
inconnaissable et incompréhensible pour nous. 

Il n'est pas nécessaire de s'enfoncer dans le la- 
byrinthe de l'inconnu pour arriver à la certiluda 
de l'existence de Dieu, Peut-être même certains eiç- 
prits portés au mysticisme courraient-ils un danger 
funeste s41s s'obstinaient à vivre dans les obscu- 
rités d'un mystère impénétrable. Certes, il est déjà 
bien difficile de se former sur l'Être suprême la 
notion scientifique que nous venons de laisser aper- 
cevoir. Les esprits les plus réfléchis éprouvent eux- 
mêmes d'arides obstacles à pénétrer ainsi succes- 
sivement du connu à T inconnu , du visible à 



S30 LIVRE V. - DIEU. 

rinvisible, de la loi manifestée à la loi pensée, de 
la force sensible h la force originelle. Et nous som- 
mes si intimement convaincu du travail nécessaire 
à l'intelligence humaine pour parvenir à cette no- 
tion philosophique du Dieu de la nature, que nous 
ne voulons pas nous appesantir davantage sur 
celte conception, de peur qu'une trop profonde 
contention d'esprit n'obscurcisse celte idée même. 
C'est aux âmes qui comprennent l'importance et 
l'intérêt de ces problèmes à songer parfois, aux 
heures de solitude, à la révélation de Dieu par la 
science de la nature, et à descendre (ou à s'élever: 
en astronomie, c'est identique) à travers les voiles 
de l'apparence corporelle, jusqu'à la cause virtuelle 
qui meut toutes choses selon Tordre et l'harmonie, 
et qui dispose toute chose selon son poids et selon 
sa mesure. * 

Cette conception de la pensée étemelle pourra 
paraître rationnelle (nous l'espérons, du moins) à 
ceux qui sont accoutumés à la méthode des sciences 
positives, et dans l'esprit desquels ces sciences n'ont 
pas effacé la notion d'une cause première. Elle pa- 
raîtra hérétique aux descendants de ceux qui se 
brûlèrent mutuellement aux jours de Jean Huss et de 
Michel Servet. Ils nous accuseront d'être panthéiste, 
sans vouloir comprendre que nous n'identifions 
pas la personne divine aux transformations de la 
matière, et déclareront que nous prétendons que 
tout est Dieu et que tout le monde se gouverne lui- 
même. D'autres auront la fantaisie de nous quali- 
fier d'athée et de corrupleur de la morale évangé- 



U RECHERCHE DE U TÉRITË. S31 

ligue, car ceux-ci ne sont pas capables de com- 
prendre que l'on puisse adorer im autre Dieu que 
le leur. Une troisième série, poussant l'exagération 
plus démesurément encore, traitera de malfaiteurs 
ceux qui auront été conduits à se former sur'la di- 
vinité l'idée formulée plus haut. Mais où en serait- 
on s'il fallait répondre à tous les murmures que 
l'on entend derrière soi? Ces murmures ne prouvent 
qu'une chose, c'est qu'on marche en avant. 

On a pu remarquer dans cet ouvrage, comme 
dans les précédents, l'absence volontaire des déno- 
minations d'école. Les uns nous ont dit ou peuvent 
nous dire: vous êtes rfy«amisfe;leui-s voisins répli- 
quent: vous êtes partisan du duo-dynamisme. G&i\- 
là reconnaissent dans nos tendances Vanimisme le 
plus clair ; ceux-ci nous donnent Yorganimme pour 
étiquette. Voici maintenant le vitaîisme qui nous 
invite à déclarer franchement si nous lui apparte- 
nons. La majorité nous accuse d'être éclectique. Nov 
ne parlons pas des accusations générales de pa» 
théiste, théiste, et à l'opposé de celle àematéric 
liste et d'athée, qu'on nous a lancées de divei 
camps. C'est un grand isolement que la positîo 
d'un esprit qui cherche uniquement la vérité. '. 
s'expose à être traité de protestant par les cathol 
ques et de romain par les réformés ; les chrétien 
l'appellent hérétique et les philosophes l'appeller 
chrétien. Dans l'esprit de chacun d'eux il faut qu' 
appartienne à une secte, à un système,!) une école 
Or, nous osons déclarer de suite que nous n'a( 
partenons à personne. 



52S LIVRE V. — DIEU. 

Pourquoi nous empêcher de prendre le bon par- 
tout où il se trouve, et de combattre le mauvais 
partout où nous le rencontrons? Pourquoi nous 
inviter à respecter Terreur par la raison qu'elle 
est ancienne? Pourquoi nous obliger à nous cir 
conscrire dans un cercle formé d'avance? Que si 
gnifient ces barrières, ces dogmes, ces drapeaux, 
ces nationalités ? Illusions que tout cela. Pas desys 
tèmesl L'indépendance la plus absolue dans la re- 
cherche comme dans le culte de la vérité. Ce qui a 
perdu un grand nombre d'esprits, c'est cette pro- 
pension ou cette condamnation à marcher le long 
d'une ornière. Sans doute, il faut suivre une mé- 
thode personnelle ; sans doute, il faut s'appuyer sur 
les vérités anciennement reconnues; sans doute, il 
faut connaître l'objet positif de ses études et tra- 
vailler assidûment à la conquête du savoir ; mais 
ne nous embarrassons pas d'oripeaux et ne cachons 
pas notre ciel par un pavillon. Étudions peu à peu 
la nature entière, sous toutes ses formes, dans tous 
ses aspects ; exprimons sincèrement le résultat de 
nos études, sans nous préoccuper des mots et sans 
disputer sur l'accent ou la virgule. L'hirondelle qui 
s'envole vers la patrie à la saison nouvelle parcourt 
librement le vaste espace ; que serait-ce si on l'obli- 
geait à faire certains signes à son aile, à baisser les 
yeux, à tenir un petit drapeau dans sa patte ou à 
traîner une série de petits ballons derrière elle? 

La doctrine que nous professons ici peut être 
considérée comme un théisme ontologique : l'effort 
de l'homme pour connaître l'Être absolu. C'est une 



LA RECHERCHE DE U YËRITÉ. 525 

forme nécessaire impliquée par le théisme ration- 
nel. L'argument tiré de la théologie prouve mi 
Dieu auteur .universel des choses; Pargument tiré 
de rontologie prouve un Dieu infini. Nous ne pou- 
vons admettre Tun sans l'autre, quelles que soient 
les difficultés que nous ayons à concilier les conclu- 
sions qui en dérivent. Ces difficultés proviennent 
de la grandeur du sujet, et quoique nous ne puis- 
sions voir plus loin que notre vue ne porte, ce n'est 
pas une raison pour fermer les yeux sur ce qui 
est évident. En changeant le mot de panthéisme 
en théisme nous avouons, avec un ministre an* 
glîcan % que le « théisme » est de toutes parts re- 
connu la théologie de la raison, raison qui peut 
être impuissante, mais qui en définitive est celle 
que nous possédons. Le théisme est la philosophie 
delà religion, de toutes les religions, et le but de 
la vérité. Il nous faut, ou cesser de penser, ou 
raisonner sur les grands problèmes de la création. 
Les individus peuvent s'arrêter au symbole ; les 
Églises et les sectes peuvent lutter et arrêter les 
consciences sur le chemin en faisant appel à l'É- 
criture, ou essayer de fixer des limites à la pensée 
religieuse, tandis que Dieu lui-même n'en a pas 
fixé. Mais la raison de l'homme, dans son inévitable 
développement et son amour divin de la liberté, 
brise toutes barrières et s'affranchit de toute en- 
trave. 

Si, au lieu de prendre pour sujet d'étude a Dieu 

^ RéT. John Hunt, An EMOJt m Pantheism, 1860. 



su LITllB T. - DIEt. 

dans la nature » nous avions choisi de présenter 
ici B Dieu selon les hommes, » il nous resterait 
maintenant à discuter l'idée que les philosophes 
contemporains ont formulée çur l'Être suprême. 
Ce serait là, en vérité, un examen digne d'un pro- 
fond intérêt. Mais les limites sans cesse grandis- 
santes du plan de cet ouvrage nous ont contraint à 
restreindre nos discussions à son but principal, . 
Notre devoir est donc d'ajouter simplement ici l'es- 
quisse des âgures auxquelles nos penseurs se sont 
arrêtés pour représenter la personnification divine. 
L'opinion qui proclame l'identiié substantielle du 
monde et de Dieu, et qui de nos jours a repris une 
certaine faveur, n'est autre que le panthéisme ab- 
solu dans sa forme simple et intègre. Quels que 
soient les mots dont cette opinion revête ses 
assertions, eltë ne saurait faire illusion à l'esprit 
judicieui. Si Dieu et le monde ne sont qu'un seul 
et même être. Dieu n'existe pas. 

Une autre conception, édiflée sur !a précédente, 
prise pour base, mais élevée à un éminent degré 
de subtilité et de finesse, c'est celle du « Dieu-idéal » 
celle oui déclare que substantiellement Dieu et le 
sont identiques, et que /ojiiç«emcrtt ils ne le 
s. Dieu serait l'idée du monde, et le monde 
té de Dieu. « Ce Dieu qu'un philosophe ra- 
ie relégué sur le trône désert de son éternité 
euse et vide, n'a d'autre réalité que l'idée, 
tre trône que l'esprit. » Dieu se sépare ici 
ndc par une opéi-ation de l'esprit humain, 
n idéal créé par la logique. En pensant à 



LE DIEU DES PHILOSOPHES CONTE» PO ItilNS. tlA 

Dieu, nous le créons : Si l'homme n'exislait pas, 
Dieu n'existerait pas da\antage. Ainsi dans 
ihypotlièse, Dieu réel identique au monde n'e 
Dieu ; et Dieu idéal 'distinct du monde n'exis 
en réalité. 

Cette théorie est déjà singulièrement al 
quée. Mais celle qui jouit actuellement de 1; 
haute importance dans une certaine classe à'e 
supérieurs, qui ont conscience de leur supéi 
(et se croient même encore plus savants qu' 
le sont), est celle qui salue avec la plus g 
politesse le Dieu vulgaire personnel et humai 
nère les grands principes de la morale, de 1 
losophie et de l'esthélique, et déclare néani 
queDieu,commeleBien, le Vrai, leBeaun'ea 
pas encore, mais «sont en train de se fs 
Kant, dans la Critique de la raison pure a dém 
que l'homme est invinciblement disposé à suf 
réels les objets de sa croyance, tandis que a 
jets sont purement subjectifs. Hegel rep 
grande maxime anciennement arborée par l 
losophe grec Prolagoras, savoir que « l'horar 
la mesure de toutes choses', » enseigna que 
jet tend à s'ériger en principe absolu et à tou 
porter à lui, et montra aux clairvoyants Gen 
dont les yeux étaient prévenus dans ce sens, « 
se développant dans l'Univers. » L'école 
nous parlons* enseigne le développement de 

• ILi«wuZP" liTùiï/iirpOï âïSpunoi. 

» AeluellPinent repirésenlée par IIU. Vaclicrot, Renan, 

Scberer, et peul-éire Sainte'BeuYe. 



« 



526 LiVRE V. — DIEU. 

dans la nature, l'universel devenir. L'Univers mar- 
che vers la perfection sans obéir pour cela à une 
direction intelligente. Hien est un philosophe sans 
le savoir; il est même inférieur au héros de Sé- 
daine, attendu qu'il ne se connaît pas et n*existe 
pas personellement. Dieu n'est que le Divin, une 
qualité, non un être. Il n*y a pas de vérité absolue, 
mais des nuances et des métamorphoses. Le pen- 
seur qui contemple ce vague progrès est le plus 
heureux et le plus saint des hommes. M. Caro a 
bien défini cette religion, l'hallucination du Divin 
ou le quiétisme scientifique. Mais la science n'au- 
torise pas un pareil quiétisme ni une telle hallu- 
cination. Celte grande hypothèse s'évanouit même 
devant la critique rigoureuse. Nous l'avons déjà 
mis en évidence : cette tendance générale au pro- 
grès de l'atome à la monade animée, de celle-ci à 
l'homme, est inexplicable sans l'existence d'une 
pensée directrice, et dans tous les cas bien plus 
diflicile à accepter que Dieu lui-même. 

Une quatrième école, celle qui s'intitule positi- 
viste, et a, pour la première fois, résolu le pro- 
blème de construire une religion athée, a tenté de 
créer une classification nouvelle des connaissances 
humaines fondée sur l'observation pure, affranchie 
de toute recherche des causes. Malgré son système, 
quelque peu vaniteux, d'élimination et dénégation, 
elle n a pu s'empêcher de vouloir adorer un Diea. 
Ce Dieu c'est l'humanité, Aug. Comte est son pro- 
phète. CeDieu a ses autels, son culte, ses prêtres (tant 
il est vrai que les extrêmes se touchent I), son ca- 



LE DIEU DES PHILOSOPHES CONTEMPORAINS. 52^ 

lendrier, ses fêtes. Le budget est réglé d'avance : les 
vicaires toucheront 6,000 fr., les curés 1 2,000 fr., 
le grand prêtre (Comte) 60,000 fr., etc. Ici, il n'y 
a pas d'autre Dieu que rHumanilé. 

Ces théories gardent encore un aspect compré- 
hensible pour les esprits accoutumés aux spécula- 
tions métaphysiques. Il en est d'autres qui, subli- 
mées et quintessenciées, résolvent le panthéisme 
en une sorte de transparente vapeur et élèvent la 
métaphore de Diçu à un tel degré que Dieu cesse 
complètement d'exister pour laisser une domina- 
tion absolue à sa métaphore transcendante. Écou- 
tons cette exquise définition, a Au somiùet des 
choses, au plus haut de Téther lumineux et inac- 
cessible se frononee ï axiome éternel ; et le reten- 
tissement prolongé de cette formule créatrice 
compose par ses ondulations inépuisables l'immen- 
sité de rUnivers. Toutes les séries des choses 
descendent d'elle, reliées par les divins anneaux 
de la chaîne d'or. » Certes, il serait difficile d'ima- 
giner comment cet axiome mystérieux peut faire 
sortir de son abstraction le monde de la réalité, et 
comment en ondulant dans son vide éternel, il crée 
et met en action les lois générales du monde. A 
notre avis, lorsque nous accusons la théologie chré- 
tienne de tirer le monde du néant, il est au moins 
inutile de substituer au miracle un autre miracle. 

L'hypothèse de l'axiome éternel est plus que 
panthéiste; elle a des droits au titre d'athée, et 
nous pouvons la décorer du nom d'athéisme philo- 
sophique. Nous pourrions lui adjoindre ici deux 



va LtTRB T. — DIEO. 

autres formes, rathéisme cosmologique et l'a- 
théisme physiologique. Le [M^mier consiste à sub- 
stituer aux paroles de l'apâlre le verset suivant : 
fl Au commencement était l'atome, et l'atome était 
par soi-même, et l'atome est le premier générateur 
du monde. >> Le second consiste à substituer à la 
direction d'une cause intelligente, celle des forces 
inconscientes de la nature. Ces deux sortes d'a- 
Ihéismes se sont manifestées alternativement dans 
le cours de cet ouvrage ; nous avons fait justice de 
leurs prétentions ef nous n'avons plus à y revenir. 
Il y a enfin l'athéisme absolu, qui s'affirme 
carrément et sans sourciller, et s'égare jusqu'au 
blasphème. En voici un exemple. 

« L'analyse métaphysique a mis à néant le 
vieux dogme. En réduisant Dieu à une entité in- 
conditionnée, elle l'a démontré impossUtle : elle a 
prouvé que ses attributs sont ceux du non-élre... 
De quel droit Dieu me dirait-il encore : Sois saint 
parce que je suis saint? — Esprit menteur, lui 
mdrais-je, Dieu imbécile, ton règne est Qui : 
-che parmi les bêtes d'autre victimes. . . Si Salaa 
le, c'est toi. Tu triomphais jadis; et mainte- 
t te voilà détrôné. Ton nom, si longtemps le 
lier mot du savant, la sanction du juge, la 
e du prince, l'espoir du pauvre, te refuge du 
lable repentant, eh bien I ce nom incommuni- 
e, désormais voué au mépris et à l'analhèroe, 
sifQé parmi les hommes. 
Car Dieu, c'est sottise et lâcheté; Dieu, c'est 
ïcrisie et mensonge; Dieu, c'est tyrannie et mi- 



LE DIEU DES PHILOSOPHES CONTEMPORAINS. 529 . 

sère; Dieu, c'est le mal. Tant que l'humanité s'in- 
clinera devant un autel, Thumanité sera réprou- 
vée... Dieu, retire-loi! Car dès aujourd'hui, guéri 
de ta crainte et devenu sage, je jure, la main éten- 
due vers le ciel, que tu n'es que le bourreau de ma 
raison, le spectre de ma conscience* ! » 

Cette colère n'a rien de scientifique, si ce n'est 
peut-être au point de vue médical et sous le rap- 
port des soins que réclame l'aliénation mentale. 
Nous espérons que les arguments de notre réfuta- 
tion ont successivement fait justice de cette néga- 
tion absolue de la pensée dans la nature. 

A quoi se réduit au surplus la négation du ma- 
térialiste ? En allant au fond des choses , on s'a- 
perçoit que ces négations ne peuvent pas être aussi 
absolument négatives qu'on le prétend. On n'est 
pas insensé impunément, et il n'est pas aussi facile 
qu'il peut le paraître d'être foncièrement ^thée. 
Dans la majorité des cas, on transpose la question. 
Voilà tout. Au lieu de nommer Di^ula direction des 
forces qui régissent le monde, ceux qui s'imaginent 
être athées ne la nomment pas ; et au lieu d'attri- 
buer à un être intelligent Tintelligence de ces 
forces, ils Tattribuentà la matière même. Ils dé- 
placent le problème, mais ne le résolvent pas ; car 
les faits sont là, irrévocables. Us nient Dieu, mais 
ne peuvent pas nier la force. Seulement , au lieu 
de proclamer la souveraineté de cette force, ils la 
rendent esclave de l'inerte matière. Tout le nœud 

*■ Proudhon, Système des contratlictioniécanamqueif au PhiUh 
êaphiedelamkère. 

30 



530 LIVRE V. — DIEU. 

de l'énigme est là. Ce nœud n'est pas plus dénoué 
par les matérialistes que par les spiritualistes, at- 
,tendu que Tobservalion directe de l'œil humain ne 
s'étend pas jusque-là. La différence principale qui 
les sépare en ce point capital de la question, 
c'est que les premiers n'expliquent ni la création, 
ni le plan, ni la conservation de la nature, tandis 
que les seconds en donnent une explication plau- 
sible. Considérées comme deux hypothèses, ces deux 
doctrines contraires ne s'équivalent pas , et tout 
homme sincère penchera toujours vers celle qui 
admet un Créateur. Elle est non-seulement plus 
complète, mais encore plus franche. Toutes les 
propriétés instinctives ou intellectuelles dont nos 
adversaires sont forcés de douer la matière pour 
expliquer son action , sa tendance au progrès , sa 
méthode élective, depuis la formation des humbles 
espèces végétales jusqu'à celle d'une tête humaine, 
sont des attributs qu'ils retirent à l'Inconnu que 
nous appelons Dieu, pour en faire hommage à un 
autre inconnu qu'ils appellent matière. Mais en iso- 
lant du monde l'idée d'ordre, de vérité, de beauté, 
de perfection, d'harmonie corporelle et spirituelle, 
ils enlèvent au monde son âme et sa vie. Elt nous 
ne nous rendons pas compte de l'avantage qu41 y 
a à substituer un cadavre à un être vivant. Leur 
univers ressemble à ces pendus sur lesquels nous 
fîmes dans le temps des expériences électriques. 
Ces morts ressuscitaient en apparence ; par l'appli- 
cation de l'électricité au système nerveux, on met- 
tait en mouvement leur corps entier. Us gesticu* 



MËGESSITÊ DE LINTELLIGENGE SUPRÊME. 531 

laient, agitaient les bras et les jambes comme 
quelqu'un qui s'éveille. Ds ouvraient les yeux et 
la bouche. C'était le simulacre de la vie. Or, en 
faisant circuler dans l'organisme de l'univers les 
forces par lesquelles ils remplacent la véritable 
vie, les athées d'aujourd'hui nous offrent un simu- 
lacre dans lequel ils sont obligés de simuler la vie 
qu'ils exilent. Sous cet aspect, c'est une question 
de mots. Pour nous, nous appelons cadavre un 
cadavre, lors même qu'il est électrisé. En suppo- 
sant à la matière les attributs qui n'appartiennent 
qu'à la torce suprême, ils réduisent l'univers à ce 
piteux élat. Si Dieu cessait d'être un moment, la 
vie de cet univers serait suspendue. Il serait curieux 
de voir comment ils le ressusciteraient,ces vaillants 
hommes, et comment ils feraient circuler une vie 
factice dans ce corps immense dont ils ne sont 
comme nous tous que d'infimes parasites. 

Après avoir contemplé Tordre de Funivers, nous 
arrivons par une évidence irrésistible à avouer 
que, de la part d'un être raisonnable, le comble de 
la déraison est de supposer que la raison n'existe 
pas. Il nous parait tout à fait absurde de croire que 
l'esprit aie pu apparaître dans le cerveau humain 
et se manifester dans les lois de l'univers, s'il 
n'existe pas éternellement. Les théologiens ne sont 
pas toujours à dédaigner, et ici, le prédicateur de 
Notre-Dame de Paris nous parait appliquer son ta- 
lent oratoire à la défense du vrai. La force aveugle, 
dit le P. Félix, produisant l'universelle harmonie 
du cosmos complétée au dernier terme de ses dé-. 



539 UVRBV. — DIEU. 

► veloppements par Tapparition de Têtre pensant : 
mais, grand Dieu I que faire de notre raison, s'il 
faut désormais admettre un tel renversement 
d'idées et une telle perversion de langage? Com- 
ment une force qui n'est pas intelligente, arrivè- 
t-elle à donner ce qu'elle n'a pas et ce qu'elle ne 
peut avoir, Tîntelligence? Gomment ces forces 
aveugles et inintelligentes, en se poussant les unes 
les autres dans leur incomprèheE^ible engrenage, 
arrivent-elles à produire la pensée au bout de leurs 
élaborations spontanées, comme la force végétale 
fait apparaître et épanouir la fleur au sommet de 
la tige? Quoi ! c'est sérieusement que votre raîsota 
de philosophe se pose en face de cette hypothèse 
mëtaphysiquement risible : l'ordre existant daife 
Funivers, avant même qu'il y eût une pensée pour 
le concevoir, une intelligence pour le comprendre?, 
un regard pour le contempler, une âme pour Tad- 
mirer? Quoi I celle nature aveugle, inconsciente, 
sans intelligence et sans liberté, sans regard et 
sans amour, c'est elle qui tisse de ses mains dai^ 
un silence éternel la trame divine de toutes choses ; 
elle qui fait l'harmonie sans le vouloir «t même 
sans le savoir; jusqu'à ce qu'enfin, à la surface et 
au sommet de ce cosmos, fils fatal Ae la force 
aveugle, l'esprit arrive pour écouter cette harmo- 
nie qu'il n'a pas faite, et prendre conscience de cet 
ordre qui ne vieht pas dé lui, puisqu'il est plus 
ancien que lui 1 

Il y a tout au moins dans l'univers la raison qui 
e)tiste dans* l'esprit de ceux qui se sont élevés à la 



DIEU, ÊTRE NÉCESSAIRE. 535 

découverle des lois qui le régissent , et ces lois 
elles-mêmes existent véritablement, ou autrement 
tout l'édifice de la raison humaine chancelle sur sa 
base. Les procédés d'induction par lesquels nous 
nous élevons de l'analyse à la synthèse doivent 
avoir en effet des objets réels d'application, sans 
quoi nous ne raisonnons plus que dans le vide. 
Généraliser une loi partiellement observée ; sim- 
plement croire que le soleil se lèvera demain parce 
qu'il s'est levé hier, ou que le blé semé cet au- 
tomne germera avant l'hiver et donnera des mois- 
sons à l'été qui va venir ; traduire les faits natu- 
rels en formules mathématiques ; c'est supposer 
que la nature est soumise à un ordre rationnel et 
que Thorloge marquera l'heure selon la construc- 
tion de l'horloger. Le procédé même de l'induction 
scientifique est un syllogisme transporté du do- 
maine de l'homme dans le domaine de la nature; 
il se réduit à ce type fondamental : un ordre ra- 
tionnel régit le monde; or, la succession ou la 
généralisation de certains faits observés rentre 
dans l'ordre rationnel; donc, cette succession ou 
cette généralisation' existent. Si l'homme se trompe 
parfois dans les applications de ce procédé, c'est 
lorsqu'il nese borne pas aux applications immédiates 
ou lorsque sa base d'observation directe est insuf- 
fisante. Toutes les sciences et toutes les synthèses 
inductives de Fhomme reposent sur la certitude 
que la nature est soumise à un ordre rationnel. 

La merveilleuse organisation du monde ne vous 
forçe-t-elle donc pas à avouei l'existence de l'Être 

30. 



834 LIVRE Y. -^ DIEU. 

suprême? Et d'ailleurs, en vérité ^ nous nous 
sommes souvent demandé pourquoi l'on se refuse 
si obstinément à reconnaître cette existence. Quels 
sont donc les avantages de Tathéisme ? En quoi 
peut-il être préférable au théisme? Qu'est-ce que 
rhumanité peut gagner à être désormais privée de 
la croyance en Dieu ? Lequel est le meilleur, de 
l'homme qui croit et de celui qui ne croit pas? 
Est-ce d<»!c un acte de si grande faiblesse que 
d'être logique avec sa conscience? Est-ce donc une 
faute si grave que d'avoir du sens commun? Peut- 
être les esprits forts qui escaladent le ciel sur une 
échelle de paradoxes, croient-ils monter bien haut I 
mais ils se tromperaient fort, car leur ascension 
ressemble à celle de l'épreuve maçonnique antique, 
dans laquelle l'initié gravissait une échelle de cent 
cinquante marches qui descendait à mesure, de 
sorte qu'au sommet de son ascension, au moment *. 
de s'élancer dans le vide, il avait à peine quitté le 
soL.Non, messieurs, votre escalade n'est pas plus 
terrible que celle-là , seulement elle peut porter de 
mauvais fruits chez les hommes à vue étroite qui ^ 
ne s'aperçoivent pas de votre ev^xxr et vous pren- 
nent pour les phénix de la scie&^. Si votre illusi(»i • 
était agréable, si vos doctrines étaient consolantes, > 
si vos idées étaient capables d'exciter rémulation 
de rhumanité pensante et de l'élever vers un idéal 
suprême, on vous pardonnerait peut-être ce médi- 
cament. Mais, où voye^vous qu'une saine croyance :. 
en Dieu ait été funeste à l'esprit humain? Où voyez- 
vous que la connaissance du vrai ait rendu les 



DIEU, ÊTRE NËGESSAIM. 535 

cerveaux malades ? En dépouillant l'humanité de 
son plus précieux trésor, en exilant la vie de l'uni- 
vers, en chassant Tesprit de la nature, en n'admet- 
tant plus qu'une matière aveugle et des forces 
borgnes, vous privez la famille humaine de son 
père, vous privez le monde de son principe et de sa 
fin; le génie et la vertu, reflets d'une splendeur 
plus éclatante, s'éclipsent avec le principe de la 
lumière, et le monde moral, comme le monde phy- 
sique, ne sont plus qu'un immense chaos, digne 
de la nuit primitive d'Épicure. 

Mais l'athéisme absolu ne peut être qu'une 
folie nominale, et l'esprit le plus négateur ne peut 
en réalité qu'attribuer à la matière ce qui appar- 
tient à Tesprit, et se créer un dieu-matière à son 
image. Ainsi, nous venons de le voir, depuis le 
panthéisme ondoyant etmystique jusqu'àrathéisme 
le plus rigoureux, les erreurs humaines, sur la 
conception de la personnalité divine, n'ont pu que 
voiler ou dénaturer la révélation de l'univers, mais 
non l'anéantir. Notre Dieu.de la nature reste inat* 
taquable au sein de la nature même, force intime 
et universelle gouvernant chaque atome de ma- 
tière, formant les organismes et les mondes, prin- 
cipe et fin des créations qui passent , lumière incréée, 
brillant dans le monde invisible et vers laquelle les 
âmes se dirigent en oscillant, comme l'aiguille ai- 
mantée qui ne trouve son repos que lorsqu'elle 
s*est identifiée avec le plan du pôle magnétique. 

En arrivant au terme de notre travail, arrêtons- ' 



53e LHBE T. — DIEIT. 

nous un instant ensemble pour bien nous pénétrer 
des vérités acquises en notre discussion, et garder 
la véritable impression que doit laisser en nous ce 
plaidoyer scientifique. Il y a aujourd'hui dans le 
monde deux grandes erreurs, aussi vives et aus^ 
profondes qu'aux âges les plus ténébreux du paga- 
nisme , qu'aux époques reculées où l'intelligence 
humaine n'était encore parvenue à aucune concep- 
tion exacte de la nature. Ces deux erreurs, nous 
■es avons parallèlement combattues, sont: d'un 
Mé, l'athéisme, qui nie l'existence de l'esprit dans 
la création ; de l'autre, la superstition religieuse 
jui se crée un petit Dieu à sa ressemblance et 
■ait de l'univers une lanterne magique à l'usage 
ie l'homme. Comme ces deux erreurs, aussi funes- 
tes l'une que l'autre, quoique la première ait un 
âir d'indifférence et que la seconde soit essentiel- 
lement orgueilleuse, cherchent maintenant à s'ap- 
puyer l'une et l'autre sur les principes solides delà 
science contemporaine, nous nous sommes imposé 
le devoir de montrer qu'elles ne peuvent reven- 
liquer ces principes en leur faveur, qu'elles res- 
tent fatalement isolées de la science positive, et 
iju'elles chancellent sous le souffle des moindres 
iiscussions, comme d'enfantins échafaudages, 
tandis qu'au milieu demeure et se continue la 
ligne droite du spiritualisme scienfifique. 
"' iumons notre argumentation. — Nous avons 
rd constaté, en établissant la position du 
ème, que la question générale se résume 
inguer la force et la matière, et à exami- 



DERNIÈRES THES SUR LA DOCTRINE. 557 

ner si dans la nature c'est la matière qui est sou- 
veraine de la force ou si c'est la forcé qui régit 
la matière. Les affirmations des matérialistes nous 
ont paru dès le premier aspect purement arbitrai- 
res et de simples pétitions de principes faciles à 
démasquer. 

Notre examen du rôle de la force dans la nature 
a commencé par le panorama des grandeurs c6^ 
lestes. Nous avons vu que dans l'immensité de Tesn 
pace les mondes sont gouvernés par la loi, par lar 
loi mathématique, et que c'est à Texécution de cette 
loi que Ton doit l'harmonie des mouvements cô** 
lestes, la fécondité des astres, l'entretien des 
êtres vivants à leur surface, la vie et la beauté de 
l'univers. La matière inerte ne nous ayant pas partf 
capable de comprendre et d'appliquer le calcul 
infinitésimal, nous avons conclu que Tordre ntjH 
mèrique de lorganisation astronomique est dû k 
un esprit, supérieur sans doute à celui des astro*. 
nomes qui ont découvert la formule de œs lois. Les 
objections qu'on nous oppose ont réfuté d'elles- 
mêmes leurs puérilités réciproques. 

L'examen des lois qui président aux combinai* 
sons chimiques, du rôle de la géométrie et de l'al- 
gèbre dans rinfmiment petit, des forces quirégis^ 
sent les phénomènes du monde inorganique eV 
ordonnent les voyages des atomes, de rharraoïûô' 
révélée dans les vibrations de la • luttMère comme 
dans celle du son, et du premier éveil de la foirce 
organique dans le monde des plantes, nous a dé^ 
montré que sur la Terre comme dans le ciel Une 



658 UYRE T. — DI£U. 

^intelligence inconnue ordonne Farrangement du 
monde, en constitue la grandeur et la beauté. 

Cet établissement de la théorie véritable des rap- 
ports entre la force et la matière a pour épigraphe 
Tancienne devise des Pythagoriciens : les Nombres 
régissent le monde. 

Pénétrant alors dans le domaine de la yie^le 
premier aspect qui domina notre contemplation fut 
l'unité en laquelle tous les êtres sont enveloppés. La 
substance des êtres nous a bientôt paru ne pas leur 
appartenir en propre et passer incessamment de l'un 
à l'autre, l'organisation vitale de notre planète ayant 
Tair pour médium. Les procédés de la respiration 
et de l'alimentation nous ont montré la solidarité 
qui relie les animaux aux plantes. Le corps humain 
s'est présenté à nous se transformant sans cesse. 
Le grand phénomène de la circulation de la matière 
a établi que l'existence d'une force centrale con- 
stituant la vie dans chaque être est absolument 
nécessaire pour expliquer la permanence de l'orga- 
nisme, l'équilibre des fonctions vitales, l'existence 
même. Cette force organique ne peut se trans- 
mettre que par la génération. L'exposé des der- 
nières conquêtes de la chimie organique a continué 
l'affirmation de la force comme la physiologie 
l'avait établi. 

Remontant alors au delà de la vie actuelle, à 
l'origine des êtres sur la Terre, la cause du spiri- 
tualisme a révélé progressivement sa nécessité et 
sa vérité. Nous avons comparé Tancienne hypo- 
thèse matérialiste de la création à la nouvelle, et 






t 



DERNIERES VUES SUR U DOCTRINE. 539 

nous avons trouvé qu'elles ne font qu'une et sont 
insuffisantes. La même recherche nous a conduits 
au problème non résolu des générations spontanées. 
Le point particulier de la question fut de constater 
que dans Thypothèse même de la matière s'organi- 
nisant elle-même, la théologie naturelle n'est pas 
en cause, et que la force directrice garde son ab- 
solue nécessité. Nous avons vu, au surplus, que ce 
ne sont pas les maîtres qui opposent leurs théories 
à l'admission de Dieu, mais seulement les disciples 
inexpérimentés : la loi règne dans la transforma- 
tion des espèces,dans leur progression comme dans 
leur création séparée. Et quant à Thomme lui- 
même, nous avons vu que sa place caractéristique 
dans la création est moins son caractère anatomi- 
que que sa valeur intellectuelle considérée dans sa 
raison et dans le progrès dont il est capable. 

Cette étude générale sur la vie terrestre a pour 
épigraphe la proposition fondamentale de l'œuvre 
d'Aristote: L'âme est la cause efficiente et le prin- 
cipe organisateur du corps vivant. 

Mais c'est surtout dans Thomme lui-même que 
nous avons reconnu avec évidence l'inattaquable 
souveraineté de la force. Notre examen du cerveau 
a fait justice d'abord de Fillusion des métaphysi- 
ciens qui dédaignent le laboratoire et la dissection, et 
croient tenir la nature dans une définition ; il a 
établi les rapports du cerveau et de la pensée, et 
montré que la composition du cerveau, sa forme, 
son volume et son poids, sont loin d'être étrangers 
à r&me. L'action de l'espritsur le cerveau est alors 



>- 



540 UVBE Y. . DIEU. 

sortie intègre de la physiologie, et s'est aifirmëe 
dans sa valeur réelle. Les hypothèses qui ont poui 
but d'assimiler la pensée à une sécrétion de la 
substance cérébrale ou à un mouvement des nerfs, 
ont laissé surprendre leur faiblesse. La présence 
de Tâme nous est apparue dans le phénomène de 
la folie même. Le génie a été pour nous la plus 
haute manifestation de la faculté de penser. 

La personnalité humaine est venue ensuite s'af- 
firmer dans sa valeur. Nous avons vu que nous 
existons réellement, et que nous ne sommes pas 
seulement la qualité variable de la substance du 
cerveau. L'âme a affirmé son unité et sa personna- 
lité. La contradiction entre cette unité et la multi- 
plicité des mouvements cérébraux, la contradiction 
surtout entré Tidentité permanente de Tâme et le 
changement incessant des parties constitutives du 
cerveau, a réduit Fhypothèse matérialiste à sa der- 
nière extrémité. En vain s'est-elle défendue: nous 
avons constaté la nullité de ses explications devant 
les grands faits de l'affirmation de notre conscience. 

Enfin, pour anéantir jusque dans ses fondements 
la singulière et triste prétention de soutenir que 
la matière gouverne l'homme, pous avons discuté, 
à l'aide des faits et des exemples, s'il est vrai que 
la volonté et l'individualité ne soient qu'illusion, 
s'il est vrai que la conscience et le jugement dépen- 
dent de la nourriture. Les exemples historiques 
des énergiques volontés humaines et des grands 
caractères, du courage, de la persévérance , de la 
vertu, ont fait justice des dernières objections du 



DERNIÈRES VUES. - CONCLUSION . 541 

matérialisme contemporain, et montré que les fa- 
cultés intellectuelles et morales n'appartiennent 
pas à la chimie, et que Tesprit réside en un monde 
distinct de celui de la matière, supérieur aux vi- 
cissitudes et aux mouvements transitoires du monde 
physique. Notre âme n'a pas permis que la dignité 
humaine, la liberté, les principes sacrés du beau, 
du vrai et du bien fussent ensevelis dans le chaos 
de Thypothèse matérialiste. 

Cette déclaration des droits de Tâme a pour épi- 
graphe la proposition du docteur angëlique : L'âme 
est la forme du corps , et la contient en acte et en 
puissance. 

Les trois grandes divisions que nous venons de 
résumer ont eu pour complément naturel et con- 
firmation nos considérations sur la destination 
des êtres et des choses. Nous avons apprécié Ter- 
reur et le ridicule de ceux qui rapportent tout à 
rhomme, et Terreur opposée de ceux qui nient 
Texistence d'un plan dans la nature. Les lois orga- 
nisatrices de la vie, la construction merveilleuse 
des organes et des sens nous ont révélé une cause 
intelligente dans Tétablissement de la vie sur le 
globe. L'hypothèse de la formation des êtres vivants 
sous la puissance d'une force instinctive universelle , 
Thypothèse de la transformation des espèces, loin 
de détruire Tidée du Créateur, ont laissé intactes 
sa sagesse et sa puissance. Et ainsi le plan de la 
nature fut annoncé par la construction des êtres 
vivants. 

Le plan de la nature fut affirmé plus éloquem- 

51 



MS UYRE t. — DIEU. 

ment encore par les faits de l'instinct dans le règne 
animal, et la création nous est apparue magnifique- 
ment complétée par les lois qui en assurent la 
durée et la grandeur. Hais en même temps que la 
présence de Dieu se manifestait avec plus de force 
à nos yeux, le problème général de la destinée du 
monde nous appainit plus vaste et plus redoutable, 
notre insignifiance comparative s'est accusée, et 
ainsi la conduite de notre plaidoyer nous a ramené 
naturellement à Taffirmation de Tidée dominante 
de notre point de départ : montrer également 
l'erreur de l'athéisme et de la superstition reli- 
gieuse. 

Cet examen de la causalité finale a eu pour épi- 
graphe le titre de l'œuvre du grand physicien et 
philosophe Œrsted : VEsprit dans la nature. 

La force spirituelle qui vit dans l'essence des 
choses et gouverne Funivers dans ses infinitési- 
males parties s'est ainsi successivement révélée 
dans le monde sidéral, dans le monde inorganique, 
dans le monde des plantes, dans le monde des 
êtres animés et dans le monde de la pensée. Nous 
avons l'espérance que l'observateur de bonne foi, 
dont l'esprit n'est troublé par aucun système, aura 
saisi dans cet exposé des derniers résultats de la 
science contemporaine, l'affirmation incessante de 
la souveraineté de la force et de la passivité de la 
matière. Nous avons l'intime conviction que l'idée 
de Dieu s'est présentée à ses yeux plus grande et 
plus pure que toute image symbolique et dogma- 
tique, et que la création universelle, fille mysté^ 



CORGLUSIOn. - ÉPILOGttE 543 

rieuse de la même pensée , lui est apparue plus 

immense et plus belle. L'univers s'est développé 

dans sa réalité, comme la manifestation iWirxp. 

seule idée, d'un seul plan, d'une sei 

Puisse ce tableau de la vie éternelle di 

en Dieu, avoir éloigné des âmes les ei 

siéres que le niatérialisme sème de to 

etavoir affermi nos intelligences dans 1 

de la Vérité. Puissent nos esprits se j 

plus en plus du Beau manifesté dans la 

se sanctifier dans le Bien, en apprécian 

plétement l'unité de l'œuvre divine, en 

une plus juste idée de notre destinée 

en connaissant notre rang sur la Terre ri 

à l'ensemble des Moudes, en sachant 

notre grandeur est de nous élever sans 

la possession des biens impérissables q 

panage du mondedes intelligences I 



Dn soir d'été j'avais quitté les versi 
de Sainte-Adresse, délicieuse villa mai 
pendue sur le hamac des collines, po 
l'occident les hauteurs du cap de la 1 
qu'on regarde ces hauteurs du bas des 
croit voir des colosses de pierre rou 
soleil, des géants immobiles qui assiste 
pétrifiés, aux mouvements formidables 
et qui les sentent mourir à leurs pieds, 
massifs énormes, inaccessibles du riva 
sent dignes de dominer le grand specta 



614 UYRE V. — DISU. 

cdtéy comme en face de la mer, Tbomme se voit 
si petit, qu'il finit bientôt par perdre de vue son 
existence et par se sentir réuni à la vie confuse 
qui plane sur le bruit des flots. 

Tétais monté progressivement jusqu'au plateau 
supérieur où les signaux s'élèvent pour annoncer 
aux navires lointains le mouvement horaire des 
flots sur le rivage, où les phares s'allument à ren- 
trée de la nuit comme une étoile permanente sur 
Tobscure immensité. L'astre glorieux du jour était 
encore suspendu rougissant, dans les nuées de 
pourpre, quoiqu'il fût couché pour le Havre, situé 
derrière moi, et pour les rives planes qui bor- 
dent la réunion de la Seine à la mer. En haut, le 
ciel bleu me couronnait de sa pureté. En bas, la 
bruyère peuplée d'insectes sautillants élevait sa cou- 
che de parfums. Je marchai jusqu'au bord escarpé, 
au fond duquel se creusent les abîmes. Au bord 
du cap vertical le regard domine l'immensité des 
mers qui s'étend à gauche, du sud-est au nord- 
ouest, et s'il descend perpendiculairement à ses 
pieds , il se perd dans la profondeur des escarpe- 
ments verts, des rochers et des broussailles, rude 
tapis étendu à trois cents pieds au bas de ce rem- 
part. Le mugissement des flots monte à peine jus- 
que-là, et l'oreille ne perçoit qu'un bruit uniforme 
dont le vent berce Tintensitô murmurante. 

C'est un silence que ce chant lointain de la mer. 
— La nature était attentive au dernier adieu que le 
prince de la lumière donnait au monde avant de 
descendre de son trône et de disparaître sous l'ho- 



ËPILOGDE. — LA PRIgRE CNIVBRSBUE. 
rizon liquide. Calme et recueillie, elle assistait 
prière universelle des êtres ; car ils priaient 
sainte prière de reconnaissance en recevant le 
nier regard du bon soleil ; tous, depuis la doue 
solitaire méduse, depuis l'étoile de mer aux 1 
deries de pourpre jusqu'aux sauterelles br 
santés, jusqu'à l'alcyon de neige; tous le reii 
ciaient pieusement. Et c'était comme un enc 
s'élevant des flots et de la montagne ; et il seml 
que les mugissements tempérés du rivage, qu 
brise qui soufflait du continent, que l'atmospl 
embaumée, que la lumière pâlissant dans la si 
nitë de l'azur, que le rafraîchissement des ardE 
du jour, que toutes choses en ce lieu avaient c 
science de leur existence et participaient i 
amour à cette universelle adoration... 

A cet holocauste de la Terre s'unissait dans 
pensée les attractions des mondes entre eux, n 
seulement celles qui rapprochent et éloignent t 
à tour notre globe du foyer solaine, mais enc 
les sympathies de toutes les étoiles gravitant d 
l'immensité des cieux. Au-dessus de ma tète se 
ployaient les harmonies sublimes et les gigan 
ques translations des corps célestes. LaTerre di 
nait un atome flottant dans l'in&ni. Mais de 
atome à tous les soleils de l'espace, à ceux don 
lumière emploie des millions d'années à nous [ 
fenir, à ceux qui gisent, inconnus, au delà d 
visibilité humaine, je sentais un lien invisible i 
tachant dans l'unité d'une seule création tous 
univers et toutes les Ames. Et la prière immense 



-m ^ 



540 LIVRE y. - DIEU. 

ciel incommensurable avait son écho, sa strophe, sa 
représentation visible dans celle de la vie terrestre 
qui vibrait autour de moi, dans le bruit de la mer, 
dans les parfums du rivage, dans la dernière note 
de l'oiseau des bois, dans la mélodie confuse des 
insectes, dans l'ensemble émouvant de cette scène 
et surtout dans Tadmirable illumination de ce cré- 
puscule. 

Je regardais... Mais j'étais «i petit au milieu de 
cette action de grâces, que la grandeur du spectacle 
m'accabla. Je sentis ma personnalité s'évanouir 
devant Fimmensité de la nature. Bientôt il me 
sembla que je ne pouvais ni parler, ni penser. 
— La vaste mer fuyait à Finfini. — Je n'exis- 
tais plus et mes yeux se couvrirent d'un voile. Et 
comme mes joués étaient inondées de pleurs, sans 
que je sache pourquoi je pleurais, je me senûs 
précipité à genoux devant le ciel, à genoux et pro- 
sterné, la tète confondue dans les herbes. — La 
mer fuyait à l'infini ; et les êtres continuaient leur 
prière. 

Et le Soleil, source de cette lumière et de cette 
vie, regarda pour la dernière fois par-dessus Uho- 
rizon des mers. Et lorsqu'il eut reçu cet hommage 
de tous les êtres auquel nul d'entre eux n'avait 
songé à se refuser, il parut satisfait de cette jour- 
née et descendit glorieusement vers l'hémisphère 
des autres peuples. 

Alors un grand silence se fit dans la nature. 
Des nuées de pourpre et d'or, s'envolèrent vers la 
couche royale et cachèrent les dernières lueurs 



ËPUiOGUB. — LA FHIÈBE UNIVERSEL] 
rougissantes. Le crépuscnle descendit 
Les Qols s'assoupirent, car le vent qui 
sur la grève s'était abattu. Les petits 
s'endormirent. Et l'étoile avant-courièt 
s'alluma dans l'^ther. 

« mystérieux Inconnu! m'écriai-je,ï 
Être immense! qui sommes-nous donc 
auteur de l'harmonie ! qui donc es-tu, 
vre est si grande? Pauvres mites hue 
croient te connaître !{t Dieu! fl Dieu 
riens! que nous sommes petits! quenoi 
petits I 

o Qiie lu es grand ! Qui donc osa ti 
pour la première fois ! Quel est donc l'e 
insensé qui pour la première fois prête 
finir! Dieul 6 mon Dieu! toute-pu 
toute tendresse! immensité sublime et 
sable! 

a Et quel nom donner à ceux qui voi 
à ceux qui ne croient pas en vous, à ce 
\ent hors de votre pensée, à ceux qui n't 
senti votre présence, 6 Père de la nature 

a Oh I je t'aime ! je t'aime! Cause soi 
inconnue. Être que nulle parole humai 
nommer, je vous aime, A divin Princip' 
suis si petit que je ne sais si vous m'ent 

Comme ces pensées se précipitaient ho 
âme pour s'unir à l'alfirmation grandios 
ture entière, des nuées s'écartèrent du ci 
le rayonnement d'or des régions éclair* 
la montagne. 



648 LITBE V. — DIED. 

« Ouitlum'entend3,dCréateurItoiqiii donne à 
la petite Heur des cliamps sa beauté et son par- 
fum! La voix de l'Océan ne couvre pas la mienne, 
et ma pensée monte à toi, A mou Dieu t avec la 
prière de tous, s 

hû haut du cap, ma vue s'étendait au sud comme 
k l'occident, etsur la plaine comme sur la mer. En 
me retournant je vis les villes humaines à demi 
couchées sur la plage. 

Au Havre, les rues marchandes s'illuminaient, 
et plusloin, sur la cAte opposée, à Trouville, le char 
du plaisir allumait ses flamheaus. 

Et tandis que la nature s'était reconnue devant 
Dieu pour saluer la mission de l'un de ses astres 
fidèles, tandis que tous les êtres s'étaient commu- 
niqué leurs prières, et que le flot grondant des 
mers unissait a la brise du soir son action de gr&ces 
* 'n fin de ce beau jour ; tandis que l'œuvre créée, 
me et recueillie, s'était offerte au Créateur ; 
ature douée d'une âme immortelle et res- 
jle, — l'être privilégié de la création, — le 
entant de la pensée, — VHorrme, vivait à 
insouciantde ces splendeurs, etse préparait 
vrement voluptueux de la nuit prochaine. 



TABLE DES MATIÈRI 



LITRE PHEMIER 

LA FORCE ET LA MITIËRE 

I. Poiltioa du problime. — RiUe de la ecienee A 
moderne. — Sa puissance et sa grandeur. — S 
Il tendance k les oulre-passer. — Les sciences ne 
neraucune d^DniUon de Dieu. — Procfdé gënâral 
contemporain. — Objections contre l'eiislence d{ 
l'immulabililé des lois et de l'union intime entre 
matière. — Illusion de ceux qui aHirmenl on nie 
de raisonnement. — La question générale se rési 
les rapports réciproques de la forceel delaMifft 

II. l^ eUl. — Lesharmoniesdu monde sidéral. — 1 
.-— Allraction universelle. — Ordonnance des 

rooUTements. — Que la force régit la matière, 
intelligent des lois astronrmiques ; conditions de 
■ l'univers, —Puissance, orare, sagesse. — Hégatii 
proches curieui à l'organisateur; objections s 
mécanicien. — Est-il vrai qu'il n'y ait aucune mai 
gence dans la construction de la naturef — Réjw 



550 TABLE DES MATIÈRES. 

III. La terre, — Loi des combinaisons chimiques. — Proporticms 
définies. — De l'infiniment petit et des atomes. — Circulation 
des molécules sous la direction des forces physico-chimiques. 
—La géométrie et l'algèbre dans le règne inorganique. Esthé- 
tique des sciences. — Que le Nombre régit tout. — Harmonie 
des sons. — Harmonie des couleurs. — Importance de la loi; 
moindre importance de la matière, son inertie. — Le premier 
éToil de la force organique dans le monde végétal. • » • 58 



UYRE U 

LA VIE 

I. Circulation de la matière, — Voyages incessants des atomes à 
travers les organismes; fraternité universelle des êtres vivants; 
solidarité indissoluble entre les plantes, les animaux et les 
hommes. — Yie apparente et vie invisible. — L'air, la res- 
piration, l'alimentation, la désassimilation. — Le corps se 
transforme perpétuellement. — L'équilibre des fonctîonsvitales 
prouve une force directrice. — La^décomposition du cadavre 
prouve que la vie est une force. Que cette force n'est pas une 
chimère. — Homunculus. — Faits et gestes de la chimie orga- 
nique. — Que cette cbimie ne crée ni des êtres vivants ni des 

• organes. — La matière circule, la Force gouverne. . , 87 

II. Loriffine des êtres, — La création selon le matériaUsme anti- 
que, et selon nos modernes. — Histoire scientifique des généra- 
tions spontanées. — Gomment l'hypothèse des générations spon- 
tanées ne touche pas à la personne de Dieu. — Erreur £t danger 
de ceux qui se permettent de faire entrer Dieu dans leurs 
discussions. — Que l'apparition successive des espèces peut être 
le résultat des forces naturelles sans que l'athéisme gagne rien 
à cette hypothèse. — Si la Bible est athée? — Origine et trans- 
formation des êtres. — Règne végétal; règne animal; genre 
humain. — Antiquité de l'homme. — Que tous les faits de la géo- 
logie, de la zoologie ou de l'archéologie n'inquiètent pas la 
théologie naturelle 160 



LIVRE III 
L'AME 

I. Le cerveau, — Erreur des psychologues et des métaphysiciens 
qui dédaignent les travaux de la physiologie. — Physiologie 



TIBLB DES NATliRES. 
cerveau. — Bapports'du cerveau et d 
- Ces rapports ne proment pas que la pensée 
qualité de la substance cérébrale. — Discussion el 
contraires. — Que l'esprit règne sur le corps. — En 
similer la pensée k une sécrétion ou à une coi 
chimique. — Quelques dËflnitions naïves des matérii 
Absurdité de leur bypolhëse et de ses conséquences. 

PenmnaUté humaine. — L'brpothèse qui préseï 
comme une propriélé du cerveau n'est pas soulenab 
les faits de la personnalité humaine. — Contradict 
Tunité de l'time et la multiplicité des mouvements c 
-^ ConCrai^ctioii entre l'identité permanente de l'S 
mutabilité incessante des parties constitutives du cer 
Silence des matérialistes sur ce double fait, — Impui 
leur théorie. — Audace de leurs eiplicalioDS devant la 
morale de notre identité. — Comment l'unité, et l'i<j 
l'Ame démontrent l'inanité de l'hypothèse matérialiste 

ni. Volonté àe riumme. — Eiamen et réfutation de cel 
Htion ; t La matière gouverne l'homme. » — S'il esl 
la volonté et l'individualité ne soient qu'illusion. - 
Traî que la conscience, le jugement dépendent de I 
Inre, Exemples bisloriques des énei^iques volontés 
et des grands caractères. — Du courage, de la per; 
ei de la vertu. Que les facultés intellectuelles et mon 
partiennent pas à la chimie, — Divagations curleuseï 
sur les bords du Rldn. Influence des légumes sur le 
spirituels de l'bumanité. — De la liberté morale. — Di 
tions et des affections indépendantes de la matière. - 
et le corps 



DE8TINITI0N DES ÊTRES IT DEB CHOtl 

I. Plan de la natwrt. — Conttruclion det itre» eieani 
reur et ridicule de ceui ijui rapportent tout A ïbi 
Erreur semblable de ceux qui nient l'existeni^e d'un 
la nature. — Les lois organisatrices de la vie révj 
cause intelligente. — Construction merveilleuse des o 
des sens. — L'œil el l'oreille. — Hypothèse de la forn 
âtres vivants sous la puissance d'une force tnsiinctivi 
selle. — Hypothèse de la transformation des espèce: 
toutes les hypothèses ne détruisent pas la sagesse dup 



55S TABLE DES MATIÈRES. 

H. Plan de la nature. — hutinet et inteUigenee, ^--l^ lois qui 
président à la conservation des espèces. — Facultés instinctives 
spéciales. — L'instinct n'est 'pas expliqué par la supposition 
d'habitudes héréditaires. — Disiinciion fondamentale entre les 
faits instinctifs et les faits raisonnes. — Du dessein dans les 
œuvres de la nature. — Ordre général et harmonies univer- 
selles. — Quelle est la destination générale du monde? — Gran- 
deur du problème. — InsuflUance de la raison hnmaine. i43 



LIYRE ? 

DIEU 

Dieu dans la nature, force vivante et personnelle, cause des 
mouvements atomiques, loi des phénomènes, ordonnateur de 
rharmonie, vertu et soutien du monde. — Erreur de l'anthro- 
pomorphisme. — Le philosophe grec lénophane il y a 2400 
ans. — La nature de Dieu est inconnaissable. — Nul système 
humain ne peut le définir. — Différentes formes de l'idée de 
Dieu selon les hommes. — Le Dieu de la science. — Dernières 
▼ues sur la doctrine. — Conclusion générale. — Épilogue. 480 



FIN DE LA TABLE DES MATIERES. 



Paris. — Imprimerie YiéVlLLE et CAPIOMONT, 6, me des Poitevins. 



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